02/01/2018

Charles DOBZINSKI, Je est un Juif, roman (Gallimard / Poésie)

 

Charles DOBZINSKI, Je est un Juif, roman (Gallimard / Poésie)

Connaissiez vous ce poète, né dans une petite bourgade polonaise en 1929 et mort à Paris en 2014 ? J’avoue, pour ma part, n’en avoir jamais entendu parler, jusqu’au jour où les éditions Gallimard, connaissant mon intérêt pour certaines œuvres, me fit parvenir ce recueil de poèmes que j’ai lu avec une grande attention. Déjà le titre m’avait intrigué car je m’attendais à lire l’intitulé suivant : Je suis Juif alors que le titre est plutôt : Je est Juif un, roman…

Pourquoi cette volonté délibérée, affichée d’emblée, de surprendre ? C’est que ce poète, à la fois traducteur, écrivain, directeur de revue (Europe, notamment) ami d’Aragon, de Paul Eluard et de tant d’autres, amoureux de la langue française, sa seule et unique patrie, a eu une vie des plus inhabituelles, avec des vicissitudes qui ne s’expliquent que par un fait, apparemment anodin mais bien loin de l’être, une naissance juive, bercée par une langue juive de sa Pologne natale, le yiddish. Dans l’un de ses poèmes, parmi les plus poignants, il évoque sa mère, assise à sa machine à coudre, fredonnant des airs ou récitant des poésies d’auteurs yiddishs.

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01/01/2018

Qu’est-ce que le temps? Réflexions sur le passage à la nouvelle année: les lendemains sérieux d'un réveillon...

Qu’est-ce que le temps? Reflexions sur le passage à la nouvelle année

Nos contemporains ne se doutent nullement de la complexité de la problématique, qui se réduit à leurs yeux à un phénomène naturel qu’on ne remarque même plus.

Comment rendre compte du temps qui passe ? Et qui passe aux yeux de qui, par rapport à qui ? Le temps existe t il ? Quel rôle joue la notion de temps dans les religions monothéistes révélées ? Quel rapport l’homme entretient-il avec ce même temps ? Le temps est-il une simple référence physique, une donnée parmi d’autres dans l’économie de l’univers ou a-t-il d’autres dimensions qui rendent nécessaire l’existence de l’Homme, d’une conscience humaine, laquelle mesure et vit intérieurement le temps qui passe et qui, du coup, n’est plus du temps mais de la durée ?

L’histoire de la philosophie nous enseigne que c’est Henri Bergson (si célèbre pour sa formule : le rire c’est du mécanique plaqué sur du vivant…) qui a arraché la notion de temps à cette définition purement mécanique qui nous vient en réalité d’Aristote et de sa Physique. En effet, dans le livre VIII de cette même Physique, le Stagirite démontre que le temps est le nombre du mouvement. C’est-à-dire qu’il le mesure ; exemple : un cycliste fait 25 km à l’heure. Le temps mesure le mouvement, le rythme auquel notre cycliste se déplace.

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30/12/2017

Les manifestations en Iran annoncent elles la fin du régime des mollahs?

Les manifestations en Iran annoncent elles la fin du régime des mollahs?

C’est bien la question qui se pose et qui rappelle des événements pas si lointains dans l’histoire de ce pays qui fut jadis une grande puissance respectée. Des manifestations qui ne sont pas encore des émeutes ne laissent pas de rappeler que la CIA et d’autres services spéciaux essayent depuis belle lurette de susciter des mécontentements internes, des dissensions, des luttes intestines, afin de fragiliser le régime des Mollahs de l’intérieur. On se souvient de ce qui était arrivé au Premier Ministre Mossadegh qui souhaitait réformer son pays tout en le rapprochant de l’ancienne URSS, ce que les USA ne pouvaient concevoir.

