22/02/2018

Esquisse de la kabbale chrétienne…

Esquisse de la kabbale chrétienne…

Les Belles Lettres ont bien de publier cette nouvelle traduction annotée de l’Esquisse de la kabbale chrétienne.

Qui a bien pu commettre ce petit monument d’érudition kabbalistique au profit avoué de la religion chrétienne dont les savants les plus éminents de l’époque, ont conçu le projet de convaincre, par ce truchement, leurs contemporains juifs de venir s’abriter enfin sous les ailes de l’Eglise ? On pense généralement que le projet a été réalisé par F.M. Van Helmont et porté à la connaissance du public cultivé en 1684. Le nouveau traducteur de cette Esquisse… Jérôme Rousse-Lacordaire, juge qu’il faut laisser ouverte la question de la paternité littéraire. Et il faut bien reconnaître que ce traducteur, appartenant à l’ordre des Dominicains, a mobilisé une érudition écrasante, notamment dans les notes qui dépassent en volume le texte de la traduction. C’est un travail d’orfèvre.

Parlons un peu du contexte dans lequel le monde chrétien de la fin du Moyen Age, et même un peu avant, a commencé de s’intéresser durablement à cet étonnant renouveau de la pensée juive, qui semblait renaître justement sous la forme d’un mouvement mystique et ésotérique. Les théologiens chrétiens qui avaient un peu hâtivement enterré le judaïsme, considéré comme une incompréhensible séquelle d’un passé révolu, virent apparaître sous leurs yeux médusés une nouvelle floraison de cette même pensée juive dont la fécondité, la profondeur et la fascination ne manquèrent pas de produire leur effet. Y compris et tout particulièrement sur les têtes pensantes du culte établi.

Lire la suite

11:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

20/02/2018

Gerard Nahon in memoriam: hommage d’un simple disciple à un grand maître

Gerard Nahon in memoriam: hommage d’un simple disciple à un grand maître

La triste nouvelle vient de me parvenir : Notre maître, le grand historien du judaïsme français, vient de passer à l’éternité. Il fut mon maître comme il fut celui de milliers de gens, tant en France que dans le reste du monde ; à tous il prodigua sans relâche son enseignement ou, mieux encore, des livres d’une remarquable profondeur, ayant toujours puisé aux meilleures sources. Je voudrais dans les lignes suivantes témoigner d’une relation humaine entre un simple disciple et un grand maître et faire ressortir les qualités éminemment humaines de ce grand savant dont la modestie et l’humilité étaient proverbiales.

J’ai été, ainsi que mon frère Samuel, élève de Gérard Nahon vers 1967-68, alors que nous étions internes à l’Ecole Maïmonide à Boulogne / Seine. C’est ce grand savant qui me parla pour la première fois dans mon existence (j’avais à peine seize ans) d’histoire juive spécifique. Mes camarades de classe et moi-même n’avions pas la possibilité de savoir qui nous prodiguait de tels cours sur une histoire juive, sur cette histoire dont nos ancêtres étaient les acteurs, et ce depuis les temps bibliques jusqu’à nos jours. Comment aurait-il pu en être autrement ? Je le revois, revêtu de sa blouse blanche, nous parlant de l’Antiquité juive, des patriarches, des héros bibliques, des personnages hauts en couleur de la diaspora et des grands noms de la philosophie juive.

Lire la suite

15:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

16/02/2018

De le religion, à propos d'un ouvrage récent.

De la religion… R. Brague. Au sujet d’un ouvrage récent (Flammarion)

 

C’est un regard à la fois critique et salutaire que ce petit ouvrage, recueil de publications déjà connues, jette sur un phénomène qui préoccupe de plus en plus nos contemporains, surtout en Europe, aux Usa et dans tous les pays marqués par l’héritage judéo-chrétien. Les questions posées le sont enfin après des décennies de déni de la part de l’Etat, et à présent que l’homogénéité de la population française, et bien au-delà, a disparu. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes dont les graves implications, notamment au plan identitaire, se font désormais sentir avec une acuité toute particulière.

