20/09/2017

Les Juifs ne prient pas que pour eux, ils prient pour le monde entier

nations unies new york libre.jpgOn assiste ces jours à un véritable festival, un grand défilé à New York de ceux et de celles qui dirigent cette planète ; et leurs discours respectifs, même les plus enflammés, nous laissent sur notre faim. Une foule de questions se bousculent dans notre esprit en les écoutant : quelle est leur emprise réelle sur les événements qui secouent notre monde ? Comment peuvent-ils, comment pourraient-ils y obvier, dans la mesure où ils souhaitent vraiment le faire ? Peuvent-ils tirer des plans sur la comète alors qu’ils ne sont même plus certains d’être de nouveau à cette même tribune des Nations Unies, l’année prochaine ou dans plusieurs années ? Tant de paris risqués sur l’avenir laissent rêveur.

Ce sont là les sombres considérations qui occupent l’esprit un peu abattu du philosophe qui scrute le sens de ce qui se passe autour de soi. On voit des yeux le mur de l’espoir des hommes politiques, les grandes limites de leur discours, l’orientation souvent électoraliste de leurs propos et on se demande s’il ne faut pas dépasser cet horizon de la politique. C’est d’ailleurs ce qui se passe - très mal - dans les pays qui se disent théocratiques comme les républiques islamiques (Iran, Daesh, Libye etc…).

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06/09/2017

L’intelligence artificielle, l’éthique et Vladimir Poutine 

Etrange cocktail que ce mélange, plutôt détonnant, diriez-vous. Toutes les radios, tous les journaux parlent des dangers potentiels que contient un développement incontrôlé de l’intelligence artificielle. Et qui en a parlé publiquement le premier, ou presque ? Poutine devant un amphithéâtre d’étudiants. Le maître du Kremlin a dit que celui qui pourra maîtriser cette intelligence artificielle le premier, sera le vrai maître du monde. Et l’homme s’y entend en matière de domination et de position de puissance. 

Du coup, Poutine a donné le signal d’un débat qui ne fait que commencer. Il montre aussi qu’une nouvelle frontière s’offre à l’humanité pensante et technicienne, un peu comme si on voulait développer des clones ou des êtres qui ne seraient plus humains mais infra-humains, dotés de capacités surhumaines. Mais dépourvus de conscience, ce qui veut dire qu’ils ne sauront pas ce qu’ils font. L’opinion s’en est émue car un grand capitaine d’industrie a repris l’idée et on s’est vite rendu compte que l’horizon de toutes ces nouveautés était absolument infini, incommensurable et qu’il fallait des règles, donc une éthique. Et c’est ce qui m’intéresse, je vais donc m’y arrêter un instant…

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04/08/2008

TURBULENCES MOYEN ORIENTQLES

 

TURBULENCES MOYEN ORIENTQLES
    Tel est le titre d’un bel article du professeur Curt CASTEYGER, paru en allemand dans Finanz und Wirtschaft du 16 juillet 2008.  L’auteur commence par rappeler la position de Samuel Hunttington sur le choc des civilisations, notamment entre un Occident débarrassé de la guerre froide et un orient arabo-musulman, désireux de rétablir par tous les moyens un nouvel équilibre qui soit enfin en sa faveur.
    Dans cette vaste confrontation qui se déroule sous nos yeux, l’Iran des Mollahs joue un rôle déterminant, quoique très dangereux. Voilà une région, le Proche et Moyen Orient qui regorge de pétrole mais aussi de conflits, les uns plus compliqués que les autres.  On assiste aujourd’hui à une partition de fait de l’Irak en régions plus ou moins riches en ressources minières : les Kurdes, les Chiites et les Sunnites. Aucun gouvernement central, issue de la guerre, n’est parvenu à imposer entièrement son autorité sur les provinces.
    Le jeu diplomatique ne serait pas si compliqué si l’Iran n’attisait les tensions en soutenant tour à tour les frères chiites d’Irak, tout en ne négligeant pas de prêter main forte à d’autres. Bref, grâce au chaudron irakien et aux manigances du Hezbollah au Liban, l’Iran s’est, comme on dit, invité dans le conflit moyen oriental.
    Pourquoi ? Pour la bonne raison que ce pays ambitionne de devenir la puissance régionale la plus forte en ayant une bombe atomique et en produisant du pétrole qui lui sert plus comme une arme que comme un simple carburant…
    Mais les puissances arabes de la région, l’Egypte et l’Arabie saoudite, permettront-elles à l’Iran d’assouvir  son appétit de puissance à leurs dépens ? La rivalité ancestrale entre Perses et Arabes risque au contraire d’y trouver un nouvel aliment.
    Cette région aurait pu disparaître de l’agenda des grandes puissances si elle ne regorgeait d’hydrocarbures… Il faudrait donc développer des énergies propres et renouvelables pour desserrer l’étau… Tout le monde y trouverait son compte et le conflit se résorberait aussitôt puisque le foyer de tension n’aurait plus guère d’intérêt pour aucune puissance.
    Enfin, il est permis de rêver.
 

