Vu de la place Victor Hugo - Page 3

  • Rendre à la culture juive ses lettres de noblesse…

    Imprimer

     

    Rendre à la culture juive ses lettres de noblesse…

    Vaste sujet ! Comment décommunautariser une culture juive, desservie et non bien servie par la plupart de ses héritiers naturels, parfois même avec les meilleures intentions ? Souvenons nous de la phrase de Kant, lequel n’aimait pas beaucoup les juifs, même si ses meilleurs soutiens et propagateurs étaient juifs, comme Salomon Maimon, Hermann Cohen, Ernst Cassirer et Julius Gutmann… A quoi est due cette tombée en désuétude de tout cet effort intellectuel originairement juif ? Pourquoi donc ressentons nous aujourd’hui la nécessité urgente de redorer le blason d’une culture intrinsèquement universaliste ? Quels sont les facteurs qui ont transformé cette culture en ghetto, ni plus ni moins ?

    Lire la suite

  • Erik H. Cohen, hommage posthume, In memoriam

    Imprimer

    Erik H. Cohen, hommage posthume, In memoriam

    La parution prochaine d’un ouvrage[1] dédié à la mémoire de ce grand sociologue français, disparu en 2014, encore peu connu, même au sein des cercles communautaires, m’incite à revisiter de manière succincte son œuvre qui est importante. Il s’était déjà intéressé à un tel recensement de la population juive en 1988 /89 et l’enquête sur laquelle on se penche ici, remonte à 2012 mais conserve toute sa vigueur puisque la situation de la communauté ne s’est pas transformée du tout au tout durant ce laps de temps bien déterminité.

    En effet, cet universitaire français, qui a mis en valeur un champ de recherche resté en friche durant de longues années, a marqué de son empreinte l’étude la plus marquante du judaïsme contemporain hexagonal. Certes, il y eut, avant lui, quelques tentatives plus ou moins abouties mais c’est Erik Cohen qui fut appelé à aller jusqu’au bout de sa tache. Un principe talmudique connu souligne que l’œuvre ne porte que le nom de celui qui y a mis la dernière main. (Eyn ha-melakha niqrit ella ‘al shem gomrah). Peu après la naissance de l’Etat d’Israël, on vit fleurir une nouvelle école sociologique avec des figures aussi centrales que Arthur Ruppin (un village agricole porte son nom Kfar Ruppin, non loin de la frontière jordanienne) ou Shmuel N. Eisenstadt, auteur de La société israélienne.

    Lire la suite

  • Joseph, l’homme qui veut réparer le monde (Tikkoun ‘olam)   Pour Monsieur Ilan CHOUCROUN, en amitié                                                                                                Pour Monsieur Ilan CHOUCROUN, en amitié

    Imprimer

     

     

    Joseph, l’homme qui veut réparer le monde (Tikkoun ‘olam)

                                                                                                      Pour Monsieur Ilan CHOUCROUN, en amitié

    La récitation des péricopes bibliques dans le culte synagogal (sidrot) des dernières semaines, avec le passage ce samedi au second livre du Pentateuque, l’Exode), m’incite à redire certaines choses concernant cette figure emblématique du groupe patriarcal : Abraham, Isaac et Jacob. Josèphe, en treize petites années, a, si l’on en croit le récit de la Genève (du chapitre 37 au chapitre 50 inclus) littéralement éclipsé son père, le patriarche Jacob, qui est pourtant l’archétype de l’identité juive… La divine Providence a confié à d’humaines mains la garde et la préservation d’un jeune homme vendu comme esclave par ses frères à l’âge de dix-sept ans et qui se retrouve, grâce à ses talents miraculeux, vice-roi ou Premier ministre de la puissante Egypte pharaonique… Avouons qu’une telle réussite n’est pas à la portée de tous et évoque par certains aspects un prodige, un miracle.

    J’ai déjà publié tout un livre sur Josèphe (Editions Hermann, 2018), mais je voudrais revenir sur certains aspects concernant le rapport dialectique à l’Egypte, à ce qu’elle représente dans l’imaginaire biblique qui brosse l’image d’un empire mythique, pratiquant en son temps une politique hégémonique, si dangereuse pour des royaumes comme la petite Judée.

    Mon propos n’est pas de m’en tenir aux interprétations traditionnelles, destinées à rassurer les consciences pieuses mais à tenter de déchiffrer le sous texte de toute cette histoire presque romanesque. Quand on lit attentivement le texte hébraïque on ne peut pas dissimuler un petit embarras : le rapport à cette Egypte, amicale, nourricière et qui accueille volontiers l’étranger, n’est pas le même selon qu’il s’agisse de Josèphe ou de son père Jacob. Je prendrais quelques exemples : quand Josèphe, entouré du faste égyptien, se fait enfin connaître de ses frères, il les charge non seulement de grain et de froment mais aussi d’une mission, passée inaperçue aux yeux des exégètes traditionnels. Josèphe dit à ses frères ceci : et vous rapporterez à mon père tous les égards dont je suis entouré en Egypte (we higadtem le avi et kol kevodi be mitsrayim)

    Lire la suite

  • Tous philosophes ? (Gallimard, 2019)

    Imprimer

     

    Tous philosophes ? (Gallimard, 2019) Sous la direction de J. Birnbaum

    Il fallait y penser ! De prime abord, la question ne semble guère se poser. Et pourtant… C’est une question dont la ou les réponse (s) ne va ne vont pas de soi. Et j’ai bien fait de lire l’ouvrage dans l’ordre, c’est-à-dire par le commencement. La récompense fut à la mesure de mes attentes : la leçon inaugurale de Monsieur Roger-Pol Droit est tout simplement superbe Rien à y ajouter ni à en retrancher. Rédigée dans un style élégant et sobre, énonçant des problématiques philosophiques qui s’imposent, car elles vont de soi, il a livré une contribution de premier ordre en guise de réponse à la question posée. Un vrai délice, on est loin du jargon abscons qui fait croire à des difficultés insurmontables car imaginaires. L’auteur a aussi cité une phrase de Bergson (je crois) selon lequel il n’est pas d’idée qui ne puisse être exposée de manière claire et succincte, et ce, quelle que soit sa densité, réelle ou supposée.

    C’est un vieux débat que si trouve ici revisité : RPD parcourt le jardin philosophique à grandes enjambées, de Socrate à Nietzsche, avec la fermeté d’un spécialiste, rappelant au passage que la philosophie est d’origine grecque, ce qui entraîne un certain nombre d’implications. Celles-ci se feront sentir dans un domaine qui m’est familier, notamment au Moyen Âge lorsque les trois monothéismes, fondés sur des Révélations divines, ont tenté de rapprocher la tradition religieuse de la spéculation philosophique. Les grands noms en sont Thomas d’Aquin, Albert le Grand, Maïmonide, Averroès et tant d’autres. Et dans ce cas précis, disons le bien, la socio-culture de l’époque n’autorisait pas le premier quidam venu à se mêler d’un tel voisinage, naturel ou contre-nature. La religion était alors le principal pilier de l’ »ordre social et quiconque osait récuser ses dogmes prenait des risques graves. Sous de telles latitudes et dans de telles conditions, toute la population ne pouvait pas prétendre à la réflexion philosophique… Il fallait, comme l’écrivit Maimonide dans l’introduction à son Guide des égarés, suivre les commandements de l’autorité religieuse, faute de formation intellectuelle adéquate. Maïmonide qui dépendait presque exclusivement des néo-aristotéliciens arabes (Al-Farabi, Ibn Sina, Ibn Badja, etc…) pour son bagage spéculatif, a opté pour une césure herméneutique entre la masse (l’écrasante majorité de la population) et les élites (une infime partie de l’humanité croyante et pensante.)

    Lire la suite

  • ahram Elahi, Fondamentaux du perfectionnement spirituel : le guide pratique (Dervy, 2019)

    Imprimer

     

     

    Bahram Elahi, Fondamentaux du perfectionnement spirituel : le guide pratique (Dervy, 2019)

    Voici une citation qui résume bien le point de vue de l’auteur de ce bel ouvrage : … si on se concentre exclusivement sur le monde matériel, si on ne nourrit sa pensée qu’avec des vérités d’ordre matériel,, quand bien même on serait le meilleur dans sa discipline on se prive de l’appréhension correcte de la dimension spirituelle des choses, au point de nier l’existence de Dieu, de l’être, de l’au-delà, du Compte,

    Tout le programme de ce guide pratique du perfectionnement est résumé en ces quelques lignes.. ce qui atteste bien de sa densité.

