Vu de la place Victor Hugo - Page 3

  • Gustav Meyrink et  son Livre Le  Golem (II)

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    Dans la littérature talmudique, le terme Golem ne revet pas encore de signification mystique ni ésotérique. Il signifie simplement un écervelé, un etre dépourvu de raison, ou aussi une femme en age de procréer mais qui n’a toujours pas d’enfant. En revanche, sans jamais recourir au terme Golem dans le sens qui nous intéresse, cette littérature nous parle (Traité Sanhedrin fol. 65b) de deux illustres sages qui créèrent un veau et le mangèrent durant le sabbat ! Ces deux érudits des Ecritures seraient parvenus à leurs fins à l’aide de profondes spéculations sur les lettres du Nom divin Mais le talmud nous  parle aussi d’un homuncule créé par Rabba. La phrase est lapidaire et étonnante. La voici dans sa formulation araméenne originale : Raba bera gavra : Raba a créé un homme !! Il l’envoya chez rabbi Zéira qui s’adressa à lui sans jamais obtenir la moindre réponse. Il en conclut que cette création n’était pas une œuvre divine puisque privée de la parole et donc de la pensée. Là encore, nous retrouvons le facteur discriminant, la séparation hermétique entre le créer divin et le créer humain. L’œuvre humaine ressemble à celle de Dieu sans jamais pouvoir l’égaler.

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  • Alexandre Safran, hommage à l’un des plus grands penseurs juifs de notre temps

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    La réédition en version hébraïque, revue et augmentée, de deux ouvrages majeurs du grand rabbin Alexandre Safran, ancien guide spirituel du judaïsme de Roumanie et par la suite, la plus haute autorité religieuse de Genève, constitue un événement majeur, auquel il faut donner le lustre qui convient. Nos lecteurs ont déjà eu la possibilité de lire dans ces colonnes une présentation de la   vie et de l’œuvre de ce penseur religieux éclairé, solidement ancré dans la foi biblico-talmudique et ouvert aux apports de la culture en général.   Les deux ouvrages présentés ici sont une sorte d’essence du judaïsme, en hébreu Israël we-shorashaw (Israël et ses racines) et une présentation de la kabbale, Huqqat Olam we-razé olam : ha-niglé we-ha-nistar be-hishtalwutam ba-qabbala  (La règle et les mystères de l’univers : histoire du sens obvie et du sens ésotérique dans la kabbale).

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  • Gustav Meyrink et son livre Le Golem (1)

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    Quel ouvrage, quel roman et quel éclatant succès échéant à un homme déjà âgé de près de cinquante ans et qui ne signait pourtant que sa toute première œuvre. En effet, l’auteur, Gustav Meyrink (1868-1932) - curieux personnage venu à la littérature sur le tard, après avoir exercé d’autres métiers, dont celui de banquier - est considéré comme l’un des grands auteurs autrichiens de son temps ; il doit avoir influencé un autre écrivain, autrement plus célèbre, Franz Kafka, qui reconnut lui être redevable et lui vouer une vive admiration. Kafka, en personne, qui avait fait paraître deux ans plus tôt, en 1913, la fameuse nouvelle Devant la loi (Vor dem Gesetz).

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  • Résistances juives à la kabbbale depuis le Moyen Age jusqu’à la fin du XIXe

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    Comme on pouvait s’y attendre, la vision kabbalistique du judaïsme rabbinique ne s’est pas imposée du jour au lendemain ni n’a été épargnée par les critiques. Lors de son avènement, elle avait soulevé de fortes résistances dans certains milieux philosophiques, mais aussi à l’autre extrémité du spectre communautaire, c’est-à-dire au sein de l’orthodoxie et du camp conservateur. Cependant, dès la fin du XVe siècle, on peut affirmer que toute mise en cause de la théologie kabbalistique était considérée par les autorités religieuses comme une attaque frontale à l’encontre du judaïsme lui-même. C’est seulement après la redoutable crise provoquée par le sabbataïsme qui se solda par des milliers de défections que la kabbale et ses théologiens furent appelés à rendre des comptes. A partir de cette date, la kabbale fut suspectée d’avoir des idées hérétiques.

    Les premières contestations de l’antiquité du Zohar et de la paternité littéraire de Rabbi Siméon ben Yochaï.

