Vu de la place Victor Hugo - Page 3

  • Nicolas Offenstadt, La RDA le pays disparu...

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    Nicolas Offenstadt, La pays disparu. Sur les traces de la RDA (Folio, Gallimard)

     

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  • Régis Debray, Conseils d’un père à son fils (Bilan de faillite) (Gallimard)

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    Régis Debray, Conseils d’un père à son fils (Bilan de faillite) (Gallimard)

    On avait pris l’habitude avec Franz Kafka d’une lettre adressée au père, ici Régis Debray innove et inverse la tendance : c’est lui qui s’adresse à son fils (une certaine différence d’âge en explique le contenu tout à fait autre : soixante-seize ans face à un adolescent qui n’en a que seize !) pour lui prodiguer des conseils, tout en lui expliquant en long et en large, comment, lui, Régis Debray, petit-fils d’un grand père juif, a pratiquement tout raté, en gros, s’est entièrement fourvoyé.

    J’avoue avoir parfois hésité à poursuivre ma patiente lecture de ce petit livre (moins de 140 pages) et finalement je l’ai trouvé très attachant au point même d’en oublier le narcissisme et l’égocentrisme. Mais le personnage est ainsi fait et on lui doit tant de (bonnes et moins bonnes) choses, en dépit de certaines incroyables erreurs de navigation qui ont défrayé la chronique

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  • Mouna HACHIM, Les manuscrits perdus (Ed. Eric Bonnier)

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    Mouna HACHIM, Les manuscrits perdus (Ed. Eric Bonnier)

    Le titre ne le dit pas le dire explicitement mais ce beau roman historique traite du vécu tumultueux des musulmans convertis de force au christianisme, les Morisques, après la fameuse Reconquista qui a rétabli l’unité politique et religieuse da la péninsule ibérique : après les Juifs, expulsé pour les plus chanceux car les autres furent simplement massacrés sur les routes maritimes ou terrestres de l’exode en 1492, les potentats locaux catholiques s’émurent de la présence peu rassurante de ces Morisques dont l’adhésion réelle à leur nouvelle religion était plus que suspecte. Il s’agissait donc de l’éloigner un imminent et grave danger pour la sécurité intérieure des principautés ibériques. Un décret d’expulsion fut promulgué par Philippe III jetant hors de son vaste royaume tous ces pauvres Morisques., pourtant à leur terre d’origine par de multiples liens. Pour les autorités chrétiennes, en plus des accusations fantaisistes de banditisme, il y avait la crainte d’un cheval de Troie : en cas d’attaque contre l’Espagne, les Morisques pourraient aider des envahisseurs.

    C’est donc de l’histoire de ces mêmes Morisques qu’il s’agit. L’auteur, dotée d’un réel talent littéraire, nous fait voyager à travers tous les siècles au cours desquels s’annonçait pas seulement le Nouveau Monde mais aussi, dans son sillage, un monde nouveau, avec d’autres projets, d’autres perspectives et d’autres défis.

    On ne peut pas, dans l’espace ici imparti, s’arrêter sur tout ce qui se lit dans ce roman captivant, car tout en romançant l’histoire, l’auteure s’arrête sur des faits réels qu’elle commente de manière vivante. Je suis donc condamné à résumer à grands traits cette histoire qui gravite autour d’un héros, Afoqay, un Morisque qui sait les langues et notamment celle de ses ancêtres, convertis ou disparus, dans des localités où la moindre connaissance de la langue arabe ou du Coran, le moindre tentative de fuir pour vivre en toute liberté sa vraie foi faisait planer sur vous le soupçon de partir afin d’abjurer la foi chrétienne… Voici comment l’auteure décrit les sentiments du héros Afoqay, une fois qu’il arrive enfin chez les siens : il écrivait toute sa gratitude à Dieu, d’avoir été libéré de sa cptivité en terre chrétienne, des calvaires des routes, assimilés aux tourmenbts de la géhenne… (p109)

    C’est Grenade qui fournit le principal décor car il y a d’autres cités ibériques ou même marocaines, toutes proches comme Fès, Marrakech ou Meknès où le héros est accueilli et bien traité… C’est donc dans la tour d’une mosquée de la cité grenadine que sont découverts un manuscrit et des livres de plomb . Les autorités chrétiennes sont intriguées par cette découverte et cherchent à en connaître l’exact contenu. Elles missionnent donc un Morisque précisément, Afoqay, pour déchiffrer le texte. Mais c’est une arme à double tranchant : d’un côté, Afoqay est impatient de découvrir dans ces manuscrits que les racines de la péninsule ont authentiquement musulmanes et qu’il serait donc bien chez lui dans cette Hispanie tant aimée, mais d’un autre côté, sa parfaite connaissance de la langue et de la civilisation arabes font planer sur un dangereux soupçon d’hérésie islamique. Qu’on en juge : Et si Afoqay avait réussi à s’installer dans ce quartier grenadin où la majeure partie de la population avait été contrainte à l’exil puis à l’expulsion… s’il avait réussi à dissimuler sa attachement indéfectible à la foi musulmane… le voilà maintenant sollicité par l’archevêque de Grenade en personne pour tenter de percer le mystère du parchemin de la tour (p 31).

    Et un peu plus loin, voici ce qui se lit : Afokay comprit alors enfin qu’il avait entre les mains le parchemin découvert lors de la destruction du minaret de l’ancienne mosquée principale qui gênait les travaux de la troisième nef de la cathédrale… (p 37)

    Mais les thématiques sont très nombreuses dans le livre : par exemple, ces développements sur le prophète Mahomet, sur une religion unique universelle reconnue par tous, car elle se confond avec la Vérité, etc… Un voici un passage fort éclairant : Les passages les plus significatifs annoncent l’arrivée du prophète Mohammed. (p 136)

    Cette coutume du livre ou du manuscrit perdu puis retrouvé, dissimulé dans un vénérable lieu de culte, existe dans d’autres religions, à quelques détails près… Je pense notamment au livre biblique du Deutéronome, découvert lors du renforcement des soubassements du Temple de Jérusalem et remis au roi Josias en 622 avant notre ère. Et comme par hasard, cette découverte provoque une grande réforme religieuse qui trouve sa source dans cette découverte. On pense aussi aux Fragments d’un Anonyme de Hermann Samuel Reimarus, et publiés sans nom d’auteur par Lessing à Wolfenbuttel Mais pour notre Morisque, il se réjouit de constater que des traits arabes se retrouvent dans des documents paléochrétiens. Je vous laisse conclure…

    Page 57 on remarque ceci : Mais y avait-il plus saisissante conjonction de Jésus et de Mohammed annoncé six siècles après le précédent dans une même prophétie ?