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10/06/2008

BERNARD LEWIS, ISLAM, QUARTO, GALLIMARD, 2005., 1554 PAGES (POUR 25 €)


BERNARD LEWIS, ISLAM, QUARTO, GALLIMARD, 2005., 1554 PAGES (POUR 25 €)
    Avec ce livre, nous avons affaire à une véritable petite encyclopédie portative sur l’islam, tant ancien, moderne que contemporain. Fait par le meilleur spécialiste de l’islam, encore vivant, quoiqu’âgé d’un peu plus de 90 ans. Arabisant confirmé, enseignant dans les universités américaines les plus prestigieuses, le professeur Bernard Lewis que j’eus l’honneur de rencontrer à Philadelphie dans le cadre de l’Annenberg Research Institute en 1989, fait l’unanimité.
    Cet ouvrage contient une grande quantité d’articles, d’études et de livres de taille plus réduite. Impossible de les résumer ou simplement de les évoquer par leurs titres. Mais certaines contributions méritent la mention et exigent une lecture aussi attentive qu’approfondie. Le seul reproche (et encore, le terme est fort) qu’on puisse articuler contre Bernard Lewis est son tropisme turcophile et sa séduction (qu’il ne dissimule guère, du reste) par la réussite de l’aventure ottomane.
    La belle étude sur les Arabes est remarquable ainsi que son appareil critique, ses références érudites et ses fins jugements. Un savant aussi universel ne peut empêcher la contestation ou la critique de non-spécialistes, ce que Lewis a bien voulu supporter mais sans manquer d’y répondre. Je fais allusion ici à la controverse qui l’opposa à Edward Said qui l’attaqua ainsi que d’autres arabisants non musulmans dans son livre intitulé Orientalisme. Lewis réfute sans peine les arguments de Said qui était un littérateur attachant et intelligent sans jamais être un philologue sémitisant confirmé. Dans sa réponse, Lewis fait une large rétrospective des critiques articulées par des musulmans, mécontents de voir des non-musulmans étudier les textes fondateurs de l’islam.  Le reproche majeur tient en une phrase : en étudiant l’islam de leur point de vue, les islamologues ou orientalistes, forment ou forgent une opinion laquelle se  veut fondatrice d’une identité que certains nationalistes arabes ou musulmans, culturels ou religieux, ne reconnaissent pas. C’est un peu comme si les élites d’une nation étrangère s’arrangeaient le droit de gérer le patrimoine religieux et culturel d’une nation qui leur interdit de le faire ou en contestent la légitimité…
    Un autre article de Lewis porte sur les juifs d’Europe qui étalèrent leurs opinions pro-islamiques, certains s’étant même convertis au catholicisme ou au protestantisme. Lewis cite d’impressionnantes listes de savants sémitisants et arabisants qui révolutionnèrent la connaissance de l’islam et de son fondateur.  Salomon Munk et Georges Vajda en France et Moritz Steinschneider en Allemagne. L’exemple le plus frappant est celui du savant judéo-hongrois du XIXe siècle Ignaz Goldziher qui alla jusqu’à se faire passer pour un musulman afin d’être admis six mois à l’université d’Al-Azhar ! Ses œuvres, notamment les Muhammedanische Studien furent traduits en arabe, en occultant bien sûr, ses origines juives. C’était un juif très pieux, impressionné par la notion de tawhid (monothéisme strict) des Musulmans.
    Lewis (qui est de nationalité britannique) montre aussi que Benjamin Disraeli, bien que converti, se vit longtemps reprocher sa politique prétendument pro-turque à l’encontre de la Russie, lors de la guerre qui opposa les deux pays. Alors que son objectif majeur était de prévenir un charcutage de l’empire ottoman, générateur de frustrations et donc de futurs conflits, certains voulurent y voir des séquelles d’une sympathie juive pour les Turcs, musulmans, à l’encontre d’une chrétienté persécutrice… Goldziher fit de son mieux pour présenter l’islam de manière à la fois scientifique et bienveillante. A l’un de ses étudiants musulmans, il lança la phrase suivante :  c’est pour votre peuple et le mien que j’ai vécu. Quand vous retournerez dans votre pays,n dites le à vos frères… Tout un programme !

