27/06/2018

De l'idée juive du sens III

De l’idée juive du sens III

Voici la personnalité talmudique qui incarne au mieux l’hégémonie de cette tradition orale : Rabbi Akiba, contemporain de Bar-Kochba et victime des persécutions d’Hadrien au début du IIe siècle de notre ère ; ce sage est réputé avoir fait partie des dix martyrs de la foi, exécutés par Rome ( assara harougué malkhout). Plusieurs récits talmudiques[1] relatent avec plus ou moins de détails, historiques ou fictifs, les souffrances endurées par les suppliciés. Assurément, si le fond de la relation n’est pas une invention pure et simple, certains détails relèvent de la volonté de faire de ces hommes des héros immortels de la nation juive, qui ont préféré le trépas à la transgression. Mais Rabbi Akiba représente bien plus qu’un simple martyr de la foi. Il est censé être l’homme le plus érudit du judaïsme rabbinique. La tradition orale, donc talmudique, ne tarit pas d’éloges à son sujet et met en avant son impressionnante ingéniosité exégétique. Un seul exemple illustre à merveille ses inépuisables ressources en matière d’interprétation biblique : il existe en hébreu une toute petite préposition, ET, qui introduit le cas de l’accusatif et qui connaît, par conséquent, d’innombrables occurrences dans le corpus biblique. Eh bien, Rabbi Akiba est censé avoir donné des interprétations originales de ce ET partout dans la Tora écrite (rabbi Akiba haya dorésh kol ha-ITTIM shél ha-Tora…). De telles hyperboles ont contribué à faire de ce sage hors du commun une figure semi légendaire de la littérature talmudique. Ce qui rend assez malaisé l’établissement d ‘une biographie digne de ce nom.

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25/06/2018

De l’idée juive du sens

De l’idée juive du sens

Commençons par énoncer une évidence qu’il n’est, peut-être, plus nécessaire de rappeler tant elle va de soi : la religion ou la culture juive, tout ce se rapporte au fait juif, se fonde sur une double tradition, une double Tora ou loi, bien que la traduction du terme Tora par loi entraîne un appauvrissement, une limitation du champ sémantique de ce concept hébraïque charnière). Nous allons à faire à une double légitimité, l’une consignée par écrit, l’autre, transmise oralement qui la coiffe, la détermine, lui donne son champ d’application en lui conférant un sens. Cette approche binaire du Tout, de Dieu, du monde et de l’homme entraîne une confrontation intellectuelle permanente avec ce qui est écrit, c’est-à-dire les vingt-quatre livres du canon biblique : les cinq livres du Pentateuque, les prophètes et les hagiographes. Les adeptes du judaïsme sont donc en quête permanente de sens, plus précisément du sens du message divin contenu dans la Révélation du Sinaï.

Comme on le verra dans nos développements, les matériaux transmis oralement préservent cette Tora écrite du danger des pétrification ou de sclérose. Sans vouloir anticiper en parlant d’ores et déjà des contestations judéo-chrétiennes portant justement sur le statut de cette Tora orale, consignée par écrit dans la littérature talmudique et midrashique, on doit rappeler que conformément aux critiques des premiers chrétiens, la lettre se pétrifie tandis que la parole vivifie. Le problème est que le judaïsme qui s’est scindé en deux à l’époque de l’église primitive n’est pas une religion purement biblique, mais bien une religion biblico-talmudique : c’est cette littérature talmudique, dépositoire de tout l’effort intellectuel et exégétique, qui donne le ton. Nous verrons qu’elle précise le sens et l’étendue des commandements bibliques, leur confèrent un contenu et, au besoin, en délimite le champ d’application.

Evoquons rapidement, pour commencer, deux institutions majeures de ce judaïsme appelé rabbinique, grâce à cet apport de la tradition orale, bien que le rabbinat soit d’existence récente, c’est-à-dire médiévale : le rabbinat, tel que nous le connaissons aujourd’hui est une institution médiévale. Les rabbins peuvent être considérés comme les héritiers spirituels des sages du Talmud lesquels se présentent eux-mêmes comme des Erudits des Ecritures (en allemand : Schriftgelehrten) ou des disciples des sages (en hébreu : talmidé hakhamim). Ce sont ces hommes qui érigèrent une haie protectrice autour de la Tora afin de la conserver dans de bonnes conditions et d’en préserver l’authenticité. Nous y reviendrons plus bas.

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La crise migratoire… Vers l’abolition, hélas, des frontières.

 

La crise migratoire… Vers l’abolition, hélas, des frontières.

Les historiens qui écriront sur ce qui se passe sous nos yeux impuissants, en ces deux premières décennies du vingt et unième siècle, parleront de notre époque comme d’un temps qui vit l’abolition des frontières héritées de la seconde guerre mondiale ou tout simplement remontant à des siècles. Voici un mal ou une évolution que nul n’aurait pu prévoie en se fondant sur des données historiques vérifiables : rien ne permettait de prévoir un tel afflux de réfugiés, éligibles pour le droit d’asile (qu’on ne peut plus conserver dans sa forme actuelle, faute de quoi des pays entiers en perdraient leur identité ou leur génie national), ou de simples migrants, à la recherche de contrées plus viables pour eux, qui sont victimes chez eux d’en chômage endémique, d’une économie sous développée ou d’instabilité politique depuis leur accession à l’indépendance. Exemple : le Mali.

Nous vivons les prémisses d’une abolition généralisée des frontières. Nous vivons un afflux de migrants qui ne demandent plus de visas pour accoster chez nous ou pour faire sur place un simple séjour de tourisme. L’ère des séjours limités avec pour horizon plus ou moins lointain un retour au pays d’origine est définitivement abolie : on vient pour s’installer pour toujours, pour y faire souche. Cette mutation n’est pas sans poser de graves problèmes. Elle a pris nos dirigeants occidentaux au dépourvu. Le cas le plus emblématique est évidemment celui de la chancelière allemande qui a décidé toute seule de laisser rentrer dans les frontières de son pays près d’un million et demi d’hommes jeunes, nullement persécutés dans leurs pays d’Afrique noir ou d’Afrique du nord mais qui voulaient vivre une autre vie, convaincus que l’Europe est un eldorado, une Terre de promission où coulent le lait et le miel, sans avoir à fournir le moindre effort. Des pays dont la législation permettait d’en profiter sans limite : les migrants, aiguillés ou même aiguillonnés par des passeurs ou des politiciens sans scrupules ont abusé de la crédulité des gens et leur ont fait miroiter un avenir radieux sur les rivages européens.

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19/06/2018

L’Europe survivra -t -elle à la pression migratoire?

L’Europe survivra -t -elle à la pression migratoire?

C’est du jamais vu, de l’inimaginable ! L’Europe, avec ses avenacées technologiques, ses prouesses industrielles, ses conquêtes dans tous les domaines de l’esprit, de la nature et de la médecine, est menacée, jusque dans son existence en tant que culture, par un mal qu’elle ne soupçonnait guère : le franchissement de ses frontières maritimes et terrestres par des millions d’hommes, de femmes et même d’enfants, de mineurs non accompagnés… qui tous subvertissent le droit d’asile.

Fidèle à ses habitudes, c’est-à-dire à son incurie et à son impéritie, la commission européenne de Bruxelles n’a pas su évaluer le danger comme il convenait. S’étant élargi à des états-membres, ne partageant pas la même culture que les pays d’Europe occidentale, ayant un autre vécu et une autre histoire, elle s’est empêtrée dans ses contradictions, ne sachant pas décider, ni surtout s’adapter aux situations concrètes. Il est difficile, voire suicidaire, de s’en tenir aux règles de l’Etat de droit lorsque le danger qui menace contraint, qu’on le veuille ou non, de sortir des sentiers battus. Ou doit on accepter que l’Europe meurt pour s’être simplement conformés à ses propres principes ?

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14/06/2018

Comment accueillir toute la misère du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

 

Comment accueillir toute la msière du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

L’affaire de ce navire chargé d’âmes abandonnées par tous, ou presque, figurera dans les annales de ce vingt et unième siècle commençant. Certes, la conscience morale de l’Europe a fini par réagir et a trouvé une solution que nos amis et voisins espagnoles ont eu la noblesse d’âme de proposer concrètement : ce ne furent pas des paroles en l’air, mais un accord ferme et définitif de recevoir des hommes, des femmes et des enfants livrés aux caprices des flots… L’Europe entière risquait de rendre des comptes devant la justice divine ou l’éthique universelle : elle aurait laissé sans réponse des centaines d’êtres humains condamnés à une mort quasi certaine si on ne leur portait pas secours. Non assistance à personnes en danger.

Mais je propose de ne pas se laisser submerger par l’émotion et de regarder les choses en face. Il faut éviter certaines déformations, tant celles de juristes pointilleux que de belles âmes qui croient que tout est possible, que les frontières doivent être abolies et qu’il faut accueillir toute l’humanité souffrante. Le principe est merveilleux mais il est inapplicable.

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12/06/2018

L’Iran observe avec inquiétude ce qui se passe à Singapour…

  

L’Iran observe avec inquiétude ce qui se passe à Singapour…

On se souvient de cette suggestive métaphore qui fit florès il y a quelques décennies et qui connotait, à sa manière, l’intrication de tous les espaces, même les plus reculés, de notre univers : le battement d’ailes d’un papillon au fin fond de l’Asie peut avoir des répercussions inimaginables à l’autre bout de l’univers. C’est, toutes proportions gardées, ce qui se passe depuis hier soir lorsque l’on mesure, la tête froide, les conséquences de cette rencontre détendue entre Kim et Trump à Singapour : hier soir, et tout au long de la nuit, certains n’ont pas pu fermer l’œil à Téhéran et dans le reste du pays des Mollahs. Certes, nous n’en sommes qu’au début, certes, les aléas des relations internationales sont innombrables et surtout imprévisibles, mais les faits sont là : la rencontre, jugée très improbable, a eu lieu, certes, on n’a pas encore pu lire le communiqué final, mais, à moins que tout ne trompe, on est sur la bonne voie. L’homme que l’immense majorité des médias nous présente depuis le début comme un instable dangereux, un va-t-en-guerre, a réussi : il a été fin diplomate, a su maîtriser sa nature abusivement présentée comme impétueuse, bref il s’est montré souverainement maître de lui-même.

Les Mollahs de Téhéran ont des raisons de s’inquiéter : outre que la dénucléarisation de la Corée du nord pourrait bien être un précédent, fort préoccupant de leur point de vue, elle les prive d’un indispensable allié pour le développement de l’arme nucléaire et des missiles balistiques. Et si, comme tout semble l’indiquer, le long processus finira par s’imposer et porter ses fruits, la position des Mollahs sera intenable. Leur isolement sur la scène internationale sera fatal. Je ne vois aucun Etat respectable et de digne de ce nom, capable de braver les foudres des nations et de se joindre à eux.

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10/06/2018

Autour de Maurice Blanchot, Le livre à venir (Gallimard, Folio. essais)

Autour de Maurice Blanchot, Le livre à venir (Gallimard, Folio. essais)

Je commencerai par un aveu : je suis venu aux écrits de Maurice Blanchot grâce à mon livre sur Emmanuel Levinas, à paraître à la fin du mois de juin 2018. Auparavant, je ne savais que très peu de choses sur lui. Ce qui m’a retenu chez cet écrivain, plus littéraire que philosophe mais doté d’une incontestable profondeur, c’est son amitié avec Levinas et l’aide vitale qu’il lui a apportée concernant sa femme et sa fille durant l’Occupation.

Depuis, j’ai reçu une demi douzaine de recueils et d’œuvres de cet auteur. Je m’y suis mis aussitôt, mais ce fut un mauvais début puisque je me suis lancé dans une lecture mal préparée de Thomas l’obscur, un livre qui est resté encore plus obscur pour moi après l’avoir lu de la première à la dernière ligne… Pourquoi cette rencontre ratée ? Probablement à cause de l’imaginaire dans lequel se développe ce petit ouvrage. Songez donc : je n’ai même pas pu accrocher une idée-force qui m’aurait servi pour faire une critique. J’ai donc benoîtement renoncé, jusqu’au moment où mon choix s’est heureusement porté sur Le livre à venir que j’ai dévoré avec l’impatience qu’on peut deviner…

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08/06/2018

Mais pourquoi donc l’image D’Israël s’est elle tant dégradée?

  

Mais pourquoi donc l’image D’Israël s’est elle tant dégradée?

Oui, pour quelles raisons l’opinion publique mondiale s’est-elle rangée aux côtés des détracteurs de l’Etat juif ? Je voudrais dire d’emblée que je ne vais pas adopter le style journalistique habituel qui sautille sur les problèmes au lieu de tenter de les traiter en profondeur ; j’adopte, comme à mon habitude l’approche du philosophe-historien qui cherche à comprendre, qui réfléchit et ne distribue ni blâme ni satisfecit…

La dégradation de cette image d’Israël ne date pas d’hier ni d’avant-hier. Elle remonte à beaucoup plus loin, en raison d’une multitude de facteurs qui touchent tant la nature ou l’essence du judaïsme qu’au rôle généralement attribué aux juifs dans la marche de notre monde. En d’autres termes, il faut creuser profond pour comprendre et remonter pratiquement aux premiers siècles de l’ère chrétienne lorsque les Judéens furent défaits par les légions romaines, déportés aux quatre coins de l’univers et leur capitale, résidence de leur Temple, Jérusalem, mise à sac et n’a plus connu de souveraineté juive que près de deux millénaires plus tard. Autant que la durée totale de cet interminable exil… De l’an 70 de notre ère à 1947/48, voire à juin 1967, deux millénaires se sont écoulés.

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05/06/2018

I24NEWS la petite chaîne qui monte, qui monte…

I24NEWS la petite chaîne qui monte, qui monte…

Je suis particulièrement heureux d’évoquer, pour nos lectrices et lecteurs, le cas de cette chaîne de télévision, la première chaîne francophone d’Israël qui fête son cinquième anniversaire et que j’ai découvert, pour ainsi dire, presque par hasard.

Je m’en souviens comme si c’était hier : la guerre entre Israël et le Hamas de Gaza faisait rage et j’étais extrêmement triste et même choqué de constater le traitement tendancieux et anti-israélien des journaux télévisés en France. A force de zapper pour trouver autre chose, j’ai d’abord trouvé les canaux arabes du Proche Orient et cela n’a fait que renforcer ma frustration, lorsqu’enfin je tombai sur une chaîne qui, naturellement m’a retenu. Pensez donc, je n’avais même pas encore découvert le logo, tout petit en bas, à gauche de l’écran I24 ! Pour la première fois, depuis le début de cette guerre qui dura plus de cinquante jours, je me sentis très à l’aise. En regardant d’un peu plus près, je vis que j’avais affaire à cette chaîne francophone d’Israël… Quelle joie profonde, en dépit de très sombres nouvelles ! Quelle forte recherche d’objectivité pour que les téléspectateurs ne pensent pas qu’ils ont affaire à une officine de propagande. Bref, une télévision selon mon cœur, de bon niveau et fiable, ne diffusant que des nouvelles équilibrées et vérifiées. Du vrai travail de professionnels.

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