Même si le titre est un peu prétentieux et promet bien plus qu’il ne peut tenir, Sur la religion, l’intention est louable et ne manquera d’apporter quelque lumière à un grand public cultivé, soucieux de comprendre les évolutions qui se produisent sous ses yeux. L’un des mérites de ces petits textes est de réfléchir sur des notions d’usage courant mais qui s’avèrent moins évidents qu’on ne le croyait jusqu’ici.

Faisons un brève rétrospective : depuis le vote de la loi de séparation de 1905, une loi aux motivations salutaires, bienfaisantes et censée éloigner du corps social la haine fratricide et l’exclusivisme religieux, nos pays européens ont changé. Le rôle où les sages législateurs du siècle dernier ont voulu confiner la pratique religieuse, quelle qu’elle soit, et jadis il ne s’agissait que du christianisme, est remis en questions de toutes parts ou presque

Lire la suite

10:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

14/02/2018

Qu'est ce que le bonheur? Comment être enfin heureux?

Qu’es- ce que le bonheur? Sur les traces de la morale d’Aristote avec Jean Vanier…

Les éditions Albin Michel ont opportunément réédité le sympathique petit ouvrage de Jean Vanier sur Le goût du bonheur. Parfois, des ouvrages simples, bien écrits, sans prétention, sont encore plus importants par ce qu’ils suscitent chez des lecteurs attentifs par leur contenu proprement dit… C’est incontestablement le cas de ce petit ouvrage, fourmillant d’aperçus judicieux, d’analyses fines et de mises au point bienvenues.

Ici, le maître, c’est Aristote, ce qui n’est pas pour me déplaire puisque c’est le philosophe que j’ai, après Maimonide et Averroès, le plus étudié. Sans jamais parvenir à épuiser tous ses riches enseignements. Mais je vais me concentrer sur la notion cruciale de bonheur, ses implications et sa place centrale dans la vie des individus que nous sommes.

Lire la suite

19:21 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Benjamin Netanyahou ou les extravagances judiciaires de la démocratie israélienne

Benjamin Netanyahou ou les extravagances judiciaires de la démocratie israélienne

J’avais pourtant choisi de parler de tout autre chose dans ce papier, mais il faut faire droit à l’actualité brûlante et ce matin, ou plutôt depuis hier soir, c’est la nouvelle d’une hypothétique mise en examen du Premier Ministre israélien qui occupe toutes les rédactions. Que je le dise d’emblée, sans la moindre hésitation : on cherche au Premier Ministre une mauvaise querelle ; certains opposants, assoiffés de pouvoir, rongés par une ambition effrénée, cherchent, par une sorte de putsch judiciaire, à mettre fin aux fonctions d’un dirigeant au pouvoir depuis neuf ans. Un record dans cette tumultueuse démocratie israélienne, qui comme le disait la Bible, à propos de ce pays, dévore ses habitants.

Voyons les choses les unes après les autres : il y a d’abord le rôle de la presse, tant israélienne qu’internationale. La première, majoritairement défavorable au Premier Ministre, tire sur lui à boulets rouges, joue un rôle d’amplificateur, joue aussi avec les mots et présente ce qui n’est qu’une recommandation, comme la fin d’une carrière, une crise de régime, un chant du cygne… Alors que cet avis d’une police (un peu politisée) n’est que consultatif et ne vaut guère condamnation ni même aveu de culpabilité. Donc, les journalistes jouent sur les mots pour faire croire que le gouvernement va tomber en raison de la culpabilité reconnue, avérée de son chef. Mais il n’en est rien. Le plus pathétique c’est la reprise par les organes de la presse étrangère de termes hébreux ou anglais mal traduits. En fait, vu la complexité du dossier, et vu les mis en cause, le procureur général du pays ne manquera pas de prendre tout son temps car il y a des dizaines de témoignages, d’éléments ou de déclarations qu’il faudra vérifier une à une, ce qui ne manquera pas de prendre une année, c’est-à-dire jusqu’aux élections prévues à la fin de l’année prochaine.

