31/01/2018

Stefan Zweig, Les heures les plus riches de l’humanité …. Et Lettre d’une inconnue ou La longue complainte d’une agonisante

                     Stefan Zweig, Les heures les plus riches de l’humanité ….   Et

               Lettre d’une inconnue ou La longue complainte d’une agonisante

Voici un grand écrivain qui, sans avoir reçu le prix Nobel de littérature, en raison probablement de son suicide soudain en 1942 au Brésil, et qui aurait pu être couronné peu de temps après, comme le furent Hermann Hesse et Thomas Mann, ne tombera jamais dans l’oubli, ce qui serait, d’ailleurs, largement injuste et immérité. On ne se lasse pas de le lire et de le relire et les éditions Gallimard poursuivent avec constance la publication systématique de ses merveilleuses nouvelles, un genre dans lequel l’auteur du magnifique écrit, Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, excellait. Gallimard vient de rééditer une belle nouvelle, excellemment présentée par Jean-Pierre Lefebvre, Lettre d’une inconnue sur laquelle nous reviendrons plus bas.

J’ai principalement en vue ici le volume paru en l’an 2000 aux éditions Belfond et qui s’intitule Les très riches heures de l’humanité (Die Sternstunden der Menschheit). De quoi s’agit-il ? Eh bien une préface à la fois succincte et très dense de l’auteur lui-même nous l’explique : l’Histoire, ce mystérieux atelier de Dieu (Gœthe), ne connaît pas des périodes prolongées d’éclat et de génie mais plutôt des secousses telluriques brutales, et de très courte durée, des éruptions soudaines, inattendues, des séquences, des segments, au cours desquels des personnalités uniques, des génies incomparables voient le jour, marquent leur temps et façonnent l’Histoire où ils laissent des traces indélébiles. Zweig a toujours affectionné les romans historiques et a largement pratiqué ce genre dans son œuvre. D’ailleurs, le présent recueil l’illustre largement.

Lire la suite

14:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

27/01/2018

Qui sont les néoconservateurs? Au sujet de l’ouvrage de Juliette Grange (Univers poche, Agora)

  

                         Qui sont les néoconservateurs?

Au sujet de l’ouvrage de Juliette Grange (Univers poche, Agora)

Voici un ouvrage bien écrit, parfois dans un style un peu lâche, journalistique, mais qui ‘en est pas moins très instructif et qui ne laisse pas d’intriguer des lecteurs qui ne sont pas des spécialistes de philosophie politique. En suivant pas à pas les développements de l’auteur, on découvre des relations, des connexions et des influences qu’on était bien loin d’imaginer. Il ne fat pas s’attendre à apprendre bien des choses sur les néoconservateurs Us qui entouraient jadis Georges Walker Bush. On aura bien plus à faire à leurs excroissances dans l’Hexagone.

Cela m’a donné un certain nombre d’idées issues de l’univers de mes recherches philosophiques pures. Par exemple, le mode de comportement des savants, des élites, dans les sociétés dont le rythme de développement de la population est obligatoirement plus lent que le leur, celui des élites. Ce qui fait des penseurs, des savants et des philosophes un catégorie sociale, isolée du reste : La division des groupes sociaux en une masse d’incultes ou de demi-savants et une fine couche d’élites bien formées, bien éduquées et seules aptes à diriger la cité ou le pays. On trouve ce même schéma dans l’œuvre maïmonidienne en général, notamment dans le Guide des égarés, véritable testament philosophique de l’auteur. Ce grand philosophe juif du Moyen interdit expressément à ses lecteurs d’en divulguer le contenu à des hommes dépourvus de culture philosophique, au motif que cela pourrait nuire à leur foi… sans même augmenter leurs faibles capacités d’assimilation…

Lire la suite

17:37 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

25/01/2018

Agnon: lorsque un chien nommé Balak fait la morale aux hommes…

  

