• Après le discours d’Edouard Philippe : la montagne accouche d’une souris

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    Après le discours d’Edouard Philippe : la montagne accouche d’une souris

    Réflexions sur l’incurie en politique. De temps en temps il faut descendre des cimes élevées de la philosophie pour se confronter aux difficultés pratiques, quotidiennes de la vie de la cité. Et comme le notait Platon il a plus de deux millénaires et demi, la cité doit être gouvernée, c’est presque un mal nécessaire, on ne peut pas s’en laver les mains comme Ponce Pilate… Avec les conséquences que nous connaissons. L’action politique est donc incontournable.

    Quarante-huit heures après nous avoir délivré l’oracle gouvernemental, la situation est encore plus grave qu’auparavant. Le gouvernement, conseillé par je ne sais qui, a voulu nourrir le suspens, on allait voir ce qu’on allait voir, le chef du gouvernement actuel promettant de pourfendre les rumeurs qui circulent et acceptant enfin de livrer le projet complet du président de la République concernant les retraites.

     

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  • Ali Benmakhlouf, La conversation comme manière de vivre. (Albin Michel)

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    Ali Benmakhlouf, La conversation comme manière de vivre. (Albin Michel)

    Avec la permission de l’auteur, mon collègue philosophe, j’aurais remplacé le terme manière par le terme art. En fait, la conversation est conçue comme un art de vivre, d’apprendre, de se former et d’aimer autrui puisque ses promoteurs l’ont vécue ainsi, à savoir comme une façon de se rapprocher des autres même en leur absence, même après leur décès, de partager leur sentiment grâce à leurs publications lesquelles sont toujours bien mieux ressenties de l’intérieur quand on sent (ou croit entendre) la voix de l’auteur qui devient orateur. Le texte qui illustre tous les chapitres de ce beau petit livre, les irrigue et les nourrit littéralement n’est autre que les Essais de Montaigne qui semble très cher au cœur de l’auteur de cet ouvrage. Certes, d’autres textes sont assez récurrents comme Les aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll ; cependant, la palme revient incontestablement à Montaigne , présent d’un bout à l’autre de cet ouvrage. Et dans les derniers chapitres Ludwig Wittgenstein.

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  • Est ce tout naturellement que l’on devient heureux ? (Gallimard)

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    Est ce tout naturellement que l’on devient heureux ? (Gallimard)

                                 Les clés du bonheur selon Aristote

    Voici une question qui a toujours préoccupé les philosophes, le bonheur. Avec pour corollaire le problème quasi insoluble posé par l’existence du mal, la nature aveugle et l’inadéquation entre la vertu et l’homme qui la pratique de son mieux. La conscience humaine, surtout d’inspiration religieuse, s’est gravement émue du sort réservé à Job dont la Bible nous dit bien que c’était un homme vertueux et que ces souffrances atroces restent à ce jour inexpliquées. Les philosophes proprement dits ont préféré expliquer tous ces malheurs par la condition humaine qui exige que tout ait une fin, que l’homme, de par sa mortalité, doit en passer par là sans qu’on ait une explication tenant compte de la justice, surtout divine, dont les arcanes nous sont celées à tout jamais. Les théologiens ont choisi une autre voie car ils étaient soucieux de montrer que même lorsqu’un destin nous paraît injuste, il ne l’est qu’en apparence et que, dans toute cette affaire, la justice divine, la théodicée, doit garder le dernier mot. Aucun philosophe-théologien issu des trois monothéismes n’a pu échapper à ce tiraillement ; ni Maimonide, ni Averroès ni Albert le grand ou Thomas d’Aquin…

    Issu d’un tout autre horizon intellectuel, Aristote, le préfet des études du jeune Alexandre le Grand, pose le problème de manière radicalement différente. L’hellénisme, sa culture fondatrice, ne connaissait ni le monothéisme éthique ni la Révélation. Il suffit de penser aux réactions immédiates des Grecs lorsqu’ils écoutaient les prêches de saint Paul : pour eux, un dieu mis à mort et qui ressuscite, cela relève du délire ou, au mieux, de la mythologie.

