17/06/2017

Lettre d’Israël VII : importer les mœurs parisiennes en Israël ? Ou l’alchimie d’une aliya réussie…

Lettre d’Israël VII : importer les mœurs parisiennes en Israël ?

 

Ou l’alchimie d’une aliya réussie…

 

 

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Lettre d’Israël VII : importer les mœurs parisiennes en Israël ?

 

Ou l’alchimie d’une aliya réussie…

 

 

 

On parle souvent, voire la plupart du temps, des Juifs qui émigrent en Israël pour s’y installer durablement et couper les ponts derrière eux ; on évoque bien plus rarement ceux qui reviennent, faute d’avoir pu ou su s’adapter à leur nouvel environnement. C’est tout le débat autour d’une aliya réussie ou gâchée… Je dis gâchée pour ne pas user du terme échec ou du verbe échouer car tout dépend, en fait, de ce que l’on attend, de ce que l’on espère et du possible. Israël est, certes, le pays des ancêtres, le lieu, comme l’avait dit David Ben Gourion en proclamant l’indépendance de l’Etat, où le peuple juif a fait son apparition sur la scène de l’histoire universelle ; il demeure que plus de deux millénaires d’exil et de dispersion sur toute la surface du globe ont créé des habitudes, généré des mœurs dont on a du mal à se défaire. Hegel disait que l’habitude est une seconde nature.

 

 

 

A mon avis, c’et la racine du mal. On ne peut pas espérer emporter avec soi les pratiques, les habitudes et les mœurs de nos pays d’origine. Je souris en pensant à un passage du Judenstaat de Théodore Herzl qui pensait en toute bonne foi que, comme à Vienne, les futurs boulangers de Jérusalem feraient cuire des heisse Semmel (petits pains chauds) à consommer pour le petit déjeuner. Le fondateur de l’Etat des juifs n’en aurait pas cru ses yeux ni ses oreilles si on lui avait prédit qu’en Israël, ce sont les pittot, le houmous et la tehina qui se seraient imposés sans réserve…

 

 

 

Mais ce n’est pas tout. On évalue à près de trente pour cent le nombre d’émigrants qui reprennent la route de leur pays d’origine. Il faut s’interroger sur ce phénomène. Afin de tenter d’y obvier en aidant les gens à s’adapter et je dois reconnaître que ce n’est pas toujours facile.

 

 

 

Passons en revue quelques causes de ce reflux qui est, grâce au Ciel, mieux endigué. Il y a de prime abord, une mentalité générale, si peu compatible avec ce qui se passe en France et en Europe. Détail croustillant : lors d’un sondage, les Israéliens de souche ont stigmatisé l’arrogance, réelle ou supposée, des Français qui les prennent de haut, se montrent très exigeants, etc…

 

 

 

Tout en étant un simple touriste –et je laisse de côté les critiques à l’égard de la compagnie aérienne nationale- chacun d’entre nous a vécu les pires désagréments en revenant occuper son appartement, resté inoccupé durant de longs mois d’hiver ou le reste de l’année. L’eau chaude fait défaut, la climatisation doit être réparée, parfois même le tableau électrique, dépanner la télévision, payer encore et encore !! bref ce qui, ici, va de soi, fait là-bas problème. ET c’est de là mal que vient le mal, en araméen talmudique on dit : da ‘akka…

 

 

 

Il n’est pas un seul parisien, acquéreur d’une maison ou d’un appartement à Tel Aviv, Natanya ou ailleurs que ne se plaigne des difficultés de traiter avec les promoteurs immobiliers, les notaires, les entrepreneurs du bâtiment, les fameux kablanim. Je n’ai pas moi-même fait cette expérience, n’étant propriétaire de rien, mais je connais nombre de gens, absolument dignes de foi, qui ont subi de telles avanies. Des appartements payés très cher et dont la livraison ne s’est pas faite selon les règles en vigueur chez nous, des malfaçons de toute sorte, des revirements quant au prix final, des retards dans la livraison du bien acheté, bref toutes sortes de vicissitudes qui rendent la vie amère, même si, comparées aux menaces pesant sur ce pays, de telles choses sont des broutilles ou des vétilles.

 

 

 

Mais la vie est aussi faite de ce genre de difficultés matérielles dont on souhaite qu’il y soit mis fin. Par malheur, l’Etat d’Israël ne s’est toujours pas doté d’une législation forte punissant clairement toutes les entreprises ou les professionnels qui abusent de la crédulité des gens, de leur inexpérience ou qui abusent tout simplement de l’ignorance de la langue .

 

 

 

En effet, les abus, les exploitations, les insincérités, bref tout ce qui indipose gravement les nouveaux venus doit disparaître. Je voudrais évoquer ici en termes voilés le discours d’un restaurateur qui s’est installé à Herzliya, la banlieue chic de Tel Aviv. Ce quinquagénaire, pourtant aguerri et auquel on ne la fait pas,  m’a entretenu pendant dix bonnes minutes de toutes les avanies qui lui furent imposées lors de son installation en Israël. Profondément sioniste, fier d’être enfin citoyen israélien, il m’a énuméré les différentes façons qu’ont les Israéliens sur place d’exploiter l’ignorance et la bonne foi des nouveaux venus.

