Vu de la place Victor Hugo - Page 3

  • Oleg Khleviniuk, Staline (Gallimard, Folio)

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    Oleg Khleviniuk, Staline (Gallimard, Folio)

    Quand on a achevé la lecture passionnante de ce livre si volumineux mais si intéressant, on se défend mal de l’impression suivante : tout le monde, les spécialistes comme le grand public devraient lire ce livre ou, au moins, en parcourir les pages. La deuxième impression est la suivante : comment cela, à savoir les monstruosités staliniennes, ont-elles été possibles ? Pourquoi ne s’est il trouvé aucun homme courageux qui mette violemment un terme à la vie d’un tyran sanguinaire qui, si je m’en remets aux développements de son biographe, a sur la conscience la mort de dizaines de millions d’êtres humains. Et ce qui complique encore un peu plus la compréhension de ce système, au service d’un seul homme, c’est que nul, pas même les maréchaux de l’Armée Rouge n’était à l‘abri d’une arrestation arbitraire et d’une exécution sommaire sur la base de procès iniques avec des preuves fabriquées de toutes pièces…

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  • Glen W. Bowersock, Le berceau de l’islam : Mohammed, le Coran et les cultures de l’Antiquité (CH Beck, Munich)

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    Glen W. Bowersock, Le berceau de l’islam : Mohammed, le Coran et les cultures de l’Antiquité (CH Beck, Munich)

    C’est à un éminent spécialiste de la culture islamique des premiers siècles que nous avons à faire et qui nous offre dans ce volume plutôt compact le point le plus complet de l’état de nos connaissances sur la question. Il s’agit d’un éminent historien, ayant enseigné à Harvard afin de rejoindre le cercle très fermé des professeurs à l’Institute for advanced studies de Princeton. Il adopte d’entrée de jeu l’attitude de l’historien qui considère les faits, rapproche les données philologiques des attestations des premiers témoins et se concentre sur lieux et les protagonistes.

    Le premier chapitre nous donne un tableau très riche de la péninsule arabique préislamique. On y voit que le polythéisme ou le paganisme arabe n’était pas le seul acteur dans cette Arabie qui, au dire de Renan, a manqué de très près de devenir un haut lieu de la religion juive. On apprend qu’une petite principauté était régie par les juifs, en alternance avec des chrétiens, et que les empires environnants, notamment l’Ethiopie, s’affrontaient dans cette Arabie que la venue de Mahomet allait transformer de fond en comble

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  • Enrico Norelli, La naissance du christianisme. Comment tout a commencé. (Gallimard)

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    Enrico Norelli, La naissance du christianisme. Comment tout a commencé. (Gallimard)

    Voici un ouvrage qui se lit aisément, admirablement bien traduit de l’italien, certes il n’apporte rien de radicalement nouveau mais il synthétise très convenablement tout ce que nous savions déjà sur les origines du christianisme. Dès les premières lignes, l’auteur, ancien professeur à l’Uni de Genève, s’arrête sur cette métaphore biologique, la naissance de… Comment dater exactement l’apparition d’un phénomène religieux aussi protéiforme, aussi divers que cette religion chrétienne qui a subi, dès ses origines, tant de changements d’orientation, d’infléchissements et de courants parfois opposés en son propre sein ? Comment une forme de christianisme a t elle pu s’imposer, marginalisant toutes les autres ? Comment a t elle fait pour que la rusticité triomphe de l’ éloquence ?

    L’auteur pose quelques questions auxquelles on ne peut toujours pas apporter de réponses définitives : pourquoi le mouvement de rénovation du judaïsme de l’époque, initié par Jésus, s’est il poursuivi après sa mort, surtout une mort aussi ignominieuse qui aurait pu servir de pierre tombale à tous les espoirs placé en cet homme transformé en divinité ? ? Comment expliquer que de cet amas de disciples, de membres de la famille du crucifié a pu surgir, au fil des tout premiers siècles, une église puissante, structurée, et apte à élaborer un large corps de doctrines ? Certes, il y eut bien des hérésies à combattre et tant d’hétérodoxies à condamner, mais le résultat est là, absolument stupéfiant : près d’un milliard et de demi d’hommes et de femmes se reconnaissent dans le succès planétaire de cette petite secte judéenne qui a déraciné le monde païen pour le convertir à sa foi, à ses règles et à ses conceptions philosophiques et théologiques.

