26/09/2018

Peut on, doit on chercher l'élucidation des mitswot IV

Avec Maimonide, notre sujet connaît un tournant significatif puisque l’auteur consacre pas moins de quatorze chapitres à la motivation socio-politique des préceptes dans son œuvre philosophique majeure, le Guide des égarés. Cette attitude, déterminée et systématique, tranche par rapport à tout ce qui précède : ni Saadia Gaon, ni Bahyé ibn Pakuda, ni Juda Ha-Lévi, ni même Abraham ibn Ezra ne sont allés aussi loin dans cette voie : Maimonide inaugure un nouveau style : il ne s’agit plus de disséminer ses idées philosophiques ou théologiques dans des commentaires bibliques classiques, mais d’agir autrement : dans le commentaire purement spéculatif, on introduit des versets bibliques. L’ordre hiérarchique est inversé : on va de la thèse à l’exégèse et non plus de l’exégèse à la thèse. La philosophie n’est plus vraiment la servante de la théologie : plus de rapport ancillaire.

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Peut on, doit on interpréter les mitswot III

Touati a suivi l’ordre classique jadis adopté par Heinemann : d’abord la Bible, ensuite le Talmud, ensuite, l’hellénisme, et enfin la philosophie médiévale. Pour ne pas adopter le style universitaire pesant, on n’indiquera pas les références aux œuvres ici citées ; on les trouvera dans mes autres livres où elles sont citées de manière détaillée. Après le Moyen Age, Heinemann a abordé la problématique de l’époque de l’Emancipation, et, pour finir, les penseurs allemands de Mendelssohn à Rosenzweig.

On doit reconnaître que dans cette affaire des motivations des préceptes, le Guide des égarés de Maimonide marque un tournant. Les timides tentatives, tant de Saadia, de Bahyé ibn Paquda, de Juda ha-Lévi et de quelques autres, ne sont pas vraiment significatives. Reconnaissons, cependant, une certaine originalité aux Devoirs des cœurs (Sefer hovot ha-Levavot) qui vise, dans le sillage des ascètes musulmans, un état élevé de l’âme humaine, résultat d’une ascèse et d’une purification plutôt

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Peut on doit on chercher la motivation des mitswot? II

La pensée juive antique, telle que consignée dans le Talmud, fut reprise comme base de discussion par les générations ultérieures. Comme l’espace imparti ici n’est pas illimité, concentrons nous sur quelques rares citations talmudiques :

Sanhédrin fol. 21b : Pour quelle raison les motifs de la Torah n’ont pas été révélés ? Parce que leur révélation dans deux cas fut une pierre d’achoppement pour un grand homme. C’est évidemment Salomon qui était visé. En dépit de sa très profonde sagesse (Dieu conféra à Salomon la sagesse), le fils du roi David se laissa séduire par des femmes étrangères qui peuplaient son harem ; ce qui conduisit Dieu à mettre prématurément un terme à ses jours…

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Peut-on, doit-on rechercher la motivation des préceptes divins…

Peut-on, doit-on rechercher la motivation des préceptes divins…

Quand on parle de pratique religieuse, c’est-à-dire de l’accomplissement de commandements présentés comme d’origine divine, il arrive souvent que les théologiens ou les prêtres d’une confession donnée tentent d’en discerner la motivation ou simplement d’en dessiner les contours. Et la Bible, comme le Talmud et les théologiens juifs des différentes époques, ne font pas exception à cette règle. Mais voilà, il n’existe pas de ligne univoque ni de démarche unifiée dans ce domaine : la Bible elle-même, donne, comme nous le verrons infra, des explications justifiant telle prescription ou telle autre : par exemple, le repos du sabbat qui s’explique par la fin de l’œuvre de la création mais aussi par la nécessité pour les hommes de souffler, de jouir d’un repos bienvenu après une semaine de travail harassant… La consommation de pais azyme pendant toute la semaine de Pâque, justifiée, selon la Bible, par le fait que l’expulsion des Hébreux d’Egypte eut lieu dans la précipitation, sans donner à la pâte le temps de lever… Par contre, d’autres préceptes, pourtant d’importance fondamentale, comme la circoncision, font l’objet d’un énoncé déclaratif, sans aucune motivation. C’est vraiment l’abandon confiant à l’insondable sagesse divine.

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09/09/2018

Origines et interprétations du shofar (corne du bélier)

 

                  Origines et interprétations du shofar (corne du bélier)…

De tous les instruments de musique, à corde, à vent et à percussion seul le shofar a suivi le peuple juif dans son exil. On ne se sert plus de cette corne de bélier qu'à deux occasions dans le judaïsme, à savoir le jour du nouvel an (Rosh ha-Shana) et le jour des propitiations (Yom Kippour). D'où peut bien provenir cette tradition et comment s'expliquer les interprétations mystiques et ésotériques qu'elle a reçues au cours des âges?

 

Au fond, la Bible ne précise nulle part les règles afférentes au shofar; c'est le talmud -surtout dans le traité de Rosh ha-Shana 16a-b- qui s'en charge. Les théories qui cherchèrent à en rendre compte varient selon que l'on est rationaliste, éclairé ou franchement mystique; on peut retenir grosso modo deux idées: la sonnerie du shofar cherche à attirer l'attention de Dieu, voire même à le réveiller et à lui rappeler que sa miséricorde doit prendre le pas sur sa rigueur; ou bien elle sert à chasser les forces maléfiques, singulièrement Satan qui prend peur lorsqu'il perçoit ces sons précis et abandonne alors toutes les accusations qu'il entendait porter contre Israël.

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01/09/2018

Nicolas Hulot, «Je ne veux plus me mentir…» Ethique et politique

 

Nicolas Hulot, «Je ne veux plus me mentir…» Ethique et politique

Il n’est pas question de prendre ici parti pour ou contre la démission du gouvernement de Nicolas Hulot. Je souhaite simplement traiter de l’arrière-plan philosophique et psychologique d’une telle décision et surtout de la phrase principale qui la motive : le rejet du mensonge et le refus de poursuivre ce leurre de soi-même qui semble avoir taraudé un homme qui a fini par placer la sincérité et l’authenticité au-dessus d’un simple maroquin ministériel, ce que bien peu d’hommes ou de femmes politiques auraient fait, tant les oripeaux du pouvoir sont irrésistibles.

Cette phrase, «je ne veux plus me mentir» exprime les remords d’une conscience morale, d’une exigence éthique, qui ordonne à chaque individu de cesser de faire comme si, de cesser de faire croire qu’on croit alors qu’on ne croit pas à ce qu’on fait. ni à ce qu’on dit. Et ce calvaire d’un homme qui n’était fait pour tout sauf pour de la politique, a duré plus d’un an, quatorze mois au total.

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