    Et afin d’éviter toute méprise conduisant à substituer nos propres idées s au texte, je relève aussi ce passage : Cette découverte permettait de réécrire l’histoire de Grenade, une ville jugée orientale,, toujours per !ue comme un foyer de menaces, christianisée par la force, désormais hissée dans la sainteté… reliée qu’elle est au christianisme primitif et à l’Ill ibéris mythique en refoulant plusieurs siècles de présence islamique.

    L’Espagne a donc décidé «d’arracher une branche maîtresse de son histoire.»

    L’avant-dernière partie de cet ouvrage traite de certaines joutes théologiques (l’essence de l’islam, le sainte Trinité, la forme divino-humaine de Jésus), en gros on voit Afoqay, à la tête de son ambassade en pays chrétiens (les Provinces-Unies, le pays des Francs) tenter de prouver que l’identité arabo-musulmane est compatible avec la culture européenne, qui demeure malgré l’apport d’Athènes et de Rome, d’essence judéo-chrétienne..

    Le personnage principal, revenu de tout, désillusionné et impuissant face aux erreurs tragiques des princes musulmans, retourne dans sa bonne ville de Marrakech où il ne réussira pas à trouver la quiétude propre aux recherches philosophiques… Mais même ce court répit ne réussit pas à le réconcilier avec le monde qui l’entoure.

    Ce livre est très plaisant et contient de solides considérations d’ordre philosophique. Moi, cette fin me fait penser à l’épître d’Ibn Tufayl intitulé Risalat Hayy ibn Yaqdan. C’est un constat d’échec : le Sage ne trouve de repos nulle part dans ce bas monde.

    Pour ceux qui veulent en avoir sur l’histoire de ‘al-Andalous (L’histoire de l’Espagne musulmane) il faut consulter le beau livre de Brian A. Catlos, que les éditions C.H. Beck de Munich viennent de traduire en allemand.

    Mais le livre de Madame Mouna Hachim constitue un excellent point de départ

     

  • La loi du royaume a force de loi...

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    Dinah de-Malkhoutah dinah… (La loi du royaume a force de loi..)

    Ou comment les juifs, contrairement à d’autres cultures religieuses, ont pu franchir plus de 25 siècles d’exil sans s’auto-renier…

    C’est une actualité brûlante en France, ces dernières semaines, qui me contraint à traiter de ce sujet concernant la philosophie politique du judaïsme, un judaïsme qui émerge à peine d’un interminable exil, au cours duquel il a dû dépenser des trésors d’ingéniosité exégétique pour vivre le mieux possible en terre étrangère, respectant les lois administratives de royaumes païens et polythéistes, sans toutefois manquer aux règles éthiques de la Torah. En gros, on peut dire que le judaïsme rabbinique ou biblico-talmudique a réussi une alchimie unique : établir une consensus ou une comptabilité entre l’identité juive et le culture européenne… Visiblement, tout le monde n’a pas réussi un tel pari, aujourd’hui encore…

  • L'effondrement des régimes arabes et l'alibi israélien

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    L’effondrement des régimes arabes et «l’alibi» israélien…

     

    Ce qui est en train de se passer dans le Liban voisin est instructif à plus d’un titre. Depuis qu’Israël existe et depuis que le conflit entre l’état juif et ses voisins fait rage, aucun de ces pays belligérants n’a respecté la volonté de son peuple, aucun n’a garanti les libertés publiques ni ne s’est soumis à la loi fondamentale de la démocratie : la tenue d’élections vraiment libres. Et ce qui vient de se passer et qui s’y poursuit est éloquent à plus d’un titre : les citoyens se réveillent soudain, constatent qu’on leur a volé leurs droits fondamentaux au motif qu’un danger menaçant était aux portes, à savoir ce terrible (sic) Etat d’Israël qui usurpe une terre réputée arabo-musulmane… Et au nom de ce contre sens historique, on a instauré l’état d’urgence dans tous les pays de la région…

     

    Mais voilà, suivant ce que Hegel avait appelé la ruse de la Raison, les peuples arabes de la région se sont soulevés contre leurs gouvernants pour des motifs qui ne concernent en rien l’état d’Israël. Et c’est exactement ce qui se passe au Liban qui n’a aucune souveraineté nationale, qui n’est plus maître chez lui, tolère une présence armée sur son sol national, toujours pour le même motif : le soi-disant danger représenté par l’état juif. C’est l’argument brandi par la milice chiite pro iranienne pour justifier son mépris de l’autorité libanaise.

     

    La nouveauté, c’est que ce raisonnement est désormais entièrement décrédibilisé, démonétisé, caduc, car plus personne n’y croit. Et ces troubles dans la capitale libanaise et dans les villes de province n’ont pas du tout un caractère anti israélien, ce qui est fortement remis en cause, ce sont les mœurs corrompues des politiciens du cru, l’empiètement du Hezbollah sur la marge de manœuvre du gouvernement qui ne décide de rien, tel un couteau sans lame…

     

    Lorsque les troubles ont éclaté à Tunis, ce pays est toujours très éloigné du champ de bataille du Proche Orient… Et le mal, pour ainsi dire, s’est étendu comme une trainée de poudre au point de contaminer tous les pays engagés contre Israël.

     

    Or, aujourd’hui, c’est cet unilatéralisme qui est en accusation et qui ne fait plus recette… C’est exactement ce que nous vivons avec la crise libanaise : un pays endetté de manière dramatique, un gouvernement paralysé par un Hezbollah surarmé et qui décide d’engager une guerre contre le voisin israélien. Bref, un pays ruiné, une jeunesse soufrant d’un chômage endémique, des ordures qui ne sont pas ramassées ou qui ne sont pas traitées si ce n’est dans des décharges sauvages… Bref, l’anarchie ! Et au vu de toutes ces raisons objectives, depuis des années, les gouvernements ont fait d’Israël la cause de leur malheur, la source de tous les maux. Et ceci n’est pas éloigné de ce que disait l’historien nationaliste allemand, Heinrich von Treitschke, Les juifs sont notre malheur (Die Judens ind unser Unglück) Sans vraiment le sa voir, les ennemis d’Israël ont repris cette thématique.