    Voici la traduction française de l’introduction de Zacuto au texte d’Isaac d’Acre :

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  • La vivace culpabilité judéo-chrétienne, fondement de la haine de soi de l’Occident…

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    La vivace culpabilité judéo-chrétienne, fondement de la haine de soi de l’Occident…

    C’est la lecture attentive de l’interview du professeur Joshua Mitchell, parue dans Le Figaro des 20-21 juillet, qui m’y a fait penser. L’universitaire américain soulignait la persistance d’une vision judéo-chrétienne du monde, entièrement axée autour de deux notions théologiques si présentes à la fois dans le judaïsme et dans le christianisme : la nature peccamineuse de l’être humain et son corollaire, la nécessité d’obtenir le pardon par la purification. Tant que ces deux notions restaient confinées exclusivement à la sphère religieuse, elles ne posaient pas de problème majeur ; mais dès qu’elles furent transférées dans l’espace public, c’est-à-dire politique, les effets ont généré une conscience, à la fois mauvaise et malheureuse. Au plan des théologoumènes, ce qui se passait dans l’âme du croyant ne connaissait aucune traduction au plan politique, par exemple la promulgation des lois, la bonne marche de la cité, ect… mais lorsque la ligne-frontière entre la politique et l’éthique s’estompe, le citoyen occidental sombre dans une maladie peu connue mais aux effets ravageurs, la haine de soi.

     

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  • Edmond Fleg, un maître (oublié) du judaïsme français…

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    Edmond Fleg, un maître (oublié) du judaïsme français…

    Lorsque ce grand maître spirituel du judaïsme français, quoique genevois de naissance, quitta ce monde en 1963, à l’âge de 89 ans, le journal hébraïque d’Israël, Maariv lui consacra toute une manchette, saluant l’œuvre immense qu’il avait accomplie dans de très nombreux domaines. Ce fils d’une vieille famille juive de la bourgeoisie helvétique eut un destin singulier. Engagé volontaire durant la Grande Guerre, né en 1874, il devient membre de la Légion étrangère et développa un fort sentiment de fidélité à sa nouvelle patrie, la France, après sa naturalisation. Il était aussi né dans une famille juive assimilée mais qui n’avait pas franchi le pas de la conversion. Il évoque avec émotion les prières quotidiennes de son père, l ’action de s’envelopper dans le châle de prière, la mise des tefillin, l’action de grâces après les repas, l’atmosphère du vendredi soir, le chabbat… Tous les moments marquants de la vie juive.

    Mais petit à petit, à l’âge adulte et après tant de travaux littéraires ou poétiques, Fleg va se mesurer à son destin de juif. Il publiera un ouvrage, largement autobiographique, L’enfant prophète (1926) où un certain Claude Lévy fait part de sa quête identitaire dans une France où il n’est guère seyant de se dire juif, car chaque membre de cette communauté en butte à un violent antisémitisme se disait avant tout «israélite français» ; cette dénomination visait à enjamber la période historique au cours de laquelle le judaïsme biblique aurait été «perverti» par «les rabbins et les docteurs de la loi du talmud»… D’autres allaient encore plus loin et ne voulaient entendre parler que de mosaïsme, la loi de Moïse, sous-entendu non perverti par les tendances particularistes des talmudistes. D’où l’opposition célèbre entre l’universalisme chrétien et le particularisme juif… où une certaine église, s’attribuait, encore une fois, le beau rôle.

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  • Le pouvoir incontrôlé et incontrôlable de l’image…          De Jean D’Ormesson à François de Rugy et Ehoud Barak

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    Le pouvoir incontrôlé et incontrôlable de l’image…

             De Jean D’Ormesson à François de Rugy et Ehoud Barak

    Je prendrai, pour commencer, trois exemples de nature très différente les uns des autres, pour illustrer mon propos. Trois exemples pour étayer un principe ravageur qui risque de nous détruire, de fausser nos jugements et de saper les fondements mêmes de l’équité : il s’agit du pouvoir grandissant de l’image, de la photographie, érigées comme preuves indiscutables, irréfragables. Ce n’est plus du journalisme d’investigation, ce n’est plus un contre-pouvoir mais un pouvoir en soi. Parfois, ce mode de fonctionnement contraint la justice à se saisir d’elle-même.

    Le premier exemple nous est livré par le regretté Jean d’Ormesson. Il avait, en fin observateur de son temps qu’il était,  découvert un glissement absolument imperceptible de nos mœurs et qui annonçait un changement total de nos sociétés : depuis un certain temps, disait-il, lorsque je prends part à des salons du livre on ne me demande plus de dédicace, mais bien des selfies… Curieuse évolution de l’image qui prend définitivement ( ?) le pas sur l’écrit. Une évolution riche en conséquences incalculables puisque notre civilisation, depuis la découverte de l’écriture à Sumer, était basée sur l’écriture, devenue une véritable mémoire de l’humanité. Certes, même les hommes préhistoriques peignaient parfois des scènes de leur vie quotidienne sur les parois des grottes où ils vivaient, mais c’est l’écriture, avec son sens intelligible qui a servi de véhicule au savoir et assuré sa transmission d’une génération à l’autre.

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  • Une faillite morale menace-t-elle l’Etat d’Israël ?