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  • François Cheng : De l’âme. Sept lettres à une amie (Albin Michel) (en allemand : CH. Beck)

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    François Cheng : De l’âme. Sept lettres à une amie (Albin Michel) (en allemand : CH. Beck)

    Il fallait oser et un membre de l’académie française, François Cheng, l’a fait : il a tressé des couronnes à une partie essentielle de nous-mêmes mais dont plus personne ne parle, l’âme ! D’ailleurs, la traduction allemande, parue chez la prestigieuse maison d’édition de Munich, Beck Verlag, parle dans son titre : De la beauté de l’âme (Über die Schönheit der Seele). Mais qui tient encore compte de l’âme, depuis la disparition de l’école romantique allemande et française ? Quiconque oserait en parler en public ou en compagnie, même d’amis, serait aussitôt la cible de moqueries ou de dédain…

    C’est à une véritable promenade au fil des siècles et des civilisations que nous invite l’Académicien. Sans prétention aucune, sans jamais user d’un jargon incompréhensible, l’auteur nous offre, dans un style élégant et sobre, ses sagaces réflexions sur ce qu’il nomme la partie essentielle de nous-mêmes.

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  • Les civilisations sont protelles... (Régis Debray)

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                     Qu’est ce qu’une civilisation ? Qu’est ce qu’une culture ?

    Régis Debray et son livre, Civilisation : comment nous sommes devenus américains (Gallimard)

    Quand j’ai pris ce bel ouvrage entre mes mains et en ai entamé la passionnante lecture, je fus un peu agacé par le style savamment relâché et le vocabulaire très en vogue dans les cercles les plus américanisés. Du franc lais partout, à chaque page… Mais en pénétrant un peu plus dans les développements sagaces de l’auteur, je me suis rendu compte que cela faisait partie du traitement du sujet, en l’occurrence : comment une civilisation ou une culture perd elle du terrain au profit d’une autre ? Quel rôle joue la langue, en l’occurrence le français ? Existe t il un colonialisme culturel, une main mise d’une nation ou d’une civilisation sur les richesses spirituelles et intellectuelles d’une autre nation ? Une foule de questions qui se posent à nous, pour peu que nous consentions à regarder les choses en face et à ne pas nier les évidences. Toute posture idéologique est à bannir car cela reviendrait à masquer le sujet : le reflux d’une culture par rapport à une autre culture. En effet, qu’est ce que la culture d’un pays, d’une nation ou d’un continent ? Margaret Mead que tout le monde a oublié, avait dit jadis que la culture d’une population va de la manière de langer les nouveau-nés à la mise en bière des défunts… En gros, tout ce que l’homme fait sur cette terre s’origine à une culture déterminée qui sécrète des valeurs lui appartenant en propre.

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  • L’émergence du Dieu de la Bible : Histoire de Yahvé par Ron Naiweld (Fayard)

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    L’émergence du Dieu de la Bible : Histoire de Yahvé par Ron Naiweld (Fayard)

    Voici un ouvrage riche de judicieux aperçus mais aussi contestable sur certains points. Sa lecture n’en demeure pas moins rafraichissante. Car c’est à une véritable déconstruction du récit biblique, chaque fois qu’il contient une occurrence de certains noms de la divinité, que se livre ce chercheur, spécialiste du judaïsme antique. A la suite de tant d’autres qui l’ont précédé, il prend pour point de départ, la fameuse alternance nominale ou fluidité terminologique, séparant dès les premières lignes de la Genèse, l’appellation Elohim du Tétragramme que la tradition religieuse juive interdit de prononcer et qui est généralement remplacé par le terme signifiant seigneur ou maître, Adonaï. La recherche scientifique, la critique biblique ne peut pas se satisfaire de la solution apologétique proposée par l’exégèse midrashique laquelle ne reprend pas à son compte l’hypothèse documentaire. A savoir, le texte du Pentateuque, tel que nous le connaissons, serait le résultat de la fusion de maints documents que les scripteurs auraient amalgamé et fait fusionner pour donner aux adeptes de la religion d’Israël le récit monothéiste que nous connaissons.

    Cette même question monothéiste ne laisse pas d’intriguer, même le commun des mortels semble la considérer comme une évidence, alors que nous avons vraiment à faire à deux entités divines distinctes. Ce livre le montre bien : c’est très progressivement que le Yhwh de la Bible hébraïque a, en quelque sorte, triomphé de l’Elohim, lequel n’a pas disparu sans laisser des traces. Loin de là.