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  • Monsieur Macron, la France va de plus en plus mal…

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    Monsieur Macron, la France va de plus en plus mal…

    En effet, il faudrait remonter à la Révolution française, voire peut-être même plus haut pour trouver une France aussi divisée, segmentée voire archipelisé (pour rependre un néologisme à la mode) ; jamais auparavant, un homme à la tête de la République n’a été aussi rejeté par le pays. Et je ne fais ici que relever les faits sans jamais substituer mes propres idées politiques à la réalité ambiante. Le malaise est si profond que les commentateurs, sans jamais le dire vraiment ouvertement, ne se demandent plus si M. Macron va candidater en 2022, mais est-ce qu’il pourra achever son quinquennat… On en a froid dans le dos tant cette perspective est inouïe.

    Il est trop tôt pour théoriser ce qui s’est passé l’année dernière, sans même en venir à ce qui se déroule désormais presque chaque semaine sous nos yeux. Mais les historiens à venir jugeront que le phénomène des gilets jaunes que personne ou presque n’avait anticipé aura été déterminant pour l’échec de cette gouvernance macronienne. On a l’impression que l’actuel locataire de l’Elysée, avec tout le respect dû à sa personne et à sa fonction, est parfaitement hors sol : je n’aurai pas la cruauté de relever ici ses différentes petites phrases assassines qui ont mis la population hors d’elle. L’intéressé n’y a pas coupé court, à se demander si personne parmi ses proches ou même dans son intimité familiale, n’a osé lui dire qu’il faisait fausse route, que la France obéit à d’autres réflexes et qu’il devait absolument se mettre à l’écoute des forces vives de la nation. Songez qu’il a osé dire au sujet de ce grave sujet des gilets jaunes : … la démocratie ne se joue tous les samedis après-midis. Mais qui le conseille ?

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  • Michel Cugnet & Fausto Fantini, Outils et symboles. Pour mieux comprendre la Franc-Maçonnerie. (Slatkine, Genève) ; collection Architectes de la sagesse.

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    Michel Cugnet & Fausto Fantini, Outils et symboles. Pour mieux comprendre la Franc-Maçonnerie. (Slatkine, Genève) ; collection Architectes de la sagesse.

    Pour couper court à toute méprise sur le sens de ce compte-rendu que je m’apprête à rédiger, je signale d’emblée qu’il n y a ici ni message subliminal, ni volonté apologétique, ni même de parti paris en faveur du sujet traité. Il s’agit simplement de prendre connaissance des outils de travail et de leur signification profonde dans les loges maçonniques. Et cette enquête sérieuse s’avère passionnante.

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  • Jakob Emden, genannt Ja’bez [Jakob ben Zewi] (1697-1776) Sohn des Chacham Zewi

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    Jakob Emden, genannt Ja’bez [Jakob ben Zewi] (1697-1776) Sohn des Chacham Zewi

     

    Wer war Jakob Emden? Er war der Sohn des berühmten Chacham Zewi, der in Budapest und in Sarajewo seine Studienjahre verbrachte und dort seine ganze Familie während eines Krieges verlor. Nachdem er nach Berlin übersiedelte, heiratete er ein zweites Mal und ließ sich in Altona nieder. Emden, so hieß der Sohn nach dem Namen der Stadt wo er dreiundeinhalb Jahre das Rabbineramt bekleidete, huldige dem Andenken seines Vaters so sehr, dass er ihm gut ein Drittel seiner hebraïschen Autobiographie Megillat Sefer, der Buchrolle, widmete. Um die Persönlichkeit des Sohnes, dessen Leben und Werk richtig zu verstehen, müssen wir das Leben des im Jahre 1718 in Lemberg dahingeschiedenen Vaters im Kopf behalten. Die Treue und die Liebe zum Vater, der in den Augen seines hochbegabten Sohnes als ein unübertreffliches Modell galt, haben zweifelsohne die Laufbahn sowie das Privatleben des Sohnes tief beeindruckt und geprägt. Obwohl die Stellung des Sohnes gegenüber den Wissenschaften, der jüdischen Religionsphilosophie des Mittealters, sowie dem Christentum grundverschieden gewesen sein musste als diejenige des Vaters, der ein Mann der alten Welt war, spûren wir bei Emden den zähen Willen, dem verstorbenen Vater immer sehr geistesverwandt zu bleiben