    Je dois à la vérité de dire que j’ai d’abord éprouvé un peu de méfiance vis-à-vis de cet ouvrage, en raison de son titre ; mais dès que j’en ai abordé la lecture, j’ai été comme envoûté, moi qui ne confond jamais l’esprit avec l’intellect. Nous avons affaire ici à une sorte de belle leçon de philosophe morale, une morale désintéressée, adossée à la vertu dont le point central est la purification de l’âme.

    Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est l’universalité du propos, le caractère éminemment commun à toute âme humaine, soucieuse de s’améliorer, de répondre sagement à toutes les questions existentielles qui se posent à elle : d’où vient-elle ? Où va-t-elle ? A quoi se résume une existence humaine, hic et nunc ? Toutes ces questions le père de l’auteur, le célèbre Ostad Ellhai se les avait posées et entrepris de donner des réponses que son fils, dans le sillage de son géniteur, s’applique à développer et à commenter fidèlement.

    Lire la suite

  • La vraie nature du régime des Mollahs iraniens

    Imprimer

     

    La vraie nature du régime des Mollahs iraniens

    Le désastre inouï du Boeing ukrainien et la volte-face du régime iranien, passant du déni à l’aveu, en un temps très court, aura nécessairement un effet dévastateur dans la chute programmée du régime. C’est une date à marquer non d’une pierre blanche mais d’un rouge cramoisi.

    Avant d’aller plus avant ayons une pensée émue pour tous ces êtres, victimes innocentes de l’impéritie d’un régime prêt à tout pour se mesurer à bien plus fort que soi et qui n’hésite pas, pour se préserver, à remettre à des mains non expertes des instruments de mort. C’est justement ce qui vient d’arriver. Et cela, parce qu’il s’est cru menacé.

    Lire la suite

  • Johann Chr. Friedrich Hölderlin : Bald sind wir aber Gesang (C.H.Beck, Munich)

    Imprimer

     

     

     

    Johann Chr. Friedrich Hölderlin : Bald sind wir aber Gesang (C.H.Beck, Munich)

           Ce que je dis est un mystère, mais ce mystère est une réalité. (Hypérion)

    C’est probablement l’une des meilleures citations de toute l’œuvre de cet éminent poète, qui résume bien à la fois sa vie et son œuvre. Une vie d’homme sur le berceau duquel , contrairement aux Muses, les fées ne se sont jamais penchées. Qu’on en jauge : dès l’âge de deux ans son père meurt, sa mère, livrée à elle-même et ayant charge d’âmes, se remarie et voilà qu’elle revit un nouveau veuvage. Cette mère souhaitait ardemment que son fils devînt pasteur et se mît au service de l’église. Le jeune homme ira donc, grâce à une bourse destinée aux futurs ecclésiastiques, au Stift de Tübingen étudier la théologie. Sur place il aura d’éminents condisciples comme, Hegel en personne et Schelling.

    Dès les origines, Hölderlin (1770-1843) connaît un évident mal-être qui le met en porte-à-faux avec la réalité. Ce que cette citation mise en exergue semble bien rendre. Avec ce poète, probablement l’un des plus doués de la langue allemande, nous avons affaire à un grand admirateur de la mythologie grecque, ce qui heurtait quelque peu les dogmes de l’église chrétienne. Oscillant entre le réel et le rêve, cet homme ne pouvait pas vivre comme tous ses contemporains qui étaient adaptés socialement ; c’est ainsi qu’il dut exercer différents emplois alimentaires grâce au soutien de ses puissants protecteurs, en l’occurrence Friedrich Schiller et Hegel. On lui trouva un modeste poste de précepteur dans la famille d’un grand banquier de Francfort sur le Main. Mais voilà que cet être éminemment sensible et susceptible tombe éperdument amoureux de la mère de son élève. Cet amour qui ne pouvait être que platonique n’en causa pas moins de ravages dans l’âme de cet homme qui en sortit fortement ébranlé. Surtout lorsque le mari s’en mêla ; et dès cet instant, sons séjour à Francfort devint impossible. Dans ses poèmes et ses œuvres littéraires, Hölderlin va sublimer cet amour impossible et donner un nom à sa belle, Diotima.

