21/11/2017

Le long calvaire d’Angela Merkel

Le long calvaire d’Angela Merkel

Elle semblait indéboulonnable. Elle semblait être comme un roc et pourtant les électeurs allemands ne lui ont plus accordé leur confiance comme ils avaient coutume de le faire depuis douze ans. Est ce la fin ? Est ce l’usure du pouvoir ? Est ce une excessive confiance en soi ? Il ne fait pas l’ombre d’un doute que la chancelière allemande n’a pas tenu compte du désir des Allemands moyens de ne plus accueillir plus d’un million de réfugiés ou prétendus tels, disons des migrants dont la socio-culture n’a rien de commun avec les citoyens du bord du Rhin. Certes, cela partait de bons sentiments, quoiqu’à l’arrière-plan il y avait aussi le souci de pallier au manque de bras et de mains d’oeuvre dont l’industrie allemande va avoir besoin dans la prochaine décennie. Or, l’Allemagne n’a plus d’excédent des naissances depuis de nombreuses années. Je me souviens d’il y a quelques années lorsque un autre gouvernement avait décidé de recruter des informaticiens venus des Indes ; cela avait soulevé une grande vague de protestations avec ce slogan, pas mal trouvé, que j’ai retenu tant il m’amusait : Kinder statt Inder (Des enfants plutôt que des Indiens)


Le long calvaire d’Angela Merkel

 

Angela Merkel avait sûrement la tête ailleurs lorsqu’elle a ouvert toutes grandes les portes de son pays à des migrants venus d’une autre culture et d’une autre civilisation. C’est curieux de la part d’une femme allemande censée bien connaître la sensibilité de ses compatriotes, leur respect scrupuleux des normes et des règles, bref ce qu’on appelle outre-Rhin die deutsche Übergründlichkeit.

Avec tout le respect dû à une femme et à une dirigeante d’exception, il faut bien reconnaître qu’elle a fait un pas de clerc (falschen Schritt), car en permettant à tant de migrants d’entrer chez elle, elle leur a ouvert les portes de l’Europe entière. On connaît les réactions de la république tchèque, de la Hongrie, de la Bulgarie et surtout de la Pologne… Ce fut une immense levée de boucliers (Schilderhebung). Ignorant les oppositions, la chancelière a voulu passer outre, avec les résultats que l’on sait.

Le résultat des élections a montré qu’elle avait fait fausse route puisque son parti, qui commence à contester son leadership, enregistre le pire score jamais connu. Et, ce qui est pire, après des semaines de dures négociations avec des partenaires politiques difficiles, elle n’est pas arrivée à constituer un gouvernement que les Allemands attendent. Et je doute que les appels de l’actuel président F.W. Steinmayer parviennent à convaincre les libéraux ou les Verts à se montrer plus conciliants. Et comme la chancelière fait preuve d’une grande assurance, elle dit préférer un retour aux électeurs à un gouvernement minoritaire qui paralyserait son action.

Il est un autre aspect qui nous force à faire preuve d’une grande attention et à surveiller l’évolution outre-Rhin comme on surveille le lait sur le feu : c’est le rôle joué par l’Allemagne dans l’échiquier européen. Même si certains Français à courte vue s’en réjouissent, pensant dans leur folie que les Français peuvent profiter de la situation, les plus lucides savent que ni Marcon ni l’économie française ne peuvent jouer un rôle prépondérant (Vorreiterrolle) : nous avons besoin de notre puissant voisin et allié. Sans lui, nous ne pouvons pas procéder à la refondation dont l’Europe a tant besoin. Or, depuis quelques semaines, la chancelière n’en est plus une, elle expédie les affaires courantes, ne pouvant pas prendre d’initiatives sans l’aval de ses futurs alliés. Une épée de Damoclès plane au-dessus de sa tête…

Mais revenons sur les pommes de discorde qui ont provoqué l’insuccès d’Angela Merkel, laquelle joue gros ; car, quoiqu’elle en dise, par sa faute, une petite centaine de députés de l’AFD ont désormais leur place au Bundestag, ce qui est un novum depuis plus de soixante-dix ans ; et s’il devait y avoir de nouvelles élections, je parie deux cacahuètes que ce parti renforcera ses positions. Donc, Angela Merkel se trouve dans une passe difficile qui risque de mal se terminer pour elle.