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    Une faillite morale menace-t-elle l’Etat d’Israël ?

    Je commencerai par démentir quiconque verrait dans cette analyse une mise en cause de l’Etat d’Israël, de son existence pérenne, de sa sécurité et de sa prospérité. Bref, quiconque voudrait déformer le message premier de cette mise en garde, en vue d’éviter une catastrophe au plan éthique : trahir les idéaux sionistes fondateurs qui sont la traduction politique des valeurs juives intrinsèques et qui justifient, à elles seules, l’édification de cet état juif, rené de ses cendres, tel un phénix, au terme de deux millénaires d’un terrible exil.

    En réalité, c’est l’observation attentive et sans préjugé de la réalité israélienne, aux plans social et politique, notamment de ces derniers mois, qui incite à prendre la plume afin d’y voir plus clair. La situation intérieure de cet Etat a toujours été conditionnée par la situation à ses frontières, au motif qu’il est entouré d’implacables ennemis l’accusant d’occuper un territoire qui n’est pas le sien. Ceci est une situation des plus anormales et qui devient de plus en plus insupportable puisqu’elle perdure depuis la renaissance de cet Etat.

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  • La raison et la foi selon Jean-Marc Ferry (Agora, 2016)

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    La raison et la foi selon Jean-Marc Ferry (Agora, 2016)

    Cet ouvrage, élégamment présenté et bien informé, mais qui aurait tant gagné si son auteur, professeur de philosophie à la retraite, avait évité un insupportable jargon, s’attaque à un imposant massif de la pensée, dans son double versant philosophique et religieux. Fides sive ratio, la foi c’est aussi la raison ! Cette affirmation, cette conviction profonde jalonne les écrits de tous ceux qui ont tenté, par leur enseignement et / ou leurs écrits, de rapprocher ces deux pôles de l’humanité croyante et pensante. On trouve cette tendance au rapprochement philosophico-religieux dans les trois monothéismes : le judaïsme (Maimonide et ses épigones), le christianisme (Thomas d’Aquin et Albert le grand) et l’islam (Ibn Tufayl, ibn Bajja et Averroès). C’est même la marque de fabrique de la pensée européenne qui doit son éclatante richesse, sa supériorité intellectuelle et ses prouesses techniques à cette tension polaire fécondante et fructueuse entre la spéculation et la Révélation. L’histoire de toute la philosophie médiévale est jalonnée par des tentatives de prouver que ces deux pôles de la pensée puisent à la même source… Au fond, c’est ce que proclamait l’Ecclésiaste (IIIe siècle avant notre ère), en dépit de son pessimisme foncier : Les paroles des Sages sont comme des aiguillons et les collections de sentences comme des clous bien plantés. Ils sont donnés par un seul berger… A elle seule, la fin de ce verset a servi de justification à ce rapprochement entre ces deux formes de pensée : l’intellect divin, cosmique, face à l’intellect humain avec toutes ses insuffisances. Mais je souligne SEUL, c’est le mot le plus important. Par rapport à l’intellect divin, l’intellect humain est un intellect ectype (Kant)

     

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  • Du sacrifice II…

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    Du sacrifice II…

    Dans ce cycle de purification et d’absolution, décrit dans la première partie de cet article, on a évoqué le cas du substitut, c’est-à-dire la tierce personne ( si l’on peut ainsi parler de l’animal immolé) qui est innocente. L’animal ici est une simple monnaie d’échange, sacrifié pour qu’un être humain, à la nature pécheresse reconnue, retrouve son innocence et sa pureté originelles. Le sang de l’animal est un substitut du sang de l’homme qui aurait dû couler en raison du péché commis. Ce qui crée une contradiction presque insurmontable puisque ce cycle vertueux, la restauration de la bonne conduite d’un être peccamineux, ne peut se faire qu’au prix d’une injustice subie par un animal… Ce trait a retenu indirectement l’attention des talmudistes lorsqu’ils ont appréhendé la problématique de la ligature d’Isaac. Le chapitre XXII de la Genèse parle d’un bélier, qui se trouvait là par hasard, emprisonné à l’aide de ses cornes dans un buisson… Une main providentielle semble l’y avoir placé afin que le patriarche effectue son acte sacrificiel, mais d’une autre manière. Les historiens des religions voient dans cette histoire une allégorie bannissant le sacrifice humain et instaurant en lieu et place un sacrifice animal. Poussant jusqu’au bout le sérieux judaïque (E. Renan), le Talmud se demande comment un homme aussi vertueux que le patriarche Abraham a pu offrir en sacrifice un animal qui ne lui appartenait pas ? La réponse n’est pas difficile à trouver : tout appartient à Dieu, c’est lui qui a tout créé, Abraham n’a fait que lui rendre ce qui lui appartenait déjà.

     

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