LE REGIME TRIBAL ISRAELIEN

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LE REGIME TRIBAL ISRAELIEN

Le déroulement de la journée fatidique d’hier, au cours de laquelle la knését s’est auto dissoute, m’a inspiré quelques sombres réflexions amplement justifiées par ce que le monde entier venait d’apprendre : un pays dont les représentants élus ne parvenaient pas à s’entendre, pas même pour former un gouvernement dont on a tant besoin. Les électeurs seront à nouveau convoqués en septembre pour élire leurs nouveaux représentants ! Comment cela a t il été possible ? La knését la plus éphémère de toute l’histoire d’Israël…

J’eus l’impression en contemplant à la télévision I24News les allées et venues des députés, que l’on n’avait pas affaire à un peuple uni mais à des tribus disparates et en rébellion contre tout. Pourquoi suis-je contraint de parler d’un ordre tribal ? Eh bien, parce que dans l’histoire de l’Israël antique, histoire qui ne nous est connue que par l’historiographie biblique, l’idée même d’une monarchie unifiée, n’a peut- être jamais existé. Il a fallu l’inauguration de la royauté sous la férule du prophète Samuel que les douze tribus accèdent enfin à une forme d’union politique et religieuse… Et les deux entités d’Israël et de Juda ne se sont jamais bien entendues. Le royaume du nord (Israël) fut liquidé par les coups de boutoir de l’armée assyrienne en 722 avant notre ère.

Eh bien, quand j’ai vu tous ces rabbins ou ces religieux se réclamer de tant d’idéologies différentes alors qu’ils prétendent tous dépendre de la  même Tora de Dieu, je me suis demandé si nous n’étions retombés dans un ordre tribal remontant au vivant de Moïse et de Josué. Pourtant la Bible et le Talmud, voire toute la tradition religieuse, sont d’accord sur un point : yahad yahad shibté israël (Toutes les tribus d’Israël unies entre elles) le tout sous la férule d’un roi. Et même au niveau doctrinal, on met en garde contre les sectes et les chapelles. On redoute la survenue de plusieurs torot, dans le sens du pluriel de Tora. Car, pour les talmudistes, la Tora est unique et une.

Or, que constatons nous ? Des barbus qui se font passer pour des hommes de Dieu et qui prêchent chacun de son côté pour sa chapelle et sa paroisse. Il y a tel ou tel parti religieux qui vont au combat électoral, chacun pour son propre compte. Certes, quand il s’agit de voter ils n’y vont pas en ordre dispersé, mais tout de même ! On pouvait penser qu’au moins les partis religieux donneraient l’exemple… Eh bien, ils se présentent sous différentes appellations pour ratisser le plus largement possible. C’est donc un retour au tribalisme, chacun vivant cloîtré dans sa propre chapelle.

La même disparité se retrouve dans le système éducatif israélien. C’est  un système à géométrie variable. Le ministère de l’éducation est tout sauf national ou publique. Il y a une sorte d’éducation

 

 

 

LE REGIME TRIBAL ISRAELIEN

gouvernementale où l’on tente de respecter un minimum de neutralité pour ne déplaire à personne. Il y a les yeshivot, les ultra orthodoxes, les conservative, les libéraux, les réformés, etc… Et les programmes ne sont pas les mêmes. Certaines écoles ultra religieuses délaissant entièrement[DM1]  les matières dites profanes…Le seul creuset où se forme le noyau de la nation n’est autre que Tsahal. Et n’oublions pas les Arabes avec un système éducatif bien à eux. On ne comprendrait pas que leur soit imposé un programme comprenant l’histoire biblique et des chapitres de la littérature prophétique.

Comment pourriez vous parler d’une nation à ce rythme là ? Ce n’est tout simplement pas possible… Et si l’on déroule les conséquences de cette multitude de systèmes on aboutit en fin de compte au désolant spectacle d’hier à la Knését où pour une pognée de voix un peuple, menacé de toutes parts et qui a voté il y a tout juste quatre semaines doit reprendre le chemin des bureaux de vote.