Mais revenons au présent, à l’actualité brûlante : il était prévisible que les puissances agressées in petto par l’Iran des Mollahs ne resteraient pas les bras croisés : l’Arabie, les USA, Israël et certains pays occidentaux… Comme les Mollahs sont passés maîtres dans l’art de l’exégèse, de la désinformation (ils nient toute ingérence dans les affaires du Yémen) et de la double vérité ou de la double sincérité, touchant à la duplicité, les puissances concernées ont dû s’appuyer sur des mécontentements intérieurs.

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29/12/2017

Sur les traces d’Ernest Renan (1823-1882) avec François Hartog (Gallimard)

Sur les traces d’Ernest Renan (1823-1882) avec François Hartog (Gallimard)

Renan, l’homme le plus haï mais aussi le plus adulé de France, n’est jamais entièrement oublié, tant il fait partie à la fois de la conscience mais aussi de la légende nationale. Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’auteur de la Vie de Jésus, était présent dans la bibliothèque privée de toute bonne famille française qui se respectait. Et notamment grâce à deux ouvrages qui connurent une célébrité des plus durables : la Vie de Jésus, d’une part, et Souvenirs d’enfance et de jeunesse, d’autre part. Le premier rompait frontalement avec un catholicisme un peu étroit et virant carrément au cléricalisme, comme le prouveront les armes employées par une certaine église pour réduire ses adversaires doctrinaux au silence, tandis que le second , si empreint de tendresse et de sincérité, relatait les grandes étapes d’une vie, dédiée à la science et à la recherche de la Vérité, même, ou plutôt, surtout, en matière de religion.,

Rappelons rapidement quelques faits pour nous rafraîchir la mémoire : Renan, que ses adversaires appelleront plus tard Rhénan pour lui reprocher sa coupable germanophilie intellectuelle, naquit dans un milieu breton misérable à Tréguier. Orphelin de père à l’âge de cinq ans, il reconnaîtra plus tard n’avoir pas eu d’homme dans son entourage auquel s’identifier et devoir son éducation et sa socialisation à trois femmes : sa mère, sa sœur Henriette et sa tante. La famille dispose de très peu de ressources et Renan évoquera avec amour la mémoire de sa défunte sœur, à laquelle il doit en partie sa réussite dans la capitale. Un jour, alors qu’il tentait de cacher le trou de son gilet, sa sœur fondit en larmes en le regardant faire… C’est dire dans quelle misère noire vivait cette famille monoparentale, dans une Bretagne réputée par sa pauvreté endémique et son attachement viscéral au catholicisme.

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27/12/2017

Mohammed ibn Arabi (1165-1238), le grand maître soufi de l’islam spirituel

Mohammed ibn Arabi (1165-1238), le grand maître soufi de l’islam spirituel

Né à Murcie, dans cette Espagne encore musulmane, ibn Arabi représente la tendance soufi, mystique, de l’islam. Deux chercheurs (Omar Hammami et Patricia Mons) ont fourni un beau florilège de ses poèmes mystiques tirés de son Grand Diwan. Ils les ont accompagnés de notes et de commentaires très éclairants. A la lecture, calme, sereine et pénétrante de ces poèmes, on se rend compte de la grande élévation de ce poète-théologien-mystique, mais qui était très conscient des limites de l’intellect humain et de l’investigation rationnelle. Contrairement à un autre soufi plus âgé, Abu Hamid al-Ghazali (mort en 1111), qui se mit à l’école des philosophes gréco-musulmans de son temps afin d’en détruire le plus efficacement possible les doctrines, jugées pernicieuses pour la foi islamique, ibn Arabi a opté pour une solution irénique. La légende ou un récit largement hagiographique dit même qu’il aurait assisté aux obsèques d’Averroès, philosophe accompli s’il en est, et aurait même, à cette occasion, récité une composition de son cru à la gloire du grand homme.

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26/12/2017

Pourquoi Israël, pourquoi Jérusalem ?

