La prière Alénou le-chabéyah… ( Il nous incombe de louer le maître de Tout…)

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                                                                                                    Pour Eitan CHOUCROUN et ses chers parents

La prière Alénou le-chabéyah… ( Il nous incombe de louer le maître de Tout…)

Voici une traduction littérale, aussi fidèle que possible, de cette prière qui clôture les trois services religieux quotidiens du judaïsme. Et contrairement au kaddish, cette prière qui compte parmi les plus anciennes de la liturgie juive, est rédigée en hébreu exclusivement. Elle se compose de deux parties de longueur à peu près similaire. Son contenu vise à magnifier la royauté divine et à souligner l’authenticité du message judéo-hébraïque..

 

 

 

 

 

                                                                                                    Pour Eitan CHOUCROUN et ses chers parents

La prière Alénou le-chabéyah… ( Il nous incombe de louer le maître de Tout…)

 

Mais cette prière a aussi une histoire singulière. Tout d’abord, on la trouve, si je ne m’abuse, dans la prière additionnelle (Moussaf) de Rosh ha-Shana, le Nouvel an juif . Elle fait partie de cette liturgie dite des malkhiyyot, c’est-à-dire des prières dont le but majeur est de souligner le monde, créé par Dieu, est son royaume et qu’il y exerce une souveraineté absolue, à nulle autre pareille.

Si on insiste autant sur le régime royal de Dieu, c’est parce que le judaïsme a toujours eu un problème avec ce régime, et ce pour une seule raison : le peuple d’Israël n’a qu’un seul roi, Dieu. Et même pour ce qui est de David et de sa dynastie, seul Dieu compte et le roi, désigné par lui, n’est jamais que son lieutenant sur terre, l’Oint du Seigneur. C’est bien Dieu, par le truchement de son prophète, qui règle le programme du roi sur terre.

Après cet insistant rappel de la royauté divine (et d’ailleurs Martin Buber lui-même a consacré un ouvrage à cette notion), on souligne aussi la vocation spécifique du peuple d’Israël, dépositaire de la Révélation divine, et chargé, à ce titre, de diffuser le message divin. Mais il faut ajouter qu’il ne force personne ni ne convertit personne par la violence. En revanche, l’altérité du peuple d’Israël est omniprésente : la voie suivie par ce peuple n’est adoptée par aucune autre famille de la terre. Et je rappelle que cette expression connaît sa première occurrence dans le livre de la Genèse lorsque le patriarche Abraham est déclaré source de bénédiction pour toutes les familles de la terre.

Au fond, cette prière se veut une ode au monothéisme juif qui doit devenir universel. C’est aussi le message du prophète Zacharie dont un verset est cité en guise de conclusion.

La seconde partie de cette prière met l’accent sur la nécessité de réparer le monde par le biais ou le truchement de la royauté divine. Cette notion de Tikkoun qui fera florès dans le judaïsme médiéval, notamment dans la mystique juive, est une doctrine messianique. La kabbale lourianique, dite aussi celle de Safed, désigne par ce terme le couronnement de l’édifice de sa mystique. On commence par l’auto-contraction (tsimtsoum) de Dieu qui fait place au monde de la création ; ensuite le bris des vases (shevirat ha-kélim), récipients terrestres, incapables de soutenir tout ce flux vital divin, lequel va se répandre dans un océan s’impureté, et enfin, la restauration de l’harmonie cosmique, d’où le nom de Tikkoun qui connote l’idée de réparation ou de restauration.

Mais cette prière a aussi une histoire mouvementée qui a nom les ciseaux de la censure chrétienne. Chacun sait que l’on a régulièrement articulé contre les juifs l’accusation de diffamer le Christ et d’injurier la religion chrétienne dans son ensemble. Saint Louis avait fait brûler tout le Talmud sur fond de telles accusations infondées. Plus tard, notamment à Blois en 1171 des juifs furent jetés au bûcher pour des profanations d’hostie… Et cette censure chrétienne avait même touché la littérature talmudique.

