14/06/2018

Comment accueillir toute la misère du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

 

Comment accueillir toute la msière du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

L’affaire de ce navire chargé d’âmes abandonnées par tous, ou presque, figurera dans les annales de ce vingt et unième siècle commençant. Certes, la conscience morale de l’Europe a fini par réagir et a trouvé une solution que nos amis et voisins espagnoles ont eu la noblesse d’âme de proposer concrètement : ce ne furent pas des paroles en l’air, mais un accord ferme et définitif de recevoir des hommes, des femmes et des enfants livrés aux caprices des flots… L’Europe entière risquait de rendre des comptes devant la justice divine ou l’éthique universelle : elle aurait laissé sans réponse des centaines d’êtres humains condamnés à une mort quasi certaine si on ne leur portait pas secours. Non assistance à personnes en danger.

Mais je propose de ne pas se laisser submerger par l’émotion et de regarder les choses en face. Il faut éviter certaines déformations, tant celles de juristes pointilleux que de belles âmes qui croient que tout est possible, que les frontières doivent être abolies et qu’il faut accueillir toute l’humanité souffrante. Le principe est merveilleux mais il est inapplicable.


  

 

 

Comment accueillir toute la misère du monde? Ne stigmatisons pas l’Italie…

 

Considérons tout d’abord l’aspect éthique proprement dit, sans se préoccuper de l’arrière-plan : nous avons plus de six cents âmes en souffrance dans un océan démonté, embarquées dans un vieux rafiot qui n’a rien à voir avec un paquebot de luxe. Ses occupants, démunis et manquant de tout, même du strict nécessaire, voguent vers une côte devenue inhospitalière, la côte italienne. Je ne reviens pas sur l’arrière-plan que chacun connaît : l’Italie, membre de l’UE, s’est retrouvée seule face à cet exode massif venu de tous les pays d’Afrique noire ou d’Afrique du nord. Elle a appelé à l’aide, elle a déployé de gros efforts pour faire face, les autres pays de l’UE se sont retranchés derrière un principe bien commode : les migrants ou les réfugiés (de quoi ? Ils fuient quoi ?) régularisent leur situation dans le premier pays de l’UE où ils débarquent… Et ce pays n’est autre que l’Italie ! Comment aurait réagi Monsieur Macron si cela avait été la France ?

Je ne peux pas dissimuler que l’histoire de ce bateau dont personne ne voulait a évoqué en moi des souvenirs trans-générationnels car je n’étais pas encore né : l’Exodus que la puissance mandataire britannique de Palestine avait empêché d’accoster et envoyés à leur port de départ. Mais mes parents m’en avaient souvent parlé et cet épisode tragique est gravé dans nos mémoires. Du coup, je me retrouve en contradiction avec moi-même : ce que j’ai accepté pour l’Exodus parce que je suis juif et aime Israël, je ne l’accepterais plus pour d’autres êtres humains dont la vie m’est aussi précieuse que celle des miens ?

C’est plus qu’un choix cornélien, c’est pire qu’une aporie kantienne car il y va ici, non plus de la raison pure mais de la raison pratique, c’es-à-dire de morale et de conduite éthique. Or, l’éthique est universelle, elle ne souffre pas d’exception, même si, dans notre vie courante, nous optons parfois pour des compromis qui sont des compromissions…

Un mot du refus italien : ce pays connaît depuis peu d’années une préoccupation majeure, l’afflux massif d’Africains ou d’autres qui ne sont pas vraiment acceptés par la population locale, européenne à presque cent pour cent. Les Italiens ne veulent plus que des naufragés ou des réfugiés viennent chez eux, s’y installent, y commettent parfois des crimes ou des délits mineurs (c’est loin d’être le cas de la majorité des arrivants, grâce au Ciel). Lors des dernières élections, une majorité d’Italiens a accordé ses suffrages à des partis situés aux extrêmes… Et on assiste à une alliance presque contre nature entre des éléments se réclamant des idéaux de gauche et des gens situés à la droite la plus extrême. Et voici que ces deux partis gouvernent leur pays dans les conditions que nous connaissons. Mais la majorité l’a voulu ainsi : peut-on dissoudre le peuple ?

La question qui se pose et que je ne cherche pas a éluder est bien celle-ci : fallait il accueillir ce bateau et sa cargaison d’êtres humains promis à une mort quasi certaine si on ne se portait pas à leur secours ? Ma réponse, les larmes aux yeux et le cœur chancelant est : OUI. Il faut les accueillir. Mais peut-on, doit-on poursuivre dans cette voie, accueillir des milliers d’autres naufragés en Europe, alors que nos pays se replient sur eux-mêmes.? Ma réponse est : NON

Il y a une contradiction que je ne parviens pas à résoudre. Et je suis persuadé que si l’on organisait un référendum en France ou ailleurs en Europe, les résultats seraient catastrophiques. Il y aurait un refus massif, comme en Italie…

Alors que faut il faire ? Notons d’abord que nos gouvernements n’ont pas pris, à temps, en amont, les mesures nécessaires. Il fallait organiser avec plus d’énergie et de fermeté une aide aux pays en voie de développement ou dotés de régimes autoritaires ou totalitaires (la Libye par exemple) afin de fixer les gens chez eux.

Certes, cette idée n’est pas originale mais je n’en vois pas d’autres.

Nos amis et voisins italiens (je parle des citoyens et pas nécessairement de leurs gouvernants actuels) ne méritent pas toutes ces critiques qui s’abattent sur eux depuis plusieurs semaines. Ils ont sollicité l’aide de l’UE, laquelle n’y a pas répondu. Leurs gouvernants, élus justement pour leur fermeté à l’égard du problème migratoire estiment qu’en refusant d’accueillir des migrants, on envoie un message clair aux candidats à venir : l’UE a bien des problèmes internes à régler, ne venez plus, vous n’êtes plus les bienvenus, etc… etc… Un certain parti français, connu pour ce qu’on pourrait appeler de la xénophobie, opte pour une telle attitude, soulignant qu’il faut annihiler chez nous ces fameuses pompes aspirantes (minima sociaux, scolarisation des enfants, hébergement des parents, soins médicaux gratuits (près d’un milliard d’Euros), etc…)

Alors que devons nous faire ? J’écoutais hier soir sur Paris Première, les échanges vifs entre Eric Zemmour et Daniel Cohn-Bendit ; au fond, les deux défendent des causes nobles mais inconciliables. Le vétéran de mai 68 opte pour l’accueil, à l’instar de la chancelière allemande, son vis-à-vis refuse net tout cela et signale le risque d’une perte d’identité de l’Europe, en cas d’afflux massif. J’avoue être très partagé. Je ne sais que faire, mais je sais que je souhaite de toutes les fibres de mon être, rester ce que je suis.

L’injustice la plus criante consiste à laisser quelques dictateurs ou roitelets noirs régenter d’une main de fer tout un continent, des pays entiers frappés par la misère matérielle et politique. Si l’on imposait une bonne gouvernance à ces pays, leurs citoyens ne voteraient plus avec leurs pieds.

La politique migratoire des pays de notre continent, ce n’est pas la Loi et les prophètes. Il existe aussi des impératifs extra-éthiques ou supra-éthiques dont il faut tenir compte. On parle de certains villages ou hameaux en France, forts de moins de deux âmes où les préfets, sans consulter personne, imposent à la collectivité tant ou tant de réfugiés syriens ou autres… L’accepteriez vous, si cela se passait chez vous, dans un joli petit coin de la campagne normande, à un jet de pierre d’une maison que vous avez économisé durant toute votre vie pour en devenir les propriétaires ?

Cet éditorial va sûrement être critiqué par certains. C’est la règle, c’est normal. Mais retenons l’idée si peu exploitée par nos gouvernements : il faut imposer en Afrique une meilleure gouvernance, la paix en Libye et en Syrie, par exemple. Je ne pense pas que des parents qui mettent leurs enfants mineurs sur de tels bateaux le font d’un cœur léger. Ils savent que nos lois, reflets de l’avancement éthique de notre culture, nous font obligation de prendre soin des mineurs… C’est un devoir sacré. N’oublions pas la genèse religieuse du politique. Ni la théologie politique de Carl Schmitt…

Alors que faire ? Quand ils sont là, nos lois nous interdisent de les renvoyer d’où ils viennent. C’est pourtant ce que firent nos amis italiens.

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Commentaires

Il ne s'est jamais agi de stigmatiser l'Italie, il est question de dénoncer l'outrecuidance du petit Napoléon et des Français en général. Non seulement la remarque de Macron est particulièrement odieuse, mais l'attitude des Français qui donnent de l'argent aux ONG qui pratiquent le trafic humain et donc aident les mafias de passeurs est scandaleuse. Honte aux Français, peuple hypocrite et donneur de leçons !

Écrit par : Géo | 14/06/2018

On regrette presque que le clown De Niro ne soit pas français.

Écrit par : Mère-Grand | 14/06/2018

Tout d'abord, cher Professeur, l'histoire de l'Exodus n'a rien de commun avec celle de ce triste navire rempli d'immigrants venus d'Afrique. Sauf à pleurer sur des gens malmenés par des gouvernants sans scrupules. Hier, c'étaient les rescapés des camps de la mort refoulés par les anglais mandatés entre autre pour leur garantir une "terre promise". Aujourd'hui, ce sont des malheureux manipulés par des trafiquants et des gouvernements de maitres chanteurs avec la complicité intéressée des gouvernants européens.
C'est Jean-François Deniau, ancien ambassadeur français, qui disait que la diplomatie, la politique souffrait d'un grave déficit d'éthique.
Des intérêts bien compris prennent en compte la dimension éthique des relations humaines et diplomatiques. C'est dans cette direction que nos gouvernants devraient travailler. Sans naïveté ni sensiblerie tout juste bonne à la "communication" dont sont si friands nos politiciens européens.

Écrit par : Alain | 14/06/2018

A part la France, il y a eu peu de stigmatisations et beaucoup de compréhensions.
Macron a certainement peur de devoir accueillir les réfugiés sachant que partout en Europe cela signifie la montée de l'extrême droite.

Tout le monde connait la solution, mais elle toucherait un axe de l'Europe, le militantisme humaniste.
Mais il n'y aura bientôt plus le choix, le renvoi sans état d'âmes des illégaux ou l'arrivée d'un extrémisme qui va fermer la porte aussi aux réfugiés de guerre et politique.

Quant aux réactions des populations, c'est universel. D'autant plus négatives, que l'augmentation de la criminalité a favorisé le rejet.
On peut tendre vers un monde réel, mais la réalité se moque des théorie. Parfois, il faut savoir renoncer à des philosophies pour éviter de tout perdre.

Écrit par : motus | 14/06/2018

Chaque jour est un nouveau jour...
Le monde évolue en permanence et donc le monde de l'exodus est complètement différent d'aujourd'hui.
Y a-t-il un seul film se passant dans le futur qui soit optimiste ? Comme Soylent green .
Le futur Mosanto ?
Comment peut-on parler de ces gens comme des jouets des événements ?
Ils sont maîtres de leur vie. Ils ont choisit leur destination, de faire des enfants,etc...
Pour qu'un enfant naisse il faut une action.
D'un côté on refuse Ecopop et de l'autre on les deresponsabilise, on la transmet aux européens qui on déjà le problème de l'abstention.
Ces pays se sont battus pour l'indépendance et maintenant ils se battent pour venir chez leurs anciens colonisateurs !
L'attitude des "humanistes" n'aboutira qu'à la catastrophe!
L'unique raison à cette migration et la plus gros problème humain est l'augmentation quasiment exponentielle de la population humaine dans ces pays justement ceux qui ne le voient pas sont stupides.
Romain Gary à écrit " le zob est l'ennemi du genre humain " dans "une vie devant soi".

Lorsque monsieur Ziegler rapporteur du PAM a dit et répété " toutes les 5 secondes un enfant de moins de 10 ans meurt ;de faim ?; il n'avait jamais précisé que durant ces mêmes 5 secondes 22 enfants étaient nés !
Pour finir l'âge moyen homme-femme en Érythrée est de 19-19,7 et le taux de natalité de 4 enfants par femmes. ( 41-41,7 en Suisse ).
D'un point de vue purement objectif on dit qu'une espèce va bien lorsque sa population....?
Augmente ou diminue ?
Alors pourquoi change t-on le point de comparaison usuel dans ce sujet précis ?

Une réponse à mes questions serait fortement appréciée. Merci d'avance.

Écrit par : J'y pense et puis... | 14/06/2018

J'y pense et puis...
Vous avez raison. Le problème le plus grave auquel l'humanité va devoir faire face est la surpopulation. C'est aussi l'énorme accroissement démographique qui est en bonne partie la cause des problèmes de l'Afrique et du Moyen Orient(où en serait la Suisse si les femmes avaient eu en moyenne 10 enfants pendant ce dernier siècle?!). Et tous ces Suisses qui n'ont eu qu'un à deux enfants mais qui ont refusé d'améliorer l'accès aux contraceptifs aux femmes africaines (Ecopop), sous divers prétextes douteux, m'ont prodigieusement énervée.
Mais, rassurez-vous. Etant donné que 90% des migrants sont de jeunes hommes (qui ont fui la guerre paraît-il...), l'Afrique pourrait bien connaître une baisse de natalité...

Écrit par : Catherine | 14/06/2018

"l'Afrique pourrait bien connaître une baisse de natalité..." Et l'Europe une hausse conséquente des viols. C'est déjà le cas. Ce matin, un médecin tunisien explique sur la Première que les jeunes de son pays veulent fuir pour BAISER. En Europe...

Écrit par : Géo | 14/06/2018

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