06/12/2017

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

De Jean d’Ormesson à Johnny Halliday: comment vaincre la mort?

Depuis toujours, depuis des temps immémoriaux, l’homme a essayé, sans succès, de surmonter la mort, de l’enjamber, d’en faire un simple passage, une transition vers une vie autre, vers l’éternité. Parfois, on dit, pour parler de la mort d’un homme ou d’une femme, qu’il, qu’elle est passé(e) à l’éternité. En gros, qu’il a changé de catégorie, qu’il est passé à autre chose.

C’est bien ce qu’on entend ce matin ou qu’on entendra encore plusieurs jours durant. Mais voilà, il y a la vie, la vie qui nous désarme, tout déconstruit, comme dit la chanson. Et pourtant, il faut bien continuer. Mais ce qui nous écrase, c’est l’accumulation des pertes. Chacun de nous connaît l’expression : passera pas l’hiver… Nous le savions pour ces deux gloires nationales, à des degrés divers, mais qui ont eu une influence incontestable sur notre vie quotidienne, sur nos lectures, nos auditions de chansons, de musique etc…

Parfois, et on doit le reconnaître sans arrogance, la vie des petites gens est tristement vide, sans le moindre relief, ils vivent sans rien, ou avec très peu de choses. Alors, ils se projettent dans l’existence si riche des grands, des célébrités. C’est une vie de substitution. Mais il faut les respecter comme on respecte les étoiles montantes, les étoiles de première grandeur au firmament de la philosophie, de la science ou de la technique.

Je n’aime pas beaucoup parler de mort mais je dois bien dire les raisons de ce titre.

Depuis l’Egypte ancienne avec ses pharaons qui se prenaient pour des divinités immortelles, le pharaon qui dit dans le livre d’Ezéchiel : mon fleuve (le Nil) est à moi, et c’est moi qui l’ai fait- pour des hommes d’exception aptes à monter au firmament et à voisiner avec les dieux, le problème de la mort s’est posé. Ou plutôt on s’est demandé comment la transcender pour se donner l’illusion de l’immortalité. Je pense même, sans rire, à nos Immortels de l’Académie. Mais immortel ne signifie pas éternel. Quand vous traversez les couloirs de l’institution du Quai Conti, vous avez sur votre droite et sur votre gauche une quantité impressionnante de bustes d’hommes (les femmes viennent tout juste d’arriver), censés être des immortels même si on a oublié jusqu’à leur nom, comble de l’ironie pour des immortels.

Mais il n y a pas que l’Egypte pharaonique ni la Babylonie ancienne, il y a aussi la Bible et ses prophètes. Et souvent on peut lire que Dieu finira par tuer la mort, la supprimer (billa’ mawét)… Mais ce n’est pas tout, il effacera toute larme de nos joues (maha kol dim’a). Car le corollaire de la mort, ce sont les larmes..
Mais derrière cette pastorale de la mort se profile aussi cette doctrine de l’éternité de l’âme et même de la résurrection.

Les Historiens des religions ont fini par comprendre la réticence des religions monothéistes vis-à-vis de l’immortalité de l’âme. On craignait que cette idée ne compromette le statut exclusif du Dieu unique auquel l’immortalité et donc l’éternité ne sauraient être contestées.

Mais les grands hommes ou les grandes femmes ne sont jamais oubliés. Là, c’est de la résurrection qu’il est question. On sait que c’est le fondement du christianisme. Une phrase d’Ernest Renan qui m’a toujours impressionné, même si elle a mis hors d’elle notre «sainte mère» l’Eglise : ressusciter c’est continuer de vivre dans le cœur de ceux qui vous ont aimé.

C’est déjà le cas de Jean et de Johnny…

Tribune de Genève de ce matin)

 

10:23 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

Commentaires

"Mais les grands hommes ou les grandes femmes ne sont jamais oubliés."
Jamais est peut-être excessif. Disons jusqu'à la fin de l'humanité, qui, elle aussi sera oubliée...

Écrit par : Géo | 06/12/2017

N`ayant pas l`heur de connaitre des célebrités, je n`ai pas a en faire l`éloge funebre et, gardant ainsi la liberté de paraitre iconoclaste, j`observe comme on s`imagine facilement "connaitre" des gens dont on ne connait qu`une image publique construite par les médias. Jean-Philippe Smet est passé de l`autre coté et les foules pleurent Johnny Hallyday... Des tas de gosses meurent de faim dans le monde chaque minute mais, a part leurs meres -si elles sont encore en vie- personne ne les pleure alors que ces gosses, on ne les connait ni plus ni moins que ne connaissent Jean-Philippe Smet les foules éplorées. Bonne route, Jean-Philippe!

Écrit par : JJ | 06/12/2017

Ah, Géo, toujours la remarque pétante de joie de vivre… Il est bien clair que nous serons tous bientôt au mieux de purs esprits avec des ailes au cul , plus sûrement redevenus particules, poussières d’étoiles, jouant à saute-mouton d’une galaxie à l’autre, dans un temps aboli…, Pour ce qui nous concerne peut-être encore plus vite qu’on ne le pense… Alors la mémoire...

Écrit par : Gislebert | 06/12/2017

Vous ne m'avez pas compris, Gislebert. J'exprimais le fait que se soucier de l'éternité d'un individu est à considérer dans la logique générale : l'humanité elle aussi va disparaître, au nom de la loi la mieux établie de l'Univers : naître, vivre, mourir.
Cela n'a rien à voir, mais alors rien du tout, avec la joie de vivre. Et comme vous êtes médecin, je préciserais que mon usine à hormone de la joie de vivre fonctionne encore très bien...

Écrit par : Géo | 06/12/2017

Hé oui Géo et Gislebert, "l`éternité" humaine c`est bien peu de chose dans le rétroviseur, guere plus de deux millions d`années meme en comptant l`homo erectus, si l`on songe que l`on a trouvé du moustique fossilisé de 46 millions d`années. Vanitas vanitatum...

Écrit par : JJ | 06/12/2017

Bon, v’là JJ qui nous récite l’Ecclésiaste, de sa lointaine puszzzzzta (le moustique fossile est toujours vivant...)... Z’allez bientôt concurrencer Mario, le spécialiste patenté de la Bible hébraïque de ce portail, mon cher… Comment va-t-il le prendre ?

Écrit par : Gislebert | 06/12/2017

Incroyable ce qu'on peut apprendre avec M. MRH!?

"comment vaincre la mort?"

On peut écrire ce qu'on veut, mais j'ai la conviction qu'elle est programmée à la naissance!

Bonjour Gislebert :)

C'était juste un saut avant de m'absenter.

Écrit par : Patoucha | 06/12/2017

Vaincre la mort: un combat de vivants. La souffrance de fans en manque d'une icône disparue de leur vie par procuration: maux d'immatures. L’indicible souffrance de la séparation d'avec la vie: thème éternel recyclable, disponible prochainement.

Écrit par : divergente | 06/12/2017

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