10/08/2018

Peut on parler d'une victoire psychologique du Hamas?

Peut-on parler d’une victoire psychologique du Hamas ? Ce qui se passe depuis quelques semaines, voire depuis le mois de mars au Proche Orient, annonce des événements qui ne sont pas comparables à ce que nous connaissions depuis tant d’années : pour la première fois, le gouvernement israélien ne sait pas vraiment où il va, hésite entre plusieurs stratégies et essuie de sévères critiques de la part de sa population, jusques et y compris de certains officiers de son armée. Alors que s’est-il passé au juste ? Depuis quelque temps, tous les commentateurs s’accordaient à dire que le Hamas était au bout du rouleau, qu’il était dans l’impasse, que la crise économique annonçait même une crise humanitaire de très grande ampleur, que l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas avait décidé d’en finir avec ses frères ennemis en leur coupant les vivres. Et en effet, depuis près de sept mois, Ramallah ne paie plus les salaires de ses fonctionnaires à Gaza afin de contraindre le Hamas à lui remettre les clés de la bande côtière, ce que ce dernier se refuse à faire. Du coup, c’est le blocus inter-palestinien qui fait le plus mal… Nous en étions là lorsque le Hamas affaibli, voire moribond, a découvert avec l’aide d’instructeurs étrangers l’arme des cerf volants incendiaires, la marche du retour, les rassemblements agressifs et armés au pied de la barrière de sécurité séparant l’enclave de la terre d’Israël. Et cette énergie du désespoir a fini par payer puisque Israël refusait de tirer sur des femmes et des adolescents que le Hamas plaçait sciemment en tête de ses cortèges. Cette arme du pauvre n’en a pas moins causé de lourdes pertes matérielles à l’Etat juif qui a dû affronter la colère des habitants du sud du pays. Certes, il y eut quelques tirs contre ces incendiaires, mais point de contre offensive digne de ce nom. Visiblement, le haut commandement de l’armée et le gouvernement faisaient preuve d’une retenue que la population, touchée par de tels méfaits, ne comprenait pas. Quel jugement porter sur ces premiers développements ? Le mouvement qui dirige la bande côtière a habilement manœuvré en se faisant le centre de tout ce ballet diplomatique qui s’en est suivi : les Egyptiens, préoccupés par ce qui se passe dans le Sinaï avec les incursions de l’Etat islamique, se sont entremis mais sans pouvoir faire pression sur le Hamas comme à l’ordinaire. Là aussi, c’est le Hamas qui a réussi à imposer la règle du jeu alors que tout le monde civilisé le considère comme une entité terroriste. La première question qui se pose concerne le principal intéressé, Israël ; rejeté dans le rôle du défenseur au lieu d’être, comme il l’a toujours été, celui qui mène la danse. Il y a quelques années, soumis à d’intenses bombardements, c’est le Hamas qui s’est empressé de demander un cessez le feu. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et en plus de cela, le mouvement terroriste va obtenir des centaines de millions de dollars pour se développer. Or, chacun sait, y compris les généreux donateurs, que cet argent ne profitera pas à une population très éprouvée mais ira dans la poche de quelques dirigeants et contribuera à l’effort de guerre. Cela s’appelle un détournement de moyens… En Israël, des voix s’élèvent pour critiquer ce qui ressemble à de l ‘indécision. Quelles sont les causes ou les faits qui expliquent ou expliqueraient cette situation, alors que certains, excédés par ces troubles, parlent même de reconquérir la bande côtière, de la débarrasser de la direction politico-militaire du Hamas et de placer à sa tête des dirigeants plus coopératifs. En fait, bien qu’il