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  • Marek Halter, Je voulais changer le monde. Mémoires (Robert Laffont)

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    Marek Halter, Je voulais changer le monde. Mémoires (Robert Laffont)

    Quel homme et surtout quelle vie. Ce n’est pas une mais une dizaine de vies que Marek Halter nous raconte par le menu (plus de cinq cents pages), que nous lisons avec passion, tant le style est coulant et le contenu captivant. Je savais un certain nombre de choses mais le récit, recentré et plus développé sur certains points, donne encore à ces Mémoires une certaine fraîcheur. Au fond, c’est le symbole ou l’incarnation de l’histoire juive, pas uniquement celle de ce terrible XXe siècle, siècle de la Shoah, mais de toutes les vicissitudes d’Israël.

    Le petit garçon juif du ghetto de Varsovie qui n’a dû la vie sauve qu’à la décision de ses parents de quitter nuitamment leur gîte sans rien emporter avec soi, relate après plus d’un demi siècle ce qu’on peut éprouver quand on est un déraciné, un réprouvé, un exilé permanent, au seul fait d’être né juif et de devoir évoluer dans un monde gagné par l’antisémitisme… Pourtant, malgré la gravité dont sont empreints ces récits poignants, le narrateur ne se prend pas au sérieux ni ne s’apitoie toujours sur son sort. Par exemple, les forces de la vie n’ont pas cessé de battre dans son cœur, surtout lorsqu’il s’agissait de belles et vigoureuses jeunes femmes dont il appréciait l’anatomie.

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  • Entrer en stratégie, par le général Vincent Desportes (Robert Laffont)

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    Entrer en stratégie, par le général Vincent Desportes (Robert Laffont)

    Ce titre est à prendre au pied de la lettre ; il ne s’agit pas d’une clause de style destinée à attirer le chaland ; non point, l’auteur, grand spécialiste d’histoire militaire (mais pas seulement) déroule devant nous les exemples de stratégie, aussi bien remontant aux antiquités chinoise et athénienne, qu’aux exemples contemporains, comme l’invasion de l’Irak par Georges W. Bush ou la lutte contre l’Etat Islamique.

    J’ai lu cet ouvrage avec un vif intérêt sans m’attendre à y trouver ce que j’y ai effectivement trouvé. Je l’ai lu aussi avec l’œil, le regard du philosophe car ce général, homme de grande culture, n’a pas, dans cet essai, négligé ce qui touche à la philosophie, voire à l’anthropologie. Qu’est ce que la stratégie ? C’est l’action de s’adapter, d’avancer et de reculer, de ne jamais reprendre à l’identique les recettes du passé car si elles ont fait leurs preuves jadis cela ne garantit guère qu’elles en feront autant dans le futur.

    Dès les premières lignes, j’ai senti qu’on s’orientait vers l’essai philosophique tant les thèmes discutés relèvent de cette discipline. Mais le général ne confine pas son propos au seul domaine militaire qu’il connaît parfaitement bien, il étend ses réflexions et ses investigations à l’industrie et aux entreprises dans l’acception la plus large du terme.

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  • Méir M. Bar-Asher, Les juifs dans le Coran. Préface de Mohammed Ali Amir-Moezzi (Albin Michel)

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    Méir M. Bar-Asher, Les juifs dans le Coran. Préface de Mohammed Ali Amir-Moezzi (Albin Michel)

    Je tiens à dire d’emblée qu’avec cet ouvrage nous tenons une solide contribution à la question tant disputée du statut des juifs dans le Coran. L’auteur, excellent connaisseur du Coran et de la langue arabe, né dans un environnement qui facilite visiblement l’exploration d’un tel thème sans tomber dans les exagérations ou les mythes si bien véhiculés par une certaine presse et une certaine littérature. Avec notre auteur qui a fort bien choisi son préfacier, l’éditeur de l’excellent Dictionnaire du Coran, nous tenons un ouvrage fait aux normes de la méthode historico-critique. Ses conclusions, quand il y en a, sont donc scientifiques et montrent la grande complexité de la question.

    J’apprécie que l’auteur ait mentionné la thèse de doctorat d’Abraham Geiger, soutenue au début du XIXe siècle, à l’université de Bonn et qui fut couronnée (preisgkrönt) ; le jeune rabbin réformé y montrait l’importance des emprunts de Mahomet à la tradition juive tant écrite qu’orale, étant entendu que ce qu’il en a retenu n’est pas nécessairement ce qui s’y était dit…

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