Agnon: lorsque un chien nommé Balak fait la morale aux hommes…

Lire la prose de ce grand romancier israélien, Prix Nobel de littérature avec Nelly Sachs en 1966, est un plaisir, le relire un délice. En fouillant avec Danielle la bibliothèque de ses défunts parents, j’ai aperçu ce beau livre intitulé Contes de Jérusalem que je me suis approprié avec son accord. La traduction de Rachel et Guy Casaril est excellente, quoique un peu archaïsante. Mais elle rend bien l’atmosphère émanant de l’atelier mental et religieux d’un écrivain traditionnaliste auquel on doit les débuts du renouveau de la langue hébraïque au début du XXe siècle. Agnon (1888-1970) est un nom de plume qui remplace avantageusement un patronyme originel très difficile à prononcer.

L’époque où Agnon écrivait n’est pas comparable à la nôtre où tant de grands romanciers israéliens sont régulièrement traduits dans les grandes langues européennes : anglais, français, allemand, italien, etc… Pourtant, Agnon garde toute sa place et son aura ainsi que son important cercle de lecteurs. En témoigne le plaisir éprouvé en relisant ces nouvelles regroupées dans le présent volume (Paris, Albin Michel, 1959) maintes fois réédité.

Lire la suite

14:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

23/01/2018

Du nouveau sur deux rouleaux des manuscrits de la Mer morte (Qumran)?

Du nouveau sur deux rouleaux des manuscrits de la Mer morte (Qumran)?

Mon ami de Genève Moshé Amsellem vient d’attirer mon attention sur un petit article de la Neue Zürcher Zeitung en date du 22 janvier 2018 et présentant un rapide aperçu des travaux récents de deux biblistes de l’Université de Haïfa, Eshbal Ratson et Jonathan Ben-Dov. Ces deux universitaires ont réussi, après un dur labeur, à reconstituer et à déchiffrer près de neuf cents fragments d’un seul et même document … Il ne resterait donc plus qu’un seul rouleau en attente de déchiffrement par les savants.

Un petit retour en arrière s’impose : entre 1947 et 1956, le monde des études bibliques a connu une véritable révolution : La découverte par des Bédouins du désert de Judée de nombreux manuscrits, ayant vraisemblablement appartenu à une secte judéenne ancienne, sont venus enrichir notre connaissance encore un peu lacunaire du milieu culturel, producteur de la Bible hébraïque, ou au moins éclairant la diversité du paysage religieux du judaïsme de l »époque, qui n’était pas encore rabbinique. Car le judaïsme post exilique, après la destruction du second Temple, a donné naissance à une religion biblico-talmudique, telle qu’elle se pratique de nos jours et qui a fini par s’imposer grâce à la tradition orale (Torah shé be’al péh) Donc, les manuscrits de la Mer mort (le désert de Judée) aident à découvrir une image d’un judaïsme plus ancien mais qui conforte le texte biblique massorétique. E, d’autres termes, la tradition orale juive n’est pas désavouée par un tel témoignage archéologique plus ancien, et si proche des sources les plus anciennes. Partant, les plus authentiques.