Je me suis servi pour ma traduction d’un livre de prière appartenant au jeune Eitam Choukroun, à l’occasion de sa Bar-Mitzw, et que ses parents m’ont si gentiment offert. La version des deux parties de cette prière est constellée de quelques espaces blancs, censés donner l’éveil à l’orant qui comprend qu’il y a des blancs, imposés par la censure chrétienne. On sait qu’en 1703, l’empereur Frédéric I avait ordonné que certains passages de cette prière fussent écartés du service religieux. Les communautés durent rivaliser d’ingéniosité pour contourner le décret sans porter atteinte à une vénérable prière. Parfois, un inspecteur était posté à la synagogue pour vérifier que les juifs respectaient le décret royal. Et parfois même, il s’agissait de juifs convertis au christianisme, qui se retournaient contre leurs frères.

Pour finir ce bref survol, je rappelle deux termes ou plutôt trois que l’on traduit de manière conjecturale ; Hévél wa-rik serait, pour le second terme la valeur numérique du nom de Jésus (Yéshou) : 316. Et el lo viserait le prophète de l’islam dont le nom aurait la valeur numérique de 92… Ainsi, la tradition liturgique aurait dissimulé certains passages dont l’énoncé clair aurait entraîné des représailles graves à l’encontre des communautés.

Les êtres que l’on inquiète pour leurs croyances religieuses se réfugient dans la dissimulation. Cela me fait penser au livre de Léo Strauss, Persécution et l’art d’écrire (Glencoe, 1951)

Traduction de la prière Alénou le-shabbayah

C’est à nous qu’il incombe de louer le maître de Tout, d’accorder de l’éminence au Créateur du commencement (la création du monde), il ne nous a pas faits comme les peuples du globe ni ne nous a accordé le simple statut des autres familles de la terre, il ne nous a pas mis au même niveau qu’elles, ni notre destin semblable à leur grand nombre, elles qui se prosternent devant la vanité et le vide* et qui adressent leurs oraisons à une divinité** non secourable, alors que nous, nous nous prosternons devant le roi suprême, le roi des rois,, le Sant béni soit il, qui a étendu le firmament et posé les fondements de la terre, et la résidence de sa gloire est très haut, dans les cieux, et le lieu de sa puissance dans les hauteurs les plus élevées ; c’est bien lui notre Dieu et nul autre, véridique est notre roi, sans lui c’st le néant, ainsi qu’il est écrit dans la Torah : Sache donc en ce jour, et retiens dans ton cœur que l'Eternel est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre, et qu'il n'y en a point d'autre. (Deutéronome 4 ;39). Ainsi qu’il est écrit : L'Eternel sera roi de toute la terre; En ce jour-là, l'Eternel sera le seul Eternel, Et son Nom sera le seul nom.(Zacharie 14 ;9)

Cette prière a une suite qui commence par la phrase : c’est pour cela que nous espérons en Toi :

C’est pour cela que nous plaçons notre espoir en Toi (afin) de voir rapidement la gloire de Ta puissance éradiquer les faux dieux de la surface de la terre et que les idoles en soient extirpées, afin de réparer le monde grâce à la royauté de l’Eternel. Et tous les mortels proclameront ton Nom et orienteront vers Toi tous les pécheurs de la terre, et tous les habitants du globe reconnaitront et sauront que c’est face à Toi que tout genou doit se plier et toute langue te prêter serment. Devant toi, Eternel notre Dieu ils s’inclineront et tomberont face contre terre, ils témoigneront du respect en l’honneur de ton Nom. Et que tous acceptent le joug de ta royauté, puisses tu régner sur eux rapidement et pour toujours car la royauté t’appartient et tu régneras avec honneur pour l’éternité.. Ainsi qu’il est écrit dans ta Torah : Dieu régnera à tout jamais (Daniel 7 ; 14)…

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