    Je donne infra une analyse d’un de ses alivres repris dans ce gros volume qui s’intitule : Que s’est-il passé ?
    Oui, que s’est-il vraiment passé au cours de l’Histoire, ancienne ou plus récente, pour qu’un certain Islam se réveille avec la violence  inouïe du 11 septembre 2001 et qu’il se mue en ennemi implacable d’un Occident lequel incarne à ses yeux, à tort ou à raison, la cause de tous ses maux ? C’est, en fait, la question principale que se pose l’un des plus brillants orientalistes et islamologues de notre temps, Bernard Lewis, dans son tout nouveau livre traduit en français.
    Dans une introduction assez étendue mais qui n’est nullement centrée autour de l’actualité, si spectaculaire soit-elle, l’auteur souligne que «pendant des siècles, le monde islamique a été à la pointe du progrès et de la culture.» En réalité, les choses sont un peu plus complexes : ce ne fut pas le monde islamique dans son ensemble, mais ses élites (coupées du reste du peuple) qui incarnèrent l’esprit critique et l’intelligente innovante. Spécialiste incontesté de l’empire ottoman, Bernard Lewis a parfois tendance à accorder la plus grande importance à cette aire géographique et culturelle au détriment des autres représentants de l’Islam (par exemple les Arabes et les Iraniens). Mais ce choix se justifie aussi pleinement puisque seule la puissance turque a pu se rapprocher dangereusement du cœur de l’Europe  (la ville de Vienne) après avoir conquis l’ancienne Constantinople en 1453. S’ils avaient su tirer profit des avancées scientifiques et du système politique de l’Occident chrétien, les autorités turques auraient vraiment pu ne laisser aux peuples non-musulmans que le choix entre les deux termes de l’alternative suivante : soit être absorbée dans l’Empire soit se convertir à l’Islam… Cette irrésistible ascension, en apparence, du moins, s’enraya et le véritable essor de l’Europe chrétienne  s’imposa aux yeux de tous. Ce que note B. Lewis en  page 13 : « Et puis, soudain, le rapport s’inversa. Avant même la Renaissance, les Européens se mirent à faire de sérieux progrès dans les arts et la culture.  Avec la Renaissance, ils accomplirent de grands bonds en avant, laissant loin derrière eux l’héritage scientifique, technique, et même culturel  du monde musulman.»
Il semble que l’année 1684 marque un tournant : les armes turques cessèrent d’être décisivement victorieuses face à une chrétienté devenue plus combative et enfin consciente de la menace qui pesait sur elle au cœur même du vieux continent. Mais B. Lewis note finement que ces sérieux revers militaires eurent au moins l’avantage d’imposer à l’esprit turc l’art de la médiation, de la diplomatie et de la négociation.
    Dans le premier chapitre justement intitulé  Les leçons du champ de bataille, l’auteur s’interroge sur deux attitudes révélatrices de la mentalité musulmane dans ses relations avec les autres cultures et/ ou religions :  était-il licite pour des musulmans de se mettre à l’école de non-musulmans, c’est-à-dire d’infidèles ? Et pouvait-on, dans certains cas, s’allier avec des «infidèles» afin de combattre d’autres «infidèles» ? Pour l’Islam victorieux la nécessité de repousser les anciens adversaire aussi sur les plans doctrinal et religieux s’est très vite fait sentir. Mais la puissance turque, pas moins que les autres Etats musulmans, ne fut guère épargnée par la tentation fondamentaliste, c’est-à-dire,  dans ce cas précis, un retour biaisé aux sources : contemplant les ruines encore fumantes de ses troupes terrestres ou l’anéantissement de sa flotte par les forces chrétiennes, les autorités turques se dirent que «la source de tous ces maux tenait au fait qu’on s’était écarté des bonnes vieilles traditions musulmanes et ottomanes, auxquelles il convenait à présent de faire retour.» Au fondement même de ces explications gît le principe du repli et de la crispation identitaires face aux défis d’un monde qu’on ne maîtrise plus. Ceci explique aussi le choc des cultures et l’affrontement des civilisations. B. Lewis montre bien que cet affrontement n’est pas inéluctable pour peu que les cultures soient conscientes des valeurs qu’elles partagent et incarnent, chacune à sa manière.
    Apparemment  -et ceci est le second thème majeur du livre-  le mépris séculaire des Turcs pour les infidèles interdisait une telle démarche qui, si elle avait été un tant soit peu exploitée, aurait peut-être assuré la pérennité de l’Empire. En bon représentant musulman de la philosophie grecque, Averroès ob. 1198) lui-même avait été mieux inspiré en posant intelligemment le problème dans l’introduction à son fameux Traité décisif : reprenons, écrivait-il, à notre compte, dans le cadre de nos propres spéculations, les acquis de la Logique des Grecs. Si leurs démarches sont avérées, nous ne courons aucun  risque de nous fourvoyer en  les suivant ; si tel n’est pas le cas, et si les Grecs se sont trompés, eh bien rendons  hommage à leurs efforts intellectuels passé… 
    Sans suivre vraiment Averroès, les Turcs firent cependant, bien avant les autres puissances musulmanes des progrès notables dans les domaines de l’imprimerie, des traductions et de la presse où certaines voix autorisées s’élevèrent pour défendre les droits de la femme, par exemple. Il est vrai que certains ambassadeurs de la  Porte Sublime avaient envoyé à leur gouvernement des rapports étonnés sur les égards que même l’Empereur témoignait aux dames dans la ville de Vienne… Se découvrir, s’incliner devant une dame et lui accorder la préséance, toutes ces choses étaient une nouveauté par l’émissaire turc ! Et pourtant, l’esprit nouveau finira par s’imposer progressivement dans ces milieux fermés : on vit émerger des figures encore peu connues dans cette socio-culture orientale ; nous pensons à l’avocat et  au professeur, deux professions qui arrachent leur autonomie à une emprise religieuse omniprésente.
    Comment faire tomber toutes ces barrières sociales et surtout religieuses qui compromettaient durablement la modernisation du vécu et du penser des musulmans ? En réformant en profondeur trois secteurs vitaux de l’Etat : le militaire, l’économique et le politique. Mais pour le faire, il fallait imiter la démarche averroïste, c’est-à-dire se mettre à l’école des maîtres de l’Occident chrétien. Or, la chrétienté avait déjà liquidé les séquelles des systèmes féodaux et arriérés en supprimant presque entièrement l’esclavage, en améliorant le statut des femmes et en optant, avec des fortunes diverses, pour un minimum de tolérance à l’égard des autres croyances.
    Si l’Islam se caractérise surtout par un attachement sans faille à des valeurs intrinsèquement religieuses, peut-il, sans se trahir son essence, s’accommoder de la laïcité ? Comme en hébreu, il n’existait pas originellement de terme adéquat en arabe pour désigner ce vocable. Ce sont des chrétiens arabophones qui pallièrent ce manque en recourant à un terme qui désigne les choses de ce monde-ci, la mondanité (alamani). Le défi à relever était rien moins que celui de la sécularisation ou de la neutralisation de l’aspect religieux des valeurs.
    Enfin, s’il est un aspect de l’existence sur la valeur duquel l’Islam et l’Occident divergent largement, c’est bien le temps. Dans la culture musulmane, c’est la prière qui rythme les travaux et les jours alors qu’en Occident les servitudes techniques ont contribué à faire de l’homme l’esclave du temps.
    Ce petit livre de Bernard Lewis apporte bien  plus que des éclairages judicieux sur les raisons d’une décadence dont la moindre des conséquences n’est pas le retard historique de l’Islam par rapport aux autres religions et sa difficulté à se faire reconnaître comme une religion d’Europe, parmi d’autres. Au fond, l’auteur a raison de poser deux types de question qui cernent bien la problématique : qu’est-ce que l’Islam a fait des musulmans ? Et qu’est-ce que les musulmans ont fait de l’Islam ?
        Lewis parle aussi du panarabisme et d’autres sujets, notamment le terme Palestine dont on relit chez lui qu’il s’agit d’un terme phénicien désignant la peuplade des Philistins, occupant un territoire dont le nom et les dimensions géographiques n’ont cessé d’évoluer avec le temps et les époques. Mais je me garderai bien d’entrer dans les détails afin de provoquer l’ire d’aucun internaute. J’ai vu le courrier que m’a attiré une simple mention sur l’arabité de l’Algérie qui, vérification faite, est membre à part entière de la Ligue arabe…

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09/06/2008

MANUEL D’HISTOIRE FRANCO-ALLEMAND. L’EUROPE ET LE MONDE DE 1814 A 1945. MANUEL POUR LES CLASSES DE PREMIERES.


