12/12/2017

Le «Kafka» de Saül Friedländer (C.H. Beck Verlag de Munich)

Le «Kafka» de Saül Friedländer (C.H. Beck Verlag de Munich)

Sur Kafka, on croyait avoir tout dit, tout entendu et tout interprété. Pourtant ce dernier livre de Friedländer que j’ai reçu en version allemande a déjà été traduit en français aux éditions du Seuil (lesquelles ont omis de me l’envoyer), car son auteur l’a rédigé en langue anglaise. D’aucuns pourraient se demander ce que vient faire l’historien de la Shoah, du pape Pie XII et le IIIe Reich dans la littérature allemande du début du XXe siècle… Eh bien, ce n’est pas du tout une incursion indue dans un domaine qui n’est pas le sien. C’est que l’un comme l’autre, Kafka et Friedländer ont un lien constant avec la ville de Prague, l’un y a grandi, l’autre y est né, avant de fuir sa ville natale et de se réfugier à Paris après d’incessantes tribulations.

Ce livre réussit à nous apprendre bien des choses nouvelles, ce qui est un tour de force car la bibliographie de l’auteur du Procès et de la Métamorphose se chiffre par  milliers de titres. En moins de deux cent cinquante pages l’auteur se concentre sur l’essentiel : les exécrables relations avec le père, relevant de la psychanalyse, comme chacun sait, surtout après la fameuse Lettre, écrite avec passion et une liberté rarement atteinte, mais jamais délivrée à son destinataire lequel ne l’a donc jamais lue, la relation aux femmes, notamment aux prostituées (un peu comme Stefan Zweig) où apparaît à la fois un sentiment de culpabilité et de honte, lui faisant préférer les prostituées et les femmes se trouvant dans des bordels (qu’il fréquente un peu partout en Europe, chez lui à Prague, mais aussi à Paris, à Milan et ailleurs, parfois en compagnie de son ami et légataire testamentaire universel Max Brod) ; après ces chapitres importants, nourris de larges renvois aux œuvres mais aussi aux journaux intimes de Kafka ainsi qu’à sa correspondance, Friedländer se livre à une très fine analyse de l’auteur dans a relation avec le judaïsme, sa religion de naissance. Au fond, sans vouloir donner une exégèse globale de l’œuvre, laquelle aurait pu ne jamais exister sans l’intervention de l’ami Max Brod, la relation au judaïsme, la façon dont il fut vécu et la personnalité du père dans cette affaire, occupe une position centrale dans l’existence et l’œuvre de Kafka.

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Le «Kafka» de Saül Friedländer (C.H. Beck Verlag de Munich)

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11/12/2017

L’Europe et Israël

L’Europe et Israël

En écoutant tôt ce matin sur les chaînes d’informations continues les deux discours, respectivement celui de la ministre italienne chargée de la politique étrangère de l’Union et celui du Premier Ministre de l’Etat d’Israël, on avait l’impression de vivre un décalage de grande ampleur : alors que la représentante européenne récitait sur un ton saccadé ses récriminations envers l’Etat juif, à peine laborieusement adoucies, en apparence, par un tardif et crispé bonne fête de Hanoukka (oubliant que c’est là un hommage à la sanctification du temple de Jérusalem !!), le Premier Ministre israélien lui a asséné sans ciller tous les accomplissements, les progrès, les innovations, le régime démocratique et la joie de vivre de son pays. On avait l’impression que ces deux là ne vivaient pas dans le même monde, ni sur la même planète : mais comment donc, ce continent que certains historiographes décrivent parfois comme un vaste cimetière juif, à l’échelle de tout le continent, tant les persécutions sanglantes y furent nombreuses, ne parvient on pas à traiter l’état juif autrement qu’en lui adressant des reproches permanents, à l’accuser de tous les péchés d’Israël (c’est bien le cas de la dire !) ?

L’histoire politique de l’Europe, un continent qui doit toute sa culture à la Bible hébraïque et au christianisme, plutôt au judéo-christianisme, puisque le Décalogue en inspire toutes les valeurs sur lesquelles il se fonde, a dévié de sa trajectoire première. Et les ministres de l’UE devraient s’en souvenir de temps en temps. Toutes ces persécutions, toutes ces conversions forcées, toutes ces expulsions, toutes ces spoliations (dont la toute dernière remonte à moins de 70 ans), tous ces malheurs n’ont pas réussi à combattre victorieusement ce penchant soit proc arabe soit anti israélien.

