21/04/2018

Le 70e anniversaire de l'Etat d'Israël à la synagogue de Lausanne...

Le soixante-dixième anniversaire d’Israël à Lausanne

 

En dépit de la gêne occasionnée par la grève perlée de la SNCF, je dois bien reconnaître que le hasard fait bien les choses et que d’un mal peut émaner un bien, comme on peut le lire dans le livre des Juges au sujet de Sanson qui découvre une belle ruche de miel après avoir été menacé par un lion…

 

Le 19 au soir je devais donner une conférence sur Maimonide et l’âge d’or en Andalousie médiévale (Al-Andalous) : et voilà que ces deux jours là, les 18-19, aucun TGV ne fonctionnait sur cette ligne Paris-Lausanne. Il fallut partir plus tôt, donc le 17… C’est ainsi que le 18 avril, j’ai eu la joie d’assister à un office solennel en la grande synagogue de Lausanne, dirigé par le rabbin de la communauté, un homme plutôt intéressant puisqu’il est d’origine italienne (Rav Eliézer Shay di Martini) qu’il a servi au Portugal et même au Mexique. Et à présent il préside aux destinées de la communauté lausannoise… Quel périple.

 

 

 

Le soixante-dixième anniversaire d’Israël à Lausanne

 

 

 

L’office solennel commence à 19 heures. Je suis là à l’heure car mon hôtel est tout près. Je regarde autour de moi, les hommes arrivent petit à petit mais les dames, dans leur galerie, sont déjà en nombre. Un vieux Monsieur en habits hassidiques vient me serrer la main et me demande en hébreu de la tsédaka…. J’avoue détester la quête, les demandes d’argent dans la synagogue. Je commence par hésiter et au bout de quelques secondes je le poursuis pour lui remettre quelques Euros… Il se confond en remerciements ; et je vois qu’il fait le même manège avec tous les présents. Une dame siégeant dans la galerie fait signe à son mari d’honorer comme il convient la requête du hassid. Le mari s’exécute mais pointe du doigt en direction de son épouse afin que le Hassid prie pour le bien-être de la dame, ba’alat ha-mitzwa, à celle qui fut à l’origine de la Mitswa

 

Après l’office solennel dans cette synagogue, construite à l’identique comme celle de la rue des Tournelles, grâce aux largesses d’un inoubliable mécène, mes amis de Lausanne, Monsieur Bertrand Weil (de Besançon) et sa chère épouse, veulent bien me conduire en dehors de la ville dans un très bel ensemble où doit avoir lieu la fête. Le spectacle fut fastueux, une chorale mixte de six enfants, suivis par une magnifique chanteuse israélienne, Eynat (je crois) qui a une voix enchanteresse. Tout était parfait. Mais le buffet israélien m’a déçu, j’ai refusé d’y toucher. Il n y avait pas même une bonne bouteille de vin ou de champagne. J’étais très en colère. Mes amis Weil étaient gênés, mais ils ont bien voulu me déposer à on hôtel où je me suis consolé grâce à une bonne bière pression et un sandwich au fromage.

 

Le lendemain, jour de la conférence, le responsable de l’association inivitante Monsieur Dominique Voinçon m’a invité à déjeuner dans le restaurant de la communauté… Et là une surprise agréable m’attendait. Non seulement j’ai pu aller saluer Monsieur Elkaïm qui s’occupe de la synagogue mais son épouse, excellente cuisinière, nous a mijoté un tajine au poulet à la marocaine… abondamment servie. Nous eûmes droit à un solide vin rouge d’Israël qui facilita mon endormissement dans l’après-midi…

 

Que signifiait pour moi cette immersion dans la vie communautaire et universitaire de Lausanne ? Je réalisai à l’hôtel la différence entre la vie normale et la vie des communautés juives dans la diaspora. Tant la synagogue que le bâtiment où se trouve le restaurant ressemblent à des camps retranchés alors que dans mon hôtel où a débarqué en milieu d’après-midi une délégation palestinienne forte de dix personnes, on entre et on sort comme dans un moulin… Ainsi va le monde. Mais pourquoi donc les Juifs sont ils considérés comme des êtres à part ? Est ce le résultat d’une élection divine mais les retombées d’une malédiction pluriséculaire ?

 

En fin d’après midi Dominique vient me chercher car les embouteillages à Lausanne sont une réalité concrète. Il nous a fallu près d’une demi heure pour aboutir à l’université et nous diriger vers l’amphithéâtre de la faculté de théologie. Miracle des miracles, à 18 heures tapant, la salle était pleine, un peu plus de cent personnes. Au terme d’une brève mais belle présentation par Dominique V., c’est moi qui ouvre la danse en parlant de la pensée, de l’œuvre mais aussi de la vie mouvementée de ce grand Moïse Maimonide… Pour égayer mon propos et ne pas me prendre au sérieux, j’ai un peu fait rire l’auditoire en racontant des anecdotes savoureuses.

 

J’ai été très heureux de voir des visages rencontrés la veille au soir à la synagogue et dans le lieu du spectacle. Le rabbin ne put venir car il avait un office religieux à 19 heures… J’ai revu des gens qui suivaient les émissions du regretté Josy Eisenberg, notamment celles où j’avais l’honneur d’être interrogé par lui. Puisse t il reposer en paix !

 

Le colloque fut incontestablement un succès, la belle prestation du cheikh Ben Tounès a impressionné l’auditoire. Celle du pasteur protestant qui a clos l’affaire a aussi impressionné les gens.

 

J’ai été étonné de voir combien les gens en Suisse sont attachés à ce type de sujet qui ne sont guère suivis par le grand public en France. C’est encore une des conséquences de la sécularisation ou de la laïcisation. Attention, je ne veux pas remettre la religion au centre de la politique, je voudrais simplement défendre ici aussi le Nouveau Penser de Fr. Rosenzweig qui préconisait l’instillation d’une dose de théologie dans la spéculation philosophique. Après tout Levinas pensait de même et Ricoeur pensait de même.

 

Faut il continuer à isoler la Bible ? La maintenir loin du savoir universitaire, la confiner aux séminaires catholiques, juifs et protestants ? Mais qui gît donc au fondement de notre culture européenne ? Que serions nous, que ferions nous sans le Décalogue de la Bible hébraïque ? Or, il s’agit bien là de la constitution spirituelle de notre Europe…

 

La question posée porte sur la place de l’éthique dans nos sociétés contemporaines où l’on ne comprend plus grand chose de ce qui se passe. Ce n’est pas uniquement la technologie qui doit avancer, mais bien la psychologie, l’âme humaine. Le fossé entre ces deux types de développement se creuse de plus en plus.

Que faire ? Remettre les enjeux éthiques au centre de tous les débats…

 

 

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