29/01/2017

Hamon, Montenbourg, Valls et les autres

Qu'on que dise Manuel Valls et ses comités de soutien, la partie est finie pour lui, ce soir il ne sera pas au-dessus des 40% et encore ce sera peut-être moins. Et le duo Montebourg-Hamon se sera vengé de la plus sanglante des façons: ils lui auront fait payer leur éviction du gouvernement. Les vengeances en politique sont terribles surtout lorsqu'on fait du pouvoir une raison de vivre et d'être. Levinas nous enseigne que la notion même d'être l'est pour la guerre, la lutte contre les autres, l'indomptable volonté de persévérer dans l'être, à quoi sa disciple préférée, Catherine Cahlier, répond par un bon livre intitlé La persévérance du mal...

Mais retombons sur terre et quittons les horizons étéhriques de la philosophie et de l'ontologie.

Ce soir, peu après vingt heures, 'ancien Premier Ministre français va devoir faire son deuil de la présidentielle de 2017, ses regards se portent déjç sur 2022 car il sait que son concurrent Hamon n'aura que la quatrième ou la cinquième place au premier tour et su'il sera absent du second. Ce ne sont pas ses promesses faramineuses d'un revenu universel garanti à tous  qui lesuivront. C'est la formule mise à jour de demain on rase gratis. Curieux, mais cette idée n'a jamais quitté l'inconscient des Français.

Que va faire Valls dès demain matin? Il va tenter de recoller les morceaux au PS et tenter de l'investir de ses prores valeurs, propres à une gauche de gouvernement. Bref, bâtir sur le champ de ruines, les ruines fumantes de l'actuel PS. La gauche pure et dure, qui voit encore en Fidèl Castro un héris va incarner un communisme qui n'ose même plus se présenter sous son vrai nom puisqu'il qu'il fait de Mélenchon son champion. Lequel ne dépassera pas les 10% à l'élection présidentielle à venir.

Mais comment sommes nous arrivés à cette Apocalypse? On se le demande. Mais si l'on regarde du côté de François Hollande, on se rend compte qu'on tient un facteur ou un principe d'esplication. Hollande aura tué la gauche, se sera fait voler la victoire par l'un de ses poulains qui dit aujourd'hui, sans honte, qu'il a scruté le pouvoir de l'intérieur et qu'il en est ressorté assez ébranlé dans ses convictions et ses projets.

N'est ce pas là la crucifixion de son maître? L'apprenti-sorcier a décidé de tenter sa chance. Jusqu'où ira t il? Pas très loins et même s'il est le bien aimé des  média.

Mais il est évident que les vieilles dames du PS auront eu une belle vengeance. Vallas a perdu et il va devoir reprendre tout dé le début, ab ovo.

Il avait à l'oeil le navir Macron lequel a fini par prendre le large sans lui. Il a essayé de le tarapper mais c'est trop tard...

 

 

 

 

 

 

 

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26/01/2017

Les enfants volés en Israel au début des années cinquante et plus tard...

 

Les enfants volés en Israel au début des années cinquante et plus tard...

 

La lecture, par le plus complet des hasards, d’un article en page 12 Figaro daté du 24 janvier, me glace le sang et me conduit à me saisir immédiatement de ma plume pour en parler. Plutôt pour exprimer mon indignation. Il ne s’agit pas d’accabler l’Etat juif, cela je ne l’ai jamais fait ni ne le ferai jamais, mais ce que j’ai lu m’a précipité dans un malaise quasi métaphysique…

 

En reprenant mes esprits, après avoir saisi la plume, je réalise qu’une émission avait déjà été diffusée sur ce même sujet par la chaîne I24Newas. L’article du Figaro reprend sur toute une page ce qui fut un véritable drame, une tragédie pour de pauvres gens, dépourvus de moyens, privés d’éducation, et auxquels on a enlevé leurs enfants au motif, le plus souvent, qu’ils ne sauraient pas leur assurer un bon départ dans la vie et dans un pays où tout était à construire… Tous ces gens issus de pays arabes sous développés, comme, en l’occurrence le Yémen ou le Maroc, mais sans doute tant d’autres, passaient aux yeux des élites ashkénazes de l’époque, pour une population nettement défavorisée, incapable de donner les soins et l’attention nécessaire à leur jeunesse.