Pourquoi Israël, pourquoi Jérusalem ?

Voici deux questions condamnées à rester sans réponse mais qui catalysent l’un des plus vieux conflits de notre temps. Je l’ai maintes fois rappelé dans ces colonnes : quelques arpents de terre sablonneuse, d’une superficie globale de deux départements français de taille moyenne, accaparent depuis tant de décennies l’attention, pas toujours équilibrée ni équitable, des médias du monde entier. Un exemple : dès que le moindre jet de pierres est signalé, dès que le moindre événement défraie la chronique, des centaines de rédactions, locales ou étrangères, dépêchent sur les lieux leurs meilleurs éléments pour rendre compte d’un événement qui… n’en est pas un !

Dernier exemple en date : la déclaration du président Trump dont on disait qu’elle mettrait le feu aux poudres, ferait sauter une région déjà mise à mal, provoquerait une véritable guerre mondiale… Et à quoi avons nous assisté ? A de laborieux efforts de mobilisation qui sont loin d’avoir porté leurs fruits. En tout cas pas dans les proportions escomptées.

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25/12/2017

Un événement marquant: réédition des Bâtisseurs du temps d'Abraham Joshua Heschel

Un événement marquant:

La réédition tant attendue des Bâtisseurs du temps (1957) du grand penseur juif américain, Abraham Joshua Heschel, vient de paraître. Cette réédition constitue une grande nouveauté : présentée en format oblong à l’italienne (A4 A5), chaque ligne du texte étant imprimée sur une seule ligne…

Elle est disponible auprès de l’éditeur, M. Claude SARFATI (0680422608 ou sarfati.claude@orange.fr)

Extrait de l’introduction :

 

Abraham Joshua Heschel, figure emblématique de la pensée juive contemporaine

L’homme juif n’est jamais seul en ce monde : la Tora est constamment à ses côtés… (A.J. Heschel)

Le Juif doit se surpasser pour être normal. Pour être un homme il doit être plus qu’un homme. Pour être un peuple, les Juifs doivent être plus qu’un peuple… (Les Bâtisseurs du temps, p.53.)

Melting pot dans tous les sens du terme, les USA nous ont habitués à ce brassage des cultures et à ce métissage des hommes. Le cas que nous allons évoquer dans les pages suivantes en est une belle illustration : il montre comment un Juif européen, Abraham Joshua Heschel a incarné dans cette société aux valeurs si différentes des nôtres, un modèle, une vision du monde, qui avait surgi dans ce que le romancier judéo-autrichien Stefan Zweig a nommé le monde d’hier, un univers englouti, perdu, et presque oublié à tout jamais. Cette lutte contre l’amnésie la disparition, l’extermination, ce philosophe-théologien aux accents prophétiques, l’a menée et dans une certaine mesure, l’a même gagnée. Dans ce livre, réédité grâce à la passion et à la ténacité de Monsieur Claude Sarfati, Heschel montre que ce qui relève de l’espace peut disparaître, mais pas ce qui relève du temps et lui appartient.

Né en 1907 à Varsovie, ce qui fait d’Emmanuel Levinas son aîné d’une petite année, venu au monde dans une contrée bien plus reculée d’Europe orientale, la Lituanie, Abraham Joshua Heschel connut, à peu de choses près, le même destin que son alter ego parisien : comme son coreligionnaire lituanien, il dut partir, quitter sa Varsovie natale, son milieu naturel, emportant avec lui cet univers peuplé de hassidim qui, contrairement à leurs frères «d’Occident» n’avaient pas relégué à l’arrière-plan leur attachement aux pratiques religieuses ancestrales. Refusant de troquer leur identité juive proprement dite contre le plat de lentilles d’une culture européenne broyant tout sur son passage, comme la totalisation et le savoir absolu de Hegel, Ils continuaient de vivre conformément aux directives des dynasties hassidiques de leur époque. Comme chacun sait, chaque secte hassidique portait à sa tête un tsaddiq (un Juste) qui réglait pour tous ses membres jusqu’aux plus infimes détails de la vie quotidienne.

