26/12/2017

Pourquoi Israël, pourquoi Jérusalem ?

Pourquoi Israël, pourquoi Jérusalem ?

Voici deux questions condamnées à rester sans réponse mais qui catalysent l’un des plus vieux conflits de notre temps. Je l’ai maintes fois rappelé dans ces colonnes : quelques arpents de terre sablonneuse, d’une superficie globale de deux départements français de taille moyenne, accaparent depuis tant de décennies l’attention, pas toujours équilibrée ni équitable, des médias du monde entier. Un exemple : dès que le moindre jet de pierres est signalé, dès que le moindre événement défraie la chronique, des centaines de rédactions, locales ou étrangères, dépêchent sur les lieux leurs meilleurs éléments pour rendre compte d’un événement qui… n’en est pas un !

Dernier exemple en date : la déclaration du président Trump dont on disait qu’elle mettrait le feu aux poudres, ferait sauter une région déjà mise à mal, provoquerait une véritable guerre mondiale… Et à quoi avons nous assisté ? A de laborieux efforts de mobilisation qui sont loin d’avoir porté leurs fruits. En tout cas pas dans les proportions escomptées.


Pourquoi Israël, pourquoi Jérusalem ?

 

Certes, il faut discuter, marchander, expliquer, mais au fond, le président US n’a rien dit de révolutionnaire. Si on analyse bien, certes, c’est une avancée considérable pour Israël, mais le plus gros reste à faire : il n’a pas parlé de périmètre, n’a pas défini les limites, donc il laisse place à des négociations à venir, contrairement aux commentaires qui l’accusent d’avoir clôturé le dossier.

Il y a dans tout cela un zeste de mauvaise foi. Une déclaration du Premier Ministre, fort importante dans ce contexte, a été entièrement ignorée : cette déclaration du président Trump ne change rien à la liberté de culte, au droit de chacun d’aller prier à Jérusalem, là où il veut… Une bonne partie des adversaires d’Israël, qui se livrent à un jeu stérile de diabolisation, ont cherché à faire croire que cette reconnaissance, somme toute légitime et relevant de la liberté d’installer son ambassade là où bon nous semble, allait enfreindre les droits reconnus des autres confessions monothéistes… Ce n’est simplement pas vrai.

Mais pourquoi donc, dans un monde contemporain totalement sécularisé, laïcisé, désacralisé même, un site religieux comme Jérusalem continue de déchaîner les passions et pousse même des gens à risquer leur vie ? Au fond, les enjeux ne sont pas précisés mais on peut deviner, sans risque de se tromper, ce qui se cache derrière : dans l’esprit de certains, reconnaître la souveraineté de l’Etat juif sur la vieille ville (que les Palestiniens considèrent comme leur appartenant, plaçant ainsi dans un même groupe, la mosquée, le temple et l’église), c’est reconnaître, même sans le dire, la supériorité du judaïsme sur les deux autres religions qui en sont issues… Or, une telle affirmation est fausse et doit être considérée comme une prétention qui n’a aucune raison d’être. Les gens qui fournissent une telle exégèse se trompent et cherchent à induire les autres en erreur.

Malheureusement, maint journaliste, ayant peu ou prou d’audience, s’empare bruyamment, à grand renfort de publicité, du sujet de Jérusalem, dans des émissions improvisées, manquant de fini, et donnant la parole à des gens dont la science n’est vraiment pas à la hauteur de l’enjeu, ni même du sujet. Dimanche, j’ai tout fait pour me libérer afin de suivre une émission sur I24NEWS sur Jérusalem et je suis resté sur ma faim. L’émission promettait bien plus qu’elle n’a tenu. C’est un peu décevant. Avec de bons sentiments ou de la connivence on ne fait pas une bonne émission. Et il y a aussi une question de niveau : on choisit des sommités mondiales, connues, pour traiter de questions aussi controversées. On ne demande pas aux authentiques spécialistes leurs sentiments mais leurs analyses, leurs synthèses des travaux de toute une vie… Il est vrai que les journalistes collent à l’événement, chassent l’audimat et négligent tout le reste…

Alors pourquoi Israël et pourquoi Jérusalem ? Sans faire de dolorisme et en tentant, de mon mieux, de coller au réel, il faut reconnaître que l’Etat d’Israël est devenu le paria, le Juif des nations. Les observateurs les plus objectifs ont relevé le traitement injuste infligé à cet Etat dans la plupart des arènes internationales, dont les plus emblématiques, l’ONU et l’UNESCO… Quand on réalise que cette instance chargée de s’occuper de culture, donc composée de gens qui ne tiennent pas des discours d’analphabètes, contestent la judéité de Jérusalem ou d’Hébron, on se frotte les yeux pour voir qu’on est bien réveillé, que ce n’est pas un sinistre rêve… Qu’on en soit arrivé là, à notre époque, est littéralement incroyable et en dit long sur les temps que nous vivons.

Loin de moi l’idée de prôner une sorte d’unilatéralisme, de nature religieuse ou politique ; Jérusalem est certes la cité du roi David, le site des lieux saints du judaïsme, mais elle est aussi un site religieux de premier ordre pour les chrétiens et les musulmans. Me revient en mémoire une réponse d’Emmanuel Levinas à un journaliste qui l’interrogeait, non pas sur Jérusalem, mais sur l’exclusivisme religieux, en général. Il répondit ainsi : il y a nous mais il y a aussi les autres.