Rashi, le grand exégète-vigneron champenois du XIIe siècle, avait repris une métaphore talmudique qui parle des pierres du mur , pierres, qui, si elles pouvaient parler, porteraient témoignage de tout le mal fait aux juifs sur ce continent. Et pourquoi donc ? Parce qu’ils ont préféré la mort à la conversion. Cette force de caractère, cette indomptable conviction, cette fidélité à la fois des ancêtres et des patriarches, toutes ces mâles vertus se sont réincarnées dans ce peuple d’Israël qui livre au quotidien un combat pour sa survie. En Israël, depuis près d’un siècle, exister ou continuer d’exister, relève d’un héroïsme quotidien. Jamais peuple sur cette terre n’a dû être sur ses gardes dans son propre pays, sur sa terre ancestrale.

Mais ce qui est largement intolérable, c’est de voir les représentants d’Etat civilisés, à la tête d’une très longue histoire et d’une brillante culture, nier les évidences historiques et reprocher à un Etat souverain, d’avoir la capitale qu’il a, il n’en a pas d’autre, d’ailleurs. C’est presque une obscénité.

Il est rare que je prenne ainsi la plume pour m’exprimer aussi vertement. Mais je le répète : il y a quelque chose de choquant dans cette attitude qui n’est pas celle de gens policés, bien élevés et instruits. J’ai déjà dit ici même ce qu’il fallait en penser ; plusieurs fois par jour, dans ses prières (matin, midi et soir, sans oublier les prières annexes), l’orant juif évoque le souvenir inoubliable de Jérusalem… Le Psalmiste lui-même, l’homme le plus religieux que la terre ait jamais porté, ne dit-il pas : si je t’oublie Ô Jérusalem……… Quel autre peuple a maintenu une telle fidélité au lieu où il est né, durant près de deux millénaires qui furent tout sauf une période de bonheur, ou une promenade de santé à travers le monde…

Dans sa réponse au discours de la ministre italienne, Benjamin Netanyahou a vanté, à juste titre, toutes les prouesses technologiques de son pays dans d’innombrables domaines. Il n’a nullement exagéré les conquêtes d’Israël dans tant de domaines. Alors que face à lui, des gens mal intentionnés dépensent des fortunes pour forger des armes de destruction. Avez vous jamais vu que l’on sélectionne un contingent de bons étudiants afin de les envoyer étudier dans des pays européens ou aux USA ? Je parle des ennemis d’Israël. Savez vous tout ce que les ennemis d’Israël pourraient faire, de bien, avec toutes leurs réserves en énergie et milliards de dollars ? Et pourtant, c’est toujours le même discours de haine et de refus.

Si ce petit Etat juif n’était pas entouré de toutes parts par des ennemis qui se sont juré sa perte, il serait dans le top five des Etats les plus avancés du monde.

Pour conclure : alors que la plupart des Etats arabes ont mollement réagi à la saine déclaration du président Trump, l’Europe, pourtant victime du terrorisme (en France, en Allemagne en Grand Bretagne, en Espagne, en Italie, en Suède, au Danemark, en Belgique et ailleurs) s’en prend… à Israël !

Une dernière note d’optimisme : les pays d’Europe centrale et orientale portent sur les progrès de l’Etat juif un autre regard. Enfin, toute l’Europe n’est pas frappée de cécité. C’est comme cette presse mondiale qui encourageait presque un large soulèvement et qui en fut pour ses frais. A peine, ça et là, quelques escarmouches… Et elle attend toujours, appelant de ses vœux une vraie déflagration. Ce n’est pas bien

La presse mondiale pourrait être aussi une force de paix.

Maurice-Ruben HAYOUN

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09/12/2017

Un homme de lettres et un chanteur relèguent les politiques à l’arrière-plan

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Un homme de lettres et un chanteur relèguent les politiques à l’arrière-plan

Un homme de lettres et un chanteur relèguent les politiques à l’arrière-plan

Il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Les cérémonies en l’honneur de deux grandes personnalités, qui viennent de nous quitter et qui étaient si aimées des Français, rendent ce constat incontournable… La politique ne mobilise plus, les gens veulent autre chose. La politique n’enchante plus, plus aucune légende nationale n’anime les foules. Celles que l’on a vu cet après midi défiler derrière un corbillard ou celles, réunies dans la cour d’honneur des Invalides renforcent le même constat.

