• Jésus avant le Christ par Armand Abécassis

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    Sur Jésus, ses origines, ses intentions premières et son rôle dans l’histoire des relations mouvementées judéo-chrétiennes, les esprits naïfs pensaient que tout, ou presque, avait été dit. La lecture attentive du dernier livre du professeur Armand Abécassis, le plus ancien parmi nous dans le grade le plus élevé, prouve, de manière convaincante, le contraire. Dans une éclairante préface qui n’égale en lucidité que sa belle conclusion, il affiche ses convictions et mobilise tant d’arguments historiques et théologiques pour les défendre. Mais avant d’entrer in medias res, il faut souligner deux choses : d’abord A.A. a toujours été passionné par ces controverses entre les Juifs et les Chrétiens. Ensuite, il met en évidence son respect pour cette grande religion universelle qu’est le christianisme. Il pratique donc l’enseignement de l’estime et de la dignité dans les deux sens : les Juifs ont, certes, été sérieusement malmenés par une Eglise oublieuse de ses origines, mais ce fait historique, si incontestable soit-il, ne leur donne pas le droit de tenir sur la religion des Evangiles ou sur Jésus un discours irrespectueux…

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  • Ethiques du judaïsme par Michael Azoulay

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    Savez vous comment les savants juifs de la Science du judaïsme (Wissenschaft des Judentums) définissaient au XXe siècle leur judaïsme quand la question de l’essence de la religion d’Israël leur était posée ? Leur réponse était toute simple : le judaïsme est un monothéisme éthique.  C’est dire combien la dimension éthique compte dans cette confession. On trouve cette intéressante réponse dès la première page du livre fondamental de Julius Gutmann La philosophie du judaïsme (Die Philosophie des Judentums, Munich, 1933). Une traduction française récente a été publiée aux éditions Gallimard.

    Je commence ainsi afin de pointer le rôle central de l’éthique dans cette religion qui veut donner de la vie humaine une vue globalisante sans jamais être totalitaire. Et dans cette entreprise, c’est l’éthique qui joue les premiers rôles. Au fondement de cette éthique  gît le principe suivant : tous les hommes sont égaux, tous sont dans une égale mesure les créatures de Dieu. Car l’espèce humaine a beau être diverse et variée, son origine n’en demeure pas moins unique et la même partout.

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  • Le naufrage des civilisations par Amin Maalouf (Grasset)

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    C’est à une longue et profonde réflexion sur les faiblesses de notre monde que nous convie ce grand moraliste franco-libanais qu’est Amin Maalouf. Le livre est largement autobiographique et se présente à la première personne du début à la fin. Et je dois dire que c’est très heureux puisque cela rend cette confession très attachante et empreinte, à certains endroits d’une touchante authenticité. En effet, quand vous prenez  en main ce livre, vous n’avez qu’une hâte : arriver jusqu’au bout, jusqu’à la conclusion, savoir que nous sommes tous condamnés à faire naufrage ou s’il subsiste encore une petite lueur d’espoir pouvant nous rendre confiance en nous-mêmes et en notre monde, qu’il soit à l’échelle de l’univers ou réduit à notre petite espace de vie, et en l’occurrence le Liban, l’Egypte et le monde arabo-musulman en général…

      Celles et ceux qui me font l’honneur de lire toutes mes chroniques savent combien j’aime l’œuvre de ce membre d’Académie française. Il m’en impose par son talent, sa sensibilité et surtout par sa modération et sa pondération quand il traite de sujets hautement inflammables…

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  • Franz Rosenzweig et le miracle de yom kippour…  

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                       Franz Rosenzweig et le miracle de yom kippour…  

                           Commençons par mentionner deux citations de l’auteur, mort en 1929, des suites d’une longue maladie, lesquelles nous renseignent bien sur ses origines et sa conception du judaïsme :

                       Le fil ténu de la tradition parvenue jusqu’à moi (yom kippour, la soirée du séder, la bar-mitzwa) -car je n’ai pris conscience des prières du vendredi soir qu’à l’âge d’étudiant- est pourtant devenu le lien autour duquel tout a pu s’agréger. (Franz Rosenzweig, Gesammelte Schriften I, p 1197 )

    Mon arrière-grand-père Samuel Meyer Ehrenberg dont Zunz et Jost furent les élèves, a le même lien de parenté avec mes cousins et cousines Ehrenberg. Jadis, cela m’avait fait forte impression. Et si je n’ai pas voulu jeter le manche après la cognée, ni dans un sens ni dans un autre ( à savoir soit devenir sioniste, soit me faire chrétien), il me fallut réfléchir sérieusement à la manière d’amender et de sécuriser la voie médiane (la conjonction de coordination ET entre germanité et judéité) pour la parcourir enfin en toute sécurité… Et le peu que j’ai réussi à sauver je le dois à mon (grand) oncle Adam Rosenzweig ; grâce à lui, et à lui seul, je parvins à me faire une idée de ce que je nomme le monde juif et à en trouver l’accès. Ce sont là les rares impressions, certes peu nombreuses mais pourtant suffisantes qui me servirent de refuge et de source de jouvence afin de résister aux puissantes pressions d’un univers qui nie l’existence ou, au moins, le droit à l’existence de ce précieux patrimoine, le judaïsme. Peut-être un peu plus que la plupart de ceux qui, comme vous et moi, sont demeurés fidèles au judaïsme, je pris conscience de la puissance et de la valeur propre des attaques dirigées contre le judaïsme qui s’était, en toute confiance, aventuré très près de la germanité par le biais de ce ET. (Lettre du 16 janvier 1918, l à Hélène Sommer in Fr. Rosenzweig, GS. I, p 50

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