  MANUEL D’HISTOIRE FRANCO-ALLEMAND. L’EUROPE ET LE MONDE DE 1814 A 1945.  MANUEL POUR LES CLASSES DE PREMIERES.
KLETT ET NATHAN, 2008
    Enfin, un manuel d’histoire qui montre à la France et à l’Allemagne qu’elles partagent une sorte de communauté de destin (Schicksalsgemeinschaft). En moins d’un siècle, l’Allemagne et la France se sont combattues trois fois ; en 1870, en 1914 et en 1939. Et à trois reprises, ce furent des déchirements, des souffrances, des occupations avec leurs cortèges de peines et de haines. Aujourd’hui, les relations entre les deux pays sont telles que l’on parle du couple ou du moteur franco-allemand au sein de l’Europe.
    C’est dire combien je salue en tant que professeur d’université, germaniste et philosophe de formation, la parution de ce second volume franco-allemand d’histoire. Parler d’histoire commune, c’est vivre la même histoire, c’est établir un lien indéfectible entre les deux nations excluant ainsi tout danger de déflagration entre elles. C’est aussi faire naître une conscience commune. Car, ne nous le cachons pas, les sensibilités française et allemande sont très différentes, les approches historiques. Je ne puis rentrer dans les détails, mais la dénomination même des grands événements est différentes : e.g ; nous parlons des grandes invasions, les Allemandes entendent, eux, Völkerwanderungen. Nous parlons de langues indo-européennes, les Allemands de Indo-germanisch… Nous avons une laïcité, dictée par l’histoire de notre pays, ce qui nous a conduit à bannir l’enseignement de la religion dans les lycées et collèges. En Allemagne, la religion est considérée comme une matière académique (akademisches Fach) à l’égal de toutes les autres. Et la liste des différences (mais pas des oppositions) est encore longue…
    Le livre est remarquablement bien fait et m’a beaucoup plu. Il innove par rapport aux manuels que nous avons utilisé lorsque nous étions lycéens. On y parle plus de cultures, de mentalités, de traités, d’alliances et on y propose l’analyse d’un texte ou d’une carte. Ce qui forme les lycéens à l’embryon de la recherche. L’Europe, enfin, y est traitée comme une entité unie, vivante et en mouvement.
    La tâche n’était guère aisée, surtout lorsqu’il s’agissait de présenter els horreurs perpétrées par les Nazis au nom du peuple allemand. L’affaire Dreyfus n’est pas oubliée, pas plus que les camps de concentration et d’extermination où se produisait l’Holocauste.
    Je souhaite à cet essai d’une histoire commune une longue vie et beaucoup de succès. C’est en fouillant l’histoire commune que l’on forge un avenir commun. Et cet avenir est appelé à devenir le destin franco-allemand.

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08/06/2008

Emmanuel TODD : un reflux de l’islam ?


Emmanuel TODD : un reflux de l’islam ?
Dans l’édition du 20 mai 2008 (pp 24-25) nos confrères de la Neue Zürcher Zeitung font une intéressante interview du démographe et historien français  Emmanuel Todd. Celui-ci développe des thèses subtiles mais peu convaincantes, selon moi.
    Il commence par répondre à l’intervieweur qu’il n’existe pas d’éléments tangibles prouvant le choc  des cultures. Sa thèse tient en les éléments suivants : le monde islamique est, comme le reste des civilisations et des religions, pris dans un processus de modernisation dont il ne peut faire abstraction, quelles que soient les résistances qu’il entend lui opposer…Ensuite, cette modernisation ou cette mondialisation apporte avec elle –inéluctablement- une alphabétisation accrue qui, en contre coup, réduira la natalité et donc le nombre de musulmans… Les femmes ne laissant plus enfermer dans un rôle de cuisinière et de simple reproductrice. Pour conforter ses thèses, il s’en réfère à des statistiques comparées qui mettent en vis à vis le nombre d’enfants par femme musulmane sur une trentaine d’années. Il semblerait que le taux de fécondité des femmes musulmanes en Algérie ou en Indonésie se rapproche de celui des femmes européennes… Ce n’est pas si sûr ! Mais lorsque le journaliste lui fait remarquer que les Musulmans sont à présent aussi nombreux que les catholiques, il répond qu’il y a toutes sortes de chrétiens et qu’en outre, ce n’est pas le chiffre de la population mais le taux de natalité qui importe…
    Donc modernisation, alphabétisation, baisse de la natalité ont pour corollaire le reflux de l’islam… Voire ! Selon E. Todd, cette désislamisation a été précédée au cours du XXe siècle par une déschristianisation. Selon l’auteur, les deux phénomènes se superposent puisqu’ils correspondent à la même évolution qui semble inéluctable. En somme, les religions seraient en perte de vitesse et risquent tout simplement de perdre leur importance au sein de la société. On sent ici des relents d’analyses marxistes que l’on croyait révolues à tout jamais.
    L’auteur a, en revanche, raison de relever que dans un pays comme l’Iran, les filles, malgré le régime des Mollahs sont plus nombreuses à étudier à l’université que les garçons. C’est exact, mais voyez comme on les habille.
    L’analyse de Todd est séduisante mais manque de rigueur : d’abord, l’alphabétisation peut conduire à un double enfermement quand on voit l’endoctrinement des enfants des medersas du Pakistan ou d’Afghanistan. Ensuite, on ne relève pas avec tant de netteté cette baisse de la natalité et enfin le processus de laïcisation n’opère pas de manière similaire selon qu’il est à l’œuvre dans une société judéo-chrétienne ou musulmane. Ce n’est pas du tout la même chose.
   

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18/05/2008

EST-CE QUE LES ALLEMANDS SAVAIENT CE QUE PRÉVOYAIT LA SOLUTION FINALE?

224095406.png "Wir wussten gar nichts" : nous ne savions absolument rien… Telle était l’antienne reprise unanimement par les masses allemandes après la chute et la ruine du Reich nazi. L’auteur de cet ouvrage, spécialiste reconnu de l’holocauste, tente, avec succès, d’analyser le mécanisme de cette ignorance volontaire et de cette indifférence feinte. Il s’est aidé, pour y parvenir, des archives des villes et des villages, jadis gouvernés par les Nazis. Il a aussi consulté la presse nazie, les organisations des travailleurs et les rapports que les officines nazies envoyaient au gouvernement central du Reich depuis les provinces. En effet, les hitlériens avaient procédé à un maillage très fin du territoire et analysaient les réactions de la population devant la propagande anti-juive. Et nous devons bien reconnaître qu’elle fut contrastée et que les dirigeants nazis durent en tenir compte, au moins momentanément, pour moduler la dureté de la répression et des persécutions.

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17/05/2008

QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

 

  QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne. Paris, Seuil, 2008.

    Dès sa parution, ou plus exactement, à la suite d’un compte-rendu dans les le supplément littéraire du journal Le Monde, ce livre a suscité une controverse.. Quelques chercheurs ont réagi en adressant à cet ouvrage des critiques de fond.
    Examinons avec sang froid la thèse de cet ouvrage : il s’agit, comme le montreront de multiples citations, de contester la prévalence de la filière arabo-musulmane dans la transmission du savoir grec à l’Europe chrétienne et de mettre en avant, ou de faire valoir les droits, d’une autre filière,  gréco-latine, celle-ci qui aurait joué le rôle de l’authentique intermédiaire. Cette filière incarnée principalement par Jacques de Venise (ob. Vers 1150) a été, selon l’auteur, injustement occultée au profit d’une historiographie officielle qui faisait de l’Europe un satellite intellectuel de la culture arabo-musulmane. L’auteur cite au moins deux historiens de la philosophie, responsables, selon lui, de cette occultation.
    L’enjeu de ce débat est grave ; ce n’est pas une simple querelle de spécialistes,  il s’agit de savoir quel est, quels sont les pères intellectuels et spirituels de l’«Europe chrétienne» ainsi que la nomme l’auteur qui n’évoque l’apport judéo-hébraïque qu’incidemment, au détour d’une phrase ou dans une simple note…. Pour asseoir sa propre thèse, à savoir que la chrétienté occidentale n’a jamais vraiment rompu le lien qui l’unissait  au classicisme et à la philosophie grecs, l’auteur insiste, parfois un peu pesamment, sur des versions latines des œuvres d’Aristote, directement faites sur l’original grec par Jacques de Venise, sans être passé par le filtre arabe… Il s’agit donc de savoir si l’humus intellectuel de l’Europe doit quoi que ce soit au monde arabe ou arabo-musulman. A plus longue échéance, cela revient à se demander s’il y eut jamais un apport musulman, auquel l’Europe serait redevable. Les deux thèses que l’auteur entend combattre sont clairement identifiées : l’islam aurait transmis l’essentiel du savoir grec… et serait donc à l’origine du réveil culturel et scientifique du Moyen Age… la seconde thèse parle de racines musulmanes de la culture européenne.
    Ainsi présentée, la thèse de l’ouvrage peut sembler juste et défendable, mais en réalité, si les Arabes ont quelque peu contribué à la redécouverte de la richesse hellénique, nul (parmi nos collègues sérieux et compétents) n’a jamais prétendu, ni oralement ni par écrit, que nous devions l’entière redécouverte du monde antique classique aux Arabes ou aux musulmans. Il demeure, cependant, que les versions commentées d’Aristote, de Platon et de quelques autres nous sont parvenus, dans l’état dans lequel ils nous sont parvenus, avec des annotations des penseurs musulmans les plus connus, depuis al-Kindi jusqu’à Averroès, en passant par Abu Nasr al-Farabi, ibn Sina, ibn Tufayl et ibn Badja. La meilleure preuve que ces auteurs ont contribué d’une certaine façon au mouvement des idées, sans toutefois en avoir été les importateurs exclusifs, est apportée par la latinisation de tous leurs noms : Ibn Rushd est devenu Averroès, Ibn Sina Avicenne, Ibn Tufayl Abu Baker, ibn Badja Avempace etc… Si les penseurs chrétiens ne les avaient jamais utilisés, pourquoi avoir à ce point latinisé leurs points ?
    L’auteur a, en revanche, raison sur un autre point : on ne détecte nullement la moindre hellénisation du monde islamique, le philhellénisme de certains penseurs (au premier chef, Averroès) ne suffit pas à faire de l’islam le relais des Grecs au sein de l’Europe qui est, non point chrétienne, mais judéo-chrétienne…
    En fait, et l’auteur ne le dit jamais, il s’agissait des relations entretenues par des élites entre elles, du dialogue entre élites et non point d’un mélange authentique de cultures sur une vaste échelle… Un penseur comme Maimonide dont le nom arabe complet est Moussa ben Maimoun al-Kordoubi al-israili, acertes, puisé la science grecque aux fontaines arabes, et pourtant, il n’a entretenu de relations intellectuelles suivies qu’avec une frange réduite de la population musulmane contemporaine. Comment eût-il pu en être autrement ? Certains histoiriens de la médecine arabe sont même allés jusqu’à prétendre qu’il s’était converti «momentanément» à l’islam !!
 Au Moyen Age, comme dans l’Allemagne du XIXe siècle, des intellectuels juifs, en butte aux persécutions des chrétiens, avaient beau jeu d’insister sur l’ouverture d’esprit, la disponibilité et l’hospitalité des Arabo-musulmans. On parlait alors peu des lois de la dhimmitude mais il fallait opposer l’ostracisme de l’Europe chrétienne contemporaine à l’ouverture du monde musulman de l’ »poque médiévale. Nous savons aujourd’hui que cette remarque doit être nuancée. Mais dans le présent contexte, ce n’est pas une question primordiale. La quasi-totalité des candidats-rabbins d’outre-Rhin devaient préparer une thèse de doctorat pour devenir des Herr Rabbiner Doktor. Et tous, absolument tous, prenaient des sujets de thèses judéo-arabes…  Pour quelle raison ? Principalement pour administrer à leurs contemporains de l’Europe chrétienne qui leur barraient l’accès aux carrières académiques que des siècles auparavant, les Arabes avaient été plus ouverts qu’eux en admettant les juifs dans leurs cercles culturels… Et même le chantre de la néo-orthodoxie juive en Allemagne, Samson-Raphaën Hirsch (1808-1888) notait dans ses Dix-neuf épîtres sur le judaïsme la phrase suivante :ces jeunes gens(juifs) puisèrent des philosophèmes grecs à des fontaines arabes. 
Si S. Gouguenheim avait lu Hirsch, ou simplement feuilleté le maître ouvrage de Moritz Steinschneider, Die hebräischen Übersetzungen des Mittelalters und die Juden als Dolmetscher (Berlin, 1892), ou ceux Julius Guttmann,  d’Alexandre Altmann, de  Georges Vajda… et de quelques autres, il serait parvenu à une plus juste appréciation des choses
    Il est vrai qu’il est plus préoccupé par le rétablissement de certains faits, ainsi qu’il l’écrit :il y’a dans cette quête une dette envers l’Empire romain d’Orient, Constantinople, grand oublié de l’héritage européen, qui partageait avec lui un même patrimoine culturel et civilisationnel, celui de l’Antiquité classique. (p 19) Nous ne sommes pas insensibles à ce courant nostalgique mais est-ce que la nostalgie a sa place dans un ouvrage sur l’histoire des idées ? L’auteur a raison de souligner l’apport incontestable de chrétiens syriaques, tel Hunayn ibn Ishaq (809-873) qui effectuèrent un véritable travail de transfert culturel pour mettre à portée des nouveaux maîtres de l’Orient la tradition classique
    Cette connaissance ou cette ignorance du grec avait déjà préoccupé Ernest Renan qui lui avait consacré une partie de sa thèse de doctorat. L’Europe n’a jamais totalement perdu le fil des lettres grecques, mais de la à écrire que Charlemagne corrigeait lui-même (sic) le texte de l’Evangile avec l’aide de Grecs et de Syriens présents à sa cour (p 35)… Tout de même ! On veut bien admettre la critique des prétendus «dark ages» du Moyen Age et accepter volontiers que notre continent n’était exclusivement peuplé de brutes épaisses ou de moines incultes…
    Certains territoires de l’Europe, notamment l’Italie la plus méridionale, ont abrité des foyers culturels importants, au VIIIe siècle, par exemple.  L’auteur a probablement raison d’écrire que de l’antiquité au Moyen Age, sans rupture aucune, l’usage du grec se maintint. C’est tout à fait vraisemblable puisque même une langue dont les locuteurs furent moins bien lotis par l’histoire et par le destin, je veux dire les Juifs, ont conservé l’usage de l’hébreu et ont préservé cette langue durant plus de deux millénaires alors qu’on le considérait comme une langue morte…

