29/04/2018

Une place à table de Joshua Halberstam (L’antilope) ou Les souffrances d’un jeune Werther hassidique

Une place à table de Joshua Halberstam (L’antilope) ou

       Les souffrances d’un jeune Werther hassidique

Voici une tendance qui s’avère lourde ; des générations de Isaac Bashevis Singer à et de son frère aîné Joshua jusqu’à Halberstam réfléchissent désormais sur le prix que leur identité juive a dû acquitter pour s’intégrer aux Etats Unis d’Amérique. Ce ne fut pas une simple promenade de santé, même aujourd’hui et déjà depuis de nombreuses années, les USA sont considérés par les juifs qui y vivent comme une terre promise… Qu’est-ce à dire ? Que la tradition juive vécue au jour le jour est parfois entrée en collision avec le monde contemporain qui n’a pas à naviguer entre une quantité d’écureuils qui jalonnent sa route. Il fallut faire des concessions, voire des sacrifices et c’est justement la trame de ce beau roman, bien écrit, très bien traduit et surtout rendant compte avec finesse de la densité des problèmes et du vécu des personnages.

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25/04/2018

La religion musulmane, une religion européenne comme les autres?

La religion musulmane, une religion européenne comme les autres?

C’est, en réalité, la question posée, en creux, suite à la violente polémique déclenchée par le manifeste des trois cents personnalités et les réponses, parfois courroucées ou indignées, de dignitaires islamiques qui s’ensuivirent. En fait, les questions qui affleurent sous cette polémique sont les questions fondamentales qui se posent à une population récemment immigrée en Europe, s’y est installée, y a fait souche, sans avoir, au préalable, accompli un travail d’assimilation culturelle, au moins au niveau des critères de la sociologie et de l’histoire des religions. Ce travail n’est nullement équivalent à un reniement ou à un abandon. Il atteste simplement la nécessité de vivre avec son temps et à procéder à la critique modérée de ses propres traditions religieuses. Et ceci ne vaut pas que pour l’islam ; les Juifs, que certains devraient pourtant prendre en exemple, ont accompli cette remise à niveau depuis plus de deux siècles.

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22/04/2018

L’ouverture nord coréenne, un signal pour l’Iran des Mollahs

L’ouverture nord coréenne, un signal pour l’Iran des Mollahs ?

 

Si les nouvelles en provenance de Corée du nord s’avèrent, ce serait un pas gigantesque en direction de la paix et de la stabilité dans la région. Et surtout, ce serait, je crois, un puissant signal à l’endroit de l’Iran qui comptait sur l’exemple ou le précédent nord coréen pour reprendre, d’une manière ou d’une autre, ces enrichissements de l’uranium et sa multiplication de centrifugeuses

 

On a déjà eu l’occasion d’évoquer ce problème dont le président Donald Trump veut se saisir à sa manière dans les tout premiers jours de mai ; en clair, il entend revenir sur un accord qui fait la part trop belle au régime iranien dont l’attitude belliqueuse, tant à l’égard d’Israël qu’à l’égard des sunnites de la région, est bien con

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21/04/2018

Le 70e anniversaire de l'Etat d'Israël à la synagogue de Lausanne...

Le soixante-dixième anniversaire d’Israël à Lausanne

 

En dépit de la gêne occasionnée par la grève perlée de la SNCF, je dois bien reconnaître que le hasard fait bien les choses et que d’un mal peut émaner un bien, comme on peut le lire dans le livre des Juges au sujet de Sanson qui découvre une belle ruche de miel après avoir été menacé par un lion…

 

Le 19 au soir je devais donner une conférence sur Maimonide et l’âge d’or en Andalousie médiévale (Al-Andalous) : et voilà que ces deux jours là, les 18-19, aucun TGV ne fonctionnait sur cette ligne Paris-Lausanne. Il fallut partir plus tôt, donc le 17… C’est ainsi que le 18 avril, j’ai eu la joie d’assister à un office solennel en la grande synagogue de Lausanne, dirigé par le rabbin de la communauté, un homme plutôt intéressant puisqu’il est d’origine italienne (Rav Eliézer Shay di Martini) qu’il a servi au Portugal et même au Mexique. Et à présent il préside aux destinées de la communauté lausannoise… Quel périple.

 

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Qohélét ou la recherche de la sagesse (Albin Michel)

Les éditions Albin Michel sont imbattables avec leur collection consacrée aux spiritualités. Et on en voit dès à présent une nouvelle preuve, la récente traduction de Qohélét, l’Ecclésiaste, le livre le plus philosophique de la Bible, le livre le plus représentatif de ce que l’on nomme dans les milieux savants, la littérature sapientiale ou plus simplement de la sagesse.

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12/04/2018

François-Joseph et Sissi. Le devoir et la rébellion par Jean des Cars (Perrin)

François-Joseph et Sissi. Le devoir et la rébellion par Jean des Cars (Perrin)

J’aime lire les livres écrits par un écrivain aussi soigneux et fin. J’aime découvrir ses grandes fresques historiques toujours si bien documentées et ayant puisé aux meilleures sources… Avec Jean des Cars, nous avons affaire à un magicien du verbe : et ses livres sont accompagnés d’une iconographie qui nous transporte à travers les siècles sur les ailes de l’imagination.

Le couple quasi-légendaire François-Joseph / Sissi exerce une certaine fascination sur le public depuis fort longtemps, et bien au-delà des frontières de l’ancienne double monarchie. L’empereur François-Joseph avait beaucoup de partisans et aussi quelques critiques ou détracteurs. Mais il fut le monarque qui régna le plus longtemps, près de soixante-dix ans. Il passait pour le père de ses sujets et sa femme Sissi n’a pas manqué d’enflammer les passions et les imaginations. Dès son avant-propos, l’auteur pose les questions auxquelles il va répondre : ce couple mythique qui fit couler tant d’encore, fut-il vraiment heureux ? Le couple impérial avait-il vraiment une vie privée ? Pourquoi donc Sissi fut elle une si grande voyageuse ? Et l’empereur se consolait-il secrètement à Vienne dans les bras de femmes accueillantes et plus présente dans son palais royal ? On le disait doté d’une certain tempérament si bien que sa généreuse mère le pourvoyait en femmes aptes à satisfaire sans risque ses besoins ; ces dames passaient pour des comtesses hygiéniques.

Cette biographie est centrée autour d’une trame d’événements politiques et de tragédies familiales dont le couple impérial ne fut pas épargné. Un couple fort imprévu, comme on le verra infra, puisque les nobles entremetteuses avaient mis au point un tout autre plan. La jeune Sissi, tout juste âgée de quinze ans, reléguée en bas de table avec sa gouvernante pendant qu’on prenait le thé en présence du jeune empereur sanglé dans son bel uniforme de général, sentait le regard de ce dernier s’attarder sur elle… La divine Providence avait-elle confié à d’humaines mains le soin de rapprocher deux êtres, si dissemblables et qui allaient cumuler tant de malheurs et de tragédies ?

L’auteur, le très délicat Jean des Cars, introduit ses lecteurs dans l’intimité même de la famille impériale. On a l’impression d’y être, de suivre les menées un peu étranges de cette mère presque abusive, ulcérée de voir que son rejeton qui lui doit tout, y compris sa couronne, ose lui résister et déjouer tous ses plans. Ces passages là sont absolument délicieux. Sous nos yeux ou presque, on revoit les convives attablés, la sœur aînée de Sissi placée tout près de l’empereur, redoublant de gestes séduisants et d’esprit pour retenir enfin l’attention de son royal voisin et cousin, mais celui-ci reste de marbre car son regard ne quitte pas l’autre bout de la table où siège la sœur cadette, la fameuse Sissi… Après le dîner, plus aucun doute n’est possible, le choix de François-Joseph est fait : ce sera la cadette et non l’aînée. Cela rappellerait presque l’épisode du livre de la Genèse où Laban, l’oncle maternel de Jacob, le rusé Laban, impose l’aînée de ses deux filles Léa, lors de la nuit de noces alors que le jeune patriarche était amoureux fou de la cadette… Les relations sororales en seront affectées : pour Elisabeth, celle qu’on voyait bien en impératrice et qui avait déjà le maintien et le corps d’une femme, c’est une grave déception. Dont sa sœur cadette n’est nullement responsable même si elle en fut la bénéficiaire, en fin de compte.

Jean des Cars raconte par le menu comment l’empereur se présenta, rayonnant dans ls appartements de sa mère pour lui faire part de sa décision. L’archiduchesse fera tout son possible pour reprendre en main son poulain lequel s’était émancipé de la tutelle d’une mère à laquelle il devait tant. Assurément, cette présentation des débuts n’est qu’un entrée en matière car tant d’autres événements, bien plus graves, vont jalonner la vie de ce couple.

Je ne peux pas reprendre tout le reste du livre, d’autant que le style de l’auteur est agréable et fluide. Sans aucune pesanteur ni lourdeur. Il fait de l’histoire avec charme et légèreté. C’est pourquoi il faut le lire. Car c’est un plaisir sans mélange.

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11/04/2018

Comment s’explique la naissance des religions?

Comment s’explique la naissance des religions?

C’est le second sous titre (puisqu’il en a déjà un) que l’on pourrait donner à l’ouvrage de Jean Chaline, Archéologie des religions et qui complète celui qui est inscrit sur la couverture, La saga des religions dans leur contexte historique.

Mais les premières pages sont étonnantes car l’auteur fait œuvre d’abord de paléontologue et de biologiste. Ce n’est pas si étonnant que cela puisqu’il montre, et c’est sa spécialité première, que les chimpanzés sont nos plus proches cousins, non seulement au plan biologique mais aussi dans ce qui touche certains aspects de notre organisation sociale. Au début, on ne cache pas son étonnement puisqu’il n’est question que de l’aube de l’humanité sur cette planète mais plus on avance dans la lecture de l’ouvrage et mieux on comprend le but poursuivi par son auteur.

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09/04/2018

Andrej Umansky, La Shoah à l’Est: regards d’Allemands (Fayard)

Andrej Umansky, La Shoah à l’Est: regards d’Allemands (Fayard)

On croit généralement que, plus d’un demi siècle après la victoire des alliés sur la barbarie nazie, on a tout vu, tout compris, tout entendu sur le génocide le plus incroyable de tous les temps qu’est la Shoah : eh bien, la lecture de ce livre d’Andrej Umansky vous administre la preuve du contraire. Il reste encore tant de choses à découvrir. C’est l’horreur sans fond, sans nom. L’innommable, l’inénarrable, l’horreur à l’état brut. J’admire ceux qui pourront lire intégralement cet ouvrage si solidement documenté du début à la fin : tous ces interrogatoires d’acteurs de l’Holocauste, tous ces compte rendus de procès remontant aux début des années soixante, ces souvenirs qui ont hanté la mémoire de tous ces criminels, tout ceci est insoutenable. Pourtant, il faut en parler et en rendre compte. J’ai du mal, à présent, à imaginer que certains collégiens ou lycéens issus de certaines banlieues tiennent des discours négationnistes ou révisionnistes, allant jusqu’à affirmer que toutes ces horreurs sont une pure invention des Juifs…

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08/04/2018

Keila la rouge d’Isac Beshevis Singer (Editions Stock)

Keila la rouge d’Isac Beshevis Singer (Editions Stock)

Curieux roman que ce long récit de l’auteur yiddish si célèbre depuis son obtention du prix Nobel de Littérature en 1978 et qui a quitté ce monde en 1991. On y retrouve les mêmes descriptions d’un monde qui a sombré dans l’oubli, pas uniquement à cause de la Shoah à venir, mais surtout en raison d’une dissolution dans un univers radicalement nouveau et obéissant à d’autres règles, l’immigration aux USA, avec tout ce que cela suppose comme adaptation, déracinement, violence morale et renoncements de toutes sortes. Mais ici, dans ce long roman, paru en extraits dans la revue littéraire yiddish Forwaets, c’est un personnage fort étrange et haut en couleurs qui occupe le centre de l’intrigue, Keila la rouge, ainsi appelée en raison de son abondante chevelure rousse qui la distinguait de toutes les autres jeunes femmes du quartier juif de Varsovie. Mais ce n’était pas son unique signe distinctif, hélas, c’était plutôt son statut de prostituée notoire et douée, qui l’avait fait transiter par trois bordels à vingt-neuf ans à peine, sans compter les nombreuses rues de la capitale polonaise où elle exerçait sans vergogne sa coupable industrie. Alors qu’elle provenait d’une famille, certes pauvre et démunie, mais tout de même honnête, Keila était tombée dans les filets d’une bande de délinquants juifs qui s’étaient spécialisés dans la traite des blanches, recrutant par exemple, de belles mais naïves jeunes filles qu’ils conduisaient de Pologne en Amérique du sud afin de les contraindre à se prostituer… Ici, Singer veut démythifier une légende selon laquelle les juifs seraient plus moraux, plus éthiques, du fait même de leur naissance juive.

Le problème avec cette Keila, c’est qu’elle s’était fort bien accommodée de ce mode de vie dans ce milieu interlope. On ne pouvait plus parler d’agir sous la contrainte puisqu’elle exerçait son métier avec bonheur (sic) et unissait son vice à sa condition de membre de la communauté juive sans trop de difficultés.

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07/04/2018

Mais où donc va la France? Réflexions désabusées sur le temps qui passe…

Mais où donc va la France? Réflexions désabusées sur le temps qui passe…

Le Français qui rentre à Paris après un bref séjour à l’étranger est saisi par un trouble profond ; certes, durant son absence, il s’est tenu informé de ce qui se passe, de l’actualité parfois brûlante qui secoue son pays. Mais la prise de conscience n’en est pas moins brutale. Je laisse de côté les conditions climatiques : vous quittez un pays, Israël, où le soleil brille et la température est très élevée pour atterrir dans un Paris obscur et pluvieux. Sans même parler des embouteillages que nos chers cheminots provoquent en infligeant une double grève à de pauvres gens, comme nous, qui ne leur avons rien fait ! Au lieu de rejoindre Place Victor Hugo en une demi heure, il a fallu plus de soixante minutes pour être enfin rendu chez soi. Et ce n’est pas fini : nos grands génies de la mairie de Paris ont choisi ce même soir, au terme d’un long calvaire pour les usagers de la SNCF pour fermer une bonne partie du périphérique afin d’y réaliser des travaux… Seigneur Dieu, ne pouvait on pas attendre un autre jour, un autre moment, au lieu d’ajouter une peine à une autre peine ?

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