L’unité n’a hélas jamais été la dominante des juifs depuis des temps immémoriaux. La Bible elle=même nous en fournit de très nombreux exemples, dont le plus célèbre a donné naissance à un proverbe dans la langue allemande : sibbolet et shibbolet. Il y eut une horrible guerre tribale, jalonnée par d’indicibles exactions et l’on repérait les ennemis en leur demandant de prononcer correctement, en séparant la chuintante (SH) de la sifflante (S). S’ils n’y arrivaient pas, on les faisait passer au fil de l’épée…

Les Israéliens eux=mêmes reconnaissent volontiers que c’est en temps de guerre qu’ils sont le plus unis, même dans la rue, même dans la vie quotidienne… Et pas en temps normal, dans la mesure où il y quelque chose de normal dans ce pays.

L’identité juive est la chose la plus difficile à définir. Cela revient à dire qu’est ce qu’être juif ? En d’autres termes, quel  est le noyau insécable de notre doctrine morale et ou religieuse ? Comment voulez vous qu’elle ne soit pas éclatée, fractionnée, diverse ? Certains courants religieux définissent en trois points l’identité juive, je les cite dans le désordre : une femme juive, manger cacher et respecter le chabbat. Je doute fort que ce courant soit majoritaire ; c’est le plus minoritaire par la force des choses.

Et comment en serait il autrement ? Les religieux eux-mêmes devraient donner l’exemple en ayant une seule représentation. Mais se posera toujours le problème des relations entre l’Etat et la religion. Et c’est l’une des rasons de toute la crise : l’ancien ministre de la défense qui se veut très laïc et l’ennemi déclaré des religieux tenait à la conscription (Guiyous) des talmudistes plus qu’à la prunelle de ses yeux. Il se peut qu’il y ait eu autre chose, de moins avouable mais ce fut la cause principale de son refus obstiné de rejoindre la coalition… D’où la crise actuelle et qui laissera des traces. Souvenez vous de la phrase de Lieberman : je ne vaux pas vivre dans un Etat régi par la halacha. Et comme je le notais hier dans mon éditorial je doute que sa propre culture le mette en situation de distinguer vraiment entre les deux : le judaïsme d’une part, la halakha, d’autre part.

Mais l’ambiguïté demeure jusques et y compris dans le titre du livre de Théodore Herzl : Der Judenstaat n’est pas der jüdische Staat. L’état des juifs n’est pas l’état juif…

Même sur le plan linguistique il y a eu des controverses ; certains se servant de l’hébreu comme de toute autre langue, d’autres lui conservant avant tout son caractère sacré de langue liturgique. Ce fut l’objet de la controverse entre Fr Rosenzweig et Gershom Scholem… La liste serait infinie.

En fait, ce peuple se veut le peuple de Dieu, c’est un statut qui lui fut imposé depuis les temps bibliques. Il n’a pas une histoire mais un destin. Et le seul facteur (factor primus) vraiment efficient n’est autre que Dieu.

Souvenez vous de la réaction du prophète Samuel lorsque le peuple lui demanda un roi. Il n’y consentit qu’en trainant les pieds car c’est par Dieu qu’il est, dit on, le mieux gouverné. Même dans les dix huit bénédictions qui en comptent en réalité dix-neuf, il est spécifié littéralement : u=melokh alénou atta le vadékha be rahamim u be mishpat (Et régne sur nous, toi seul…)

Au regard de la philosophie politique, ce statut est unique. Comment voulez vous qu’en Israël les choses se passent comme elles se passent ailleurs ?

Altérité juive ! C’est un peuple qui réside en solitaire et ne compte pas parmi les nation (hé m am le badad yishkon ou ba goyim lo ithashav…