     

    Lire la suite

  • Les Mémoires de Maurice Druon, II

    Imprimer

    Les Mémoires de Maurice Druon, II

    Il fallait bien deux parties pour rendre intelligemment compte d’une vie si riche et si extraordinaire. Résumons : le fils d’une comédienne, plutôt instable et égocentrique, n’ayant jamais connu son géniteur (c’est lui qui le nomme ainsi) car il s’est suicidé lorsque Maurice (qui ne s’appelait pas encore Druon) venait d’avoir deux ans… Ce père suicidaire était le frère cadet de Joseph Kessel, ce qui explique que par la force des choses ce dernier soit devenu l’oncle de l’écrivain. Un modèle qu’il suivra longtemps, un oncle auquel il vouera une admiration sans borne et qui constituera l’essentiel de son ascendance juive. Bref, un modèle à suivre et qu’il a suivi.

    Lire la suite

  • Maurice Druon, Mémoires, Plon

    Imprimer

     

     

    Maurice Druon, Mémoires, Plon

    Quel personnage ou plutôt que de vies ! Quand on a fini de lire attentivement la plus grande partie de ces volumineuses Mémoires, près de sept cent pages, une phrase latine s’impose à l’esprit du lecteur critique : Sic transit gloria mundi. Ce qui ne cherche nullement à réduire ou à critiquer la vie et l’œuvre d’un si grand homme. Mais voilà, tout passe, tout s’écoule, rien ne demeure figé et cet homme, Immortel qui resta plus de dix ans secrétaire perpétuel de l’Académie française, est presque entièrement oublié de nos jours. Cet homme, par sa lucidité, savait déjà qu’il aurait un destin à part, et il suffit de lire attentivement la dizaine de pages d’introduction à ses Mémoires pour s’en convaincre.

    Il mesure les changements qui s’opèrent dans une vie d’un seul tenant., lui l’immortel qui avait bien compris qu’immortalité ne signifie nullement éternité. Il mesure qu’il est né à la fin d’un siècle qui n’a plus rien à voir avec les décennies de son enfance et de son adolescence… Et il se projette dans le siècle qui sera celui de sa disparition où son discours ne portera peut-être plus comme auparavant, alors qu’il croulait sous les honneurs. Cet homme, fin lettré qui laisse vraiment une œuvre derrière lui, une œuvre conséquente mais aussi beaucoup de censeurs impitoyables, adeptes d’une séparation hermétique entre l’esprit et la politique de la cité, a été à la tête du ministère des affaires culturelles du temps de Georges Pompidou et Pierre Messmer… Lorsqu’il fut écarté de son poste lors d’un remaniement ministériel et qu’il tenta de faire valoir le soutien de l’ancien président, le Premier ministre de l’époque, Pierre Messmer eut cette phrase d’un incroyable cynisme ; Au gouvernement, il n y a pas d’immortel… Ce sont des réflexions, certes, cyniques, mais qui vous marquent pour toujours…

    Lire la suite

  • L’avenir n’est écrit nulle part… Réflexions sur le temps qui passe.

    Imprimer

     

     

    L’avenir n’est écrit nulle part… Réflexions sur le temps qui passe.

    Le temps existe t il dans l’absolu ? Sans des êtres humains ou simplement des êtres vivants il n’existerait aucune conscience pour le mesurer. Pour exister, le temps a besoin d’être vécu. Certes, les animaux ne réagissent pas comme nous mais ils ont conscience des saisons, des dangers, des lieux où ils sont sur leur garde pour éviter les prédateurs, etc…

    Toutefois, c’est l’homme qui ressent le plus le temps qu’il mesure à l’aune de sa vie sur terre. Nous sommes à la veille d’une nouvelle année et autour de nous tous s’agitent pour savoir à quoi va ressembler l’année qui commence et quels enseignements tirer de celle qui s’achève. Et c’est là que le bât blesse, on ne compte plus les inepties qui jalonnent les commentaires, notamment des journalistes et des hommes politiques.. D’ailleurs, hasard ou coïncidence, les télévisions nous offrent année après année (c’est dire qu’il y a aussi des choses pérennes) le fameux bêtisier…

    Lire la suite