19/01/2018

La France est elle devenue ingouvernable? Au sujet de l’aéroport de NDDL

La France est elle devenue ingouvernable? Au sujet de l’aéroport de NDDL

Tout le monde dans l’Hexagone ne parle que de cela : l’aéroport qui devait être construit pour servir l’expansion de l’agglomération landaise ne verra plus jamais le jour… Ainsi en a décidé le gouvernement qui avait caché sa décision jusqu’à hier pour ne brusquer personne et surtout donner l’impression qu’il avait fait le tour de la question. Au fond, cette affaire est une querelle de clocher : une grand puissance comme la France paralysée par l’extension ou la construction d’un simple aéroport, c’est vraiment Cloche merle au XXIe siècle ! L’affaire a été mal ficelée et pas une fois les services de l’Etat n’ont pris l’ascendant sur les protestataires. Comme le disait jadis Lionel Jospin : quand on a des convictions, on se mobilise pour les défendre…

L’affaire, à ce que je vois, date de près d’un demi siècle et aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a pu imposer librement sa décision. Mais les choses ont dégénéré avec le précédent président de la République qui a cru se tirer d’affaire en lançant une consultation référendaire qui a donné les résultats que l’on sait… Et ce matin, interrogeant l’actuel ministre de l’intérieur, le sympathique Gérard Colomb, Jean-Pierre Elkabbach a fait entendre un discours d’Emmanuel Macron disant le contraire : il faut, disait le candidat, respecter la parole du peuple.


La France est elle devenue ingouvernable? Au sujet de l’aéroport de NDDL

 

Ces atermoiements posent une question : l’autorité de l’Etat existe-t-elle encore en France ? Comment des minorités agissantes, et les écologistes en sont une, peuvent-elles peser à ce point sur la prise de décision ? Personnellement, je n’ai pas suivi les détails de ce dossier, je relève néanmoins que même les experts ou prétendus tels, se sont maintes fois contredit ? Alors, qui a raison ? En revanche, là où plus aucun doute n’est permis, c’est l’impéritie de l’appareil d’Etat, les élus, les gouvernants : tout ce petit monde n’est plus pris au sérieux. Avant-dernier exemple en date : après son échec aux élections présidentielles, le perdant Jean-Luc Mélenchon a dit : il nous reste la rue ! Est-ce à dire que le combat partisan ne cessera donc jamais ? Est-ce à dire que la légalité républicaine qui stipule qu’il y a une majorité et une opposition, n’a plus cours ? On serait tenté de le penser si l’on regarde autour de soi.

Ces reculades répétées ne sont pas l’apanage exclusif de l’actuelle mandature ; l’exemple est bien plus ancien et semble venir de haut. Mais la palme d’or revient à Jacques Chirac et à son lointain successeur François Hollande. Le premier mettait tout projet controversé dans sa poche et son mouchoir par dessus, dès que deux trois manifestants et deux pancartes pointaient le bout de leur nez… Quant à Hollande, il mériterait qu’un jury d’honneur lui attribuât le prix de la procrastination ; ce n’est pas moi qui en parle, c’est la plus haute autorité actuelle qui l’a dit au cours de la campagne.

Alors que faire ? Changer la mentalité du peuple, le rééduquer ? On a l’impression que ce sont les séquelles, les résidus de 1789, qui animent l’âme de la France profonde, plaçant régulièrement le pays dans une situation pré-insurrectionnelle . Mais à la longue, le pays s’en trouve très fatigué, affaibli puisque l’autorité de l’Etat n’est plus incontestée. Que faire ?

Pas grand chose, hélas ! Car les battus de la décision gouvernementale promettent déjà de saisir les tribunaux et de tout faire pour stopper les travaux. Et il reste la chose la plus ardue et la plus dangereuse à faire : évacuer celles et ceux qui se sont installés sur des terrains qui ne leur appartiennent pas et qui ont annoncé qu’ils résisteront à toute intervention de la police et de la gendarmerie… Quoiqu’on fasse, il y aura des mécontents. Comment faire pour réconcilier ces deux France ?

Quand j’étais jeune étudiant, du temps de Georges Pompidou, homme d’ordre et de tradition, c’est-à-dire conservateur, cette division avait été bien analysée par le défunt chef de l’Etat. Il avait alors parlé d’un dirigeant casqué et botté qui trancherait le nœud gordien… C’était il y a plus de 45 ans ! Cette profonde désunion perdure encore. On l’a vu dans le système politique divisé en deux blocs, l’antagonisme droite / gauche, dans l’opposition entre les salariés et les patrons, les riches et les pauvres… Comment recoller les morceaux ? Comment réapprendre à vivre ensemble dans une France a aussi perdu son homogénéité ?

L’actuelle majorité et son chef s’y emploient mais le président réalise enfin que ce n’est pas simple de supprimer la barrière qui sépare la droite de la gauche… Cet antagonisme a longtemps paralysé le pays. C’est pourtant le reflet de la sensibilité politique de cette France qui est si rétive au changement.

Que l’on se félicite de cette décision du gouvernement, ou qu’on s’en attriste, il faut tourner la page. D’autres dossiers plus urgents attendent. Mais cet aéroport de NDDL restera un cas d’école.

De ce qu’il faut éviter à tout prix…

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Commentaires

Les politiques ont pris l'habitude de demander au bon peuple ce qu'il devait faire. Au lieu de décider d'une politique à mener dans l'intérêt général.
Ce qui ne veut pas dire qu'ils tiennent compte de ce qu'on leur dit.
De fait, il cache leur autocratisme, ou leur mégalomanie naturelle pour un dirigeant, derrière une démagogie qui finit par paralyser tout capacité à décider.
On sait par ailleurs ce que cherche Mélanchon quand il dit qu'il lui reste la rue. Quand le pouvoir tombe dans le ruisseau, c'est la dictature qui le ramasse...

Écrit par : Alain | 19/01/2018

NDDL est un cas d'école, non seulement par rapport aux décisions et aux événements qui s'y sont suivis mais tout autant comme une illustration très forte du changement des mentalités. Ce changement se perçoit souvent très insidieusement tandis que là il est patent: le gouvernement décide d'un projet colossal alors que dans le peuple se développe une population qui revient à la nature, au contact avec le sol et avec son environnement.
La force de réaction revient aux jeunes qui, de plus, ont la disponibilité de temps. Ils ne présentent pas forcément la maturation nécessaire pour transmettre de façon plus élégante qu'avec des moyens matériels voire très grossiers le message qui explicite leurs causes.
Dans la victoire des zadistes, on peut souligner la détermination intense de ceux qui ont défendu une profonde conviction. C'est une bonne leçon pour ceux dont les motivations profondes sont des calculs d'économistes...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 19/01/2018

La France est en guerre contre elle-même et un ennemi intérieur qui n'en demande pas tant. Si elle ne s'impose à l'un comme à l'autre elle n'y survivra pas. Telle une éponge elle aspire tous les fluides qui dénaturent sa substance même et personne n'ose presser la bête pour en extraire ces poisons. Argent contre liberté, Accommodements contre suffrages, Bien-pensance contre soumission, Confort contre veulerie. Elle va crever par décomposition à moins que comme par le passé un sursaut salvateur mais au combien douloureux n'advienne.
Genève qui n'est que l'antichambre helvétique de sa prestigieuse voisine suit le même chemin mais maman veille.

Écrit par : Maendly Norbert | 20/01/2018

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