ne le reconnaisse pas publiquement, le gouvernement israélien ne veut pas, n’a jamais voulu, la disparition du régime du Hamas à Gaza ; il cherche à l’affaiblir, à le neutraliser, suivant els attaques. Tant que cet état de guerre larvée ne dépasse pas certains degrés et qu’il est supportable, on s’accommode de cette basse tension et d’un niveau résiduel de ce conflit. Souvenons nous de cette phrase provocatrice de Jean Genet au sujet de l’Allemagne et transposons la à la Palestine : J’aime tant l’Allemagne que je suis content qu’il y en ait deux… Il semblerait que sur le long terme, le gouvernement israélien, préfère la division des Palestiniens plutôt que de les voir parler d’une seule voix. Si l’Autorité Palestinienne, aujourd’hui totalement marginalisée et isolée, parvenait à reprendre pied à Gaza, elle se dirait la légitime et unique voix des Palestiniens et se sentirait pousser des ailes au point de réclamer un Etat. Ce qui n’arrange nullement Israël lequel fait dépendre toute son action de ce puzzle. Si Tsahal frappait fort au cœur même du bastion du Hamas, il ouvrirait la voic à deux réalités nouvelles : les autres mouvements terroristes en profiteraient pour s’enraciner sur place, et l’Autorité Palestinienne s’en trouverait elle aussi renforcée, au motif que la nature a horreur du vide. Mais cette politique du grand projet a un prix, la quiétude des habitants du sud du pays. D’autant que ces gens que l’on comprend bien, ne saisissent pas les calculs à long terme des leurs dirigeants… Leurs ennemis sont en face d’eux, à portée de leur puissante armée, laquelle reste l’arme au pied, ou presque. On en arrive à une situation des plus paradoxales : Israël veut développer la bande côtière ; lui fournir plus d’eau et d’électricité, améliorer son niveau de vie et contribuer à son bien-être. Evidemment, ce calcul qui n’est pas sûr de réussir, n’est pas dépourvu d’arrière-pensées : voir les Gazaouis se détourner d’un mouvement qui ne leur a pas apporté la paix ni un minimum de confort , sans même parler de prospérité. Le Hamas a su exploiter cette absence de position nette d’Israël lequel ne pouvait pas dévoiler au grand jour ses propres motivations : supporter un moindre mal pour se préserver d’un mal bien plus grand. Quelques bombardements, quelques récoltes perdues, quelques nuits écourtées mais, au moins, pas de réunification des Palestiniens. Le problème est que le Hamas qui était si isolé et si marginalisé se retrouve au centre du jeu. Il mène le bal, tous sont suspendus à sa décision : va t il opter pour le calme ou aller vers une grave confrontation ? Curieux, le conflit asymétrique vire au profit du Hamas !! L’èaspération est à son comble en Israël au point que des voix s’él èvent pour exiger la neutralisation de la direction politico-militaire du Hamas. Certains commentateurs respectés, tels le colonel Raphaël Yérushalmi, dénoncent sur les plateaux de télévision l’inertie non pas de Tsahal mais de l’échelon politique. Les gens exigent une rapide clarification de la position israélienne. Ils s’émeuvent des airs de victoire qu’entonnent les chefs du Hamas et redoutent cette victoire psychologique, temporaire mais réelle, des ennemis d’Israël. Cela montre aussi, comme si cela était nécessaire, que ce conflit ne porte pas sur des territoires ni sur d’autres intérêts, mais sur des racines religieuses, quasi métaphysiques. Quelques arpents de terre sablonneuse n’auraient jamais pris une telle ampleur dans une autre partie du monde. Tout le monde a droit à tout, sauf les juifs qui n’ont qu’un seul droit ; subir et se faire comme ils l’ont fait durant deux millénaires. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas/