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  • Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (Gallimard)l

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    Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (Gallimard)l

    Cet imposant travail consistant à rendre en français philosophique mais aussi compréhensible une œuvre de cette importance, issue de la plume du fondateur de la phénoménologie, Edmund Husserl (1859-1938) est à porter au crédit de son excellent traducteur, Jean-François Lavigne. La mention méritait absolument d’être faite tant la pensée de cet auteur germano-autrichien, né dans une famille juive de Bohême-Moravie (mais converti au luthéranisme le 8 avril 1886) est difficile et complexe à la fois, surtout si l’on tient compte de l’évolution de sa pensée, reflétée dans les trois grandes œuvres qu’il a écrites : les Recherches logiques, les Idées directrices… dont je marle ici et enfin la Krisis (La crise des sciences européennes et la phénoménologie), publiée dans Logos, une revue créée par Husserl et coéditée par lui jusqu’en 1913.. Mais on n’aura garde d’oublier les Méditations cartésiennes, reprises à partir de conférences données en Sorbonne et une foule d’autres écrits qui marquèrent son époque.

    Le traducteur rend hommage à la précédente traduction des Idées… procurée par Paul Ricoeur il y quelques décennies.

    J’ avoue humblement m’y être pris à maintes reprises avant de faire des sondages plus ou moins vastes dans cette œuvre publiée en 1913, tant cette pensée, dominée par l’histoire des sciences, et notamment des mathématiques, résiste à l’examen, non par elle-même mais bien en raison de mon impéritie. Voilà un philosophe qui commença d’abord ses études et ensuite sa carrière universitaire par une immersion dans les mathématiques car il ambitionnait de découvrir le fondement commun à toutes les sciences et seules les mathématiques, en tant que science exacte, pouvaient lui offrir un tel substrat. C’est donc une quête de sens, de la conscience humaine et des choses du monde qui guideront ses premiers pas. Même si, comme le relèveront certains de ses critiques, ce penseur exigeant évoluera dans son approche. Ayant suivi les cours de Franz Brentano sur les sciences, il en retirera aussi l’idée d’une philosophie rigoureusement scientifique.

    Voici une citation, certes datée, mais qui informe bien sur les motivations profondes de ce spécialiste de l’histoire des sciences qui rêvait de faire de la phénoménologie le fondement incontestable de toutes les sciences, y compris celles de la nature : Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra, une fois dans sa vie, se relier sur soi-même et au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu’ici et tenter de les reconstruire…

    Qu’est ce que le réel, qu’est ce que le monde que nous percevons et auquel nous nous sommes confrontés, dans un rapport permanent ? Husserl radicalise, pour ainsi dire, le projet de Descartes et nous présente la phénoménologie comme la seule apte à résoudre le problème du fondement de toute construction rationnelle. Et puisqu’il se refuse à recourir à Dieu comme fondement ultime et irréfragable, il se tourne donc vers le sujet. Sur cette voie, Husserl ramène donc la connaissance à «des intuitions absolues au-delà desquelles on ne peut remonter…» Je rappelle que le jeune Emmanuel Levinas soutint sa thèse à l’université de Strasbourg sur l’intuition chez Husserl…

    Un certain nombre de thèmes sont récurrents dans cette œuvre : la réduction phénoménologique, l’intentionnalité, la subjectivité transcendantale, le moi transcendantal, l’intersubjectivité et enfin, le monde vivant. On s’est demandé comment Husserl avait pu passer du réalisme en 1900 à l’idéalisme (Idées…) en 1913 ? En fait, il convient, selon les spécialistes, de suivre tous les cheminements de cette pensée et ne pas se cantonner à un seul aspect. Faute de quoi, on est saisi par le paradoxe.