     

    Et comme je le notais plus haut, cela ne passe plus, cela ne suffit plus à justifier la confiscation de la démocratie, l’instauration de l’état d’urgence et la suspension des libertés individuelles…

     

    Laissez moi vous donner un exemple très édifiant, concernant l’Iran dont les dirigeants risquent d’avoir sous peu quelques mauvaises surprises… Il y a quelques années j’ai suivi un reportage sur Téhéran où deux Iraniens étaient interrogés par le journaliste de France 2. Le premier était un homme d’âge mur et le second un étudiant encore jeune. L’homme âgé lui dit : tu ne comprends pas que notre unique problème c’est l’état d’Israël… Et le jeune de lui répondre vertement : je n’en ai rien à faire, il est à quatre mille km de chez moi, je veux que le gouvernement améliore la situation quotidienne de nos concitoyens… Echange édifiant mais qui n’est plus du tout recevable. Aujourd’hui, même à Téhéran les gens pensent comme ce jeune étudiant.

     

    Allez dire cela aux jeunes qui occupent les rues des villes libanaises, ils vous riront au nez. Car cela ne les intéresse pas. Ce qui retient leur attention, ce sont la corruption, le marasme économique, l’endettement de l’Etat, la main mise du Hezbollah, milice pro iranienne qui inféode le pays à une puissance étrangère et, dernier mais non moindre, l’absence de liberté et de démocratie.

     

    Depuis qu’Israël renaît de ses cendres, les dictatures arabes de la région et d’ailleurs, ont instrumentalisé la cause palestinienne pour exercer leur pouvoir sur tous les secteurs de la vie nationale. Aujourd’hui, ces mêmes régimes paient pour ce contresens historique : plus personne ne croit qu’Israël y est pour quelque chose. Et les succès diplomatiques israéliens en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans même parler des foudroyantes avancées technologiques, l’attestent largement. Même les états africains, jadis appâtés par les prébendes arabes sont sortis de leur léthargie.

     

    Que va t il se passer à Beyrouth ? Disons en tout premier lieu qu’Israël n’a avec ce pays aucun conflit territorial. Et souhaite entretenir avec lui des relations de bon voisinage. En outre, le chef du gouvernement actuel a mandaté discrètement la France et les USA pour expliquer à Jérusalem que son pays fera tout pour empêcher le Hezbollah de déclencher une nouvelle guerre. Et Israël a fait savoir qu’il ne bougera que s’il est menacé. Et qu’en cas de provocation, le pays du Cèdre le paierait fort cher. Nous espérons que la sagesse l’emportera sur la folie meurttière.

     

    Comme l’alibi israélien ne vaut plus rien, il faut espérer que les régimes arabes comprendront enfin que leur Cause est une cause embaumée (pour parler comme Walter Rathenau) et qu’il est temps de s’en remettre à la Realpolitik.

     

    La langue arabe a une belle formule pour signifier ceci : pas des paroles, mais des actes) la aqwal af’al. Il est grand temps.

     

     

     

     

    L’effondrement des régimes arabes et «l’alibi» israélien…

     

    Ce qui est en train de se passer dans le Liban voisin est instructif à plus d’un titre. Depuis qu’Israël existe et depuis que le conflit entre l’état juif et ses voisins fait rage, aucun de ces pays belligérants n’a respecté la volonté de son peuple, aucun n’a garanti les libertés publiques ni ne s’est soumis à la loi fondamentale de la démocratie : la tenue d’élections vraiment libres. Et ce qui vient de se passer et qui s’y poursuit est éloquent à plus d’un titre : les citoyens se réveillent soudain, constatent qu’on leur a volé leurs droits fondamentaux au motif qu’un danger menaçant était aux portes, à savoir ce terrible (sic) Etat d’Israël qui usurpe une terre réputée arabo-musulmane… Et au nom de ce contre sens historique, on a instauré l’état d’urgence dans tous les pays de la région…

     

    Mais voilà, suivant ce que Hegel avait appelé la ruse de la Raison, les peuples arabes de la région se sont soulevés contre leurs gouvernants pour des motifs qui ne concernent en rien l’état d’Israël. Et c’est exactement ce qui se passe au Liban qui n’a aucune souveraineté nationale, qui n’est plus maître chez lui, tolère une présence armée sur son sol national, toujours pour le même motif : le soi-disant danger représenté par l’état juif. C’est l’argument brandi par la milice chiite pro iranienne pour justifier son mépris de l’autorité libanaise.

     

    La nouveauté, c’est que ce raisonnement est désormais entièrement décrédibilisé, démonétisé, caduc, car plus personne n’y croit. Et ces troubles dans la capitale libanaise et dans les villes de province n’ont pas du tout un caractère anti israélien, ce qui est fortement remis en cause, ce sont les mœurs corrompues des politiciens du cru, l’empiètement du Hezbollah sur la marge de manœuvre du gouvernement qui ne décide de rien, tel un couteau sans lame…

     

    Lorsque les troubles ont éclaté à Tunis, ce pays est toujours très éloigné du champ de bataille du Proche Orient… Et le mal, pour ainsi dire, s’est étendu comme une trainée de poudre au point de contaminer tous les pays engagés contre Israël.

     

    Or, aujourd’hui, c’est cet unilatéralisme qui est en accusation et qui ne fait plus recette… C’est exactement ce que nous vivons avec la crise libanaise : un pays endetté de manière dramatique, un gouvernement paralysé par un Hezbollah surarmé et qui décide d’engager une guerre contre le voisin israélien. Bref, un pays ruiné, une jeunesse soufrant d’un chômage endémique, des ordures qui ne sont pas ramassées ou qui ne sont pas traitées si ce n’est dans des décharges sauvages… Bref, l’anarchie ! Et au vu de toutes ces raisons objectives, depuis des années, les gouvernements ont fait d’Israël la cause de leur malheur, la source de tous les maux. Et ceci n’est pas éloigné de ce que disait l’historien nationaliste allemand, Heinrich von Treitschke, Les juifs sont notre malheur (Die Judens ind unser Unglück) Sans vraiment le sa voir, les ennemis d’Israël ont repris cette thématique.

     

    Et comme je le notais plus haut, cela ne passe plus, cela ne suffit plus à justifier la confiscation de la démocratie, l’instauration de l’état d’urgence et la suspension des libertés individuelles…

     

    Laissez moi vous donner un exemple très édifiant, concernant l’Iran dont les dirigeants risquent d’avoir sous peu quelques mauvaises surprises… Il y a quelques années j’ai suivi un reportage sur Téhéran où deux Iraniens étaient interrogés par le journaliste de France 2. Le premier était un homme d’âge mur et le second un étudiant encore jeune. L’homme âgé lui dit : tu ne comprends pas que notre unique problème c’est l’état d’Israël… Et le jeune de lui répondre vertement : je n’en ai rien à faire, il est à quatre mille km de chez moi, je veux que le gouvernement améliore la situation quotidienne de nos concitoyens… Echange édifiant mais qui n’est plus du tout recevable. Aujourd’hui, même à Téhéran les gens pensent comme ce jeune étudiant.