Lire la suite

09:16 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

13/02/2018

Mais qui connait La fable des abeilles de Bernard de Mandeville ?

Mais qui connait La fable des abeilles de Bernard de Mandeville ?

N’était la bienveillante attention de mon cher éditeur, Monsieur François Laurent, Directeur général adjoint des éditions univers poche, je n’aurais jamais su qui est ce personnage étrange, calviniste d’origine française, installé à Londres où il exerçait la médecine. Lu par presque tous les penseurs d’économie politique qui lui succédèrent, cités par de rares économistes, copiés mais occultés par beaucoup d’autres, ce médecin atypique a intrigué les savants depuis Karl Marx jusqu’à Michel Foucault et Gilles Deleuze, en passant par Freud et tant d’autres.

Grâce à la lumineuse et très érudite introduction de son nouvel éditeur et réviseur, Dany-Robert Dufour, nous apprenons l’essentiel sur l’orientation de la philosophie de cet homme qui occupe dans l’histoire des sciences politiques et même dans la philosophie au sens d’attitude dans l’existence, une place vraiment à part. Songez que deux siècles avant Freud, il préférait le dialogue avec ses patients et ses patientes en proie à des crises d’hystérie, au lieu de les soumettre à des saignées ou à des internements. Ce fut donc un précurseur mais aussi un personnage par lequel le scandale arrive ; ce qui explique qu’il fut vilipendé par les bien-pensants, mis en accusant devant les échevins de sa ville et son œuvre brûlée par le bourreau vers 1714.

Lire la suite

07:59 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

11/02/2018

L’incident dans le ciel syrien avec l’Iran, un tournant dans la confrontation avec les Mollahs?

L’incident dans le ciel syrien avec l’Iran, un tournant dans la confrontation avec les Mollahs?

A l’évidence, les Iraniens jouent avec le feu. Il semble même, si on analyse sans hâte et en profondeur, la réaction de Hassan Rouhani, que c’est l’aile dure du régime, celle des Gardiens de la révolution, qui est aux manettes en Syrie et qui a voulu délibérément provoquer Israël dans l’espoir d’une réelle déflagration, laquelle ferait alors oublier les problèmes de politique intérieure et ressouderait le peuple tout entier autour de ses gouvernants.

En effet, Rouhani n’a pas, comme à son habitude, fulminé d’anathème contre Israël ni contre les USA. Il a disserté vaguement sur le terrorisme (sic), mis en garde ceux qui croient résoudre les problèmes par la violence, au point qu’on ne sait pas très bien qui il visait… Etait-ce ceux qui ont téléguidé le drone vers Israël ou s’en tenait-il à la violence de la réaction israélienne qui s’en est suivie ? Difficile de le dire avec exactitude.

Lire la suite

10:31 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

08/02/2018

La question corse: de la dignité de Madame Erignac à la fermété d’Emmanuel Macron

La question corse: de la dignité de Madame Erignac à la fermété d’Emmanuel Macron

Ceux qui ont entendu le digne discours de la veuve du regretté préfet Claude Erignac ne pouvaient que saluer la noblesse d’une dame qui a évoqué la mémoire de son défunt mari, lâchement assassiné, alors qu’il se rendait sans protection spéciale à une représentation ou à un concert. Cette femme a parlé sans haine ni acrimonie alors qu’elle aurait légitimement pu le faire. Elle a d’ailleurs dit, fort calmement, que cette journée affreuse avait fait d’elle une veuve et de ses deux enfants des orphelins… Et j’ajouterai que de mémoire d’homme on n’avait jamais vu cela : l’assassinat de sang froid d’un préfet, d’une haut représentant de la République.

