Vu de la place Victor Hugo - Page 12

  • La France, patrie des intellectuels : François Dosse, La saga des intellectuels français (1944-1989)I (Gallimard)

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                                 La France, patrie des intellectuels :

    François Dosse, La saga des intellectuels français (1944-1989)I (Gallimard)

    Voici un excellent ouvrage, véritable don du ciel, écrit dans un style élégant et sobre, usant bien du style narratif sans étouffer son lecteur sous une marée de références en bas de page ni de démonstrations compliquées, bref un ouvrage solide et bien documenté qui évite pourtant le pesant style universitaire. On présente généralement la France comme la patrie des droits de l’homme, c’est assez vrai, encore que… Mais elle détient aussi un autre record, celui d’être la patrie des intellectuels. Ce dernier terme s’est imposé comme d’ailleurs le terme polonais équivalant d’intelligentsia. D’où nous vient cet héritage ? De la Révolution ou de la culture française en tant quelle, simplement ? L’histoire de ce pays a toujours oscillé entre plusieurs directions, naviguant entre plusieurs écueils, entretenant une tension polaire particulièrement féconde dans le domaine de l’esprit. Aucune religion, aucun système de pensée n’a réussi à s’imposer durablement au détriment de tous les autres… Grâce à qui ? A des intellectuels qui, de l’oratorien Richard Simon à Monsieur de Voltaire, d’Emile Zola et Ernest Renan à Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, n’ont permis aucune coagulation de la pensée dans ce pays. Même le douloureux épisode du pétainisme a fait long feu…

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  • Le cas Mahmoud Abbas

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    Il y a de cela quelques semaines, mais guère plus, j’attirais l’attention sur le danger qu’il y avait à isoler toujours un peu plus l’actuel président palestinien. Apparemment, tant les Israéliens que les Américains, ainsi que plusieurs pays du Golfe arabo-persique ont persisté dans cette voie. Et nous récoltons les résultats que chacun connaît : un durcissement de la situation économique dans la bande de Gaza, une détérioration de la situation humanitaire, etc…

    Comme toujours en Orient, les choses les plus simples pour nous sont sur place bien plus complexes. Résumons donc la situation :

    Depuis plus de dix ans, le Hamas a pris le pouvoir dans la bande de Gaza les armes à la main. Au début, la situation n’était pas encore alarmante puisque les tunnels de contrebande fonctionnaient à plein, que Téhéran distribuait généreusement des prébendes et que le Qatar renflouait les caisses du Hamas sans compter. Mais la situation a changé et Mahmoud Abbas a compris que s’il voulait parler au nom de tout le peuple palestiniens, il fallait reprendre toute la bande de Gaza et de ses deux millions d’habitants… Alors, sous la pression de l’Egypte voisine, les négociations ont repris entre Ramallah et Gaza avec les résultats que l’on sait : un pas en avant et trois pas en arriière, un peu comme le drapier des lanciers du Moyen Âge.

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  • La motivation des préceptes de selon Moïse Mendelssohn, fondateur du judaïsme moderne. VI

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    A l’époque de l’Emancipation des Juifs d’Europe, on assiste à l’émergence de défis radicalement nouveaux. Les anciennes justifications de la pratique religieuse d’Israël n’avaient pratiquement plus cours, même si les nouveaux penseurs s’y référaient parfois, dans le but avoué de trouver de meilleurs arguments que les leurs. Le problème qui se posait aux élites juives dès 1750 à peu près et durant tout le XIXe siècle notamment dans l’aire culturelle germanique, pourrait se résumer dans la formule suivante : l’identité juive religieuse était elle compatible avec la culture européenne, qui était encore, en ce temps-là, largement imprégnée de valeurs chrétiennes. La séparation de l’Eglisé er de l’Etat ne date que de 1905 et demeura ; il faut le rappeler, une spécificité française.

    Un homme, exceptionnel à bien des égards, va tenter de relever ce défi et de redéfinir, en termes plus actuels, l’essence du judaïsme : Moïse Mendelssohn (1729 à Dessau-1786 à Berlin) fut à la fois le fondateur du judaïsme prussien et du judaïsme moderne, tout simplement. En dépit des critiques plus ou moins violentes qui s’abattirent sur lui, cet homme ne se considérait pas comme le père de l’assimilation mais plutôt comme le pionnier de l’Emancipation de son peuple à la religion duquel il est toujours demeuré fidèle. On peut même dire qu’il fut victime d’une historiographie très injuste à son égard, notamment hébraïque qui le considère aujourd’hui encore comme le philosophe qui a mis le judaïsme allemand et européen sur la mauvaise voie, celle qui le conduisit à l’assimilation et, pour finit, à la destruction.

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  • Peut on, doit on chercher l'élucidation des mitswot IV

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    Avec Maimonide, notre sujet connaît un tournant significatif puisque l’auteur consacre pas moins de quatorze chapitres à la motivation socio-politique des préceptes dans son œuvre philosophique majeure, le Guide des égarés. Cette attitude, déterminée et systématique, tranche par rapport à tout ce qui précède : ni Saadia Gaon, ni Bahyé ibn Pakuda, ni Juda Ha-Lévi, ni même Abraham ibn Ezra ne sont allés aussi loin dans cette voie : Maimonide inaugure un nouveau style : il ne s’agit plus de disséminer ses idées philosophiques ou théologiques dans des commentaires bibliques classiques, mais d’agir autrement : dans le commentaire purement spéculatif, on introduit des versets bibliques. L’ordre hiérarchique est inversé : on va de la thèse à l’exégèse et non plus de l’exégèse à la thèse. La philosophie n’est plus vraiment la servante de la théologie : plus de rapport ancillaire.

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  • Peut on, doit on interpréter les mitswot III

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    Touati a suivi l’ordre classique jadis adopté par Heinemann : d’abord la Bible, ensuite le Talmud, ensuite, l’hellénisme, et enfin la philosophie médiévale. Pour ne pas adopter le style universitaire pesant, on n’indiquera pas les références aux œuvres ici citées ; on les trouvera dans mes autres livres où elles sont citées de manière détaillée. Après le Moyen Age, Heinemann a abordé la problématique de l’époque de l’Emancipation, et, pour finir, les penseurs allemands de Mendelssohn à Rosenzweig.

    On doit reconnaître que dans cette affaire des motivations des préceptes, le Guide des égarés de Maimonide marque un tournant. Les timides tentatives, tant de Saadia, de Bahyé ibn Paquda, de Juda ha-Lévi et de quelques autres, ne sont pas vraiment significatives. Reconnaissons, cependant, une certaine originalité aux Devoirs des cœurs (Sefer hovot ha-Levavot) qui vise, dans le sillage des ascètes musulmans, un état élevé de l’âme humaine, résultat d’une ascèse et d’une purification plutôt

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  • Peut on doit on chercher la motivation des mitswot? II

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    La pensée juive antique, telle que consignée dans le Talmud, fut reprise comme base de discussion par les générations ultérieures. Comme l’espace imparti ici n’est pas illimité, concentrons nous sur quelques rares citations talmudiques :

    Sanhédrin fol. 21b : Pour quelle raison les motifs de la Torah n’ont pas été révélés ? Parce que leur révélation dans deux cas fut une pierre d’achoppement pour un grand homme. C’est évidemment Salomon qui était visé. En dépit de sa très profonde sagesse (Dieu conféra à Salomon la sagesse), le fils du roi David se laissa séduire par des femmes étrangères qui peuplaient son harem ; ce qui conduisit Dieu à mettre prématurément un terme à ses jours…

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  • Peut-on, doit-on rechercher la motivation des préceptes divins…

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    Peut-on, doit-on rechercher la motivation des préceptes divins…

    Quand on parle de pratique religieuse, c’est-à-dire de l’accomplissement de commandements présentés comme d’origine divine, il arrive souvent que les théologiens ou les prêtres d’une confession donnée tentent d’en discerner la motivation ou simplement d’en dessiner les contours. Et la Bible, comme le Talmud et les théologiens juifs des différentes époques, ne font pas exception à cette règle. Mais voilà, il n’existe pas de ligne univoque ni de démarche unifiée dans ce domaine : la Bible elle-même, donne, comme nous le verrons infra, des explications justifiant telle prescription ou telle autre : par exemple, le repos du sabbat qui s’explique par la fin de l’œuvre de la création mais aussi par la nécessité pour les hommes de souffler, de jouir d’un repos bienvenu après une semaine de travail harassant… La consommation de pais azyme pendant toute la semaine de Pâque, justifiée, selon la Bible, par le fait que l’expulsion des Hébreux d’Egypte eut lieu dans la précipitation, sans donner à la pâte le temps de lever… Par contre, d’autres préceptes, pourtant d’importance fondamentale, comme la circoncision, font l’objet d’un énoncé déclaratif, sans aucune motivation. C’est vraiment l’abandon confiant à l’insondable sagesse divine.

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  • Origines et interprétations du shofar (corne du bélier)

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                      Origines et interprétations du shofar (corne du bélier)…

    De tous les instruments de musique, à corde, à vent et à percussion seul le shofar a suivi le peuple juif dans son exil. On ne se sert plus de cette corne de bélier qu'à deux occasions dans le judaïsme, à savoir le jour du nouvel an (Rosh ha-Shana) et le jour des propitiations (Yom Kippour). D'où peut bien provenir cette tradition et comment s'expliquer les interprétations mystiques et ésotériques qu'elle a reçues au cours des âges?

     

    Au fond, la Bible ne précise nulle part les règles afférentes au shofar; c'est le talmud -surtout dans le traité de Rosh ha-Shana 16a-b- qui s'en charge. Les théories qui cherchèrent à en rendre compte varient selon que l'on est rationaliste, éclairé ou franchement mystique; on peut retenir grosso modo deux idées: la sonnerie du shofar cherche à attirer l'attention de Dieu, voire même à le réveiller et à lui rappeler que sa miséricorde doit prendre le pas sur sa rigueur; ou bien elle sert à chasser les forces maléfiques, singulièrement Satan qui prend peur lorsqu'il perçoit ces sons précis et abandonne alors toutes les accusations qu'il entendait porter contre Israël.

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  • Nicolas Hulot, «Je ne veux plus me mentir…» Ethique et politique

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    Nicolas Hulot, «Je ne veux plus me mentir…» Ethique et politique

    Il n’est pas question de prendre ici parti pour ou contre la démission du gouvernement de Nicolas Hulot. Je souhaite simplement traiter de l’arrière-plan philosophique et psychologique d’une telle décision et surtout de la phrase principale qui la motive : le rejet du mensonge et le refus de poursuivre ce leurre de soi-même qui semble avoir taraudé un homme qui a fini par placer la sincérité et l’authenticité au-dessus d’un simple maroquin ministériel, ce que bien peu d’hommes ou de femmes politiques auraient fait, tant les oripeaux du pouvoir sont irrésistibles.

    Cette phrase, «je ne veux plus me mentir» exprime les remords d’une conscience morale, d’une exigence éthique, qui ordonne à chaque individu de cesser de faire comme si, de cesser de faire croire qu’on croit alors qu’on ne croit pas à ce qu’on fait. ni à ce qu’on dit. Et ce calvaire d’un homme qui n’était fait pour tout sauf pour de la politique, a duré plus d’un an, quatorze mois au total.

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  • La louve et l’agneau de Lucien Gerphagnon (Albin Michel) Rome et le christianisme ou comment la rusticité a viancu l’éloquence

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           La louve et l’agneau de Lucien Gerphagnon (Albin Michel)

    Rome et le christianisme ou comment la rusticité a viancu l’éloquence

     

    En effet, comment la louve (Rome) a-t-elle fini par s’incliner devant l’inoffensif agneau (en apparence) et, même plus tard, à inventer cette donatio Constantini où l’empire, symbole de la violence militaire et du polythéisme barbare, remettait les clés de sa puissance entre les mains de l’église chrétienne dont il reconnaissait la supériorité spirituelle et moraleDepuis, le christianisme campe sur les ruines de l’empire qui a dominé le monde durant tant de siècles avant de tomber sous les coups de boutoirs des hordes vandales…

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