    La notion d’intentionnalité, par exemple, conduit Husserl à refuser la distinction entre l’intériorité et l’extériorité que pourrait éprouver le sujet face au monde qu’il scrute.

    Comme on le laissait entendre supra, c’est le fondement irréfragable des sciences qui a préoccupé Husserl, sa vie durant. Mais on peut distinguer au moins trois pôles dans sa noétique : au début la logique (Recherches logiques), une œuvre difficile que même le jeune Levinas abordera non sans difficulté, l’épistémologie et pour finir, l’ontologie. D’ailleurs, la philosophie phénoménologique vise à scruter l’essence des choses.

    Voici ce que dit Renaud Barbaras au sujet de ce livre, Idées directrices… : Les Ideen tentent d’expliquer le passage de l’époché (réduction phénoménologique) au transcendantal, c’est-à-dire que le résidu de l’époché est bien la conscience…

     Mais que peut bien signifier ce terme grec qui désigne, à l’origine, la suspension, la cessation ou la mise entre parenthèses de quelque chose ?

    L'époché phénoménologique. À la place de la tentative cartésienne de doute universel, nous pourrions introduire l'universelle époché, au sens nouveau et rigoureusement déterminé que nous lui avons donné. (...) Notre ambition est précisément de découvrir un nouveau domaine scientifique, dont l'accès nous soit acquis par la méthode même de mise entre parenthèses (...). Ce que nous mettons hors de jeu, c'est la thèse générale qui tient à l'essence de l'attitude naturelle…. (Husserl, Idées…p. 101-103).

    Cette philosophie authentiquement phénoménologique poursuit, pour Husserl, une double préoccupation : la visée d’un fondement objectif absolu et l’analyse de l’intentionnalité du savant en quête d’objectivité absolue…

    Le fonds Husserl (trois cent mille feuillets) a été miraculeusement sauvé par un moine qui l’a exfiltré dans pays. Il a ainsi échappé aux Nazis qui entendaient le réduire à néant. Mais même la conversion formelle au luthéranisme n’a pas épargné Husserl puisqu’en 1936, alors que les Nazis dirigeaient l’Allemagne depuis 1933, son ancien assistant et successeur à la chaire de philosophie à Fribourg en Brisgau, un certain Martin Heidegger lui interdit l’accès à la bibliothèque de l’université à laquelle l’auteur des Idées… avait consacré le meilleur de ses jours et de ses veuilles.

  • Thomas Kaufmann, Entre la grâce et la damnation : Une histoire de la Réforme (Erlöste und Verdammte). Munich, CH Beck, 2018

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    Thomas Kaufmann, Entre la grâce et la damnation : Une histoire de la Réforme (Erlöste und Verdammte). Munich, CH Beck, 2018

    Qu’est ce que la Réforme luthérienne ? Et quel fut le rôle exact joué par le petit moine augustinien de Wittenberg, une toute petite bourgade «en marge du monde», comme le dit une certaine historiographie ? Selon l’auteur de ce livre qui quitte les sentiers battus et nous propose une autre vue d’ensemble de ce phénomène qui a secoué l’Europe entière, il faut tenir compte de plusieurs facteurs, et notamment ceux qui firent de ce nouveau mouvement religieux, un phénomène européen. Et pour étayer ses dires, il mentionne les réactions de savants chrétiens de la totalité du continent européen qui réagirent à cette explosion ou qui, à tout le moins, en prirent connaissance. L’auteur cite même un érudit juif vivant en ce temps là à Jérusalem, Eliezer ha-Lévi, et qui veut voir dans la contestation luthérienne, le début de la fin pour un catholicisme oppresseur et la venue du Messie rédempteur d’Israël. Même l’empire ottoman, aux aguets pour de nouvelles conquêtes territoriales, ne resta pas indifférent à cet événement puisque le sultan s’enquit de l’âge de celui qui semblait être à l’origine de tout ce remue-ménage…

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