Pudeur et dignité, deux valeurs, en perte de vitesse et dont on fait peu de cas aujourd’hui, où la réussite individuelle, recherchée à tout prix, ne recule devant aucune bassesse ni aucun compromission. Une grande dame, l’autre jour, revenait en Corse pour la première fois depuis ce drame, et le président de la République a fait preuve d’une profonde solidarité en la laissant parler en premier pour évoquer la mémoire de son défunt mari, mort dans l’exercice de ses fonctions. Et quand on pense que cet homme a été tué de deux balles dans le dos et d’une dernière dans la tête, on se demande s’il existe encore dans cette région française des hommes d’honneur. Il faut dire qu’on entend si souvent parler d’honneur pour excuser, voire légitimer des actions qui en sont à des années-lumière …

Lire la suite

09:37 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

07/02/2018

Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel): Comment devient on prophète?

La méditation de la parole divine conduit-elle à la prophétie?

                Bible et méditation (Aryeh Kaplan, Albin Michel)

En dépit de quelques imperfections, dues plus à l’inexacte traduction française de certains termes techniques hébraïques qu’à une quelconque impéritie de l’auteur, ce livre américain, opportunément réédité en français par les éditions Albin Michel, pose une vraie question, celle des rapports entre la Bible et la méditation, une activité qui est l’apanage exclusif de l’espèce humaine.

Le terme technique qui connote l’idée même de méditation en tant que telle ne me semble pas, dans sa forme propre, faire partie du corpus biblique. Certes, il y a le verbe hébraïque présent dans le livre de Josué (wé-haguita bo yomama wa layla : tu le méditeras ou l’étudieras jour et nuit).

Nous voulons parler de la hitbodédout. La racine est effectivement biblique et définit même, selon le livre du Deutéronome, le statut spécial et l’essence particulière du peuple d’Israël, un groupe ethnique qui réside seul (donc en solitaire) et qui n’est pas décompté parmi les nations. Il s’agit donc de la racine trilitère BDD qui a donné l’épithète et l’adverbe badad et le verbe à la forme pronominale mitbodéd (s’isoler, s’esseuler). Dans la philosophie médiévale juive, pour traduire le titre arabe d’un traité du philosophe andalou Ibn Badja (l’Avempace des Latins), premier penseur à avoir contesté la philosophie politique d’Aristote à son époque, intitulé Le régime du solitaire, en arabe Tadbir al-mutawahid, et en hébreu Hanhagat ha-mitbodéd, on a eu recours à cette même racine… Et dans ce sens précis on trouve l’idée d’un esseulement, commandé par la nécessité de la méditation. Le traducteur anonyme de ce traité (longtemps, on a cru à tort que Moïse de Narbonne qui en a donné un résumé en était aussi le traducteur) a donc eu recours à cette racine hébraïque plutôt qu’à une autre…

Lire la suite

15:07 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

05/02/2018

Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

Les Juifs au miroir des sources chrétiennes anciennes…

Voici un sujet qui retenait mon attention depuis un certain temps et qui vient d’être magistralement traité dans le dernier numéro de l’excellente revue SENS (416, janvier-février 2018 par le Père Dominique Cerbelaud).

Je me souviens encore des leçons du regretté et très érudit Bernard Blumenkranz qui s’était spécialisé dans les relations entre juifs et chrétiens au temps de la première croisade (1096) mais qui avait, au lendemain de la seconde guerre mondiale, présenté une thèse de doctorat en allemand à l’université de Bâle sur la prédication d’Augustin concernant les Juifs (Augustins Judenpredigt)= «il ne fallait pas tous les tuer afin que leur misérable condition et le sort peu enviable portât témoignage de leur refus du message du Christ…»

Comme le note l’auteur de cette belle étude parue dans SENS, cette position ne laisse pas d’être paradoxale : d’un côté, elle imputait aux Juifs une faute qu’ils allaient traîner avec eux durant des siècles, de l’ autre, elle préservait un peu la vie de certains d’entre eux…

Lire la suite

18:06 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook