09/12/2017

Un homme de lettres et un chanteur relèguent les politiques à l’arrière-plan

Un homme de lettres et un chanteur relèguent les politiques à l’arrière-plan

Il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Les cérémonies en l’honneur de deux grandes personnalités, qui viennent de nous quitter et qui étaient si aimées des Français, rendent ce constat incontournable… La politique ne mobilise plus, les gens veulent autre chose. La politique n’enchante plus, plus aucune légende nationale n’anime les foules. Celles que l’on a vu cet après midi défiler derrière un corbillard ou celles, réunies dans la cour d’honneur des Invalides renforcent le même constat.

Le regard du philosophe n’est jamais innocent ; il n’est pas cruel mais il est comme la chouette de Minerve qui sort la nuit pour contempler le monde tel qu’il est et non comme le voudrait le moindre processus d’idéalisation. On se souvient du mythe de la caverne où des hommes enchainés à leurs préjugés, à leurs habitudes et à leur routine quotidienne observent le reflet de la lumière solaire sur les parois de leur obscure demeure… Ils voient donc le reflet et non la lumière dans sa somptuosité, dans son éclat premier. Plus tard, plus de deux millénaires plus tard, chez Kant, mort en 1804, cela débouchera sur l’impossibilité de toute métaphysique…

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07/12/2017

Albert Speer, architecte d’Hitler par Martin Kitchen (Perrin)

Albert Speer, architecte d’Hitler par Martin Kitchen (Perrin)

Qui se souvient encore de cet architecte, compagnon de route des Nazis, qui avait su séduire le dictateur du Troisième Reich, profitant habilement des frustrations de ce dernier qui n’était rien de plus qu’un artiste-peintre raté, mais éminemment sensible à toute déclaration laudative d’un bâtisseur plus jeune et surtout plus talentueux que lui.  La biographie, très érudite et très élaborée de Martin Kitchen est plutôt critique et ne prend pas pour argent comptant les déclarations compatissantes de ce grand criminel de guerre qui eut la grande chance, de sauver sa tête au tribunal de Nuremberg, là où la quasi -totalité des grands criminels nazis furent condamnés à mort. A la grande surprise même de son propre avocat.

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06/12/2017

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

Depuis toujours, depuis des temps immémoriaux, l’homme a essayé, sans succès, de surmonter la mort, de l’enjamber, d’en faire un simple passage, une transition vers une vie autre, vers l’éternité. Parfois, on dit, pour parler de la mort d’un homme ou d’une femme, qu’il, qu’elle est passé(e) à l’éternité. En gros, qu’il a changé de catégorie, qu’il est passé à autre chose.

C’est bien ce qu’on entend ce matin ou qu’on entendra encore plusieurs jours durant. Mais voilà, il y a la vie, la vie qui nous désarme, tout déconstruit, comme dit la chanson. Et pourtant, il faut bien continuer. Mais ce qui nous écrase, c’est l’accumulation des pertes. Chacun de nous connaît l’expression : passera pas l’hiver… Nous le savions pour ces deux gloires nationales, à des degrés divers, mais qui ont eu une influence incontestable sur notre vie quotidienne, sur nos lectures, nos auditions de chansons, de musique etc…

Parfois, et on doit le reconnaître sans arrogance, la vie des petites gens est tristement vide, sans le moindre relief, ils vivent sans rien, ou avec très peu de choses. Alors, ils se projettent dans l’existence si riche des grands, des célébrités. C’est une vie de substitution. Mais il faut les respecter comme on respecte les étoiles montantes, les étoiles de première grandeur au firmament de la philosophie, de la science ou de la technique.

Je n’aime pas beaucoup parler de mort mais je dois bien dire les raisons de ce titre.

Depuis l’Egypte ancienne avec ses pharaons qui se prenaient pour des divinités immortelles, le pharaon qui dit dans le livre d’Ezéchiel : mon fleuve (le Nil) est à moi, et c’est moi qui l’ai fait- pour des hommes d’exception aptes à monter au firmament et à voisiner avec les dieux, le problème de la mort s’est posé. Ou plutôt on s’est demandé comment la transcender pour se donner l’illusion de l’immortalité. Je pense même, sans rire, à nos Immortels de l’Académie. Mais immortel ne signifie pas éternel. Quand vous traversez les couloirs de l’institution du Quai Conti, vous avez sur votre droite et sur votre gauche une quantité impressionnante de bustes d’hommes (les femmes viennent tout juste d’arriver), censés être des immortels même si on a oublié jusqu’à leur nom, comble de l’ironie pour des immortels.

Mais il n y a pas que l’Egypte pharaonique ni la Babylonie ancienne, il y a aussi la Bible et ses prophètes. Et souvent on peut lire que Dieu finira par tuer la mort, la supprimer (billa’ mawét)… Mais ce n’est pas tout, il effacera toute larme de nos joues (maha kol dim’a). Car le corollaire de la mort, ce sont les larmes..
Mais derrière cette pastorale de la mort se profile aussi cette doctrine de l’éternité de l’âme et même de la résurrection.

Les Historiens des religions ont fini par comprendre la réticence des religions monothéistes vis-à-vis de l’immortalité de l’âme. On craignait que cette idée ne compromette le statut exclusif du Dieu unique auquel l’immortalité et donc l’éternité ne sauraient être contestées.

Mais les grands hommes ou les grandes femmes ne sont jamais oubliés. Là, c’est de la résurrection qu’il est question. On sait que c’est le fondement du christianisme. Une phrase d’Ernest Renan qui m’a toujours impressionné, même si elle a mis hors d’elle notre «sainte mère» l’Eglise : ressusciter c’est continuer de vivre dans le cœur de ceux qui vous ont aimé.

C’est déjà le cas de Jean et de Johnny…

Tribune de Genève de ce matin)

 

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05/12/2017

La disparition de Jean d’Ormesson, hommage à un grand écrivain

La disparition de Jean d’Ormesson, hommage à un grand écrivain

La nouvelle est tombée tôt ce matin ; l’âme de ce grand Monsieur, de ce grand écrivain français du XXe siècle et du début du XXIe , que fut Jean d’Ormesson (que ces intimes appelaient Jean d’O..) s’est envolée durant la nuit vers le ciel. Tous, amis ou pas, reconnaîtront l’extrême affabilité, les mœurs raffinées d’un grand aristocrate, tant au plan social que philosophique et littéraire. Cet académicien avait bénéficié de l’enseignement direct de sa propre mère, ce qui ne fut pas un handicap puisqu’il fut reçu à l’agrégation de philosophie.

Il faut dire qu’il avait de qui tenir : il marcha dans les brisées de son père, comme des montagnards placent leurs pas dans ceux laissés dans la neige par leurs devanciers. Homme résolument de droite, mais d’une droite humaniste, croyant mais sans bigoterie, chrétien sans être antisémite, il dégageait cette bonté et cet amour de l’humain qui était l’apanage quasi exclusif des gens bien nés. Il était de droite et le proclamait, même lorsqu’il fut décoré par François Hollande de la plus haute distinction de notre premier ordre national ; grand croix de la légion d’honneur.

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04/12/2017

Jerusalem dans la conscience juive…

Jerusalem dans la conscience juive…

Je commence par prévenir tout préjugé qui verrait dans cette chronique historique le résultat de je ne sais quelle propagande ou panégyrique en faveur de telle ou telle conception. Il s’agit ici, simplement, de faire une rétrospective sur le statut de Jérusalem dans la tradition juive et donc dans la conscience de ses adeptes. C’est l’imminente prise de position du président Donald Trump sur ce sujet épineux qui justifie le traitement de cette question qui est d’une sensibilité extrême.

D’un point de vue purement historique, c’est-à-dire à l’écart de toute émotion, de toute référence à des écrits religieux, chargés d’affect, on ne s’explique pas les raisons objectives qui ont mené le peuple juif à mourir et à vivre pour Jérusalem, comme d’autres, il y a tout juste quelques décennies, avaient décidé de mourir pour… Danzig !

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03/12/2017

Dieu, l’Eglise catholique et le libre arbitre…

Dieu, l’Eglise catholique et le libre arbitre…

Depuis hier, toutes les télévisions, tous les medias de France et de Navarre annoncent la nouvelle : l’église catholique procède à une modification de l’intitulé de la plus vieille prière de sa liturgie, le fameux Pater noster (en hébreu ; Avinou). La modification ou plutôt la rectification est minime, vue de l’extérieur, mais au plan théologique et doctrinal, c’est une véritable petite révolution.

Procédons par ordre et examinons succinctement l’origine de cette vénérable prière qui exprime la foi naïve mais Ô combien profonde des croyants. Ce «Notre Père» se veut l’adaptation d’une oraison encore plus ancienne et qui lui servit de moule morphogénétique, le Qaddish hébraïque et juif qui occupe, depuis des temps immémoriaux, une place centrale dans la liturgie juive. Comme les premiers Apôtres et tous les premiers chrétiens ou judéo-chrétiens étaient tous des juifs, ils connaissaient, comme Jésus d’ailleurs, cette forme antique d’oraison et la récitaient sous ses différentes formes. Tous les spécialistes sérieux, hormis ceux qui, à l’instar de Marcion, refusaient de reconnaître la moindre racine commune entre le judaïsme rabbinique et le christianisme naissant, admettent cette filiation qui n’a rien de blessant ni de déshonorant. Après tout, les nouveaux adeptes du christianisme primitif n’avaient pas d’autre modèle, ils se saisirent de ce qui existait déjà et qui leur était familier.