     

    Allez dire cela aux jeunes qui occupent les rues des villes libanaises, ils vous riront au nez. Car cela ne les intéresse pas. Ce qui retient leur attention, ce sont la corruption, le marasme économique, l’endettement de l’Etat, la main mise du Hezbollah, milice pro iranienne qui inféode le pays à une puissance étrangère et, dernier mais non moindre, l’absence de liberté et de démocratie.

     

    Depuis qu’Israël renaît de ses cendres, les dictatures arabes de la région et d’ailleurs, ont instrumentalisé la cause palestinienne pour exercer leur pouvoir sur tous les secteurs de la vie nationale. Aujourd’hui, ces mêmes régimes paient pour ce contresens historique : plus personne ne croit qu’Israël y est pour quelque chose. Et les succès diplomatiques israéliens en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans même parler des foudroyantes avancées technologiques, l’attestent largement. Même les états africains, jadis appâtés par les prébendes arabes sont sortis de leur léthargie.

     

    Que va t il se passer à Beyrouth ? Disons en tout premier lieu qu’Israël n’a avec ce pays aucun conflit territorial. Et souhaite entretenir avec lui des relations de bon voisinage. En outre, le chef du gouvernement actuel a mandaté discrètement la France et les USA pour expliquer à Jérusalem que son pays fera tout pour empêcher le Hezbollah de déclencher une nouvelle guerre. Et Israël a fait savoir qu’il ne bougera que s’il est menacé. Et qu’en cas de provocation, le pays du Cèdre le paierait fort cher. Nous espérons que la sagesse l’emportera sur la folie meurttière.

     

    Comme l’alibi israélien ne vaut plus rien, il faut espérer que les régimes arabes comprendront enfin que leur Cause est une cause embaumée (pour parler comme Walter Rathenau) et qu’il est temps de s’en remettre à la Realpolitik.

     

    La langue arabe a une belle formule pour signifier ceci : pas des paroles, mais des actes) la aqwal af’al. Il est grand temps.

     

     

     

    L’effondrement des régimes arabes et «l’alibi» israélien…

     

    Ce qui est en train de se passer dans le Liban voisin est instructif à plus d’un titre. Depuis qu’Israël existe et depuis que le conflit entre l’état juif et ses voisins fait rage, aucun de ces pays belligérants n’a respecté la volonté de son peuple, aucun n’a garanti les libertés publiques ni ne s’est soumis à la loi fondamentale de la démocratie : la tenue d’élections vraiment libres. Et ce qui vient de se passer et qui s’y poursuit est éloquent à plus d’un titre : les citoyens se réveillent soudain, constatent qu’on leur a volé leurs droits fondamentaux au motif qu’un danger menaçant était aux portes, à savoir ce terrible (sic) Etat d’Israël qui usurpe une terre réputée arabo-musulmane… Et au nom de ce contre sens historique, on a instauré l’état d’urgence dans tous les pays de la région…

     

    Mais voilà, suivant ce que Hegel avait appelé la ruse de la Raison, les peuples arabes de la région se sont soulevés contre leurs gouvernants pour des motifs qui ne concernent en rien l’état d’Israël. Et c’est exactement ce qui se passe au Liban qui n’a aucune souveraineté nationale, qui n’est plus maître chez lui, tolère une présence armée sur son sol national, toujours pour le même motif : le soi-disant danger représenté par l’état juif. C’est l’argument brandi par la milice chiite pro iranienne pour justifier son mépris de l’autorité libanaise.

     

    La nouveauté, c’est que ce raisonnement est désormais entièrement décrédibilisé, démonétisé, caduc, car plus personne n’y croit. Et ces troubles dans la capitale libanaise et dans les villes de province n’ont pas du tout un caractère anti israélien, ce qui est fortement remis en cause, ce sont les mœurs corrompues des politiciens du cru, l’empiètement du Hezbollah sur la marge de manœuvre du gouvernement qui ne décide de rien, tel un couteau sans lame…

     

    Lorsque les troubles ont éclaté à Tunis, ce pays est toujours très éloigné du champ de bataille du Proche Orient… Et le mal, pour ainsi dire, s’est étendu comme une trainée de poudre au point de contaminer tous les pays engagés contre Israël.

     

    Or, aujourd’hui, c’est cet unilatéralisme qui est en accusation et qui ne fait plus recette… C’est exactement ce que nous vivons avec la crise libanaise : un pays endetté de manière dramatique, un gouvernement paralysé par un Hezbollah surarmé et qui décide d’engager une guerre contre le voisin israélien. Bref, un pays ruiné, une jeunesse soufrant d’un chômage endémique, des ordures qui ne sont pas ramassées ou qui ne sont pas traitées si ce n’est dans des décharges sauvages… Bref, l’anarchie ! Et au vu de toutes ces raisons objectives, depuis des années, les gouvernements ont fait d’Israël la cause de leur malheur, la source de tous les maux. Et ceci n’est pas éloigné de ce que disait l’historien nationaliste allemand, Heinrich von Treitschke, Les juifs sont notre malheur (Die Judens ind unser Unglück) Sans vraiment le sa voir, les ennemis d’Israël ont repris cette thématique.

     

    Et comme je le notais plus haut, cela ne passe plus, cela ne suffit plus à justifier la confiscation de la démocratie, l’instauration de l’état d’urgence et la suspension des libertés individuelles…

     

    Laissez moi vous donner un exemple très édifiant, concernant l’Iran dont les dirigeants risquent d’avoir sous peu quelques mauvaises surprises… Il y a quelques années j’ai suivi un reportage sur Téhéran où deux Iraniens étaient interrogés par le journaliste de France 2. Le premier était un homme d’âge mur et le second un étudiant encore jeune. L’homme âgé lui dit : tu ne comprends pas que notre unique problème c’est l’état d’Israël… Et le jeune de lui répondre vertement : je n’en ai rien à faire, il est à quatre mille km de chez moi, je veux que le gouvernement améliore la situation quotidienne de nos concitoyens… Echange édifiant mais qui n’est plus du tout recevable. Aujourd’hui, même à Téhéran les gens pensent comme ce jeune étudiant.