 

 

 

J’avoue que cela m’a glacé et aussi rappelé certaines expériences vécues sur place : non respect de la ponctualité, non respect du prix convenu, rajout de prestations imaginaires nécessitant un renchérissement du produit ou du service attendu, notification tardive de la non venue d’un ouvrier arguant d’embouteillages ou d’autres obstacles invérifiables, etc… La liste est longue

 

 

 

Alors comment s’y prendre pour que tout cela cesse et que l’arrivée en Israël n’évoque ni Courteline ni Kafka mais soit un paradis sur terre (gan éden alé adamot) ? Je crois que la première thérapie est de se dire qu’aucune comparaison avec ce qui se fait à Paris n’est transposable en Israël. Je me souviens d’un échange avec une jeune réceptionniste d’un grand hôtel d’Eilat. Je venais lui demander une accès payant à internet et me plaignais des retards, des difficultés, etc… Voulez vous savoir ce qu’elle me répondit, cette trentenaire, née à Budapest et présente en Israël depuis une vingtaine d’années : Tu me dis que tu es professeur des universités ; oui, répondis je. Elle enchaîna : et tu ne t’es toujours pas rendu compte que tu te trouves en Orient…

 

 

 

Ma réaction fut d’esquisser un sourire triste et de battre prudemment en retraite. Oui, Israël, c’est l’Orient… Celui ou celle qui croit pouvoir importer nos mœurs de Paris à Tel Aviv ou ailleurs, se trompe, il ou elle commet une lourde erreur. J’ai assisté à de curieux échanges des tables voisines avec les maîtres d’hôtel du restaurant gastronomique du Hilton de Tel Aviv… Les consommateurs insistant pour que tout soit comparable àau service en vigueur dans des restaurants étoilés de Paris ou d’ailleurs… Vous pouvez deviner la suite et surtout la réaction des serveurs israéliens !!

 

 

 

Le rapport à l’autre, à l’argent, au voisin, à la vie en général, est radicalement différent. Essayer de convaincre les copropriétaires d’un même immeuble de payer ponctuellement les charges relève du miracle. D’où des appartements qui se délitent au point que la mairie impose désormais une réhabilitation autoritaire.

 

 

 

Que dire de plus ? La vie n’est pas simplement difficile dans ce pays, elle est aussi chère, ce qui développe chez les gens un rapport singulier à l’argent. Il est loin le temps où les juifs étaient solidaires les uns des autres, se respectaient les uns les autres et appliquaient les règles élémentaires de la Tora.

 

 

 

Dans ce chapitre, les rabbins devraient être les premiers à donner l’exemple : c’est loin d’être le cas. La plupart pensent d’abord à eux car le rabbinat n’est plus une vocation, c’est devenu une profession.

 

 

 

Mais la conclusion sera positive : l’existence d’Israël est un miracle, oui un miracle quotidien, comme le dit de Dieu la prière matinale : mehaddesh be khol yom tamid ma’assé béréchit. Oui, le Seigneur réédite chaque jour l’œuvre du commencement. Il le fera aussi longtemps que nécessaire. Et comme il a l’éternité devant Lui, cela donnera aux Israéliens le temps de changer.

 

 

 

Dans le bon sens.

 

 

 

MRH (Cette lettre met fin aux Lettres d’Israël)

 

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13/06/2017

Le macronisme, c'est l'enterrement fu hollandisme

Le macronisme, c’est l’enterrement du hollandisme

Comme tous les commentateurs politiques du pays, j’ai été renversé par le résultat des élections présidentielles et par le résultat prévisible des élections législatives. Une conclusion s’impose : Macron a enterré Hollande qui fut pourtant son tuteur et son père en politique. La seconde conclusion touche à l’état de décomposition avancée d’une classe politique complément dépassée, autiste,  déconnectée de sa base et dont le mandat de Fr. Hollande est l’illustration la plus achevée, je veux dire la plus décomposée, dans le sens du pourrissement. Nous ne connaissons pas, dans l’histoire récente ou ancienne, un quinquennat plus médiocre, plus néfaste ni plus incompétent.  L’Elysée coupe son locataire des autres et de la réalité, les conseillers-courtisans hésitant à dire au monarque républicain ce qui se passe vraiment dans le pays.

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12/06/2017

Claude Quétel, Tout sur Mein Kampf (Perrin)

Tout sur Mein Kampf de Claude  Quétel (Perrin)

 

En général, un tel titre donne l’impression que son auteur promet bien plus qu’il ne peut tenir. Pourtant, dans le cas qui nous occupe, le titre est justifié. L’auteur, historien de renom, ancien responsable de Mémorial de Caen, a lu attentivement le texte de Hitler en version originale, il a aussi compilé de manière critique et avec discernement la littérature secondaire. Le seul reproche, mince, par ailleurs, que je lui ferai, tient à une annotation bibliographique parfois sommaire. En revanche, on trouve aussi dans les notes des explications bienvenues et éclairantes. Mise à part cette vétille, le texte est riche, dense et se lit aisément

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10/06/2017

Du plus vieux restaurant végétarien du monde (1898) aux vitraux de Marc Chagall de l’église Fraumünster

Carte postale de Zurich :

 

Du plus vieux restaurant végétarien du monde (1898) aux vitraux de Marc Chagall de l’église Fraumünster

 

 

 

Mercredi 7 juin vers 16h15, l’avion de Swiss, construit par la société canadienne Bombardier, atterrit lourdement sur la piste de l’aéroport de la capitale économique et financière de la Suisse. Comme tout ce qui touche ce petit pays si influent dans notre bas monde, nous sommes à l’heure et les bagages arrivent rapidement. Dans l’avion on nous remet en guise de sandwich un gâteau cacher, notre ami Monsieur Rudy Levy ayant bien fait les choses… Il est d’ailleurs là à nous attendre pour nous recevoir et nous conduire, au nom de la belle Loge Augustin Keller, à notre hôtel.