Le regard du philosophe n’est jamais innocent ; il n’est pas cruel mais il est comme la chouette de Minerve qui sort la nuit pour contempler le monde tel qu’il est et non comme le voudrait le moindre processus d’idéalisation. On se souvient du mythe de la caverne où des hommes enchainés à leurs préjugés, à leurs habitudes et à leur routine quotidienne observent le reflet de la lumière solaire sur les parois de leur obscure demeure… Ils voient donc le reflet et non la lumière dans sa somptuosité, dans son éclat premier. Plus tard, plus de deux millénaires plus tard, chez Kant, mort en 1804, cela débouchera sur l’impossibilité de toute métaphysique…

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07/12/2017

Albert Speer, architecte d’Hitler par Martin Kitchen (Perrin)

Albert Speer, architecte d’Hitler par Martin Kitchen (Perrin)

Qui se souvient encore de cet architecte, compagnon de route des Nazis, qui avait su séduire le dictateur du Troisième Reich, profitant habilement des frustrations de ce dernier qui n’était rien de plus qu’un artiste-peintre raté, mais éminemment sensible à toute déclaration laudative d’un bâtisseur plus jeune et surtout plus talentueux que lui.  La biographie, très érudite et très élaborée de Martin Kitchen est plutôt critique et ne prend pas pour argent comptant les déclarations compatissantes de ce grand criminel de guerre qui eut la grande chance, de sauver sa tête au tribunal de Nuremberg, là où la quasi -totalité des grands criminels nazis furent condamnés à mort. A la grande surprise même de son propre avocat.

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06/12/2017

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

Depuis toujours, depuis des temps immémoriaux, l’homme a essayé, sans succès, de surmonter la mort, de l’enjamber, d’en faire un simple passage, une transition vers une vie autre, vers l’éternité. Parfois, on dit, pour parler de la mort d’un homme ou d’une femme, qu’il, qu’elle est passé(e) à l’éternité. En gros, qu’il a changé de catégorie, qu’il est passé à autre chose.

C’est bien ce qu’on entend ce matin ou qu’on entendra encore plusieurs jours durant. Mais voilà, il y a la vie, la vie qui nous désarme, tout déconstruit, comme dit la chanson. Et pourtant, il faut bien continuer. Mais ce qui nous écrase, c’est l’accumulation des pertes. Chacun de nous connaît l’expression : passera pas l’hiver… Nous le savions pour ces deux gloires nationales, à des degrés divers, mais qui ont eu une influence incontestable sur notre vie quotidienne, sur nos lectures, nos auditions de chansons, de musique etc…

Parfois, et on doit le reconnaître sans arrogance, la vie des petites gens est tristement vide, sans le moindre relief, ils vivent sans rien, ou avec très peu de choses. Alors, ils se projettent dans l’existence si riche des grands, des célébrités. C’est une vie de substitution. Mais il faut les respecter comme on respecte les étoiles montantes, les étoiles de première grandeur au firmament de la philosophie, de la science ou de la technique.

Je n’aime pas beaucoup parler de mort mais je dois bien dire les raisons de ce titre.

Depuis l’Egypte ancienne avec ses pharaons qui se prenaient pour des divinités immortelles, le pharaon qui dit dans le livre d’Ezéchiel : mon fleuve (le Nil) est à moi, et c’est moi qui l’ai fait- pour des hommes d’exception aptes à monter au firmament et à voisiner avec les dieux, le problème de la mort s’est posé. Ou plutôt on s’est demandé comment la transcender pour se donner l’illusion de l’immortalité. Je pense même, sans rire, à nos Immortels de l’Académie. Mais immortel ne signifie pas éternel. Quand vous traversez les couloirs de l’institution du Quai Conti, vous avez sur votre droite et sur votre gauche une quantité impressionnante de bustes d’hommes (les femmes viennent tout juste d’arriver), censés être des immortels même si on a oublié jusqu’à leur nom, comble de l’ironie pour des immortels.

Mais il n y a pas que l’Egypte pharaonique ni la Babylonie ancienne, il y a aussi la Bible et ses prophètes. Et souvent on peut lire que Dieu finira par tuer la mort, la supprimer (billa’ mawét)… Mais ce n’est pas tout, il effacera toute larme de nos joues (maha kol dim’a). Car le corollaire de la mort, ce sont les larmes..
Mais derrière cette pastorale de la mort se profile aussi cette doctrine de l’éternité de l’âme et même de la résurrection.