 

Ce sentiment de supériorité, absolument injustifié au plan éthique, n’est, grâce au Ciel, plus de mise en Israël depuis des décennies. Ashkénazes et séfarades, Russes, Marocains, Libyens ou Tchèques ne forment plus qu’une nation courageuse et unie contre tous ses ennemis. Mais ce que j’ai lu dans l’article est inconcevable. En voici quelques exemples qui me firent penser à ces régimes dictatoriaux d’Amérique du sud qui privèrent leurs opposant politiques de leurs progénitures, offertes à des soutiens de ces mêmes régimes, en gésine d’enfants.

 

Mais comment un Etat juif, moral, victime de tant de persécutions, a-t-il pu, à son tour se muer en preneur d’enfants pour les remettre à d’autres parents qui devaient les élever comme leurs propres descendants ? Les témoins, souvent septuagénaires aujourd’hui, racontent, comment ces véritables rapts de nourrissons ou d’enfants en bas âge furent organisés. La plupart du temps, cela se produisait lors de l’arrivée dans le tout jeune Etat juif : ces familles nombreuses devaient confier leurs enfants à des nourrisses ou à des infirmières censées s’en occuper. Mais quand les familles revenaient prendre des nouvelles des enfants ainsi confiés, on ne leur répondait rien et quand elles insistaient, on leur disait que leurs enfants avaient succombé à la maladie ou étaient simplement décédés. Sans donner de raison. Cela apparaîtrait comme quelque chose de cocasse, si ce n’était pas tragique ! Car il n y avait ni lieu de sépulture, ni certificat de décès, rien. Et parfois même, quand ces enfants ainsi disparus, atteignaient l’âge de dix-huit ans et qu’ils étaient réclamés par l’armée pour leur service national, les familles recevaient une convocation : mais comment répondre quand les enfants en question avaient disparu presque immédiatement après leur naissance ?

 

La lecture de ce reportage m’a bouleversé, d’autant que je ne m’y attendais guère. La question que je me pose reste sans réponse : comment cela fut-il possible ? La réponse la plus probable fut la volonté de donner des enfants à des familles qui avaient tout perdu lors de la Shoah, ce qui n’eût pas été immoral si l’on avait demandé régulièrement aux parents ainsi spoliés, leur accord, mais aussi le désir d’européaniser des éléments orientaux, jugés moins bienvenus que les autres. Ces deux motivations sont absolument problématiques au regard de l’éthique universelle  et encore plus condamnables aux yeux de l’éthique juive particulièrement.

 

Et puisqu’on parle d’éthique, je ne puis m’empêcher de me référer à Emmanuel Levinas qui faisait de l’éthique et non de l’ontologie, la philosophie première. Il a toujours sérieusement attaqué le livre de Heidegger Sein und Zeit (1927), dès 1932 (Martin Heidegger et l’ontologie) et plus tard, à la Sorbonne en 1940, à l’invitation de Jean Wahl, sur un sujet similaire :  L’ontologie dans le temporel, ce qui reprend, presque mot pour mot, le titre du philosophe de Messkirch, Sein und Zeit, Etre et temps

 

Mais Levinas développe à la fois une philosophie de l’éthique et une philosophie de la responsabilité pour autrui avant tout. Il va même jusqu’à dire, et je ne suis pas d’accord, que la conscience est l’otage du prochain, d’autrui… Même la mort, dit-il, n’interrompt pas cette mauvaise conscience, elle interrompt ma vie physique mais pas ma responsabilité, mon obligation. On a affaire à une véritable métaphysique de la responsabilité, ineffaçable et irrémissible.