    L’autre présupposé idéologique de ce livre, et qui, je l’avoue, n’est pas absolument illégitime, c’est la compatibilité entre l’identité judéo-chrétienne et la culture européenne, laquelle se fonde principalement sur l’héritage hellénique. Le philosophe français Emmanuel Levinas disait que l’Europe, c’est la Bible et la langue grecque… On lit aussi dans ce livre ( p 87) que les chrétiens syriaques, nestoriens ou monophysites, furent donc à la source de la culture écrite arabo-musulmane . Il est vrai qu’en forgeant, de force, une identification entre arabité et islam, les conquérants musulmans sont porté un coup fatal aux Arabes chrétiens, en général. Déjà Renan critiquait le rôle du panarabisme dans la propagation de l’islam. Si nul ne conteste que c’est Hunayn qui a formé le terme de falsafa, failasouf et son pluriel faslasifa, est-il juste d’écrire que des chrétiens ont ainsi forgé, de A à Z, le vocabulaire philosophique arabe.…
    Il y a une autre conclusion qu’il eut fallu tempérer, même si au cours du XIXe siècle, Renan avait lui sévèrement réduit les mérites de cette science die arabe. Mais voici ce qu’on peut lire en  page 101 :  pendant plus de trois siècles, du VIIe au Xe siècle, la «science arabo-musulmane» de Dar al-islam fut donc en réalité une science grecque par son contenu et son inspiration, syriaque, puis arabe par sa langue. Et d’ajouter : l’Orient musulman doit presque tout à l’Orient chrétien. Et c’est cette dette que l’on passe souvent sous silence de nos jours, tant dans le monde musulman que dans le monde occidental.
    Le chapitre clé de ce livre est consacré aux moines traducteurs qui, d’Antioche au Mont Saint-Michel, ont précédé les traductions de Tolède. Clerc vénitien de Constantinople, Jacques de Venise est le chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin. Et cette phrase, devenue presque fameuse : l’homme mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d’histoire culturelle… Mais qui en veut à ce saint homme qui, dans l’esprit de notre auteur, supplante même le grand Gérard de Crémone ? Après avoir tressé des couronnes, sans doute méritées à  Jacques de Venise et à quelques autres traducteurs latins qui effectuèrent leur œuvre de transmission à partir de l’original grec, l’auteur écrit ceci : (p 124) un front pionnier de la culture européenne s’est ainsi ouvert autour de la grande abbaye, dès la première moitié du XIIe siècle. L’Europe y plonge certaines de ses racines, sans doute davantage sur les rives de l’Euphrate.
        Existe-t-il une compatibilité entre l’islam et le savoir grec ? On retrouve ici la légende bien connue sur l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie et le verdict d’Omar… L’auteur est mieux inspiré lorsqu’il note ( p 136) qu’une civilisation qui cherche à s’assimiler l’héritage d’une autre civilisation doit soit faire partie de la même aire linguistique, soit disposer d’excellents traducteurs. Et il est vrai que les musulmans n’ont pas absorbé tout le savoir grec comme le ferait une éponge ; ils n’ont repris que ce qui ne menaçait pas leur religion. C’est d’ailleurs, soit dit en passant, les remarques préliminaires que fait Averroès dans son Traité décisif … concernant la science grecque…
    Les grands oubliés de cet ouvrage sont évidement les traducteurs et philosophes juifs du Moyen Age ; là encore, on s’interroge sur l’absence d’un homme comme Eliya Delmédigo (le Hélias Cretensis des Latins) qui fut le maître d’hébreu de Pic de la Mirandole et traduisit pour lui des commentaires d’Averroès…
    Que pouvons nous ajouter pour clore ce compte-rendu ? Que des hommes comme Ibn Badja, Ibn Tufayl et Ibn Rushd ont tout de même enrichi l’Europe et les archives mondiales de la philosophie de conceptions originales et de théories nouvelles.. 
Ibn Badja fut le premier a développer dans son Tadbir al-Mutawahid (dont l’original arabe ne fut découvert qu’en 1940 mais dont Moïse de Narbonne nous a conservé une dissertation hébraïque) une critique de la politique d’Aristote qui veut que l’homme soit un animal social par essence ; le penseur musulman adopte l’esseulement pour son solitaire, forcé de s’isoler pour préserver sa vertu…
Ibn Tufayl nous a laissé un magnifique conte philosophique, le Hayy ibn Yaqzan (remarquablement commenté par Moïse de Narbonne) où il élabore une forte critique rationnelle des traditions religieuses. Jamais auparavant, le concept même de Révélation, de tradition religieuse et donc d’orthodoxie, n’avaient reçu une telle critique.
Enfin, Ibn Rushd élabora, en s’appuyant sur un peu de savoir grec, une véritable théorie des rapports entre la religion révélée et la philosophie.  Et ces trois affaires furent réglées avant 1200… Irait-on jusqu’à nier même ces incontestables mérites de quelques penseurs Arabo-musulmans ? Ce serait folie.  Nous n’ignorons pas les violences faites aux peuples conquis et soumis, voire islamisés de force, nous nous ne fermons pas les yeux sur les églises, les synagogues et les temples détruits sans pitié. Mais est-ce suffisant pour nier les mérites d’une petite poignée d’hommes qui tentèrent, de leur mieux, d’aider d’autres hommes à mieux penser et à mieux vivre ?
    L’auteur du présent ouvrage n’est pas dénué de qualités ; il s’est même donné quelque mal pour réunir des savoirs divers. Mais j’avoue n’avoir jamais rien lu de lui dans ce domaine, je veux dire notre discipline de l’orientalisme médiéval. Une réédition devrait débarrasser cet ouvrage de ses manquements les plus évidents. C’est dans cet esprit que nous avons pris le temps de rédiger ces quelques lignes.