     

    Allez dire cela aux jeunes qui occupent les rues des villes libanaises, ils vous riront au nez. Car cela ne les intéresse pas. Ce qui retient leur attention, ce sont la corruption, le marasme économique, l’endettement de l’Etat, la main mise du Hezbollah, milice pro iranienne qui inféode le pays à une puissance étrangère et, dernier mais non moindre, l’absence de liberté et de démocratie.

     

    Depuis qu’Israël renaît de ses cendres, les dictatures arabes de la région et d’ailleurs, ont instrumentalisé la cause palestinienne pour exercer leur pouvoir sur tous les secteurs de la vie nationale. Aujourd’hui, ces mêmes régimes paient pour ce contresens historique : plus personne ne croit qu’Israël y est pour quelque chose. Et les succès diplomatiques israéliens en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans même parler des foudroyantes avancées technologiques, l’attestent largement. Même les états africains, jadis appâtés par les prébendes arabes sont sortis de leur léthargie.

     

    Que va t il se passer à Beyrouth ? Disons en tout premier lieu qu’Israël n’a avec ce pays aucun conflit territorial. Et souhaite entretenir avec lui des relations de bon voisinage. En outre, le chef du gouvernement actuel a mandaté discrètement la France et les USA pour expliquer à Jérusalem que son pays fera tout pour empêcher le Hezbollah de déclencher une nouvelle guerre. Et Israël a fait savoir qu’il ne bougera que s’il est menacé. Et qu’en cas de provocation, le pays du Cèdre le paierait fort cher. Nous espérons que la sagesse l’emportera sur la folie meurttière.

     

    Comme l’alibi israélien ne vaut plus rien, il faut espérer que les régimes arabes comprendront enfin que leur Cause est une cause embaumée (pour parler comme Walter Rathenau) et qu’il est temps de s’en remettre à la Realpolitik.

     

    La langue arabe a une belle formule pour signifier ceci : pas des paroles, mais des actes) la aqwal af’al. Il est grand temps.

     

     

     

     

     

    L’effondrement des régimes arabes et «l’alibi» israélien…

     

    Ce qui est en train de se passer dans le Liban voisin est instructif à plus d’un titre. Depuis qu’Israël existe et depuis que le conflit entre l’état juif et ses voisins fait rage, aucun de ces pays belligérants n’a respecté la volonté de son peuple, aucun n’a garanti les libertés publiques ni ne s’est soumis à la loi fondamentale de la démocratie : la tenue d’élections vraiment libres. Et ce qui vient de se passer et qui s’y poursuit est éloquent à plus d’un titre : les citoyens se réveillent soudain, constatent qu’on leur a volé leurs droits fondamentaux au motif qu’un danger menaçant était aux portes, à savoir ce terrible (sic) Etat d’Israël qui usurpe une terre réputée arabo-musulmane… Et au nom de ce contre sens historique, on a instauré l’état d’urgence dans tous les pays de la région…

     

    Mais voilà, suivant ce que Hegel avait appelé la ruse de la Raison, les peuples arabes de la région se sont soulevés contre leurs gouvernants pour des motifs qui ne concernent en rien l’état d’Israël. Et c’est exactement ce qui se passe au Liban qui n’a aucune souveraineté nationale, qui n’est plus maître chez lui, tolère une présence armée sur son sol national, toujours pour le même motif : le soi-disant danger représenté par l’état juif. C’est l’argument brandi par la milice chiite pro iranienne pour justifier son mépris de l’autorité libanaise.

     

    La nouveauté, c’est que ce raisonnement est désormais entièrement décrédibilisé, démonétisé, caduc, car plus personne n’y croit. Et ces troubles dans la capitale libanaise et dans les villes de province n’ont pas du tout un caractère anti israélien, ce qui est fortement remis en cause, ce sont les mœurs corrompues des politiciens du cru, l’empiètement du Hezbollah sur la marge de manœuvre du gouvernement qui ne décide de rien, tel un couteau sans lame…

     

    Lorsque les troubles ont éclaté à Tunis, ce pays est toujours très éloigné du champ de bataille du Proche Orient… Et le mal, pour ainsi dire, s’est étendu comme une trainée de poudre au point de contaminer tous les pays engagés contre Israël.

     

    Or, aujourd’hui, c’est cet unilatéralisme qui est en accusation et qui ne fait plus recette… C’est exactement ce que nous vivons avec la crise libanaise : un pays endetté de manière dramatique, un gouvernement paralysé par un Hezbollah surarmé et qui décide d’engager une guerre contre le voisin israélien. Bref, un pays ruiné, une jeunesse soufrant d’un chômage endémique, des ordures qui ne sont pas ramassées ou qui ne sont pas traitées si ce n’est dans des décharges sauvages… Bref, l’anarchie ! Et au vu de toutes ces raisons objectives, depuis des années, les gouvernements ont fait d’Israël la cause de leur malheur, la source de tous les maux. Et ceci n’est pas éloigné de ce que disait l’historien nationaliste allemand, Heinrich von Treitschke, Les juifs sont notre malheur (Die Judens ind unser Unglück) Sans vraiment le sa voir, les ennemis d’Israël ont repris cette thématique.

     

    Et comme je le notais plus haut, cela ne passe plus, cela ne suffit plus à justifier la confiscation de la démocratie, l’instauration de l’état d’urgence et la suspension des libertés individuelles…

     

    Laissez moi vous donner un exemple très édifiant, concernant l’Iran dont les dirigeants risquent d’avoir sous peu quelques mauvaises surprises… Il y a quelques années j’ai suivi un reportage sur Téhéran où deux Iraniens étaient interrogés par le journaliste de France 2. Le premier était un homme d’âge mur et le second un étudiant encore jeune. L’homme âgé lui dit : tu ne comprends pas que notre unique problème c’est l’état d’Israël… Et le jeune de lui répondre vertement : je n’en ai rien à faire, il est à quatre mille km de chez moi, je veux que le gouvernement améliore la situation quotidienne de nos concitoyens… Echange édifiant mais qui n’est plus du tout recevable. Aujourd’hui, même à Téhéran les gens pensent comme ce jeune étudiant.

     

    Allez dire cela aux jeunes qui occupent les rues des villes libanaises, ils vous riront au nez. Car cela ne les intéresse pas. Ce qui retient leur attention, ce sont la corruption, le marasme économique, l’endettement de l’Etat, la main mise du Hezbollah, milice pro iranienne qui inféode le pays à une puissance étrangère et, dernier mais non moindre, l’absence de liberté et de démocratie.