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01/12/2017

La mémoie enfouie des Juifs, originaires des pays arabes

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La mémoie enfouie des Juifs, originaires des pays arabes

La mémoie enfouie des Juifs, originaires des pays arabes

Il est des passés qui ne passent toujours pas : La formule est éculée mais toujours valide. Nous l’expérimentons avec ce qu’il faut bien nommer la mémoire, si malmenée, si longtemps mise sous le boisseau, des Juifs issus des pays arabes où ils avaient pourtant fait souche depuis des temps immémoriaux. Mais voilà, les juifs ont plus un destin qu’une Histoire, et ce destin s’impose le plus souvent à eux : la naissance de l’Etat juif, ressuscité de ses cendres, après une hibernation bimillénaire, provoque la haine des pays arabes environnants ou plus lointains qui décident, du jour au lendemain, d’expulser leurs concitoyens juifs, considérés comme une insupportable cinquième colonne.

Paradoxalement, cette mesure cruelle et unilatérale, illustre la théorie hégélienne de la formidable positivité du négatif : ces juifs expulsés des pays arabes où ils avaient vécu depuis si longtemps, vont venir grossir les rangs d’un Etat d’Israël si faiblement peuplé et qui accueille avec joie ces frères qui émigrent en Israël, faute de mieux. Du coup , les autorités israéliennes accueillent avec une joie non dissimulée cette main-d’œuvre mal formée mais bon marché et surtout ces hommes jeunes nécessaires à la défense du pays. C’était faire contre mauvaise fortune bon cœur. Je me souviens de certains récits concernant ce qu’il faut bien nommer une ségrégation : certains avaient même honte de déclarer où ils étaient nés.

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29/11/2017

Des Confessions de Saint Augustin à Macron l’Africain

Des Confessions de Saint Augustin à Macron l’Africain..

                  De la vanité des choses de bas monde.

Ce titre involontairement énigmatique va en intriguer plus d’un. Je tiens à l’expliquer : hier soir, comme vous tous, j’ai suivi avec intérêt le show télévisé du président de la République française à l’université de Ouagadougou. Prestigieux numéro exécuté par un jeune dirigeant qui en redemandait, se sentait rajeunir encore un peu plus, provoquant un tantinet son auditoire étudiant, le tutoyant même, oubliant, au gré de certains esprits chagrins en métropole, la fameuse distinction du corps sacré du Roi, expliquée par Kantorowicz… Au vu de toutes ces images et de tous ces commentaires, je m’étais promis de consacrer à ce voyage l’éditorial de ce matin. Mais voilà, je me suis rendu compte que je devais commencer par achever l’exaltante lecture de plus de cent pages des Confessions du père de l’église, Saint Augustin, un livret intitulé L’aventure de l’esprit et publié chez Gallimard.

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28/11/2017

Prague, 111: Franz Kafka assiste à la circoncision de son neveu

Franz Kafka assiste à la circoncision de son neveu à Prague en 1911

Dans un récent ouvrage dont j’ai rendu compte ici même sur Le physique et le vivant dans le judaïsme, je suis tombé sur une longue citation de Franz Kafka qui s’était rendu à Prague en 1911 afin d’assister à la circoncision de son neveu. Son témoignage, consigné dans ses journaux intimes (1948, page 209s), se fait discrètement l’écho de cette pratique qui avait, au cours du siècle précédent, provoqué de très vifs débats au sein des communautés juives, opposant les partisans de ce rite ancestral fondateur (voir les chapitre 15 et 17 de la Genèse) aux rabbins libéraux et réformateurs qui, au cours de maints synodes rabbiniques (entre 1844 et 1845), considéraient qu’il fallait en finir avec cette pratique d’un autre âge.

La seconde partie de la déclaration de Kafka a des relents de la terrible Lettre au père où le fils s’en prend sans ménagement à son géniteur qu’il accuse de lui transmettre une coque vide en guise de tradition religieuse juive. A la fin de cette mention dans son journal intime, l’auteur du Procès souligne qu’il n’eut besoin que d’un bref laps de temps pour comprendre que le rite de la circoncision et même les jours du judaïsme de l’Europe de l’ouest (par opposition à celui d’Europe orientale et centrale) étaient comptés… Les gens, dira t il, se contentaient de porter plus loin ce qu’on leur avait transmis, sans chercher à comprendre.

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