Mais de substantielles différences subsistent entre ces deux coryphées de la pensée philosophique du judaïsme au cours du XXe siècle. Sous l’angle de l’attachement au hassidisme et à la kabbale[1], ces deux penseurs juifs, Levinas[2] et Heschel suivaient des orientations presque opposées. Alors que Levinas ne cessera jamais de manifester une certaine retenue, pour ne pas dire une réserve[3] teintée d’hostilité, à l’égard du hassidisme et de la mystique en général, ce même ésotérisme juif, cette kabbale[4] qui offrait l’indispensable fondement théologique aux doctrines des adeptes du Baalshemtov, Heschel restera, sa vie durant, attaché à ce courant de pensée qu’il incarnait, au vrai sens du terme, dans un judaïsme américain oublieux de ses racines et de cette vieille, mais Ô combien authentique piété, à l’abri de toute contamination des idéaux de l’Emancipation, pire, des tentations d’une assimilation délétère. De ce point de vue, un monde séparait les deux hommes : Levinas est né dans la place forte, le bastion du talmud, la Lituanie du Gaon de Vilna[5] qui avait mené une lutte acharnée contre ces hassidim dans le comportement desquels il subodorait presque de l’hérésie… Pour Heschel, ce hassidisme était la saveur exquise du judaïsme, dans lequel il avait baigné dans sa jeunesse, un véritable élixir de jouvence, la garantie d’un culte jeune, vivant et plein de force. Mais il n’a jamais négligé les études talmudiques, comme l’attestent les multiples renvois aux sources juives anciennes, au midrash et au talmud.

(Maurice-Ruben HAYOUN)

 

 

 

[1] M-R. Hayoun, La kabbale, Paris, Ellipses, 2011.

[2] Dans la quasi-totalité de ses écrits, même purement philosophiques, Levinas marquera ce qui le sépare du hassidisme. Jusques et y compris dans un article sur La mort chez Ernst Bloch, publié dans De Dieu qui vient à l’idée, p 65, note 5. Levinas saisit cette opportunité pour dire :… les histoires hassidiques si appréciées en Occident

[3] Voir notre Emmanuel Levinas, philosophe-herméneute. Universpoche, Agora, 2017, chapitre VI.

[4] Ce penchant mystique a favorisé une certaine proximité entre Heschel et Henry Corbin qui traduisit quelques pages de son collègue américain. Rappelons nous que c’est ce même Corbin qui traduisit Sein und Zeit de M. Heidegger en 1937.

[5] Mais Levinas a fini par modérer son hostilité au courant ésotérique juif grâce à un livret d’un disciple du Gaon, rabbi Haïm de Volozine, intitulé Sefer néfésh ha-Haïm où se trouvent reprises les idées fondamentales de la kabbale de Safed, dite lourianique, du nom de son fondateur Isaac Louria.

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24/12/2017

Comment faire la fête dignement ?

Comment faire la fête dignement ?

Les fêtes dites de fin d’année clarifient assez bien la relation actuelle entre l’héritage judéo-chrétien de nos sociétés occidentales et l’évolution des temps modernes. Dans un univers où le socio-économique, la finance, ou l’argent, prend une place de plus en plus prépondérante, quel espace impartir à la notion même de fête ? Une place qui ne fera pas le sacrifice de la spiritualité.

Depuis de très nombreuses années on fait aux fêtes de fin d’année le même reproche : le commerce, l’attitude consumériste, la réclame et les intérêts des industriels, ont largement supplanté le sens, éminemment religieux, de toutes ces fêtes, devenues, hélas, le rendez-vous de la grande consommation en tous genres. Désormais, le fait de célébrer un événement de nature originellement religieuse, notamment pour les chrétiens, est passé sous les fourches caudines des prescripteurs publicitaires qui jugent si vous allez manger une dinde ou un chapon, du foie gras, une bûche, des macarons, boire du champagne et ou du vin rouge, etc… Les menus de fêtes ont totalement éclipsé la fête en elle-même. On a l’impression que, bien que vaincu, chassé par la grande porte, le paganisme, la fête païenne, est revenue par la petite ou même par la fenêtre, tant l’aspect du plaisir gustatif a nettement pris le dessus sur tout le reste.

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22/12/2017

Les dérives de plus en plus dangereuses de M. Erdogan

Les dérives de plus en plus dangereuses de M. Erdogan

En marge du vote, prévisible, de l’assemblée générale de l’ONU, qui n’a pas été le grand succès espéré par les adversaires des USA et d’Israël, il faut noter un autre phénomène, parallèle à l’axe central de cette requête : la réactivation d’une diplomatie néo-ottomane du président turc actuel, une entreprise qui comporte bien des dangers tant pour la Turquie en tant que telle, que pour son président actuel…

Un observateur attentif qui considérerait la situation intérieure de ce grand pays qu’est la Turquie ne comprendrait pas du tout le bien-fondé de la politique extérieure que mène son chef actuel. En termes plus clairs : alors qu’un coup d’Etat raté, survenu il y a si peu de temps, a fait vaciller les fondements de son pouvoir, M. Erdogan se lance dans une politique extérieure aventureuse à la tête d’un pays, certes musulman mais guère arabe, où tant les USA que l’Etat hébreu ont et gardent de très bons amis. A preuve, les relations commerciales et touristiques entre ces pays, d’une part et ce qui reste de l’empire ottoman, d’autre part ?

Dans ses rodomontades anti-américaines et anti-israéliennes, M. Erdogan veut ressusciter un passé glorieux à la Soliman le magnifique, mais qui n’est plus du tout à sa portée. Au plan économique, la Turquie n’est pas encore entièrement sortie d’une économie de bazar, même si son taux de croissance n’est pas encore inquiétant ; en revanche, son potentiel n’est pas vraiment prometteur, je pense aussi à sa monnaie. Aux plans politique et militaire, le pays ne réussit toujours pas à briser une fois pour toutes la résistance armée du PKK et d’autres mouvements kurdes indépendantistes. Quant à la situation de la Turquie dans le monde, c’est encore plus grave : le pays est isolé, l’UE n’en veut pas et fait croire qu’elle ouvre les chapitres suivants alors qu’il n’en est rien : ni la RFA ni la France ne veulent de l’entrée de ce pays dans l’UE.

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20/12/2017

Des chorales dans tous les établissements scolaires, petits et grands…

Des chorales dans tous les établissements scolaires, petits et grands…

S’il est un ministre, un seul, que le président Macron a été très bien inspiré de nommer, c’est, sans conteste, celui qui veille sur l’éducation nationale. L’homme est issu du sérail et son dernier poste, avant de rejoindre le gouvernement, fut le rectorat de l’académie de Créteil, une académie, qu’on me permette de le dire, qui est plus proche de celle de Seine Saint-Denis que de … Versailles !

Ceci pour dire clairement que cet homme est au fait des choses, s’est confronté à la réalité, sait quels dangers pèsent lourdement sur notre système éducatif et ne se laissera pas anesthésier par son administration pléthorique qui a appris à masquer les choses et à pratiquer l’immobilisme. Ceci peut aussi se comprendre dans un ministère où chaque nouveau titulaire n’avait de cesse, dès son arrivée, que de détricoter l’œuvre de son prédécesseur pour attacher son nom à une loi, ne servant à rien, guère plus que les précédentes empilées par ses nombreux devanciers.

Plus que tout autre pays au monde, les Français sont très attachés à cette éducation qui se veut encore nationale, car elle les rassure par son aspect national, égalitaire, donc non élitiste, même si tous les régimes ont conduit une politique à deux voies : les lycées, les grandes écoles pour les élites, les collègues et les universités pour la masse. La devise nationale place l’égalité en second place, c’est dire combien les citoyens de ce pays y sont attachés, même s’ils confondent souvent égalité et égalitarisme…

Là, le ministre s’attaque, non plus uniquement aux choses extérieures mais à l’intime, au dedans des structures mêmes de l’école. Il a, en plus d’autres mesures, décidé qu’on apprendrait aux enfants à chanter. Quelle bonne idée. Mais pourquoi personne n’y a pensé avant lui ? Cette carence pointe une crise morale profonde : la France a perdu son homogénéité sociale depuis belle lurette et une telle initiative, faire chanter ensemble des enfants venus d’une douzaine de pays différents (parfois, même plus) eût été un vœu pieux. Et puis, il y aurait eu les cris d’Orfraie des belles âmes de gauche, dénonçant un embrigadement ou un enrégimentement des enfants ! Surtout si l’on faisait chanter la Marseillaise ! Quelle honte ! Faire chanter l’hymne national par des enfants… Quelle horreur !

On en était là, on avait honte du drapeau français, de l’esprit français ; ce fut ce qu’un philosophe judéo-français a taxé d’identité malheureuse. Et voilà qu’un courageux ministre arrive et décide que pour forger une nation, ce fameux lien spirituel dont parlait Ernest Renan au XIXe siècle, on doit aussi chanter ensemble. C’est une symphonie et non une cacophonie.

Encore un mot d’inventaire : l’école a tant perdu de son lustre auprès des gens que de nombreux parents préfèrent confier leurs enfants à l’école privée, payante, alors que l’éducation dite nationale engloutit des milliards prélevés sur leurs impôts.

Le ministre sait, même s’il ne le dit pas, que sa devancière a commis de lourdes erreurs et a remplacé l’efficacité et l’intérêt de l’institution par une posture politique désuète et que les valeurs de la laïcité n’ont pas toujours été mises en avant. Alors, il faut créer un esprit de groupe, créer ou recréer une cohésion entre les citoyens français de demain, leur apprendre le collectif, arriver à l’heure, se préparer à temps, respecter le programme, le tout en tant qu’activité parascolaire, un peu comme la pratique du sport lorsque les leçons des matières académiques deviennent lassantes, insupportables. Je le souviens avec émotion de l’équipe de handball de mon lycée ; chaque jeudi après midi on s’entraînait on affrontait d’autres équipes. Près d’un demi siècle après, je me souviens encore des noms et prénoms de mes camarades.

Une chorale, c’est de cela qu’il s’agit, est un groupe, un ensemble où l’on apprend tant à se connaître qu’a connaître les autres camarades. On travaille à l’ombre protectrice du drapeau français et on exalte le fond littéraire et musical de la France.

Le ministre, homme de terrain, sait qu’il y aura des élèves qui refuseront de chanter des chants de Noël ou des hymnes chrétiens (même l’hymne à la joie contient des références), ne se sentiront pas concernés par une tradition culturelle qui n’et pas la leur, etc… Je crois qu’il le sait et qu’il a prévu des mesures pour y répondre.

On s’est souvent demandé si la politique d’intégration n’a pas échoué. Elle a échoué puisque des forces centrifuges cherchent à se placer en travers de ce qui doit devenir une unité nationale. Le ministre doit combattre l’attitude de ceux qui, en France, se contentent d’habiter, sans y vivre. En d’autres termes, refusent de s’identifier à l’histoire nationale de ce pays qui les accueillis, eux et leurs parents. Tout en profitant de tous les avantages offerts.

Tout commence à l’école, il faut traiter le mal à la racine, prendre le taureau par les cornes. Comme tout autre pays, la France a le droit absolu de veiller sur son identité et accueillir ceux qui veulent vraiment s’y joindre.

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