Les Historiens des religions ont fini par comprendre la réticence des religions monothéistes vis-à-vis de l’immortalité de l’âme. On craignait que cette idée ne compromette le statut exclusif du Dieu unique auquel l’immortalité et donc l’éternité ne sauraient être contestées.

Mais les grands hommes ou les grandes femmes ne sont jamais oubliés. Là, c’est de la résurrection qu’il est question. On sait que c’est le fondement du christianisme. Une phrase d’Ernest Renan qui m’a toujours impressionné, même si elle a mis hors d’elle notre «sainte mère» l’Eglise : ressusciter c’est continuer de vivre dans le cœur de ceux qui vous ont aimé.

C’est déjà le cas de Jean et de Johnny…

Tribune de Genève de ce matin)

 

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05/12/2017

La disparition de Jean d’Ormesson, hommage à un grand écrivain

La disparition de Jean d’Ormesson, hommage à un grand écrivain

La nouvelle est tombée tôt ce matin ; l’âme de ce grand Monsieur, de ce grand écrivain français du XXe siècle et du début du XXIe , que fut Jean d’Ormesson (que ces intimes appelaient Jean d’O..) s’est envolée durant la nuit vers le ciel. Tous, amis ou pas, reconnaîtront l’extrême affabilité, les mœurs raffinées d’un grand aristocrate, tant au plan social que philosophique et littéraire. Cet académicien avait bénéficié de l’enseignement direct de sa propre mère, ce qui ne fut pas un handicap puisqu’il fut reçu à l’agrégation de philosophie.

Il faut dire qu’il avait de qui tenir : il marcha dans les brisées de son père, comme des montagnards placent leurs pas dans ceux laissés dans la neige par leurs devanciers. Homme résolument de droite, mais d’une droite humaniste, croyant mais sans bigoterie, chrétien sans être antisémite, il dégageait cette bonté et cet amour de l’humain qui était l’apanage quasi exclusif des gens bien nés. Il était de droite et le proclamait, même lorsqu’il fut décoré par François Hollande de la plus haute distinction de notre premier ordre national ; grand croix de la légion d’honneur.

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04/12/2017

Jerusalem dans la conscience juive…

Jerusalem dans la conscience juive…

Je commence par prévenir tout préjugé qui verrait dans cette chronique historique le résultat de je ne sais quelle propagande ou panégyrique en faveur de telle ou telle conception. Il s’agit ici, simplement, de faire une rétrospective sur le statut de Jérusalem dans la tradition juive et donc dans la conscience de ses adeptes. C’est l’imminente prise de position du président Donald Trump sur ce sujet épineux qui justifie le traitement de cette question qui est d’une sensibilité extrême.

D’un point de vue purement historique, c’est-à-dire à l’écart de toute émotion, de toute référence à des écrits religieux, chargés d’affect, on ne s’explique pas les raisons objectives qui ont mené le peuple juif à mourir et à vivre pour Jérusalem, comme d’autres, il y a tout juste quelques décennies, avaient décidé de mourir pour… Danzig !

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03/12/2017

Dieu, l’Eglise catholique et le libre arbitre…

Dieu, l’Eglise catholique et le libre arbitre…

Depuis hier, toutes les télévisions, tous les medias de France et de Navarre annoncent la nouvelle : l’église catholique procède à une modification de l’intitulé de la plus vieille prière de sa liturgie, le fameux Pater noster (en hébreu ; Avinou). La modification ou plutôt la rectification est minime, vue de l’extérieur, mais au plan théologique et doctrinal, c’est une véritable petite révolution.

Procédons par ordre et examinons succinctement l’origine de cette vénérable prière qui exprime la foi naïve mais Ô combien profonde des croyants. Ce «Notre Père» se veut l’adaptation d’une oraison encore plus ancienne et qui lui servit de moule morphogénétique, le Qaddish hébraïque et juif qui occupe, depuis des temps immémoriaux, une place centrale dans la liturgie juive. Comme les premiers Apôtres et tous les premiers chrétiens ou judéo-chrétiens étaient tous des juifs, ils connaissaient, comme Jésus d’ailleurs, cette forme antique d’oraison et la récitaient sous ses différentes formes. Tous les spécialistes sérieux, hormis ceux qui, à l’instar de Marcion, refusaient de reconnaître la moindre racine commune entre le judaïsme rabbinique et le christianisme naissant, admettent cette filiation qui n’a rien de blessant ni de déshonorant. Après tout, les nouveaux adeptes du christianisme primitif n’avaient pas d’autre modèle, ils se saisirent de ce qui existait déjà et qui leur était familier.

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