Je n’hésite pas à dire que ce serait dommage bien que la vague dite dé gagiste (on jette par dessus les anciens dirigeants et on en installe des nouveaux) ne puisse pas épargner l’Allemagne. Aucun pays européen n’est immunisé contre cette démangeaison. Rappelons nous ce que disait le défunt chancelier Helmut Kohl, le père de l’unité allemande, lorsqu’il insista pour se représenter de nouveau devant les électeurs. Je ne me laisserai pas enterrer vivant… Cela se comprend mais ce fut comme pour l’écrivain qui écrit le livre de trop ou le boxeur qui fait le match de trop…

L’être humain, disait Socrate, suit toujours le daimon qui vit en lui. Il est rare qu’un homme ou qu’une femme qui est au pouvoir, y renonce de soi-même, pensant que tout peut encore marcher comme cela a toujours été le cas. Je n’aurai pas l’inconvenance de comparer la situation présente de l’Allemagne avec qui se passe en Afrique avec un vieillard acariâtre de 93 ans qui refuse de passer la main. Au lieu de partir avec les honneurs, il encourt tout simplement la destitution, couronnant ainsi près de 37 ans de règne sans partage au cours desquels il a ruiné son pays.

Ce n’est pas le cas d’Angela Merkel. Et les semaines qui viennent seront décisives. Même si un gouvernement minoritaire est constitué et bénéficiait de l’abstention des sociaux démocrates, la crise pourrait survenir à tout moment. Et l’Allemagne entretuerait dans une instabilité de mauvais aloi. IL vaut mieux trancher, même si cela comporte d’indéniables risques.

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Commentaires

Elle paie sa politique pro migrants. L'Allemagne est encore une démocratie ce qu'elle semblait avoir oublié.

Écrit par : Maendly Norbert | 21/11/2017

Angela Merckel a failli être une grande chancelière, de la trempe d'un Helmut Kohl. Loupé. Quand laisse la porte ouverte, on peut attraper de mauvais courants d'air. Et ceux qu'elle provoquent sont dangereux, mortels.

Écrit par : Alain | 21/11/2017

Ne vous réjouissez pas trop. Il y aura de nouvelles élections et cette fois Merkel aura sa nette majorité. Les Allemands n`apprécient pas les politiciens vendus et ils n`ont pas non-plus les yeux dans les poches.

Écrit par : JJ | 21/11/2017

Les hongrois, polonais et tchèques ne devraient pas oublier qu'on les a accueillis sans poser de questions et sans les soupçonner d'être des taupes potentielles lorsqu'ils fuyaient les "démocraties populaires" au temps de la guerre froides. Et dans les années 1930, je pense que les pays qui fermaient leurs frontières aux juifs persécutés dans l'Allemagne nazie se félicitaient d'avoir stoppé une invasion (avant, bien sûr d0en subir parfois une vraie).

Écrit par : alena hochmann | 22/11/2017

Tres juste, Alena Hochmann mais les gens ont tendance a ne pas se rappeler de ce qu`ils veulent oublier, surtout si des dirigeants politiciens populistes les y aident.

Écrit par : JJ | 23/11/2017

A propos d`ailleurs des Juifs, on ne le dit pas assez mais ils sont sont admirables de par leur capacité a s`organiser et s`entraider dans les grands malheurs. Aujourd`hui que tant de Musulmans et de Chrétiens d`Orient se sont retrouvés sur les routes, il est pitoyable de constater a tel point ces communautés sont incapables de vraiment se mobiliser pour entraider ceux des leurs qui sont dans la mouise.

Écrit par : JJ | 23/11/2017

JJ, je vous fais remarquer que le tout petit Liban a accueilli à lui tout seul presque autant de réfugiés syriens que l'Europe entière, et que la Jordanie, certes plus grande et moins peuplée en a reçu également un très grand nombre, plus en tout cas que n'importe quel état européen.

Écrit par : alena hochmann | 23/11/2017

Oui c`est vrai, Alena. Je constate seulement que les pays "riches" (relativement) qui se réclament le plus des valeurs chrétiennes (les pays européens et, en particulier, est-européens) ou islamiques (les pays du Golfe) ne se sont sont guere empressés de mettre en pratique leurs convictions morales. L`Allemagne est l`exception mais on a vu comme le peuple s`est vite démarqué de la fille du pasteur pour ce qui est de la compassion. La palme du precher l`eau pour boire du vin revient sans conteste (avec les pays du Golfe) aux si "chrétiennes" Tchéquie, Hongrie et Pologne.

Écrit par : JJ | 23/11/2017

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