 

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13/05/2008

L'immigration et l'identité européenne

    Au vu de ce qui se prépare en Italie, on ne peut ignorer un vigoureux raidissement des Européens, même les plus méridionaus et les plus accueillants, à l'égard de l'immigration illégale et parfois, hélas (mais pas toujours) criminogène. De quoi s'agit-il? Le nouveau gouvernement italien, sous la direction de Silvio Berlusconi, s'apprête à faire voter une loi qui crée un délit d'immigration illégale, assorti de peines plutôt lourdes. Pourquoi ce soudain revirement et comment s'explique-t-il?

    Les civilisations ne se rendent jamais compte d'une chose lorsqu'elle est en train de se produire… C'est ainsi que les mutations qui ont mis à terre lempire romain n'ont été décelées que trop tard, lorsque le mal était bien là… La Rome antique n'aurait-elle pas pu obvier au mal qui la rongeait sournoisement avant de l'attaquer au grand jour? On peut se poser la question, sans toutefois faire de l'histoire fiction…

    Les Italiens avaient déjà, pour des raisons à la fois économiques et sociales, procédé à des régularisations massives, qui comme l'Esapgne, ont déstabilisé leurs voisins européens, notamment la France. Ces deux pays reviennent à une gestion plus réaliste des flux migratoires. Si l'on ne fixe pas les gens chez eux, c'est-à-dire hors du continent européen, aucune intégration digne de ce nom, ne sera plus possible. Il y a aussi un problème plus sérieux: accueillir quelqu'un chez soi n'est pas tout, il faut encore l'acculturer, lui donner les bases d'une civilisation. Nous le voyons avec le cas de la Turquie qui tente de rallier le camp européen.

    Ce qu'ilk faut bien comprendre , c'est que l'Europe est plus qu'un continent, c'est une culture. Et une culture est fondée d'abord sur des valeurs: égalité de l'homme et de la femme, prévalence de la culture laïque sur une vision religieuse et étriquée du monde, rejet de tout exclusivisme religieux, respect des droits de l'homme, indépendance de la justice etc…

    Or, jusqu'ici, l'Europe a donné d'elle une image d'eldorado qu'elle n'est plus depuis fort longemps: chômage endémique, désindustrialisation à marche forcée, déficits publics colossaux, menace pesant sur les retraites et la sécurité sociale etc…  C'est cette prise de conscience qui explique le raidissement des Iatliens et l'activisme du nouveau ministre Roberto Maroni.

