19/07/2018

A l’heure d’Israël : André Chouraqui et Léon Ashkénazi (Albin Michel) : Réflexions sur le passé et l’avenir d’Israël

 

 

A l’heure d’Israël : André Chouraqui et Léon Ashkénazi (Albin Michel) :  

                           Réflexions sur le passé et l’avenir d’Israël

 

Qui mieux que notre éminent collègue et ami, Monsieur Denis Charbit, grand spécialiste de l’histoire du sionisme et de l’Israël moderne, pouvait éditer (au sens d’editor) et introduire à ce magnifique échange entre deux grands sages d’Israël, André Chouraqui et Léon Ashkénazi ? Il s’est acquitté de sa tâche avec rigueur et élégance, rédigeant une introduction lumineuse et des notes claires et faciles à comprendre, sans jamais substituer ses propres idées politiques à celles des deux sages.

 

En hébreu, s’il s’était agi de trouver un titre à ce livre, j’aurais proposé Dou-siyah beyn hakhamim ; Dialogues entre deux sages. Comme entre rabbi Akiba et les disciples de rabbi Ismaël qui nous a donné les treize règles herméneutiques applicables à la Tora.

 

J’ai bien aimé le titre A l’heure d’Israël, cela m’a fait penser à un titre d’Emmanuel Levinas, dans un autre contexte : A l’heure des nations…

 

En lisant ce beau livre de la première à la dernière ligne, j’ai eu l’impression que les joutes oratoires du Talmud, les ferments si féconds de la tradition orale , talmudique, reprenaient vie comme il y a près d’un millénaire et demi. : comme dans les folios talmudiques où les sages, de pieuse mémoire, font de la Tora écrite un jardin à la végétation luxuriante, mettant à jour, comme le disait rabbi Akiba, des étincelles de sens, à l’instar du marteau qui s’abat sur l’enclume du forgeron. En somme, tout le contraire d’une tradition-tombeau, une tradition-jardin, en constant ou perpétuel renouvellement. D’où le terme de hiddoush, innovation ou trouvaille exégétique dont les juifs sont si friands.

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18/07/2018

Quelques aspects de la théologie rabbinique



Quelques aspects de la théologie rabbinique…

Si j’ose reprendre pour ces quelques pages le titre d’un célèbre ouvrage de Salomon Schechter (paru en anglais : Some aspects of rabbinic theology), ouvrage dont je fis mon profit dans mes années d’étudiant, c’est pour rendre hommage à ce grand maître et aussi à celui qui me le fit connaître.

Jusqu’ici, je me suis contenté de parler de l’extérieur, il est temps, à présent, de me mettre à parler des doctrines que les sages de la Tora orale ont extrait de la Tora écrite en usant des règles herméneutique déjà évoquées dans les précédentes études, publiées ici même.

Nous pouvons donc aborder les thèmes de cette tradition orale à un autre niveau. On peut alors se concentrer sur une formule appartenant elle aussi, d’une certaine manière à la Tora orale, même si elle est d’une naissance moins antique. Il s’agit d’une sorte de trinité juive puisqu’elle condense en une seule unité, ou entité unique à la fois le Saint béni soit-il (formule déférente de la tradition pour évoquer le Créateur de l’univers), la Tora et Israël. Cette formule trouve son origine dans ce grand roman mystique qu’est le Séfer ha-Zohar lequel se donne pour une œuvre antique mais qui ne remonte, en vérité, qu’au XIIIe siècle de notre ère et dont l’auteur de la partie principale n’était autre qu’un génial exégète et écrivain hors du commun, Moïse de Léon, mort en 1306 à Avila.[1]

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09/07/2018

De l’idée juive du sens : Autorités et herméneutique de la Tora orale

  

 

 

De l’idée juive du sens : Autorités et herméneutique de la Tora orale

Pour qu’une tradition écrite échappe à la sclérose, elle se doit de progresser avec son temps. Pour ce faire, elle met sur pied des règles herméneutiques qui lui permettent d’être à jour sans jamais renier son âme. Comme on l’a déjà vu, l’herméneutique rabbinique ne constitue pas d’exception à cette règle générale. Les anciens docteurs des Ecritures ont donc élaboré un certain nombre de règles exégétiques qui leur sont propres et par lesquelles ils extrayaient des textes révélés de nouvelles doctrines qui se situaient dans le prolongement direct de la tradition. Pour la commodité de l’exposé ou pour leur conférer une certaine aura sacrée, la Tora orale a regroupé trois grandes rubriques herméneutiques, au nombre, respectivement, de 7, 13 et 32., qu’elle attribue à Hillel l’Ancien, à rabbi Ishmaël (seconde génération des tannaïm) et à rabbi Eliezer ben Yossi ha-gelili (seconde génération des tannaïm).

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05/07/2018

De l’idée juive du sens: La trilogie herméneutique de la Tora orale VII Aggada, Halakha et Midrash

 

De l’idée juive du sens: La trilogie herméneutique de la Tora orale VII

                               Aggada, Halakha et Midrash

On doit rappeler par une simple phrase ce qu’on notait au tout début de cet ouvrage sur la Tora orale dans ses relations dialectiques avec une création nouvelle : des genres littéraires qui, tout en ayant de lointaines racines dans le corpus biblique, n’avaient pas encore atteint ce degré de maturité et de développement, comme on va le voir au cours des siècles à venir. Ces trois genres littéraires et exégétiques ne sont pas sans rapport les uns avec les autres, même si, vus de plus près, chacun obéit à des règles un peu différentes.

Il est donc assez difficile de définir avec exactitude le sens de ces trois termes hébraïques qui entretiennent entre eux des relations étroites tout en demeurant des entités séparées. Même notre adaptation française de l’Introduction au talmud et au midrash ( Strack-Stemberger-Hayoun, Paris, Cerf, pp 58-71 et pp 274-281) n’a pu rendre compte de manière suffisamment claire des différentes approches de ce sujet. Dans ces quelques pages, on tentera de résumer l’essentiel et de signaler succinctement les travaux les plus récents sur ces questions.

En hébreu comme en araméen, le terme aggada est un substantif issu de la racine verbale le-haggid, relater, raconter , faire le récit de quelque chose. J’avoue ne pas trouver la traduction française qui ne recouvre pas aussi, d’une façon ou d’une autre, le champ sémantique des deux autres termes. Pouvons nous dire qu’il s’agit d’homélies rabbiniques ou talmudiques (aggada, pluriel aggadot) des parties narratives dans les sections exégétiques, ou encore des récits paraboliques qui commencent généralement par les termes suivants : (ma’ssé be… Il est arrivé un jour que…). Ce qui, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est l’endroit où passe la frontière entre l’aggada d’une part, et la halakha, d’autre part.

C’est peut-être en évoquant le trait discriminant entre ces notions que nous renseignerons au mieux sur leur spécificité Les talmudistes offrent en deux passages différents deux vues sur le ba’al aggada, l’homme de l’aggada. Ils disent ; Si tu veux connaître Celui qui a dit que le monde soit et le monde fut, alors apprends l’aggada … D’autres docteurs des Ecritures disent aussi : Le ba’al aggada ne peut ni lier ni délier, il ne saurait dire d’une chose qu’elle est pure ou impure… Ces deux dits rabbiniques semblent bien définir l’espace imparti à l’aggada : elle fait partie intégrante de l’homélie traditionnelle, elle joue même un rôle central dans la connaissance du Saint béni soit il, mais elle ne saurait intervenir dans la jurisprudence. En termes de halakha, la règle normative juive, elle est inopérante. Soulignons, malgré tout, que l’aggada sert parfois de toile de fond à des données rigoureusement halakhiques. On en revient toujours à cette fameuse unité organique et non systématique.

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I24NEWS le dimanche 15 juillet de 20h05 à 21heures dans l’émission d’Elie Chouraqui.

  

Dimanche 15 juillet sur I24NEWS de 2Oh05 à 21heures, dans l’émission dominicale d’Elie Chouraqui, Maurice-Ruben HAYOUN évoquera en compagnie de Luc Ferry et de deux représentants de la communauté musulmane (Madame Sbaï et Monsieur Ramdane) la problématique de l’âge d’or d’Espagne. A-t-il réellement existé, cet âge d’or, ou était-ce simplement un mirage inventé de toute pièce par une historiographie partisane ? Juifs, chrétiens et musulmans ont il vraiment vécu en paix, tout en respectant et en admettant leurs différences confessionnelles, voire leurs divergences religieuses ? La cohabitation religieuse est-elle possible, en général ?

On ne peut pas nier des convergences entre élites des différentes religion, certaines ressemblances doctrinales sont en effet étonnantes entre Maimonide et son concitoyen de Cordoue, Averroès, mais était-ce un mouvement qui a touché les masses ? C’est peu probable. Et même un penseur judéo-arabe comme Moïse Maimonide (largement évoqué pendant ce débat télévisuel) a dû quitter précipitamment sa ville natale Cordoue avec l’ensemble de sa famille pour se réfugier à Fès qu’il dut à nouveau quitter en raison de persécutions religieuses…

Mais au fond, si cet âge d’or n’a jamais réellement existé, alors il faudrait l’inventer car même dans cette France contemporaine où nous vivons, la sinistre silhouette de l’extrémisme religieux et de la radicalisation se profile avec insistance…

I24NEWS le dimanche 15 juillet de 20h05 à 21heures dans l’émission d’Elie Chouraqui.

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03/07/2018

De l"idée juive du sens VI: La consttitution de la Tora orale.

 

De l’idée juive du sens : La constitution de la Tora orale VI

De prime abord, ce titre peut paraître paradoxal puisque ce qui est à l’état d’oralité a peu de chance de se maintenir dans l’existence, seuls les écrits peuvent se maintenir durablement. C’est pour obvier à cette incertitude qu’on a longuement parlé de l’interdit talmudique d’écriture et de son contournement par les sages, maîtres de la tradition, en vue de préserver cet héritage qui se serait perdu, au fil des siècles, s’il n’avait pas été consigné par écrit. Qui sait ce que seraient devenus les seize volumes du Talmud si la sagesse ne l’avait pas emporté sur le respect du dogme ? Il faut donc évoquer toutes ces sources rabbiniques, talmudiques, ou, à tout le moins, les plus importantes d’entre elles, dans le cadre de cet ouvrage.

Pour parvenir à ses fins, cette Tora orale a dû éviter deux écueils : d’une part sauvegarder l’historicité de la littérature biblique, c’est-à-dire considérer comme ayant réellement existé les patriarches, le prophète-législateur Moïse ainsi que tous les autres personnages, partie prenante de l’histoire antique d’Israël. On a pris l’habitude de parler de la littérature biblique dans son ensemble comme d’une «Histoire sainte» (Heilsgeschichte), elle vise le salut de l’homme et rien d’autre. Mais comment marier la légende et l’Histoire ? C’est un pari que les sages ont réussi à tenir, mais avec des fortunes diverses. La première question que l’on est en droit de se poser porte sur l’existence d’une Tora orale unifiée, cohérente, fiable et transmise fidèlement aux générations ultérieures. S’il n’est pas question de nier l’existence de cette tradition en tant que telle, on peut néanmoins s’interroger saur sa cohésion : suit-elle, à toutes les époques, la même voie ? Est-elle parvenue à réunir toutes les conditions pour dégager une théologie talmudique ou rabbinique digne de ce nom ? Cette question ne reçoit pas la même réponse selon que l’on s’adresse aux maîtres de la tradition ou à la science historico-critique.

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02/07/2018

De l’idée juive du sens V : L’univers de la Tora orale

  

De l’idée juive du sens V : L’univers de la Tora orale

De même que la clôture du Talmud de Babylone en 500 de notre ère, recueil plus important et plus volumineux que le Talmud de Jérusalem, achevé vers 350 de notre ère, n’a pas été un acte volontaire, pris en toute liberté, le passage de la Tora écrite à la Tora orale s’est fait sous la contrainte d’événements historiques sur lesquels les sages n’avaient aucune prise. Ce ne fut pas une décision librement consentie mais une coercition imposée par l’Histoire… D’ailleurs, même des esprits rationalistes, rompus à la pratique de la recherche historique et au comparatisme religieux, en appellent parfois à des conjectures relevant plus du miracle que de l’évolution historique lorsqu’il s’agit de décrire ou de s’expliquer le maintien, contre vents et marées, de l’unité religieuse des juifs. Certes, il y eut la littérature des responsa (sheélot u-teshuvot), sorte de Talmud en miniature, qui donnait à des sages isolés l’occasion de recueillir l’avis d’autres dirigeants religieux afin d’éclaircir ou de préciser certaines pratiques religieuses. L’un des exemples qui me vient spontanément à l’esprit, bien qu’il soit un peu tardif, n’en est pas moins éloquent : ce sont les sages de la ville de Fès (Maroc) qui demandent à Maimonide ce qu’il faut penser de l’épître du Shi’ur Koma (la mesure de la taille du corps divin (sic) si injustement attribué à une éminence talmudique, rabbi Ishmaël, que nous aurons l’occasion de rencontrer dans cet ouvrage en raison des règles herméneutiques qui lui sont attribuées (Rabbi Ishmaël dit : par treize règles la Tora s’interprète…)

Non, la transition entre ces deux univers, tradition écrite et tradition orale, ne s’est pas faite sans heurt. On changeait d’univers, les institutions existantes furent renversées et remplacées par d’autres, mieux adaptées aux circonstances nouvelles. C’est ainsi que la secte dite des pharisiens, si injustement traités par la critique historique, parfois assez christianisante, au point d’en faire l’équivalent de faux dévots, d’hypocrites et de tartuffes, finit par prendre le dessus sur d’autres franges du peuple, comme les Saducéens qui refuseront de reconnaître les prérogatives que les adeptes de la Tora orale s’étaient auto-octroyées. A leurs yeux, seule la Tora écrite comptait. Par exemple : ils refusaient la foi en l’immortalité de l’âme au motif que cette doctrine n’était pas clairement enseignée par la Bible hébraïque…

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