Lire la suite

10:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/01/2018

Mais qui était donc François Mitterrand? Un homme aux si multiples facettes…

Mais qui était donc François Mitterrand? Un homme aux si multiples facettes…

C’est bien là l’impression que l’on retire de la lecture attentive de ce beau livre (François Mitterrand, Gallimard, Folio) de Michel Winock, commentateur connu et reconnu de la vie politique française depuis de nombreuses années. Les lecteurs les plus âgés se souviennent de ses profondes tribunes libres publiées régulièrement par la grande presse nationale… Dans ce livre, sobrement intitulé François Mitterrand, l’auteur se défend d’écrire une biographie selon les règles mais plutôt une évocation raisonnée et réfléchie de cet homme, exceptionnel à bien des égards. Et c’est bien vrai, car la trajectoire de Mitterrand qui l’a mené, après tant de vicissitudes, à la magistrature suprême, ne laisse pas d’étonner. Et surtout en tant que meneur d’une gauche plurielle qu’il a su unifier et parfois même réunifier, instrumentalisant un Parti Communiste qui scrutait pourtant son action depuis les premières années de l’après-guerre. Et qui donc savait à quoi s’en tenir sur son compte, tant au plan politique que personnel.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce livre, outre le style élégant et sobre, bien maitrisé sans jamais tomber dans l’artifice, c’est l’analyse très juste de l’humanité-kaléidoscope de cet homme qui a su épouser les méandres, et elles furent très nombreuses, de la vie politique nationale.

Lire la suite

10:13 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

20/01/2018

JOyeux anniversaire Monsieur le Président Dinald Trump

Retour sur Donald Trump…

Les médias ont vraiment une drôle de façon de célébrer le premier anniversaire de l’investiture du président Trump. Ce matin encore, en plus de la mise en sommeil des administrations US en raison d’un désaccord entre les différents partis, certains se demandaient en France comme à l’étranger si Donald Trump ira au bout de son mandat ou même si on ne finira pas par le destituer… Jamais président US n’a été aussi brocardé, aussi haï, ni aussi persécuté par la presse, à la fois nationale et internationale. Pourquoi donc un tel mépris, une telle disgrâce ?

Cela pourrait tenir en une phrase : l’opposition entre la presse qui est un contre pouvoir et la presse qui se veut un véritable pouvoir avec lequel il faut compter. Mais cette revendication est exorbitante puisque les journaux, les télévisions et les radios ne tirent leur pouvoir d’aucune élection populaire. La presse scrute le pouvoir, elle en dénonce la face cachée, elle en révèle parfois les écarts les plus condamnables mais cela ne la prépare pas à l’exercer, ce fameux pouvoir. Et c’est là que surgit le conflit : la presse, notamment la presse d’opinion, n’a pas digéré qu’un président nouvellement élu bouscule ses bonnes vieilles habitudes, la rappelle à l’ordre, elle qui se croyait investie d’un magistère moral, distribuant blâmes et satisfécits, sans tenir compte de l’opinion ni du vote de millions de femmes et d’hommes.

Lire la suite

10:06 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

19/01/2018

La France est elle devenue ingouvernable? Au sujet de l’aéroport de NDDL

La France est elle devenue ingouvernable? Au sujet de l’aéroport de NDDL

Tout le monde dans l’Hexagone ne parle que de cela : l’aéroport qui devait être construit pour servir l’expansion de l’agglomération landaise ne verra plus jamais le jour… Ainsi en a décidé le gouvernement qui avait caché sa décision jusqu’à hier pour ne brusquer personne et surtout donner l’impression qu’il avait fait le tour de la question. Au fond, cette affaire est une querelle de clocher : une grand puissance comme la France paralysée par l’extension ou la construction d’un simple aéroport, c’est vraiment Cloche merle au XXIe siècle ! L’affaire a été mal ficelée et pas une fois les services de l’Etat n’ont pris l’ascendant sur les protestataires. Comme le disait jadis Lionel Jospin : quand on a des convictions, on se mobilise pour les défendre…

L’affaire, à ce que je vois, date de près d’un demi siècle et aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a pu imposer librement sa décision. Mais les choses ont dégénéré avec le précédent président de la République qui a cru se tirer d’affaire en lançant une consultation référendaire qui a donné les résultats que l’on sait… Et ce matin, interrogeant l’actuel ministre de l’intérieur, le sympathique Gérard Colomb, Jean-Pierre Elkabbach a fait entendre un discours d’Emmanuel Macron disant le contraire : il faut, disait le candidat, respecter la parole du peuple.