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05/06/2017

La guerre des six jours, je me souviens de ce jour il y a cinquante ans

 

La guerre des six jours, je me souviens de ce jour il y a cinquante ans

 

Le 5 juin 1967, dans un pays arabe d’Afrique du Nord.  Il n’y avait pratiquement plus de juifs dans la ville et dans le pays. L’indépendance avait sonné le glas de toutes les communautés de la région, ils étaient tous partis. Une poignée d’inconscients étaient restés, confiants et croyant qu’ils seraient bien traités à la mode arabe : on se soumet, on reconnaît la supériorité de la religion musulmane et tout se passera bien. Mais lorsque peu d’années plus tard, survint ce jour fatidique du 5 juin 1967, tout changea.

 

L’adolescent qui se tenait dans le magasin de son père ressentit soudain un malaise : les Arabes qui passaient sur le trottoir bordant le commerce de son père regardaient l’intérieur de ce magasin de manière étrange. Cela devenait inquiétant. Le mystère fut élucidé par un infirmier ami de ses parents. Mais que se passe t il demanda l’adolescent ? L’homme répondit : l’armée d’Israël a bombardé les pays arabes à ses frontières… Le jeune homme fut saisi d’effroi. L’homme n’en dit guère plus et observa un silence gêné. Il ne pouvait pas prêter de noires arrière-pensées au garçon qui lui faisait face. Au bout de quelques minutes il s’en alla.

 

Le père n’était toujours pas de retour. Quand soudain un Arabe arriva en trombe sur son vélo, se précipita dans le magasin en criant : le sang rouge des Juifs ! Mais constatant que le père n’était pas là, il repartit aussitôt. Le jeune homme fut au bord de l’évanouissement. Mais l’adulte finit par revenir, le fils ne lui dit rien de l’incident. Inconscient ou bravant tous les dangers, et Dieu sait ce que pouvait valoir la vie d’un Juif en ces sinistres journées, le père emmena son fils en voiture faire des emplettes au souk voisin. Ici aussi, le fils éprouva un violent malaise car cette fois-ci ce n’était pas les passants qui les dévisageaient mais bien des policiers en armes…

 

Le soir même, avant de tenter de s’endormir, car il mesurait l’étendue du danger, le jeune homme alluma sa radio et ce fut un déferlement de rugissements féroces des speakers des radios arabes qui appelaient à venger les  victimes des bombardements sionistes (sic). Ils hurlaient ceci : au nom des femmes, au nom des hommes et au nom des enfants tués lors des bombardements sionistes, vengez les !!! L’adolescent se demandait ce qui allait se passer le lendemain.

 

Et par la grâce divine, il ne se passa rien mais le jeune homme observa que certaines personnalités arabes très respectées dans le quartier et dans la ville rendaient, avec une fréquence inhabituelle, visite à ses parents, comme pour signifier à la populace qu’ils leurs accordaient l’aman… Quiconque s’en prendrait à eux le regretterait, ce serait comme s’en prendre à elles mêmes, en tant que personnalités et notables du coin.

 

Cinquante ans plus tard, l’homme qui n’est plus vraiment jeune à près de 66 ans, se souvient. Ses parents ne sont plus et reposent en terre d’Israël, celle-là même que les armées arabes voulaient conquérir en en éradiquant la population juive. Mais la victoire changea de camp. Ce furent les Israéliens qui triomphèrent de leurs ennemis mais qui se conduisirent de manière civilisée. Les soldats égyptiens capturés dans le désert du Sinaï reçurent de l’eau et de la nourriture, conformément aux conventions de Genève. Mais en aurait il été de même si les rôles avaient été inversés ?

 

En suivant sur I24News l’historique de cette guerre éclair je me souviens d’un Psaume émouvant qui scande la liturgie juive. Le Psalmiste, la plus belle incarnation du sentiment religieux, l’homme le plus croyant que la terre ait jamais porté, s’écrie : n’était Dieu pour nous, dit Israël, lorsque les humains se dressent contre nous, on nous aurait avalés vivants, tant leur haine envers nous était forte…. Béni soit l’Eternel qui ne nous a pas offert comme une proie à leurs dents ! Notre âme, comparable à un oiseau rescapé, a déjoué le piège de l’oiseleur. Le piège s’est brisé et nous avons été sauvés…

 

Moins de trois jours plus tard, mais après 1897 ans d’exil et de souffrances insupportables, au cours desquels les juifs intériorisaient leurs malheurs, Dieu a remis entre les mains d’Israël son ancienne capitale et le seul mur encore debout du temple de Jérusalem. On peut encore entendre le cri de joie du général commandant les milliers de parachutistes entrant dans la vieille ville et conquérant  la montagne du Temple (har ha-bayit) : le Mont du Temple est entre nos mains (Har ha-Bayit be-yadénou)

 

Motti Gour avait harangué ses troupes d’élite en ces termes : soldats d’Israël, vous allez rétablir les droits d’Israël sur la cité du roi David. Le peuple juif tout entier a les yeux braqués sur vous. Vous devez réussir.

 

Et en effet, ce fut fait au prix de lourdes pertes, environ 180 parachutistes sont tombés lors de la bataille de Jérusalem. Les larmes embuent les yeux des présents. Les soldats qui posent leurs mains sur les pierres du fameux Mur Occidental en pleurant viennent de tracer un trait définitif d’une longue période de l’Histoire juive… Israël est de retour à Jérusalem, lui qui depuis tout ce temps priait : l’an prochain à Jérusalem. Et la divine Providence a enfin confié à d’humaines mains le soin de mettre un terme à cet exil forcé.

 

Qui ne se souvient du chapitre XXXI de Jérémie, celui qu’on taxe de geignard au point qu’il a donné le terme jérémiade ! Pourtant, vers les VII-VIe siècles avant notre ère, il a promis que les fils reviendraient chez eux. On entend à Rama un son plaintif, c’est Rachel qui pleure ses fils emmenés en captivité. Elle refuse qu’on la console. Mais le prophète lui intime l’ordre d’effacer ses larmes et de cesser de se lamenter. Il lui prédit un retour de ses fils, le peuple d’Israël. Il conclut en ces termes prophétiques : yesh tikwa le-aharitékh :  il y a de l’espoir dans ce qui va suivre. En clair ; l’histoire d’Israël renouera avec l’espoir et les victoires.

 

C’est pour cela que le Rav Goran l’aumônier général des armées sonne le chofar en guise de victoire, cette corne de bélier, le seul instrument de musique que le peuple juif a pu emporter avec lui durant tout ce temps là.

 

C’est fait. La victoire est là. Il faut à présent la paix…

 

Qui ne pleurerait  de joie en évoquant ces paroles du même Psalmiste : Que Dieu donne la puissance à son peuple, que Dieu bénisse son peuple par la paix.

 

Béni soit l’Eternel qui nous a permis de vivre ces précieux instants.

 

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Le château Mercier de Sierre et le dialogue des cultures

 

 

 

Pour un dialogue (réussi) des cultures occidentales et orientales au château Mercier de Sierre

 

 

 

 

 

Dans le canton du Valais, où naquit mon ami le grand journaliste genevois Pascal Décaillet, j’ai pu enfin visiter le fameux château Mercier et y résider avec Danielle durant quelques jour. Cela m’a rappelé des souvenirs d’adolescence puisque j’allais souvent dans cette région suisse avec des colonies de vacances des CCVL. Je connais bien Urlrichen, Reckingen et d’autres lieux dits où nous nous rendions avec ces fameux trains à crémaillère dont je me demandais jadis comment ils pouvaient grimper aussi haut et nous conduire à bon port. C’était ce côté carte postale de la Suisse qui m’a toujours plu, avec ses montagnes qui se découpaient sur un fond de ciel bleu mais parfois aussi brumeux, comme ce fut le cas durant un seul après midi, au cours de ce séjour de retrouvailles avec cette belle région où tous les flancs de montagne sont plantés de pieds de vignes.. Je me suis laissé dire qu’il existait dans cette belle région plusieurs centaines de marques de vins, tant rouges que blancs, cette dernière catégorie ayant incontestablement ma préférence.

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28/05/2017

Lettres d'Israël VI: Le chabbat au Herods à la Mer morte

Lettres d’Israël : chabbat au Herods à la Mer morte.

Il est environ 15h30 quand le véhicule s’immobilise devant l’entrée principale du Herods. C’est un peu irréel, ce paysage lunaire avec en avant plan ce grand hôtel qui attire toujours autant de gens du monde entier. Nous l’avons connu et apprécié grâce à l’un des principaux managers, Mister Ismaïl, un bédouin devenu le gestionnaire avisé d’un si grand hôtel. Pour une fois, pas de file d’attente devant la réception, l’installation se fait très vite. Sitôt les valises déposées dans la chambre, je descends rapidement pour rejoindre la fitness room où je fais un peu d’exercice. C’est qu’il ne faut pas traîner car dans quelques heures, c’est l’entrée du chabbat. Et même s’il y a tant Russes qui ne sont pas juifs, l’atmosphère est tout de même étrange par rapport, je crois, aux autres jours.

 

Après le sport, je rejoins Danielle qui se baigne dans cette eau chargée de sel et qui donne au corps une sorte de peau satinée. Le soleil darde ses rayons sur tous les baigneurs. Il y a encore du monde sur place, mais les Juifs les plus religieux sont entrés dans leurs chambres afin de se préparer à accueillir le chabbat.