     

    Depuis qu’Israël renaît de ses cendres, les dictatures arabes de la région et d’ailleurs, ont instrumentalisé la cause palestinienne pour exercer leur pouvoir sur tous les secteurs de la vie nationale. Aujourd’hui, ces mêmes régimes paient pour ce contresens historique : plus personne ne croit qu’Israël y est pour quelque chose. Et les succès diplomatiques israéliens en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans même parler des foudroyantes avancées technologiques, l’attestent largement. Même les états africains, jadis appâtés par les prébendes arabes sont sortis de leur léthargie.

     

    Que va t il se passer à Beyrouth ? Disons en tout premier lieu qu’Israël n’a avec ce pays aucun conflit territorial. Et souhaite entretenir avec lui des relations de bon voisinage. En outre, le chef du gouvernement actuel a mandaté discrètement la France et les USA pour expliquer à Jérusalem que son pays fera tout pour empêcher le Hezbollah de déclencher une nouvelle guerre. Et Israël a fait savoir qu’il ne bougera que s’il est menacé. Et qu’en cas de provocation, le pays du Cèdre le paierait fort cher. Nous espérons que la sagesse l’emportera sur la folie meurttière.

     

    Comme l’alibi israélien ne vaut plus rien, il faut espérer que les régimes arabes comprendront enfin que leur Cause est une cause embaumée (pour parler comme Walter Rathenau) et qu’il est temps de s’en remettre à la Realpolitik.

     

    La langue arabe a une belle formule pour signifier ceci : pas des paroles, mais des actes) la aqwal af’al. Il est grand temps.

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Dédicace

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    DEDICACE, in memoriam

    Monsieur Denis MOOS d’Annecy a bien voulu soutenir la publication etla diffusion du présent ouvrage, intitulé Regard de la Tradition juive
    sur le monde, souhaitant à cette occasion, rendre hommage à la mémoire bénie de ses grands parents paternels, Rodolphe (ZaL) et Ruth (ZaL)
    MOOS et à celle de son inoubliable père, Robert MOOS (ZaL).

    Le grand père Rodolphe MOOS fut le fondateur et le généreuxmécène de la communauté juive de la ville d’Annecy. C’est donc la mémoire d’un grand bâtisseur, d’un bienfaiteur et d’un philanthrope
    qui est ici honorée et qui sert d’exemple à toute sa lignée, enfants, petits-enfants  et arrière petits-enfants..

    Monsieur Denis MOOS est aussi resté très attaché à la mémoire de sa 
    grand’mère chérie, affectueusement appelée, «mamie Ruth», « mamie Richard « , née HAAS, la
    digne et dévouée compagne de son époux. Son souvenir reste gravé dans
     la mémoire de ses enfants et petits-enfants.

    Le couple Rodolphe et Ruth MOOS a traversé la tragédie de la Shoah et n’a pu survivre en ces temps de terreur que grâce à la solidarité et
    au sacrifice d’amis savoyards. Le souvenir de cette atrocité les a marqués à tout jamais.

    Monsieur Denis MOOS souhaite également rappeler la mémoire de son très cher 
    père, Robert MOOS, disparu en 2010, auquel il a succédé comme président de la communauté juive d’Annecy..

    La famille MOOS n’a jamais cessé de défendre et de représenter un judaïsme authentique, ouvert et tolérant, à la fois à Annecy et dans
    toute la Haute Savoie.

    Ce livre, Regard de la Tradition juive sur le monde, illustre, comme il se doit, la parfaite intégration de cette famille en ce lieu où elle incarne la compatibilité de l’identité juive et de la culture
    européenne.

     

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  • Hela Ouardi, les califes maudits II

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    Hela OUARDI, Les califes maudits. Volume I : La déchirure (Albin Michel)

    Voici une contribution à la fois étonnante et des plus intéressantes concernant les premiers pas de la nouvelle religion islamique immédiatement après le décès de son fondateur. L’auteure, universitaire tunisienne dont je n’avais encore jamais lu, opte pour une méthodologie qui a commencé par me surprendre, jusqu’au moment où j’ai parcouru l’impressionnante liste d’ouvrages de la tradition musulmane, mis à contribution pour rédiger un récit suivi, prenant parfois les allures d’un roman policier. On ne manquera pas d’être frappé par la description physique et psychologique du futur Calife ‘Umar qui succédera à Abu Bakr, père d’Aïcha, la favorite du Prophète et donc son beau-père … Ces éléments proviennent de sources traditionnelles, ce qui leur confère la mesure de la vraisemblance.

    Si j’ai bien compris la thèse de cet important ouvrage, qui sera suivi, nous dit-on, par quelques autres, il s’agit de montrer, à l’aide de témoignages fiables, qu’un puissant penchant hagiographique musulman a soigneusement mis de côté, que la succession ouverte par la disparition du Prophète ne s’est pas passée dans un climat irénique, comme le prétend une tradition largement apologétique, et que les quatre premiers hommes appelés à occuper le poste prestigieux de calife (remplaçant, lieutenant, tenant lieu de..) furent contestés dès le début par une assemblée de croyants traversés par des courants contraires : les Emigrants (mouhajiroun), le groupe qui suivit le Prophète quittant une cité comme La Mecque où il devenait indésirable pour la ville de Médine (Madinat an nabi : la cité du Prophète), d’une part, et les Ansars (l’auteur traduit par les auxiliaires), en gros les habitants de la cité, les autochtones de Médine, lesquels exigeaient que le successeur du Prophète fût issu de leurs rangs…

    L’auteure relate toutes ces joutes oratoires, toutes ces oppositions, voire ces heurts et ces menaces comme dans un roman policier, et comme si elle y était... Mais elle assure, dans ces propos liminaires qu’elle n’a rien inventé mais s’est contentée de réécrire les faits en se servant de sources remontant à des témoins oculaires ou à des témoignages contemporains, s’appuyant sur des source historiques fiables. J’avoue avoir un peu hésité en considérant certains aspects de ce long récit. Mais peu importe, je laisse à d’authentiques spécialistes dont je ne suis pas, le soin de déterminer la valeur littéraire ou la valeur proprement historique de tous ces développements.