 

Alors sommes nous responsables de certains esprits fous ou immoraux qui ont cru devoir faire ce qu’ils ont fait, en Israël du début des années cinquante et bien au-delà ? Oui, et il faut demander pardon à ceux que l’on a privé de leurs enfants. Jamais je n’aurais cru que l’on serait capable d’agir ainsi. Ce qui démontre bien que l’être est à l’opposé de l’étant, que la conscience intentionnelle est à surveiller et que notre prochain n’est ni thématisable ni réifable.

 

Mais depuis peu, le ministre en charge de la question, lui-même yéménite, a permis la réouverture des archives. Maigre consolation, mais au moins force est restée au droit. D’aucuns voulaient reporter cette ouverture des archives à une dizaine d’années supplémentaires afin d’être sûrs qu’aucun responsable ne pourrait plus être accusé ni traduit en justice.

 

Pour finir, cette phrase de Dostoïevski dans les Frères Karamazov, souvent citée par Levinas : Nous sommes tous coupables et moi le plus coupable de tous…

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 26 janvier 2016

 

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25/01/2017

Que reste t il de Jérusalem?

Que reste t il de Jérusalem…

Il arrive que le hasard fasse bien les choses. Mais pas toujours, ce n’est pas une loi absolument infaillible. En revanche, au fil des lectures, il arrive que l’on tombe sur des références qui fassent un véritable clin d’œil à l’actualité internationale la plus brûlante. C’est donc le cas avec la ville si disputée de Jérusalem que tous veulent posséder, comme si cette ville n’était qu’un espace alors qu’à l’évidence, il s’agit d’un lieu hors du temps, d’un espace spirituel que tout homme peut posséder dans son cœur : il lui suffit d’y penser très fort en fermant les yeux, où qu’il se trouve sur toute l’étendue du globe terrestre.

La main du hasard ou celle de la Providence a revêtu les atours du nouveau président américain qui chaque jour que Dieu fait, ne cesse de défrayer la chronique ; sa position sur le sujet est connue, il l’a dit et redit : il compte transférer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem et la simple mention de ce déménagement promet de susciter de graves tensions dans la région mais aussi dans d’autres régions du monde.

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20/01/2017

Ce que cache le «Je vais tout changer» de Donald Trump: de l’altérité en politique...

 

Ce que cache le «Je vais tout changer» de Donald Trump: de l’altérité en politique...

 

Avant toute chose, précisons un point : ce papier est rédigé près de dix heures avant l’investiture si attendue de Donald Trump. Il vise à analyser de la manière la plus objective possible ce que représente cet homme, le président du plus puissant pays au monde, dans un univers qui ne se remettait plus en question, fondait lui-même pour lui-même ses propres lois et qui est contraint d’accueillir un nouveau venu qui veut tout changer ; on l’accueille comme un petit chien dans un jeu de quilles.

 

Au fond, la pratique politique, le monde politique, ont toujours joué le jeu qu’ils ont voulu sans jamais accepter  la différence, l’altérité. Il fallait accepter qu’une partie d’un pays gouverne contre l’autre partie de ce même pays. J’ai entendu des gens, pourtant intelligents, des commentateurs avisés de la chose politique, dire des choses étonnantes sur le nouveau président. C’est comme si cet homme qui a réussi à s’imposer, à braver tous les dangers, et ils furent nombreux, à rallier à lui des millions d’Américains, devait se soumettre aux critères de la grande presse nationale et internationale et faire allégeance à l’establishment politique, quel qu’il soit. Etonnante démarche des coryphées de la presse mondiale qui crient au scandale parce quelqu’un viole, et de quelle façon, leur petit univers politico-médiatique. Ces gens n’ont rien compris au résultat du vote : bien sûr que Madame Clinton a eu plus de suffrages, mais elle avait un inconvénient majeur qui s’est transformé en un handicap insurmontable : elle faisait figure de candidate de l’establishment, des couches supérieures de la population, en un mot des élites. Et c’est justement contre ces milieux là, réputés responsables de tous nos maux, que les gens ont, à tort ou à raison, voté. C’est ce ras le bol qui a fait que rien n’a pu stopper non pas la vague, mais le raz-de-marée Trump.

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15/01/2017

Donald TRum, le président auquel Obama n'aura rien épargné

 

De Barack Obama à Donald Trump: une transition des plus «inhabituelles»

 

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc ni très fin politologue pour imaginer ce que diront les historiens, dans quelques décennies, du passage d’Obama à Trump. Il faudra du temps pour que le jugement porté sur l’actualité brûlante échappe enfin aux journalistes et tombe dans  le creuset de la critique historique. Mais on peut déjà dire que cette transition, cette passation de pouvoir, ne ressemble à aucune autre. Et que rien n’aura été épargné au nouvel occupant de la Maison Blanche.

 

L’élection de Trump s’est faite contre vents et marées et a contrarié bien des plans, notamment élaborés par le clan Obama qui se voit contraint de changer de stratégie pour faire face à une situation que nul n’avait imaginée. Faisons une brève rétrospective pour mieux comprendre  ce qu’il faut bien appeler la hargne du président sortant.

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09/01/2017

La Turquie quitte l’Otan

 

La Turquie quitte l’Otan

 

Oui, à petits pas, lentement mais sûrement le réfime turc de Monsieur Erdogan est en train de renverser les alliances, de se rapprocher de puissances qui ne sont pas vraiment des amis de l’alliance militaire de l’Atlantique nord. Monsieur Erdogan nous a habitués à ce cours en zigzague qui nous rappelle la politique étrangère de Guillaume II. Et on connaît la suite d’un tel comportement aventureux. Mais voyons d’abord ce qui a dicté à Erdogan sa conduite si erratique…

 

C’est surtout l’abandon de son régime par les puissances occidentales, le désespoir de s’arrimer un jour à l’Union Européenne, la baisse des investissements dans le pays, l’appui plus ou moins discret aux minorités, notamment kurdes (voir l’épisode de Kabané) et les critiques de plus en plus vives  contre la suppression de certaines libertés publiques fondamentales (indépendance de la justice, liberté de la presse, incarcération sans contrôle judiciaire, volonté de rétablir la peine de mort pour punir le terrorisme, etc…).

 

Mais ce qui a suscité l’ire du grand Turc n’est autre que le sentiment d’être seul alors qu’il venait d’être menacé par un coup d’Etat qui, tout en suscitant bien des interrogations, n’en a pas moins coûté la vie à près de trois cents personnes. Erdogan aurait souhaité plus d’empressement, plus de soutien, plus de solidarité de la part de l’Occident dont il préserve, en quelque sorte, les frontières en jugulant le flot de réfugiés du Proche Orient mais aussi d’Afrique. Or, le président turc en est persuadé : les puissances occidentales, et notamment les USA avec leurs énormes moyens de communication et d’espionnage, même de leurs alliés, ne peuvent pas ne pas avoir eu vent des préparatifs du coup d’état, et pourtant tout le monde s’est muré dans un silence total. Si ces choses s’avèrent, alors le grand Turc a eu raison de tourner le dos à ses alliés de l’OTAN.

 

Ce qui est frappant dans un tel renversement d’alliances, c’est la rapidité avec laquelle Erdogan s’est laissé convaincre de se rapprocher de Poutine et de l’Iran (dont il se méfiait pourtant, il y a encore peu de temps) ; il avait pourtant fait abattre un avion russe et Poutine s’était juré de le lui faire payer très cher. Il n’en fut rien, la raison d’Etat l’a emporté et les deux dirigeants, épaulés par l’Iran ont changé la donne au Proche Orient : la Turquie qui aidait certains rebelles a finement négocié leur exfiltration d’Alep, ce qui fait que les fameux bombardements russes des derniers jours n’ont servi qu’à neutraliser les enragés ou les extrémistes qui savaient ce qui les attendait. Le gros des troupes rebelles avait déjà quitté les lieux en bon ordre, sans être inquiétés. Ce que prévoyait l’accord entre Erdogan et Poutine.

 

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Erdogan ne va pas, en fin de compte, laisser s’étioler son adhésion à l’OTAN puisqu’il s’est allié aux puissances qui comptent le plus dans la région… Mais l’autre question qui se pose est la suivante : combien de temps va durer cette alliance contre nature ? Les innombrables attentats terroristes, le meurtre de l’ambassadeur turc à Ankara, la défiance de plus en plus visible de certaines franges de la population montrent que Erdogan ne contrôle pas tout le pays et qu’il y a lieu de redouter un nouveau coup d’état, mieux préparé, ou, à tout le moins, une longue période d’instabilité politique.

 

Mais Erdogan a aussi  pris tout le monde de court en rétablissant au pas de charges des liens avec Israël et hier il a condamné le terrorisme après l’attentat de Jérusalem…

 

Que doit faire l’Europe ? Que doit faire l’Otan ? Le départ si ardemment souhaité de B. Obama de la Maison Blanche va entièrement changer la donne. Donald Trump ce n’est pas Obama, ce n’est pas François Hollande, ce n’est pas Angela Merkel. Toutes les nominations décidées par le président élu montrent qu’il reste fidèle à ses idées. Gageons qu’il saura s’adresser à son allié turc afin que celui-ci se décide une fois pour toutes : Poutine ou l’Otan ? L’Iran ou l’UE ? Mais sur ce dernier point, les dés sont jetés…

 

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07/01/2017

Ce que cache «Je suis chrétien» de François Fillon...

 

Ce que cache «Je suis chrétien» de François Fillon...

Hier soir, j’ai visionné à maintes reprises ce passage où François Fillon, sur une grande chaîne de télévision nationale, se déclare chrétien. A lire les meilleures plumes journalistiques mais aussi à entendre les commentaires de quelques hommes politiques, y compris de droite, j’avais presque cru que le candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle avait fait , au sens propre du terme, une véritable «profession de foi» chrétienne à la face du pays tout entier. En d’autres termes, qu’il aurait clamé et proclamé sa foi chrétienne militante, un peu comme le font certains représentants de l’athéisme militant .

C’était assez incroyable, d’autant qu’ayant observé de près ses faits et gestes durant les cinq années qu’il a passées à l’hôtel de Matignon, aucun indice ne laissait présager un tel changement. En observant la mimique de l’ancien Premier Ministre, j’ai vu qu’il avait, tout en prononçant la petite phrase qui fait débat, porté sa main à sa poitrine, au niveau du cœur, comme pour souligner sa profonde sincérité… Ce dernier geste, personne n’a voulu en tenir compte. Et toute la presse, écrite, parlée ou télévisuelle a emboîté le pas aux commentateurs qui y voyaient une impardonnable atteinte à la laïcité, érigée depuis quelque temps au rang de véritable religion avec ses dogmes, ses interdits et ses rites…

Sans solliciter le texte le moins du monde, il semble bien que François Fillon pensait à tout autre chose en rappelant qu’il est chrétien. Il faisait simplement allusion à un christianisme social qui florissait de l’autre côté du Rhin au milieu du XIXe siècle, et que les théologiens protestants avaient considérablement développé (Sozialchristentum). Fr. Fillon voulait dire qu’en raison de ses convictions intimes, jamais, au grand jamais, il ne brutaliserait les plus faibles, jamais il ne pratiquerait une politique antisociale. Rien d’autre. Et nous pensons que s’il avait pu s’imaginer une telle frénésie médiatique, il aurait, non pas, dissimulé ses convictions que chacun connaît, mais il aurait ajouté un commentaire destiné à éclairer les commentateurs.

Mais certaines questions se pressent sur nos lèvres car elles s’imposent à notre esprit : depuis quand est il honteux de se dire chrétien en France ? Surtout lorsqu’il est question, non pas de la dogmatique chrétienne, mais du contenu social des Evangiles, dans le strict prolongement du Décalogue hébraïque. Le fait que ce soit l’auteur de ces lignes qui le rappelle ne manque pas de sel…

Résonnent encore à mes oreilles la question du défunt souverain pontife, lors des JMJ : France, qu’as tu fait de ton baptême ? Après tout, la France est, nous dit-on, la fille aînée de l’église. D’autres iraient jusqu’à rappeler que la France est laïque depuis un siècle mais chrétienne depuis le baptême de Clovis… Toute notre littérature, nos moralistes, se sont abreuvés à ces mêmes fontaines. Dans un autre pays que la France, la remarque très personnelle et très sincère de Fr. Fillon, serait passée entièrement inaperçue. Il est vrai que l’Hexagone présente un profil très particulier Je me souviens de la phrase-choc de mon regretté collègue Bruno Etienne : La France est un pays catho-laïque !

Notre pays est parvenu à la paix religieuse ; la loi de 1905 a mis fin à un insupportable cléricalisme mais elle n’a pas jeté par dessus bord les racines chrétiennes de la France. On se souvient du contentieux franco-allemand à Nice du temps de Jacques Chirac et de Lionel Jospin quand nos amis allemands voulaient mentionner les racines religieuses et spirituelles de l’Europe (geistig-religiös) ; ils se heurtèrent à un niet définitif de la part des deux têtes de l’exécutif…

Le Je suis chrétien de Fr. Fillon a été mal interprété. Nul n’est partisan d’une ingérence religieuse dans la politique française mais on a parfois tendance à pousser très loin la haine de soi, car l’héritage chrétien ou judéo-chrétien de ce pays a imprégné toutes les strates de la vie sociale : je reste persuadé que c’est exactement ce que voulait dire Fr. Fillon.

Il y a de nombreuses années, le grand rabbin Jacob Kaplan, membre de l’Académie des Sciences Morales et Religieuses, avait donné une communication sur l’origine biblique de la Déclaration des droits de l’homme. IL y trouvait la source dans le Décalogue et aussi, par voie de conséquence, dans les Evangiles.

Dans son recueil intitulé A l’heure des nations, le philosophe français Emmanuel Levinas rappelle dans un débat avec un évêque allemand, Mgr Hemmerlé, l’idéal de charité chrétienne prônée par les Evangiles : fermer sa porte à son frère humain venu implorer aide et assistance, revient à renvoyer Dieu…

Un dernier point : le juriste allemand qui s’était assez compromis, du moins au début, avec les Nazis, Carl Schmitt avait publié au début des années vingt un recueil de quatre conférences, qu’il intitula, Politische Theologie (traduite en 1988 aux éditions Gallimard). En gros, il y démontrait la genèse religieuse du politique : la quasi-totalité des thèmes de la vie en société, disons toute la socio-culture d’un pays, baigne dans cette source archaïque (au sens grec originel et non pas suranné ou passé de mode) qu’est sa culture religieuse. L’assurance-maladie, la solidarité entre les classes sociales, la préservation de la vie, l’institution judiciaire, bref tout ce qui illustre la profonde unité de l’humanité, y compris le droit d’asile et l’accueil, sous certaines conditions, des étrangers en détresse, tout ceci surgit d’un fonds religieux. Et le législateur civil a su réinsérer tous ces idéaux dans un milieu plus ouvert.

Levinas, déjà cité plus haut, parle en se fondant sur l’Etoile de la rédemption de Fr. Rosenzweig de notions pré philosophiques qui gisent au fondement de la philosophie politique elle-même.

Parler de ses attaches religieuses, sans en faire toutefois le ressort exclusif de son action politique, n’est pas une obscénité. Loin de là.

Maurice-Ruben HAYOUN

 

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30/12/2016

De la vieillesse par Jacques ABIHSSIRA, en réponse à mon prédent éditorial

De la vieillesse par Jacques ABIHSSIRA, citoyen helvétique, qui a lu mon article sur la vieillesse et a réagi. Je souhaite faire partager ses réflexions avec tous mes lecteurs.
Bonne et heureuse année 2017

 

MRH

 

 

Cher Maurice,

 

Le commentaire que tu nous a fait parvenir sur la vieillesse est d’une justesse absolue sur la réalité des faits, hélas! hélas! pour l’humanité.

 

Tu ne peux pas imaginer à quel point ton écrit est arrivé à point nommé, pour me permettre de communiquer avec un esprit en éveil permanent comme le tien et faire quelques échanges de valeur.

 

Le constat fait des conséquences de la vieillesse est d’une acuité incontestable et douloureuse, mais seulement si on se place pour le regarder sous le prisme de la déliquescence et de la perte des valeurs morales engendrées par la soi-disant société moderne qui fait peser sur l’humanité entière d’un poids énorme les conséquences désastreuses de la disparition de toute notion morale ou philosophique comme repère ou refuge nécessaires pourtant à la vie des hommes et à leur équilibre.

 

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2016: de quoi ferons nous mémoire?

Que nous restera t il de 2016? Que conserverons nous? Certes, chaque année la même question revient sur nos lèvres ou sous nos plumes. Pourtant, les choses qui surviennent finissent toujours par nous étonner.

Pour les Français, ce qui restera et pour longtemps, ce sont les attaques terroristes en plein Paris et à Nice, sans oublier des agressions tout aussi graves car ayant entraîné mort d'homme, mais qui ne furent pas de grande ampleur. Cela n'enlève rien à leur cruauté.

Tout de suite après le terrorisme, c'est la décision de François Hollande de ne pas se représenter à la présidence qui restera car elle a totalement modifié le paysage politique.

A l'extérieur, c'est la victoire de Dinald Trump et l'humiliante défaite de Hillary Clinton et du clan Obama.

Enfin, c'est l'activisme, le forcing diplomatique d'Obama lors des tout derniers jours de sa présidence, comme s'il répugnait à partir ou comme s'il oublmiait comme le disait Bossuet, l'évêque de Meaux, que son ardeur s'éteint. Mais son refus d'opposer un veto au vote du Conseil de sécurité de l'ONU à moins d'un mois avant son départ le poursuivra longtemps. Et restera dans les mémoires.

Un peu comme il envoyait une grenade dégoupillée sous les pieds non seulement de Netanyahou mais aussi de Trump lequel trouvera forcément un moyen de lui rendre la pareille.

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29/12/2016

François Hollande, la loi et la grâce…

 

François Hollande, la loi et la grâce…

 

Disons le d’emblée : la mesure, courageuse et franche, enfin prise par le président de la République française, François Hollande, est bienvenue, même si l’on doit prêter l’oreille à certaines réactions, pas toujours bien fondées des juges, lesquels n’en méritent pas moins notre respect et notre considération. Ce n’est plus un débat de nature exclusivement judiciaire, c’est devenu un point juridique, une question de droit, au sens kantien du terme ; cela relèverait même de la philosophie du droit selon Hegel. Il faut repousser les limites conceptuelles de la justice pour s’élever aux cimes du droit.

 

Si l’on transcende, comme il se doit, les catégories élémentaires du fonctionnement de l’institution judiciaire et non plus de la justice, au sens abstrait du terme, c’est-à-dire dépassant le cadre de la loi (du genre application des peines, autorité de la chose jugée, etc…), on a l’impression d’ouvrir sous ses pieds une sorte de gouffre dans lequel nul n’ose s’engouffrer. Et pourtant, il faut tenter d’y voir clair.

 

D’emblée, on doit éviter les similitudes et donc les réflexes acquis. Par exemple, la justice n’est pas le droit et le droit n’est pas toujours juste. C’est pour cela que l’on parle parfois de tribunaux d’équité par opposition à ceux qui ne le sont pas. Tout le monde connaît la célèbre réplique : je réclame justice et on me dit : voici quels sont vos droits ! Ce qui montre le hiatus, le fossé qui sépare ces deux notions que sont le doit, d’une part, et la justice, d’autre part.

 

Kant, pour le citer à nouveau, parle des racines métaphysiques du droit, il n’en dit pas autant de la justice. A ses yeux, le droit existerait, même si le monde n’existait pas. Cela rappelle un apologue latin que tous les juristes connaissent : fiat justitia , et pereat mundus. En bon français : que la justice soit, le monde dût-il en périr. Même la tradition talmudique a connaissance d’un apologue équivalant : yikkov ha-din et ha-har (S’il le faut, la justice transpercera la monatgne.

 

Mais Hegel qui ne faisait pas de pointillisme juridique mais approfondissait philosophiquement de telles questions, rappelle un principe qu’on a tendance à oublier : le but majeur, à ne jamais perdre de vue, est d’assurer le bonheur des êtres humains. Et il donne des exemples où la loi appliquée aveuglément fait preuve de cruauté… Ce n’est pas le but recherché. L’homme veut vivre dans une société juste mais qui reste humaine.

 

Dans le cas qui nous occupe, je suis sensible au fait qu’il y a eu mort d’homme, que deux cours d’assises se sont prononcées, qu’un cour d’appel a été sollicitée et que toutes ces instances ont confirmé le jugement. Mais je vois aussi le calvaire d’une femme et de ses enfants durant près d’un demi siècle, au cours duquel des êtres humains ont subi, sans mot dire, les pires outrages. Est-ce suffisant pour se faire justice soi-même ? Non point. Toutefois, si cela vaut au niveau des principes, une femme battue, violée, opprimée, ce n’est pas un principe abstrait, c’est un être humain, vivant et qui souffre en silence. Je pense aussi qu’il faudra bien expliquer que la grâce présidentielle n’est pas un permis de tuer… C’est, je l’avoue, le seul point qui me met le plus mal à l’aise. Mais on ne saurait imputer un quelconque abus à venir à la mesure du président.

 

Mais, au fond de moi, je suis heureux que le président Hollande, grâce lui soit rendue, ait gracié cette femme et ordonné qu’il soit mis fin à sa détention immédiatement. Il a fait preuve d’humanité, de compassion et de Grâce, au sen évangélique du terme.

 

La compassion, voilà ce qui manque le plus dans les décisions de justice. Un très haut magistrat avait dit il y a quelques années de belles phrases, véritable hymne à ce que je nomme l’humanisme juridique : nous rendons la justice les mains tremblantes… Et il ajoutait que lorsqu’ un magistrat est assis face à un être humain, il doit se dire que c’est un autre moi-même . Je ne crois pas faire injure à la magistrature en m’interrogeant sur la mise en application de principes si élevés et qui font l’honneur de la justice…

 

Je pense aussi à l’opposition entre la loi et la grâce. On connaît les déclarations évangéliques opposant la Grâce dispensatrice de bienfaits à l’implacable rigueur de la loi, on connaît moins les recommandations talmudiques insistant sur le héséd (c’est le terme hébreu que l’on traduit par gratia) : chaque fois que c’est possible, la Grâce prend le pas sur la loi. D’où par pure grâce, ex mera gratia

 

Sauf erreur de ma part, et comme disent les juristes allemands, à moins que tout ne trompe, le président Hollande a été très bien inspiré d’agir ainsi. Il a mis un terme à un calvaire insupportable. Il a pris cette noble décision en son âme et conscience et notre Constitution lui en donne le droit.

 

Je suis pour le droit d e grâce car la justice n’est pas infaillible, sinon les erreurs judiciaires ne seraient pas aussi nombreuses. Avant d’être un principe, la justice est une institution et les institutions sont des œuvres humaines.

 

Ici-bas il n’existe pas de dogme d’infaillibilité. Seule la justice divine est intangible. La justice humaine est, certes, nécessaire, indispensable mais elle n’est pas irréprochable.

 

Cette grâce de François Hollande illumine la fin de son quinquennat.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in La Tribune de Genève du 29 décembre 2016

 

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