 

 

Comme nous avons avec nous une amie suisse Micaëlla G-M., nous convenons de nous retrouver devant l’une des salles à manger de l’hôtel. Vers 19h45, nous entrons dans la salle à manger et là, c’est indéniable, l’atmosphère est celle du chabbat. Le talmud le dit bien : ha-chabbat mé’eyn olam ha-bas : le Chabbat évoque quelque chose du monde futur. Encore cette obsession juive de faire le coup de Josué qui ordonne au temps de suspendre son vol : comme le disait Abraham Heschel dans on texte sur le chabbat et sa signification pour l’homme moderne, le temps du chabbat évoque l’éternité Plus prosaïquement, on change de registre C’est probablement ainsi qu’il faudrait interpréter la belle métaphore d’une âme supplémentaire (neshama yetéra). Certains se demandent même si la notion bergsonnienne de supplément d’âme ne vient pas des pâles origines juives du philosophe…

 

Je vous ai parlé il y a un instant des bédouins dont l’Etat d’Israël a su faire des maîtres d’hôtel, des directeurs de salle et des serveurs. Certes, ils ne sont pas stylés comme à Paris, mais ils font de leur mieux. Je m’adresse donc à celui que je connais le mieux pour commander une bouteille de vin rouge sec gamla. Il apporte la bouteille et me la tend pour l’ouvrir car il sait que les Juifs hyper religieux tiennent à ouvrir la bouteille eux-mêmes et à se faire servir par des Juifs. Je lui fis la réponse suivante : vous savez , je suis juif mais j’ai oublié d’être idiot. Il éclate de rire, ouvre la bouteille, me fait goûter le vin. C’est excellent

 

Les deux dames restent assises, comme chez mes parents à Agadir et moi je me lève pour réciter le kiddoush. Ensuite je récite les deux autres bénédictions. A la table de droite, une jeune maman fait réciter à sa petite fille la prière ha-motsi léhém min ha-aréts. Je cache l’émotion qui m’envahit. Une maman qui, sous nos yeux, éduque sa fille qui doit comprendre que le chabbat n’est pas un jour comme les autres.

 

Conformément à leur habitude, et comme je vous l’ai déjà signalé en parlant du rapport des Juifs à la nourriture, les Israéliens se jettent sur les buffets qui sont plantureux.

Je me rends compte que la totalité des jeunes serveurs et des maîtres d’hôtel sont des bédouins. L’Etat d’Israël a très intelligemment géré les Bédouins qu’il recrute pour son armée où ils forment des bataillons homogènes. Ils n’ont pas leurs pareils pour repérer les traces laissées par des infiltrations de terroristes. Dans l’obscurité, ils ont une vue perçante et jusqu’ici ils ont, comme les Druzes, fait preuve d’une totale loyauté à l’endroit de leur pays, l’Etat d’Israël.

 

En allant moi aussi au buffet où ma femme a déjà repéré un plat de langue de bœuf à la marocaine, accompagné de délicieuses olives vertes, je me rends compte que je suis le seul à être en costume. La salle est bien climatisée mais dehors il fait encore trente degrés. Et il est plus de vingt heures.

 

De retour du buffet, je tente de me faufiler entre ma chaise et celle de la voisine. Je lui dis en hébreu pardon (tisléhi li) et elle me répond comme seul un Israélien peut vous répondre : mais je vous ai déjà pardonné (kvar salahti lakh…). Il faut vraiment venir dans ce pays pour entendre de telles réparties.

 

Toutes les langues (sans jeu de mots avec ce plat que je ne mange qu’une fois par an) se font entendre ici, mais l’hébreu est devenu la seconde langue du pays, au profit du russe. Figurez vous que les Bédouins comprennent l’hébreu, mais pas les femmes de chambre ukrainiennes ni les plagistes. Il faut parler russe : quand je dis à la femme de chambre que j’ai besoin d’un nouveau peignoir de bain, je dois faire une foule de gestes. Pas un mot d’hébreu ni d’anglais !!

 

J’ignore à quoi ressemblera le chabbat dans cinquante ans en Israël tant les traditions locales divergent les unes par rapport aux autres. Mais, grâce soit rendue au ciel, les prières resteront les mêmes. Et ces visages rayonnants de Juifs âgés, de vieux Messieurs, grand old men qui récitent les prières suivant leur ancienne mélodie… A la limite, on oublierait de manger pour les écouter et les scruter.

 

Vivre intimement le chabbat, c’est de cela précisément que je suis le témoin ce soir ; certes, il arrive qu’un touriste français, particulièrement arrogant, vienne tout gâcher en manifestant bruyamment sa mauvaise humeur car un Israélien a pris la table qu’il convoitait. Mais cette inconvenance ne suffit pas à rompre l’atmosphère presque magique que je ressens.

 

Au-delà d’une certain âge on ne se refait pas : je me remets à penser, à me demander comment nous avons fait pour conserver, contre vents et marées, un dénominateur commun, un lien unificateur, qu’on ait vu le jour dans un pays arabe, en Europe, en Amérique, en Australie ou en Israël même… Pour nous tous, le chabbat garde son lustre extraordinaire, même si nous nous écartons de toutes ses prescriptions qui viennent corseter un jour au cours duquel tout devrait être joie et allégresse. N’oubliez pas ce que Ernest Renan disait du sérieux judaïque… Il le dénonçait à juste titre.