    La thèse de cet ouvrage est donc, comme je le notais plus haut, de faire pièce à une trame narrative qui qualifie les quatre premiers califes de dirigeants bien orientés (al-khulafa al rachidoun), dotés des plus grandes vertus et s’étant honorablement acquittés de leur tâche. Or, quand on lit la désignation controversée du premier d’entre eux, Abu Bakr, le beau-père et ami intime du Prophète, celui qu’il désigna comme l’ayant suivi aux pires moments de sa vie, (sahib al ghar : le compagnon de la caverne), on se rend compte qu’il n’en fut rien : Abu Bakr, accompagné du redoutable ‘Umar dans la mosquée où il fut presque contraint physiquement de monter en chaire et d’exiger qu’on lui fasse allégeance, ne régna, pour ainsi dire, que deux ans, et fut le seul à mourir de mort naturelle : ses autres successeurs, ‘Umar, Uthman et Ali furent assassinés alors qu’ils faisaient leurs dévotions à la mosquée…

    Cet ouvrage si richement documenté et puisant aux meilleures sources, si l’on en croit la vaste bibliographie et les notes, rejetées en fin de volume, nous renseigne sur l’ordre tribal auquel le Prophète réussit à imposer son autorité ; ces mêmes tribus étaient elles-mêmes traversées par des clans parfois indisciplinés et surtout très turbulents. Faire accepter la nouvelle religion à toutes ces tribus arabes ne fut jamais une mince affaire. Je reviens de nouveau aux circonstances terribles de la désignation d’Abu Bakr, homme d’un certain âge, réputé pour sa sagesse, mais ne pouvant réprimer un élan de violence lorsqu’on le pousse dans ses derniers retranchements. D’où le titre de ce premier volume La Déchirure

    Mais existait-il une autre façon de procéder ? L’auteure décrit des ombres s’avançant dans l’obscurité, les partisans d’Abu Bakr qui veulent imposer leur candidat et se hâtent vers la mosquée où leurs rivaux tentent de les prendre de vitesse et de les placer devant le fait accompli… On nous montre aussi l’indignation de la famille du Prophète, occupée à organiser les obsèques de ce dernier qui ne sont ni présents sur place, ni simplement consultés, alors qu’ils se considèrent à juste titre comme les membres les plus directs de sa famille (ahl al-bayt). Les échanges, pas seulement verbaux, entre les Emigrants et les Ansars, furent très violents : injures, menaces, intimidations, voies de fait, mépris affiché, etc… Bref, tout le contraire d’un doux passage de relais. L’avenir de cet islam se dessinait alors dans le reste du monde, et pas uniquement dans la péninsule arabique.

    Très intéressantes sont les joutes concernant l’absence de testament du Prophète sur son lit de mort. Les partisans des deux groupes opposés se contentent de fonder leur légitimité soit sur des versets coraniques soit sur des témoignages d’amitié et de confiance que le défunt aurait accordés à des proches. Mais il y eut aussi la nécessité de respecter un instable équilibre entre les tribus arabes, qui, avant l’apparition du Prophète, réglaient souvent leurs différends sur le champ de bataille. Il y eut aussi des retours en arrière, certaines tribus faisant défection (ahl al-ridda) après avoir fait allégeance (al-bay’a).

    L’auteure réussit à expédier tout cela en trois actes et quinze scènes, sans jamais se perdre dans les détails. Au cours de ces récits qui se veulent véridiques, on apprend à mieux connaître le sentir et le penser (Das Denken, und Fühlen) des tribus arabes, leurs mœurs, leur Weltanschauung, bref leur rapport au monde, leur respect de la belle poésie et des tribuns inspirés mais aussi leur dilection pour une certaine violence clanique et tribale.

    Dans ce livre qui se divise en trois parties (Conclave dans la Saqifa, Un Calife sans royaume et l’Imprécation), je suis étonné par la grande culture coranique de Fatima, la fille du prophète qui vient publiquement, en pleine mosquée, dénoncer , en sa présence, le déni de justice du calife Abu Bakr au motif que celui-ci refuse de lui restituer l’héritage de son père. Elle réclamait la restitution d’une zone agricole, Fardak, particulièrement fertile, jadis possession de tribus juives qui l’avaient partiellement offert au Prophète qui leur promit de leur laisser la vie sauve,

    J’ai du mal à croire qu’une jeune femme, fût-elle la propre fille du Prophète, ait pu s’exprimer aussi bien, citer en renfort de sa cause, d’innombrables versets coraniques, apostropher publiquement le calife et, en guise de conclusion, lui crier au visage sa malédiction le tout dans un discours si imprécateur… Cela paraît invraisemblable, notamment en raison de cette forte culture théologique. Il n’est donc pas à exclure que les sources traditionnelles auxquelles s’en réfère l’auteur, aient quelque peu aidé à en affirmer les traits les plus prégnants… Mais cette terrible accusation et cette malédiction maintes fois répétée, mineront le tout premier calife qui y pensera immédiatement lorsqu’on lui annoncera la mort de son fils aîné… Il fallait l’énergie de l’intraitable ‘Umar pour l’empêcher de reconnaître par écrit le bien fondé de la demande de Fatima…

    Mais c’est un bon livre que nous tentons là sur la transmission du pouvoir du Prophète après sa mort. Pas le moindre signe d’apologétique, rien qui ne relève de la science. J’ai aussi eu le plaisir de voir dans les notes une remarque d’Ignaz Goldziher, le génial islamologue judéo-hongrois du XIXe siècle qui avait bien noté que le conseil d’un musulman à son fils qu’il fallait apprendre à nager, est tiré d’un passage talmudique. En effet, dans l’espace des steppes désertiques de l’Arabie, la natation n’est pas vraiment à sa place…

     

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  • Les Kurdes, la quadrature du cercle...

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    LES KURDES , LA QUADRATURE DU CERCLE

     

    Les récents développements impliquant la plus grande puissance mondiale, à savoir les USA, dans un soubresaut dont le Proche Orient semble détenir exclusivement le secret, montre combien cette région du monde peut, d’une instant à l’autre, bouleverser les équilibres régionaux et même compromettre la paix mondiale.

     

    Il y a une foule d’enseignements que les observateurs impartiaux peuvent en tirer, alors qu’il n’y pas vraiment de guerre ouverte entre les états environnants ; pourtant, une simple mesure, en l’occurrence, la Turquie qui viole la frontière syrienne et envahit le nord de ce pays, suffit à mettre le feu aux poudres et à mobiliser l’attention de l’ensemble de la communauté internationale : L’Union Européenne a réagi en condamnant la menace turque, les USA en envoyant une missive fort peu diplomatique au président Erdogan et en dépêchant sur place Le vice président qui a fini par arracher la promesse d’une trêve de cinq jours…

     

    Mais les enseignements à tirer à la faveur d’un tel affolement sont très nombreux et d’une extrême gravité.