A défaut de conclusion

Commentaires

  • Bonjour,
    Permettez un éclairage sur l'histoire d'Israël et notamment sur la séparation entre tribut.
    Je préfère prévenir que cette version de l'histoire du peuple hébreu n'est pas tout à fait conforme avec de celle que l'on sait.
    Cependant, merci de lui accorder une chance d'exister encore aujourd'hui. Sinon, merci également de vous lire.
    Un grand évènement appelé le « schisme de juda » s'est produit plusieurs siècles avant notre ère.
    Pendant 516 ans, c'est-à-dire depuis la mort de Myriam jusqu'à la mort de Salomon (975 ans avant notre ère), le peuple d'Israël ne forma qu'une nation.
    Son gouvernement matriarcal avait répandu sur le monde un vif éclat malgré les luttes incessantes qu'il ne cessa jamais de soutenir contre les attaques des hommes.
    Au milieu des menaces qui surgissaient à tous moments et des attaques sous lesquelles la puissance féminine devait finir par sombrer, le peuple oubliait le Sépher et la loi morale dont les Sociétés secrètes seules gardaient la tradition ; la nation s'agitait dans des convulsions intestines qui amenèrent la révolte des tribus de Juda et de Benjamin qui se séparèrent du peuple d'Israël. C'est ce qu'on appelle « le schisme de Juda ».
    Ainsi donc, après la mort de Salomon, la nation se divisa en deux Royaumes. Celui du Nord, le plus étendu et le plus nombreux, resta fidèle aux anciennes institutions. Il comprenait dix tribus et garda le beau nom symbolique de la puissance féminine : Israël. Samarie devint sa capitale.
    La tribu d'Ephraïm, la plus grande et la plus belle, servait quelquefois à désigner le royaume du Nord.
    L'autre royaume, celui des partisans du pouvoir masculin, prit l'appellation de la première tribu révoltée, Juda, qui laissa dans l'histoire un nom synonyme de trahison.
    Le siège de ce nouveau royaume fut à Jérusalem. Une haine irréconciliable s'éleva entre les deux partis, Israël et Juda. Le pouvoir ainsi divisé entre la gynécocratie et l'androcratie amena la division de toutes les institutions qui régissent la vie morale.
    Le royaume du Sud, tombé au pouvoir masculin, qui n'était pas encore un régime social, mais une agitation incohérente, ne cessa pas d'être en état de trouble et d'anarchie ; tous les ambitieux voulant régner, les rois tombaient les uns sur les autres, les familles royales formaient des partis rivaux.
    Cependant, ils avaient moins à lutter au dehors que les Israélites ; étant gouvernés par des hommes, ils savaient se faire craindre. Plusieurs fois ils furent menacés, mais ils se défendirent et purent ainsi prolonger leur existence plus longtemps que les tribus féministes de Samarie, qui furent vaincues plus d'un siècle avant le royaume de Juda.
    La défaite des Israélites fut un triomphe pour leurs adversaires, d'autant plus que les Assyriens, en luttant contre les Israélites, ne visaient, dans leurs attaques, que leur gouvernement gynécocratique. C'est pour cela qu'ils laissèrent ceux de Juda prendre tout l'ascendant qu'ils voulurent sur Samarie.
    C'est à partir de ce moment que la tribu de Juda prend de l'importance et que le nom qu'elle se donne, Iehoudim, figure dans l'histoire.
    Dans les Rois, on trouve ce nom pour la première fois (XVI,7) pour désigner les révoltés de Juda.
    C'est de ce nom qu'on fera Judaei ; de Judaeus on fera Juif.
    Cordialement.

  • Comme un juif a besoin de deux synagogues, une où il va et une où il ne va surtout pas, les israéliens vont avoir besoin de deux Knesseth…
    D'accord, cela ne résoudra pas le problème de l'exercice de la démocratie en Israël.
    Mais nous venons de passer le Lag Bahomer, qui nous rappelle le respect et l'attention que nous devons à l'autre, non ? Si les juifs, quelque soit leur pratique du judaïsme, ne se respectent pas entre eux, qui les respectera ?

  • Tribal, en effet Israël est située au milieu de régimes tribaux, Jordanie, Arabie-Saoudite, Egypte, Syrie, Liban etc. Dans cette région, on fait un bon en arrière vers les origines et il est naturel qu'Israël s'inspire de l'air du temps et de l'espace qu'elle partage avec ses voisins.

    Peut-être que l'Europe manque d'attaches avec son histoire, peu-être que l'Europe ne fait que fuir en avant et n'écoute plus les anciens, que l'Europe évite les débats de ses pères et c'est peut-être aussi pour cette raison que l'Europe fait autant appel aux migrations provenant de coutumes plus ancrées dans les traditions orales.

  • Le commentaire d'Alain est grand!

    Rires

    "Deux knesset", au cas ou, synagogue se dit "Bet Knesset" en hébreu!

  • Bibi melekh Yisrael, Hai Hai ben kayam !

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