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Commentaires

En réalité, à l'est rien de nouveau.
Israël s'image qu'il porterait un poids insoutenable s'il se débarrassait une bonne fois pour toute du Hamas. Il est vrai que cette solution implique, même si personne ne le dit à voix haute, l'évacuation de la majorité des arabes de Gaza vers les "pays frères", qui n'en veulent à aucun prix. On parlera encore d'une "catastrophe humanitaire" qu'on imputera à Israël. Cela fera les choux gras de tous les antisémites de la planète, à commencer par l'UE. Car cela impliquera aussi l'annexion de Gaza, puis de la Judée-Samarie.
La loi sur l'état nation du peuple juif ne pourra vraiment s'appliquer qu'à un état qui assume pleinement la sécurité, et la prospérité, de ses ressortissants. Ce n'est toujours pas le cas. Les politiciens israéliens devront prendre leurs responsabilités avant qu'il ne soit trop tard : chasser les arabes non israéliens du territoire israélien et s'assurer de l'allégeance des arabes israéliens à l'état dont ils sont les ressortissants, à peine de déchéance de la nationalité et de l'expulsion du territoire. Ce n'est pas politiquement correct ? Non. Mais c'est ontologiquement juste.

Écrit par : Alain | 10/08/2018

Très beau texte M. Alain.
Un beau retour de 85 ans dans le temps, quand les nazis voulaient expulser les Juifs d'Europe et les placer à Madagascar.
Le ghetto de Gaza ne ressemble-t-il d'ailleurs pas à celui de Varsovie ?
Vous répondrez que l'Etat israélien ne cherche pas à exterminer les Palestiniens. Enfin, pas encore puisque plusieurs rabbins expliquent qu'il est licite de les tuer.
Le peuple victime il y a 85 ans s'est malheureusement transformé en bourreau. C'est très courant chez les humains, qu'ils soient élus ou non.
Une dernière précisions, qui sont les Palestiniens ? Voici un texte écrit par un Juif et publié sur un forum juif : http://jforum.fr/Les-Palestiniens-seraient-ils-majoritairement-d-origine-juive.html

Écrit par : Philippe Veyrat | 12/08/2018

Plus qu'important, capital avec promesse de paix, le lien ci-dessus apporté pas Monsieur Philippe Veyrat 12/O8/2O18

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/08/2018

@ Alain
Votre texte fleure bon une période que nous espérions révolue. Le Programme politique du nazisme en 25 points, exposé dans une réunion publique le 24 février 1920 à la Hofbräuhaus de Munich stipulait que « tous les non-Allemands établis en Allemagne depuis le 2 août 1914 soient immédiatement contraints de quitter le Reich ». Dans l’opprimé d’hier l’oppresseur de demain », comme disait Victor Hugo. Il faut parfois savoir tirer les leçons de l'histoire.

Écrit par : Daniel Scheller | 13/08/2018

Ce dont on ne veut pas tenir compte, c'est que la terre où se sont installés les sionistes leur a été attribuée par des calculs politiques - spécialement par des anglo-saxons qui y avaient leurs propres intérêts - soutenus par la mauvaise conscience suite à la shoah et un vote à l'ONU qui ne fut pas des plus glorieux :
25 voix pour, - 13 voix contre, - 17 abstentions, - 2 absents.
http://www.alterinfo.net/4-1947-LA-CREATION-DE-L-ETAT-D-ISRAEL-PAR-L-ONU-26_a1423.html
Ainsi donc, une attribution aussi arbitraire qui a dépendu de l'oligarchie mondiale ne peut pas être bénie à la base. D'où les soubresauts perpétuels qui ne laisseront jamais les Israëliens en paix tant qu'ils ne veulent pas admettre qu'ils ont acquis cette terre par la force des calculs et leur idéologie, et non par leurs valeurs humaines globales.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 14/08/2018

Il me paraît indispensable de rétablir les arabes de gaza dans leur nation d'origine; celle d'il y a 71 ans, celle d'avant la renaissance d'Israël. Ceci permettra de rendre la justice voulue par les commentateurs ci-dessus.

Pour mémoire la palestine du mandat britannique a été divisée en deux; un état pour les juifs et un état pour les arabes. Mais les anglais ont donné l'état arabes à un cheikh de La Mecque qui les avait aidé dans leur lutte contre les ottomans et les nations arabes ont refusé ce partage et tenté d'exterminer les juifs; ce qui est à l'origine du bord*l qu'on connaît aujourd'hui.

La palestine est une région géographique et n'a jamais de l'histoire été un état. Par contre, Israël a été a patrie des juifs il y a 3000 ans, bien avant que christianisme ou islam n'existe. Il vous suffit de relire la bible ou n'importe quel ouvrage d'archéologie qui traite de la région.

Écrit par : archi-bald | 14/08/2018

Bien sûr qu'on peut critiquer Israël, comme on peut critiquer l'Afrique-de-Sud, le Brésil ou l'Algérie...

Par contre, alors que ces quatre pays sont critiquables, seul un est systématiquement critiqué. Et ça, c'est étrange et anormal.

Les trois autres sont chacun critiquable pour leur attitude envers leurs minorités. Quand en avons-nous entendu parlé dans les blogs, dans la presse, dans la bouche de somaruga ou au conseil des droits de l'homme ?

Il s'agit donc d'une critique légitime mais appliquée de façon discriminatoire. C'est là que commence le racisme!

Écrit par : Alfred | 14/08/2018

Vous avez raison de parler de discrimination comme le fait Maurice Ruben Hayoun avec mes commentaIres qu’il modère!? Une honte! Si ce n’est pas sur ce blog qu’on combat l’antisemitisme sous le manteau de la soi-disant politique d’Israël alors que ça transpire à chaque mot - ex la Meuron qui en est encore au peuple « deïcide » haine des juifsqu’elle Traîne depuis le berceau.

Écrit par : Patoucha | 14/08/2018

Mais oui Daniel Scheller on lui dira... sur les commentaires d'un article de la TdG:

Gaza : « camp de concentration à ciel ouvert » nous dit le fils de la pompière de Gaza. Armez-vous de kleenex ert suivez cet enterrement....

Pauvreté et Misère à Gaza :

http://www.liguedefensejuive.com/pauvrete-et-misere-a-gaza-visitez-le-champions-club-2018-08-14.html

Suite du commentaire du 14....

le berceau - sur quel blog le faire!?

Écrit par : Patoucha | 15/08/2018

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