     

    Commençons par l’Etat d’Israël lui-même qui a observé, médusé et très inquiet, comment le président Trump (un homme fantasque et imprévisible) tourne en un clin d’œil, le dosà ses alliées d’hier, les pauvres kurdes, en évacuant ses troupes d’élite, environ deux mille hommes, à l’ombre desquels ils pensaient vivre, loin de toute menace de leurs ennemis de toujours, les Ottomans.

     

    Israël a pu confimer sa règle immuable : ne compter que sur D-ieu et sur soi-même. Ce qui est bon pour l’Amérique n’est pas nécessairement bon pour le reste du monde. Cette volte face des USA, que dis-je, d’un seul homme, le président, a surpris tout le monde, y compris le ministère de la défense et les conseillers pour la sécuirté du pays. Imaginez qu’il agisse de la sorte en ce qui concerne la sécurité de l’Etat juif…

     

    Que ferait Israël si, pour se défendre contre ses ennemis, il devait attendre l’aval de Wahsington ? Ce serait suicidaire. D’ailleurs, la question est débttue en Israël, à propos de la signature d’un accord de défense mutuelle. Imaginez qu’Israël lance une guerre préventive pour survivre et que les USA aient une autre approche et refusent d’aller dans la même direction… Une telle hypothèse fait froid dans le dos.

     

    Les Kurdes qui ont sacrifié près de onze mille martyrs dans la lutte sans merci contre Daesh sont abandonnés au milieu du gué, contraints de ne compter que sur eux-mêmes alors que leur alliance avec les USA semblait indéfectible. Au sujet d’Israël, c’est la leçon majeure à tirer de ce qui vient de se passer.

     

    Une brève rétrospective : lors de la guerre du golfe, la première, les Chiites avaient été abandonnés, livrés à eux mêmes et à la fureur vindicative de Saddam Hussein : ils ont payé très cher leur soulèvement, pensant que les USA les soutiendraient… On connaît la suite.

     

    Le chah d’Iran et le président égyptien Husni Moubarak l’ont eux aussi appris à leur dépens : après de beaux discours et des années de politique amicale, ces deux dirigeants, qui ont été ce qu’ils ont été, furent écartés du pouvoir, sans que Washington ne remue le petit doigt alors que la politique US dans la région était fondée sur leur coopération…

     

    Un mot des Kurdes ; l’état d’Israël a toujours été sensible à la situation de ce peuple, dont le territoire est à cheval sur tant de pays : la Syrie, l’Irak, l’Iran et la Turquie. Il sont plusieurs dizaines de millions d’hommes et de femmes, oubliés des grands traités internationaux, depuis Versailles et Lausinne, par exemple…

     

    Depuis des années, les hommes du Mossad sont présents dans le Kurdistan irakien. Et Israël s’est empressé d’envoyer une aide humanitaire à ce peuple menacé d’une tuerie à grande échelle. D’ailleurs, l’Etat juif fut le seul à reconnaître ce référendum d’autonomie kurde. Et le pouvoir central irakien n’a pas hésité à recourir à la force armée pour  étouffer dans l’œuf toute velléité autonomiste.

     

    Alors que faire ? Franchement, je l’ignore mais je constate une nouvelle fois que le Proche Orien est un baril de poudre ; la moindre étincelle peut tout faire sauter. Procéder sur place à des r§glements politiques est aussi difficile que réussir la quadrature du cercle. Prenons le cas de ces pauvres Kurdes : qui imagine que des pays comme l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie accepteraient un jour de céder une partie de leur territoire national ?

     

    L’âme kurde évoque par maints aspects l’âme juive. Mais les Juifs ont fini par réussir à se régénérer et à s’établir dans la terre de leurs ancêtres, même si ce droit leur est contesté chaque jour que Dieu fait.

     

    La brutalité des relations internationales a contraint les Kurdes à se jeter dans les bras de leurs ennemis, en Syrie. Et que va t il se passer, une fois que le danger ottoman sera écarté ? Imagine t on Bachar el Assad reconduire l’autonomie dont ces territoire jouissaient depuis la guerre civile ?

     

    Que Dieu aide les Kurdes et les sauve des mains de leurs ennemis.

  • Jésus avant le Christ par Armand Abécassis

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    Sur Jésus, ses origines, ses intentions premières et son rôle dans l’histoire des relations mouvementées judéo-chrétiennes, les esprits naïfs pensaient que tout, ou presque, avait été dit. La lecture attentive du dernier livre du professeur Armand Abécassis, le plus ancien parmi nous dans le grade le plus élevé, prouve, de manière convaincante, le contraire. Dans une éclairante préface qui n’égale en lucidité que sa belle conclusion, il affiche ses convictions et mobilise tant d’arguments historiques et théologiques pour les défendre. Mais avant d’entrer in medias res, il faut souligner deux choses : d’abord A.A. a toujours été passionné par ces controverses entre les Juifs et les Chrétiens. Ensuite, il met en évidence son respect pour cette grande religion universelle qu’est le christianisme. Il pratique donc l’enseignement de l’estime et de la dignité dans les deux sens : les Juifs ont, certes, été sérieusement malmenés par une Eglise oublieuse de ses origines, mais ce fait historique, si incontestable soit-il, ne leur donne pas le droit de tenir sur la religion des Evangiles ou sur Jésus un discours irrespectueux…

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  • Ethiques du judaïsme par Michael Azoulay

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    Savez vous comment les savants juifs de la Science du judaïsme (Wissenschaft des Judentums) définissaient au XXe siècle leur judaïsme quand la question de l’essence de la religion d’Israël leur était posée ? Leur réponse était toute simple : le judaïsme est un monothéisme éthique.  C’est dire combien la dimension éthique compte dans cette confession. On trouve cette intéressante réponse dès la première page du livre fondamental de Julius Gutmann La philosophie du judaïsme (Die Philosophie des Judentums, Munich, 1933). Une traduction française récente a été publiée aux éditions Gallimard.

    Je commence ainsi afin de pointer le rôle central de l’éthique dans cette religion qui veut donner de la vie humaine une vue globalisante sans jamais être totalitaire. Et dans cette entreprise, c’est l’éthique qui joue les premiers rôles. Au fondement de cette éthique  gît le principe suivant : tous les hommes sont égaux, tous sont dans une égale mesure les créatures de Dieu. Car l’espèce humaine a beau être diverse et variée, son origine n’en demeure pas moins unique et la même partout.

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