Lire la suite

08:28 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

17/01/2018

Comment Vladimir Ilitch Oulianov est devenu Lénine… (Perrin)

Comment Vladimir Ilitch Oulianov est devenu Lénine… (Perrin)

Quand le lecteur, la tête encore bourdonnant de tant de détails et de faits précis sur la révolution bolchevik, pose ce beau livre sur Lénine, inventeur du totalitarisme de Stéphane Courtois, il ne peut s’empêcher de s’interroger : comment tout cela a-t-il pu se produire ? Comment en sommes nous arrivés là ? Comment une poignée d’hommes, prêts à tout, s’autoproclamant les défenseurs de la classe ouvrière et des paysans (moujiks), ont ils pu organiser avec succès la prise du pouvoir dans un pays aussi immense que la Russie tsariste et instaurer un régime de terreur, privant leurs compatriotes des libertés fondamentales ? Tout en prétendant œuvrer au nom des idéaux de liberté et de solidarité ?

Ce livre de Stéphane Courtois qui se lit comme un roman, tant son style est clair et son érudition parfaitement maîtrisée, est d’actualité. Je l’avais sur mon bureau, il attendait son tour sous une pile de tant d’autres ouvrages, lorsque la lecture d’un article de Jacques Julliard dans le Figaro de la semaine dernière, stimula ma curiosité et me força à le lire en priorité : je n’ai pas regretté cette entorse au tour de passage dévolu aux ouvrages, suivant leur ordre d’arrivée.

Lire la suite

19:20 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

15/01/2018

Le discours de Mahmoud Abbas à Ramallah: le chant du cygne…

Le discours de Mahmoud Abbas à Ramallah: le chant du cygne…

Si j’osais, je dirais : non pas seul comme Franz Kafka, mais seul comme Mahmoud Abbas… C’est un discours de fin de partie, de fin de course, de fin de règne, que le président de l’Autorité palestinienne a tenu hier devant ses fidèles. Un discours-fleuve où il a résumé les raisons de son impuissance et son désir, inexprimé mais sous jacent, de raccrocher les crampons et de partir à la retraite. C’est ainsi qu’il faut interpréter cet appel vibrant à la jeunesse, dans le style : à vous de reprendre le flambeau, de poursuivre la lutte, mais par des moyens pacifiques. Le vieux Raïs n’a pas commis l’erreur folle d’appeler à une intifada armée, ni à un soulèvement d’aucune sorte. Toutefois, il a dit des choses et leur contraire, signant l’acte de décès des accords d’Oslo, tout en sachant que sans la coopération sécuritaire des services israéliens, il aurait été balayé par le Hamas, depuis belle lurette.

Alors, comment analyser, de manière rationnelle, un tel discours qui restera l’un des tout derniers du président de l’Autorité palestinienne ?

Lire la suite

09:34 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

13/01/2018

Une Europe divisée, en quête de ses racines judéo-chrétiennes…

Une Europe divisée, en quête de ses racines judéo-chrétiennes…

La chose devient de plus en plus visible, de plus en plus ostentatoire : entre l’est et l’ouest de cette Europe, réunie dans une Union de plus en plus contestée, la fracture, les dissensions se font sentir avec une acuité sans précédent. Cela me fait penser –et c’est un contexte, un prolongement naturel- à ce que ressentaient les Allemands au lendemain de la réunification. Certains commentateurs disaient que le mur de pierre entre les deux parties de Berlin était, certes, enfin tombé, mais que celui, invisible, niché dans les esprits, persistait dans le regard que les gens de l’ouest jetaient sur leurs frères de l’est. On parlait alors l’opposition des Ossies (est) et des wessies (ouest).

Toutes proportions gardées, c’est ce qui se passe aujourd’hui, sous nos yeux, sur fond de crise en Allemagne. Le couple franco-allemand, véritable moteur de la construction européenne, est en panne, ce qui permet aux anciens pays de l’autre côté du rideau de fer de constituer un petit groupe homogène au sein de l’Union.

Lire la suite

12:06 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook