03/04/2018

Le chouk Allenby de Tel Aviv

A Tel Aviv, dans les venelles du souk Allenby

 

Il fait très chaud et la capitale économique de l’Etat d’Israël reste fidèle à sa réputation : une circulation automobile des plus importantes, une énergie à en revendre, des passants encore plus indisciplinés que les automobilistes, ce qui n’est vraiment pas peu dire. Mais il faut bien reconnaître que l’autoroute Natanya Tel Aviv n’a jamais été aussi libre et aussi fluide : en moins d’un quart d’heure, un record, on était rendu. Même le parking payant était disponible, ce qui est rarissime dans ce pays. Danielle gare le véhicule de location assez loin et nous marchons à pied, le long du front de mer, vers le célèbre marché de Tel Aviv, le chouk (même racine que le terme arabe qui opte pour la sifflante alors que l’hébreu a tenu à la chuintante…

 

Nous coupons à travers l’imposant boulevard Rothschild et arrivons dans ce marché mythique. Ce général anglais, Allenby, a donné son nom tant à des ponts qu’à de rues, des boulevards et des avenues. Le flux incessant de visiteurs, les entrants et les sortants, empêche d’avancer. Soudain, mes oreilles bourdonnent car les patrons des échoppes hurlent, c’est la criée : on vend des mandarines, des légumes, des produits cachers pour Pessah, même des pizzas dont la pâte a été remplacée par des matsot, du pain azyme ! J’ai toujours pensé qu’il fallait rendre hommage à la sagesse et à l’ingéniosité du peuple juif, et plus à la seconde vertu qu’à la première… Ici, rien n’est normal, pas même l’existence de cet Etat juif puisque la quasi totalité de ses voisins arabes en contestent le bien fondé de l’existence. Est ce normal ? Non point.

 

Et pourtant… Il est bien là. Mais dans ce marché, je ne supporte pas les cris des vendeurs qui vocifèrent. Même les gens ne se parlent pas, ils hurlent entre eux. Ailleurs, on se croirait près de l’affrontement, des voies de fait, ici, c’est la norme.

 

Danielle cherche un marchand de voilures et de tentures qu’on a fini par trouver. Tel Aviv est connue pour ses moeurs légères et je ne suis pas étonné lorsque j’entre dans la boutique : le vendeur est effectivement d’un genre très particulier. Mais bon, que faire ? La ville est connue pour ses intarissables plaisirs, son non conformisme et sa tolérance légendaire ou proverbiale. Il y a aussi la ville de Jérusalem qui honore la tradition religieuse.

 

La boutique de tissus me rappelle ma ville natale, Agadir où de tels magasins abondaient et avaient une grande clientèle. A cette époque là, les femmes achetaient des tissus et des couturières professionnelles confectionnaient des robes, des jupes et autres vêtements… C’est à travers de telles marchandises et de telles boutiques que s’affirme le caractère moyen oriental de cet Etat. Nous sommes en Orient même si Israël est une sorte d’enclave occidentale dans un océan africain ou asiatique. La nourriture elle-même en témoigne d e manière très éloquente. Les pitot, le houmous, etc…

 

En dépit d’un fête qui prohibe la consommation de tout levain, de tout alimente fermenté, les échoppes de fast food sont prises d’assaut. La plupart des restaurants proposent des matsot, du pain azyme. J’ai même vu une imitation de pain normal, une sorte de pain à base de pommes de terre !! Ce pays doit s’adapter à des tas de conditions adverses pour vivre, voire pour survivre.

 

En déambulant dans ce chouk, j’essaie de comprendre comment les choses se passent ici, qui est tout de même, le pays des Juifs, la terre ancestrale, le lieu censé à avoir été promis par Dieu au peuple d’Israël… Même les crieurs du prix de leurs fruits et légumes ont intégré cette problématique. Mais avec patience et persévérance, le pays tient la balance égale, ou presque, entre le régime démocratique d’une part et l’idéal sioniste, d’autre part.

 

Quelques tenanciers d’échoppes sont visiblement arabes ; ils semblent intégrés au paysage, parlent l’hébreu, servent leurs clients, notamment quand ces derniers recherchent des épices de qualité. On trouve dans leurs échoppes des senteurs, des saveurs presque oubliés en Occident. Les Arabes israéliens sont, dans leur majorité, fiables et fidèles à l’Etat juif dont ils reçoivent passeports et cartes d’identité. Mais il arrive qu’il y ait des attentats imputables à certains d’entre eux. Pas à tous. On rappelle qu’un arabe israélien siège à la cour suprême en tant que juge. Un autre exerce les fonctions si délicates d’important commissaire de police.

 

Mais dans le chouk, pas d’uniformes de policiers ni de soldats, cependant on sent bien des regards scrutateurs et inquiets car la sécurité est toujours l’enjeu majeur dans les lieux publics. On le voit à chaque fête juive, qu’elle soit religieuse ou simplement politique.

 

Mais tout ce qui est de Tel Aviv relève du prodige. A l’origine, il y avait la ville arabe de Yafo (Jaffa) qui a été littéralement avalée par la ville juive, laquelle constitue une conurbation de près du tiers de la population totale d’Israël. Son premier maire se nommait Dizzengoff, la rue principale de la ville porte donc son nom.

 

La disposition de ce marché Allenby, les marchandises qui y sont proposées ne se trouvent que dans d’autres métropoles régionales comme Le Caire, Damas, Beyrouth etc… Et pourtant l’essentiel des consommateurs sont des Européens ou d’origine européenne, par leurs parents et grands parents.

 

En quittant le marché et son bourdonnement, une véritable ruche, nous cherchons un restaurant où dîner. Mais les deux ou trois restaurants que nous découvrons étaient littéralement bondés ou pris d’assaut. Force était de revenir vers le parking pour tenter notre chance chez Barbounia, gargote typique, devenue célèbre pour ses petits plats de tout petits rougets… En marchant, nous découvrons des établissements servant des galettes azymes et d’autres avec des petits pains sur les tables.

 

Israël est et restera une terre de contrastes. Les Juifs eux mêmes ne seront jamais normaux, comme les autres. L’existence juive ne le permet pas, elle heurte la notion classique d’existence. Dans ce marché, j’ai entendu parler en au moins dix langues. L’hébreu est la langue du pays, de l’administration, pas celle des Israéliens entre eux. Exemple typique, les francophones, trahis par leur accent.

 

Au fond, ce marché, ce chouk est une Tour de Babel qui a réussi, défiant toutes les lois du monde. Indéchiffrable destin juif parmi les nations.

 

Dans son magnifique ouvrage paru en 1957 et réédité aux éditions oblong Claude Sarfati (2018), les Bâtisseurs du temps, l’auteur, Abraham Heschel écrivait ceci : Pour être un homme, le Juif doit être plus qu’un homme. Pour être un peuple, le peuple juif doit être plus qu’un peuple…

 

A Tel Aviv, dans les venelles du souk Allenby

 

Il fait très chaud et la capitale économique de l’Etat d’Israël reste fidèle à sa réputation : une circulation automobile des plus importantes, une énergie à en revendre, des passants encore plus indisciplinés que les automobilistes, ce qui n’est vraiment pas peu dire. Mais il faut bien reconnaître que l’autoroute Natanya Tel Aviv n’a jamais été aussi libre et aussi fluide : en moins d’un quart d’heure, un record, on était rendu. Même le parking payant était disponible, ce qui est rarissime dans ce pays. Danielle gare le véhicule de location assez loin et nous marchons à pied, le long du front de mer, vers le célèbre marché de Tel Aviv, le chouk (même racine que le terme arabe qui opte pour la sifflante alors que l’hébreu a tenu à la chuintante…

 

Nous coupons à travers l’imposant boulevard Rothschild et arrivons dans ce marché mythique. Ce général anglais, Allenby, a donné son nom tant à des ponts qu’à de rues, des boulevards et des avenues. Le flux incessant de visiteurs, les entrants et les sortants, empêche d’avancer. Soudain, mes oreilles bourdonnent car les patrons des échoppes hurlent, c’est la criée : on vend des mandarines, des légumes, des produits cachers pour Pessah, même des pizzas dont la pâte a été remplacée par des matsot, du pain azyme ! J’ai toujours pensé qu’il fallait rendre hommage à la sagesse et à l’ingéniosité du peuple juif, et plus à la seconde vertu qu’à la première… Ici, rien n’est normal, pas même l’existence de cet Etat juif puisque la quasi totalité de ses voisins arabes en contestent le bien fondé de l’existence. Est ce normal ? Non point.

 

Et pourtant… Il est bien là. Mais dans ce marché, je ne supporte pas les cris des vendeurs qui vocifèrent. Même les gens ne se parlent pas, ils hurlent entre eux. Ailleurs, on se croirait près de l’affrontement, des voies de fait, ici, c’est la norme.

 

Danielle cherche un marchand de voilures et de tentures qu’on a fini par trouver. Tel Aviv est connue pour ses moeurs légères et je ne suis pas étonné lorsque j’entre dans la boutique : le vendeur est effectivement d’un genre très particulier. Mais bon, que faire ? La ville est connue pour ses intarissables plaisirs, son non conformisme et sa tolérance légendaire ou proverbiale. Il y a aussi la ville de Jérusalem qui honore la tradition religieuse.

 

La boutique de tissus me rappelle ma ville natale, Agadir où de tels magasins abondaient et avaient une grande clientèle. A cette époque là, les femmes achetaient des tissus et des couturières professionnelles confectionnaient des robes, des jupes et autres vêtements… C’est à travers de telles marchandises et de telles boutiques que s’affirme le caractère moyen oriental de cet Etat. Nous sommes en Orient même si Israël est une sorte d’enclave occidentale dans un océan africain ou asiatique. La nourriture elle-même en témoigne d e manière très éloquente. Les pitot, le houmous, etc…

 

En dépit d’un fête qui prohibe la consommation de tout levain, de tout alimente fermenté, les échoppes de fast food sont prises d’assaut. La plupart des restaurants proposent des matsot, du pain azyme. J’ai même vu une imitation de pain normal, une sorte de pain à base de pommes de terre !! Ce pays doit s’adapter à des tas de conditions adverses pour vivre, voire pour survivre.

 

En déambulant dans ce chouk, j’essaie de comprendre comment les choses se passent ici, qui est tout de même, le pays des Juifs, la terre ancestrale, le lieu censé à avoir été promis par Dieu au peuple d’Israël… Même les crieurs du prix de leurs fruits et légumes ont intégré cette problématique. Mais avec patience et persévérance, le pays tient la balance égale, ou presque, entre le régime démocratique d’une part et l’idéal sioniste, d’autre part.

 

Quelques tenanciers d’échoppes sont visiblement arabes ; ils semblent intégrés au paysage, parlent l’hébreu, servent leurs clients, notamment quand ces derniers recherchent des épices de qualité. On trouve dans leurs échoppes des senteurs, des saveurs presque oubliés en Occident. Les Arabes israéliens sont, dans leur majorité, fiables et fidèles à l’Etat juif dont ils reçoivent passeports et cartes d’identité. Mais il arrive qu’il y ait des attentats imputables à certains d’entre eux. Pas à tous. On rappelle qu’un arabe israélien siège à la cour suprême en tant que juge. Un autre exerce les fonctions si délicates d’important commissaire de police.

 

Mais dans le chouk, pas d’uniformes de policiers ni de soldats, cependant on sent bien des regards scrutateurs et inquiets car la sécurité est toujours l’enjeu majeur dans les lieux publics. On le voit à chaque fête juive, qu’elle soit religieuse ou simplement politique.

 

Mais tout ce qui est de Tel Aviv relève du prodige. A l’origine, il y avait la ville arabe de Yafo (Jaffa) qui a été littéralement avalée par la ville juive, laquelle constitue une conurbation de près du tiers de la population totale d’Israël. Son premier maire se nommait Dizzengoff, la rue principale de la ville porte donc son nom.

 

La disposition de ce marché Allenby, les marchandises qui y sont proposées ne se trouvent que dans d’autres métropoles régionales comme Le Caire, Damas, Beyrouth etc… Et pourtant l’essentiel des consommateurs sont des Européens ou d’origine européenne, par leurs parents et grands parents.

 

En quittant le marché et son bourdonnement, une véritable ruche, nous cherchons un restaurant où dîner. Mais les deux ou trois restaurants que nous découvrons étaient littéralement bondés ou pris d’assaut. Force était de revenir vers le parking pour tenter notre chance chez Barbounia, gargote typique, devenue célèbre pour ses petits plats de tout petits rougets… En marchant, nous découvrons des établissements servant des galettes azymes et d’autres avec des petits pains sur les tables.

 

Israël est et restera une terre de contrastes. Les Juifs eux mêmes ne seront jamais normaux, comme les autres. L’existence juive ne le permet pas, elle heurte la notion classique d’existence. Dans ce marché, j’ai entendu parler en au moins dix langues. L’hébreu est la langue du pays, de l’administration, pas celle des Israéliens entre eux. Exemple typique, les francophones, trahis par leur accent.

 

Au fond, ce marché, ce chouk est une Tour de Babel qui a réussi, défiant toutes les lois du monde. Indéchiffrable destin juif parmi les nations.

 

Dans son magnifique ouvrage paru en 1957 et réédité aux éditions oblong Claude Sarfati (2018), les Bâtisseurs du temps, l’auteur, Abraham Heschel écrivait ceci : Pour être un homme, le Juif doit être plus qu’un homme. Pour être un peuple, le peuple juif doit être plus qu’un peuple…

 

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