 

Je suis plongé dans mes pensées quand soudain, j’entends nettement l’action de grâce après le repas, récitée dans une mélodie presque nostalgique par un vieux Monsieur. Un peu comme s’il disait à Dieu qu’il a trop tardé à permettre la renaissance d’un grand état juif… Ces sons presque plaintifs font penser aux mélodies hassidiques ; Je sais que c’est ma sensibilité juive qui me fait dire ou penser cela. Et c’est cette même sensibilité qui radoucit les critiques justifiées que nous adressons à l’Etat d’Israël quand nous venons d’Europe et surtout de France. Les Israéliens ne sont pas gens faciles, ils sont même parfois ingérables. Mais ce sont nos frères avec lesquels nous réapprenons à vivre

 

Ce lien entre nous tous n’est pas seulement un ciment d’unité, c’est un lien profondément fraternel.

 

Encore un détail : le lendemain matin, au petit déjeuner, ce sont des jeunes venus d’Erythrée qui servent le café. Eux font un effort pour parler hébreu. Ils obéissent au doigt et à l’œil aux Bédouins qui les dirigent avec douceur et délicatesse.

 

C’est bien cela la définition de l’Etat juif : ne pas distinguer entre les êtres humains. Se souvenir que le terme ADAM qui désigne la base même de la nature humaine ne connaît pas de pluriel. C’est une façon d’insister sur l’unicité de l’être. Le Talmud nous apprend que contrairement au fondeur qui frappe des pièces de monnaie, toutes absolument et strictement identiques,, Dieu crée des hommes, tous issus du même Adam, sans qu’aucun ne soit la copie conforme d’un autre. Les humains ne sont pas interchangeables. Et quand on veut parler du genre humain les sources juives anciennes disent bené Adam… Tous fils et filles d’une même souche tout en respectant la diversité.

 

Etre un Etat juif c’est incarner les valeurs universelles de la Tora, dans toute la mesure du possible. Aujourd’hui, entouré d’ennemis impitoyables, Israël fait de son mieux pour être digne de cet héritage dont il fit l’apostolat au reste de l’humanité.

 

Quand la paix sera là, on considérera la période précédente comme une sorte de préhistoire.

 

On comprend mieux la symbolique du chabbat : vingt-six heures durant, on s’éloigne du monde et de ses vicissitudes. On cherche la paix qu’on instaure dans son âme à défaut de la vivre dans le monde extérieur.

 

Et on troque le temps contre l’éternité

 

 

 

 

 

 

 

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26/05/2017

LETTRE D ISRAEL AU BORD DE LA MER MORTE

Lettres d’Israël V : Au bord de la Mer morte

 

Il a fait très chaud durant toute la journée d’hier. Au milieu de la nuit, j’ai pu observer à la jumelle le thermomètre de la plage ; 22° vers quatre heures du matin. Ce vendredi, le long de la route vers la Mer morte, la chaleur a regagné en intensité. Chaque fois que nous entreprenons ce voyage vers le site le plus bas au monde, par rapport au niveau de la mer, je suis plongé dans mes pensées. Nul autre paysage dans ce pays, celui de nos lointains ancêtres, n’évoque plus que celui-ci notre vieille histoire.

 

Ce paysage quasi lunaire avec des traces inimaginables de l’érosion éolienne ou autre, me rappelle toujours la saga abrahamique, ce personnage semi légendaire qui a fondé, sans le savoir vraiment, l’identité juive, même la nôtre, contemporaine.

 

Ernest Renan avait un peu raison de dire que le désert est monothéiste. Rien ne bouge, rien n’est à l’échelle humaine, l’homme, pour y survivre, doit vraiment s’atteler à la tâche. Pas une goutte d’eau, pas un brin d’herbe Rien, absolument rien. De temps en temps des camps de bédouins avec des chèvres faméliques qui tentent de brouter quelque chose. Parfois un chameau. Mais nul être humain n’est visible : les bédouins se mettent à l’abri sous la tente, sirotent leur thé sirupeux et sont très économes de la moindre mobilité. C’est qu’il faudrait alors se réhydrater chaque fois et ici l’eau est une denrée rare.

 

Danielle tient à conduire, ce qui me permet de m’abîmer dans mes pensées. En 2011, j’avais fait paraitre aux éditions Ellipses à Paris un livre intitulé Abraham, un patriarche dans l’Histoire. Peut-être aurais je dû, avant la rédaction finale, venir me ressourcer ici… Nul ne reste insensible en contemplant ce paysage, probablement unique au monde, par sa situation.

 

Le livre de la Genèse est l’un des plus complexes de la Bible hébraïque. Il contient cinquante chapitres et les chapitres 12 à 25 sont dévolus à la saga abrahamique. Après c’est la vie d’Isaac (notamment au chapitre 22 sa ligature) et de Jacob… Mais la personnalité qui se dégage le plus et devient emblématique est bien celle de Joseph qui est traitée du chapitre 37 au chapitre 50, presque autant que son arrière-grand père le patriarche Abraham. Lequel connaissait ce territoire comme sa poche puisqu’il l’a sillonné de long en large, comme le note littéralement la Bible hébraïque.

 

Les montagnes défilent devant mes yeux et j’imagine Abraham sous sa tente, puis assis devant elle, accueillant les voyageurs ou les trois anges qui se font passer pour de paisibles caravaniers alors qu’ils ont pour mission de détruire les deux villes pécheresses, Sodome et Gomorrhe. Mais aussi de faire d’autres annonces, plus réjouissantes, notamment la naissance d’Isaac.

 

Les scripteurs du livre de la Genèse ont ressenti le besoin d’installer, pour ainsi dire, un patriarche, comme l’expliquait brillamment M. Albert de Pury. C’est peut-être ici l’authentique berceau de la religion d’Israël, une religion qui faisait ses premiers pas dans un environnement si oriental avec des nomades juchés sur des dromadaires, effectuant des transhumances suivant les saisons, suivis ou précédés de leurs troupeaux ; mais ces descriptions ne sont qu’une toile de fond, l’objectif des rédacteurs est de montrer que même Abraham, sans avoir reçu la Torah de Dieu, en appliquait déjà les commandements à la lettres. Et le Talmud, fidèle à son habitude, amplifie encore plus cette fidélité et cette obéissance en soulignant que le patriarche était au fait même de la tradition orale, alors que celle-ci ne verra le jour que des siècles et des siècles plus tard. En effet, la critique biblique établit conjecturalement la vie d’Abraham vers 1850 avant notre ère.

 

Un panneau de signalisation interrompt mes réflexions : en caractères hébreux et arabes, il indique qu’il faut ralentir car il y a devant nous un barrage militaire. Et en effet, des soldats, plutôt jeunes et lourdement armés, montent la garde de manière débonnaire. Sue le bas côté de la route est stationnée une jeep lilitaire hérissée d’antennes. Les soldats jettent un coup d’œil rapide mais c’est plus loin, quand on se rapproche de Eyn Boqéq que leurs camarades font ouvrir le coffre de la voiture.

 

La vision de ces deux jeunes gens et de cette jeune fille portant son fusil d’assaut en bandoulière me rappelle d’autres choses, et notamment la visite du président Donald Trump en Israël. La psychologie de ce peuple est largement déterminée par l’extérieur. Le point numéro un de la politique intérieure d’Israël, c’est la politique extérieure !

 

Seul un tel peuple pouvait faire au reste de l’humanité l’apostolat du messianisme. C’est la formule plus élaborée de l’idée populaire : demain, cela ira mieux : ihyé tov. Mais jamais hic et nunc.

 

Mais en dépit d’un état de guerre permanent depuis sa création si controversée mais légitime et absolument fondée, l’Etat d’Israël qui se proclame un Etat juif, est devenu l’une des premières puissances technologiques et militaires au monde. On le nomme la Start up nation. Il est rare de trouver des appareils électroniques d’usage courant sans quelques composants découverts et commercialisés en Israël : dans les avions, les téléphones portables et tant d’autres instruments.

 

Et puis, il suffit de se concentrer sur la route goudronnée, bien signalée, avec des espaces de repos, des stations services, etc…

 

L’hostilité quasi générale n’a pas frappé d’immobilisme, n’a pas paralysé le génie créatif du peuple juif, tant ici qu’ailleurs. Il ne s’agit pas de déclarations d’ordre apologétique. Tous ceux qui s’acharnent à dénoncer Israël devraient plutôt l’imiter ou suivre ses conseils. Le défunt premier ministre d’Israël, Itshaq Rabin avait jadis dans un très beau discours rendu hommage à la sagesse et à l’ingéniosité du peuple juif. Et il avait raison.

 

Mais je doute que la paix apparaisse de notre vivant. Voilà pourquoi les liturgistes juifs ont ajouté à l’invocation de l’avènement messianique la formule : bi-mehéra beyaménou, vite et de nos jours, de notre vivant… Cette redondance est voulue, intentionnelle.

 

Toujours cette course contre la montre du peuple juif, toujours cette temporalité qui sort du temps qui passe pour adhérer à l’éternité. Déjà le talmud avait frappé deux formules que Heidegger aurait dû méditer en publiant en 1927 Sein und Zeit. IL s’agit de Hayyé Olam et Hayyé sha’a : l’éternité face au temps qui passe. La stabilité face à la fugacité

 

Mais Danielle m’arrache à mes pensées en me disant que nous sommes arrivés à bon port. Encore un chabbat au Herodes de yam ha mélah avec tous ces plats marocains relevés et cette ambiance unique en son genre.

 

La moitié des nationalités du monde est ici représentée. Et surtout tous les maitres d’hôtel sont des bédouins, y compris le principal manager, mon ami Ismaïl…

 

(Prochaine lettre d’Israël VI : importer les conditions de vie parisienne en Israël)

 

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24/05/2017

Lettres d'Israël IV: Au bord de l'eau

Lettres d’Israël IV : Au bord de l’eau

 

Dans une station balnéaire avec des kilomètres de plage au sable fin sans le moindre galet, un peu comme à Agadir, la baignade compte beaucoup. Les gens sont là, certes en moindre nombre qu’au cours du mois d’août où se déversent ici toutes les banlieues de Paris, mais on ne peut pas dire que la plage soit déserte, comme dirait Aznavour.

 

Ici, comme dans les rues de cette ville balnéaire, le français est la langue la plus usitée, avant l’hébreu et le russe. C’est une véritable mosaïque qui se déploie sous vos yeux. En général, mis à part le mois d’août, je peux lire tranquillement des textes difficiles (Heidegger, Arendt, etc…) et la plage n’est guère brillante. Tout cela change lorsque les Français viennent.

 

Ce sont eux, d’ailleurs, qui sont aussi là, mais ce n’est pas la même clientèle. Il s’agit principalement de retraités français qui ont fait leur alya mais qui n’ont pas coupé tout lien avec la France. Leurs conversations gravitent toujours autour des mêmes sujets : le taux de convertibilité de l’Euro, monnaie en laquelle est libellée leur pension… Ensuite viennent les difficultés d’insertion surtout pour des personnes âgées qui ne peuvent pas assimiler l’hébreu. J’ai même entendu une dame dire : nous sommes ici des analphabètes ! Elle a raison, mais à qui la faute ? Certes, il faut avoir de la compassion pour des gens d’un certain âge, peu cultivés mais qui ne sont plus en mesure d’acquérir les bases d’une langue sémitique, si différente du français, langue indo-européenne. Et qui sont perdus, incapables de déchiffrer l’alphabet hébraïque, de comprendre ce que leur dit le guichetier de la banque. Heureusement il y a un francophone qu’on appelle à la rescousse ; mais au lieu de durer cinq minutes, l’explication prend une bonne demi-heure.

 

On entend aussi des critiques accablantes contre les Israéliens, surtout les commerçants et les artisans qui considèrent ceux qui viennent de l’extérieur, comme de véritables vaches laitières, taillables et corvéables à merci. Il y, certes, à prendre et à laisser. Il est indéniable que l’Israélien moyen abuse de l’inexpérience et ou de la naïveté du nouveau venu qui se croit protégé de tous ces requins par d’hypothétiques ou imaginaires valeurs juives. Je ne vais pas donner d’exemples que les antisémites pourraient nous envoyer à la figure.

 

Si vous voulez acheter des cartes sim, réparer votre portable, faire marcher votre téléviseur, remettre à jour la climatisation ou l’eau chaude, c’est un véritable parcours du combattant. Je puis en parler en connaissance de cause. D’autres subissent comme un traumatisme les vicissitudes entourant l’achat d’un appartement. Ici, tous les avocats sont aussi notaires et les choses ne se passent pas toujours sans accrocs.

 

Un vieille dame, non loin de mon transat, hurle au téléphone en français sa mésaventure de ce matin même à la banque. On l’a fait attendre, elle a à peine pu visiter son coffre… Une autre se plaint des incivilités de l’Israélien moyen qui ne dit jamais ni bonjour ni merci… C’est du moins ce que ces braves dames disent. Mais elles n’ont pas entièrement tort…

 

Il existe incontestablement un fossé entre les deux cultures, celle du pays d’origine et celle du pays d’accueil. Quiconque s’attendrait à trouver ici le même service qu’en Europe, en France ou en Suisse, ferait fausse route et se préparerait de tristes lendemains.

 

Comment s’explique cette rugosité israélienne ( ha hispous ha israélien) ? La guerre, les lendemains incertains, une administration tatillonne, les périodes militaires obligatoires, la vie chère, le terrorisme, la pression des religieux, la crise du logement, l’enseignement supérieur payant ? Ou d’autres choses ? Peut-être une volonté délibérée animant les éducateurs et les pédagogues israéliens de produire un Juif nouveau, fier de lui-même, valeureux, courageux, défiant le monde entier… J’y crois un petit peu et ce n’est pas pour me déplaire. Mais cela reste difficile à supporter car l’éducation reçue ne s’emboîte guère avec ce qui se passe en Israël.

 

A toutes ces récriminations, plus ou moins fondées, les Israéliens natifs, les sabras, répondent que ce n’est rien, comparé aux défis que le pays doit relever à toute heure du jour et de la nuit, confronté à la méchanceté, à la cruauté des ennemis d’Israël qui proclament urbi et orbi sa disparition. Mieux vaut un soldat courageux, valeureux qu’un individu policé et bien élevé…

 

Comment départager les deux parties ? Comment établir une passerelle entre ces deux visions ? La société israélienne évolue selon des critères qui lui sont propres. Elle bouge sans cesse, comme les routes et les infrastructures de ce pays. Certains sont pour d’autres sont contre. Sommes nous à l’orée d’un point de fracture ? J’espère que non, même si la vraie cassure oppose les religieux aux laïcs.

 

Selon moi, l’élite rabbinique locale n’a pas accompli l’effet qu’on attendait d’elle. Elle se préoccupe plus de son pouvoir d’achat et de sa situation matérielle que de l’avenir spirituel de la nation. Or, mis à part les rabbins, aucun autre corps n’est en mesure de le faire.

 

On m’a raconté des comportements de gardiens de la foi qui font flèche de tout bois pour s’assurer des revenus et un niveau de vie confortable. Je ne suis pas contre. Mais le rabbinat est une vocation, ce n’est pas une profession avec échelle mobile des salaires ou cumul de points de retraite. Israël est très fort militairement, c’est bien et c’est même rassurant. Mais il ne doit pas accumuler les retards spirituellement.

 

Il nous faut des rabbins convaincus, fidèles, conscients de leurs devoirs vis à vis de nous tous. Il faut laisser à d’autres le trafic ou le commerce des indulgences. On oublie que pour être un Etat juif et le rester il faut que cette condition soit remplie : le respect des enseignements de la Tora, d’abord par ceux qui sont chargés de l’enseigner au kelal Israël…

 

(Prochaine lettre d’Israël V : Au bord le Mer morte)

18:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

23/05/2017

Les Juits entre les mains de Dieu?

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

 

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

Bienvenue Maurice-ruben | 23/05/2017 | Déconnexion
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