    Mais pour équitable, cette protection des frontières doit s'accompagner d'aides généreuses aux pays du tiers monde; mais c'est toujours le même problème: en plus de tous ces problèmes qui les affligent, ces pays sont atteints de malgoverno chronique 

 

 

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08/05/2008

Sari NUSSEIBEH. Anthony DAVID. Il était un pays. Une vie en Palestine. Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn. Jean-Claude Lattès, 2008.

 

  Sari NUSSEIBEH. Anthony DAVID. Il était un pays. Une vie en Palestine.  Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn. Jean-Claude Lattès, 2008.

    Voici un livre émouvant, écrit de manière mesurée, sans haine ni ressentiment, mais avec une certaine fermeté de plume. Je n’en approuve pas tout le contenu, mais je trouve qu’il est sorti de la plume de l’un des meilleurs intellectuels palestiniens qui aient jamais défendu la cause qu’il croit être la bonne. Même Amos Oz, co-fondateur , il est vrai, du mouvement La paix maintenant, donc inclinant vers la gauche israélienne, a tressé quelques couronnes convenues à ce livre. Qui, je le répète, ne m’a pas laissé indifférent.
    Ecrit par un rejeton d’une veille famille de Jérusalem qui, de manière toute hagiographique, fait remonter sa propre lignée aux générations suivant immédiatement celle du prophète de l’islam, l’auteur a étudié dans de bonnes universités anglo-saxonnes (ce qui lui permit non seulement d’acquérir culture et ouverture d’esprit) mais aussi de trouver l’âme sœur, ce qui n’est pas sans avoir influencé sa vision de l’univers et son approche des problèmes de l’existence. En particulier une existence en Palestine, ce pays qui, bien que voté par l’ONU à l’occasion du partage, ne vit jamais le jour car les armées arabes déclarèrent la guerre au jeune Etat juif et que le roi Abdallah Ier, le grand père du souverain hachémite actuel, s’empressa d’annexer la Cisjordanie…
    L’habileté de la présentation de ce livre a consisté à dérouler une vie en la nouant autour d’un groupe ethnique ou d’un peuple, les Palestiniens. Et là, je dois dire que l’auteur fait preuve d’un esprit critique fort apprécié, tout d’abord à l’égard de ceux qu’il nomme les « occupants», mais aussi les politiciens palestiniens dont il stigmatise à longueur de pages, l’incompétence, la cupidité et la corruption. Les pages écrites sur la mentalité et le mode de gouvernement du défunt Yasser Araft sont étonnantes de lucidité et de franchise. Cet auteur a résisté de son mieux, grâce à sa formation philosophique et à son étude approfondie des œuvres d’un grand philosophe musulman du IXe siècle, père de la falsafa, Abu Nasr Al-Farabi. Ce dernier dressait en fait un portrait du souverain de la cité vertueuse qui ne correspondait pas en tous points au personnage de l’ancien président de l’Autorité palestinienne… C’est ainsi que l’auteur refusa poliment les postes trop en vue que le vieux leader tentait de lui confier ; cela rappelle les difficultés de Mahmoud Abbas, alors Premier Ministre, avec le même leader, un Abbas sur lequel l’auteur ne tarit pas d’éloges.
    Sari Nusseibeh a été un philosophe attiré par l’action politique (voire terroriste quoique non violente, il s’est contenté, dit-il, d’introduire des sommes d’argent qu’il répartissait entre les activistes…) mais rapidement déçu par elle. Très instructif est son écartèlement entre un poste de professeur associé aux USA et un portefeuille ministériel confié par Arafat. Ce qu’il dit de l’université de Birzeit qu’il dirigea durant des années est très lucide ; il a pu constater, impuissant, la montée en force des adeptes du Hamas qui cherchèrent régulièrement à le neutraliser au motif qu’il ne défendait pas les mêmes idéaux qu’eux… Il stigmatise aussi l’arrièrisme et la monomanie des islamistes, ivres de lectures du Coran ,au point d’y découvrir même les prévisions météorologiques… l’hommage qu’il rend à son épouse Lucie sur ce point mérite d’être mentionné,  Son islam à elle, issue d’une famille d’athées, est plus valide que celui des obscurantistes.
    L’auteur a passé, avec un tel parcours de militant de la cause palestinienne, un peu de temps, derrière les barreaux mais reconnaît n’avoir jamais été maltraité, même s’il consacre des chapitres entiers aux dires de ses étudiants, arrêtés pour activités terroristes. Universitaire, il émaille ses développements de références à John Locke, à Spinoza et à Kant… Il a même collaboré (dans le bon sens du terme) à l’enseignement de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il reconnaît les mérites de ses amis israéliens de gauche qui lui permirent d’assister à des séminaires de Shlomo Pinès sur les Lois de Platon. Il prit aussi connaissance des travaux de Léo Strauss sur al-Farabi, son auteur préféré, même si Avicenne retint aussi quelque peu son attention.
    Ses présentations des hommes politiques israéliens de droite comme de gauche sont assez tranchées : il ne porte dans son cœur ni Shamir, ni Bégin, ni Sharon, tout juste Pérés et un peu Rabin. Ehoud Barak l’a déçu , sans oublier le président américain Clinton auquel il reproche d’avoir imputé au seul Arafat l’échec des négociations du Camp David.
    Ce livre est trop riche, trop documenté pour qu’on puisse le résumer en si peu de lignes. Il convient de lire, sans en trop mâcher les feuilles…
    Il est dommage que les Palestiniens n’aient pas eu la sagesse politique de pousser vers l’avant un homme comme l’auteur qui sait, malgré son unilatéralisme, juger avec pondération et modération.


 

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