Excellente réponse qui se distingue par son humanisme, son rejet de l’exclusivisme et son souci de l’autre, pour parler comme l’auteur de Totalité et infini .

Il faudrait tout de même changer le logiciel de tant de gens. Exemple : entre hier et aujourd’hui,, un organe de presse israélien a diffusé un beau reportage de femmes syriennes franchissant sur la Golan la frontière entre Israël et la Syrie pour que les médecins militaires israéliens portent secours et assistance à leurs enfants malades. Elles étaient très émouvantes ces mères, évoluant au petit matin, aux premières lueurs de l’aube, non loin de champs de mines, leurs bébés malades dans les bras et disant aux soldats israéliens qui les accueillent : vous êtes nos frères…

Le deuxième exemple dont les médias israéliens sont le seuls à parler : un bébé syrien réfugié à Chypre, et atteint d’une grave malformation cardiaque, vient d’être accueilli dans l’hôpital Tel Ha shomer où il sera soigné et remis en bonne santé. Le médecin en charge de ce malade a assuré que l’enfant vivra, vivra bien et longtemps, mais qu’il ne pourra pas toutefois courir un marathon. Et d’ajouter avec le sourie :… Mais moi non plus…

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Commentaires

Toujours sage, pondéré et clair. Merci Monsieur Hayoun!

Écrit par : Mireille Vallette | 26/12/2017

Il est a présumer que peu de gens verraient d`inconvénient a ce que Jérusalem soit la capitale d`un État laique. Si un État se qualifiant d`une religion particuliere prend le controle d`un lieu sacré pour de tres nombreux fideles de deux autres religions, comment s`étonner que nombre de ceux-ci l`interpretent comme une provocation sur le terrain du sacré? On peut toujours rationaliser, mais les pensées religieuse et rationnelle ne sont par forcément compatibles. Tout cela se déroule de plus dans un contexte international a forte connotation de guerre religieuse, ce qui n`arrange pas les choses. On peut aussi se demander pourquoi le moment choisi fut celui de Noel, si propice a susciter l`hostilité de la communauté chrétienne.

Écrit par : JJ | 26/12/2017

Le point que souligne JJ est fondamental : Israël n'est pas un état laïque, ce qui le distingue des démocraties occidentales. D'un autre côté, il y a le monde islamique, qui n'est pas encore arrivé sur le plan civilisationnel à comprendre la distinction entre laïc et religieux, entre temporel et spirituel, et qui n'arrivera jamais à cette connaissance puisque le Coran le lui interdit sous peine de mort.
Et donc ne reste que le rapport de forces. Vous êtes pour le Coran, ou pour Israël.

Écrit par : Géo | 26/12/2017

Bien vu, Géo. En Europe aussi, on commence a constater le manque de laicité de l`État avec la Pologne et la Hongrie dont les dirigeants se vantent quasi ouvertement de privilégier la "défense du christianisme" par rapport aux valeurs démocratiques, ce qui provoque une scission de leurs sociétés en religieux-nationalistes et en démocrates. Une telle cassure est évidemment du pain béni pour les extrémismes et provoque une dérive vers la confusion des fonctions de l`État avec le pouvoir. Résultat des courses: la paix sociale fout le camp, ce qui ne fait qu`aggraver les problemes économiques et sociaux existants.

Écrit par : JJ | 26/12/2017

Parce qu'Israël est un état juif. Cela déplait aux chrétiens qui se veulent le "nouvel Israël", aux musulmans qui ne pardonnent pas aux juifs leur refus de se convertir à l'islam et aux laïcards qui confondent leurs croyances avec ce qu'ils veulent imposer comme des vérités qui seraient fondées sur la démocratie. Et surtout qui ne semblent pas comprendre qu'un état juif puisse respecter les valeurs des autres, de l'Autre.
Sauf que la démocratie est un mode de gouvernement et pas un système de valeurs. Par contre, ce système de gouvernement a besoin de valeurs pour fonctionner.

Écrit par : Alain | 26/12/2017

@Alain

En osmose avec vous!

Je viens de laisser trois articles en "copier/coller, car ne puis honnêtement me substituer - ni plagier ne serait-ce qu'une ligne - à des connaisseurs de hautes envolées sur Israël, quand bien même je suis dans la même lignée de pensée. J'attends de voir si M.Ruben Hayoun les passe! Dans le cas contraire, je les posterai ailleurs!

Écrit par : Patoucha | 26/12/2017

Il est inadmissible que des personnes se réclamant de l'Islam et disant être musulmans, n'hésitent pas à se rendre coupables de blasphème, en disant que les Juifs n'ont jamais vécu en Judée-Samarie et n'ont jamais habité à Jérusalem. Ce qui équivaut à dire que le Coran MENT!!! Puisque celui-ci déclare LE CONTRAIRE à plusieurs reprises!

Écrit par : Hakim | 28/12/2017

Pas tous Hakim et pas des moindres! Mais ce ne sont pas ces « certaines personnes » qui sont à craindre Hakim! Ceux qui le sont c’est la communauté internationale: UE, ONU, et l’antisemitisme des années trente qui refait surface en Occident!

Écrit par : Patoucha | 07/01/2018

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