15/10/2017

Heinrich Gerlach, Eclairs lointains. Percée à Stalingrad (Editions Anne Carrière)

Heinrich Gerlach, Eclairs lointains. Percée à Stalingrad (Editions Anne Carrière)

Splendide ouvrage que ce roman qui retrace les derniers moments de plus de 300. 000 soldats allemand, commandés par un maréchal du Reich Paulus et pris dans la nasse devant Stalingrad en feu et en ruines. Ce livre eut un destin assez incroyable puisqu’il fut confisqué par les Soviétiques lorsque son auteur quitta le camp de prisonniers, près de Moscou où il était interné, pour regagner enfin le sol de la mère patrie. Une Allemagne en très mauvais point puisqu’elle avait dû accepter une capitulation sans conditions.

L’auteur, lieutenant de la Wehrmacht, se met en scène dans le livre puisqu’il fit partie de cette fameuse 6eme armée allemande commandée par le Generaleldmarschall Paulus qui, après moult hésitations, finit par capituler afin de ne pas livrer presque un demi million d’hommes à la destruction. Hitler lui avait pourtant promis des renforts de troupes fraîches et des divisions blindées qui n’arrivèrent jamais. Quant aux soldats transis de froid devant Stalingrad, ils furent livrés à leur sort sans pouvoir ni contre-attaquer ni se défendre valablement face à des divisions soviétiques qui ne reculaient pas même devant des sacrifices humains énormes. Les soldats de l’Armée rouge couraient vers les tranchées allemandes qui les hachaient menu avec leurs mitrailleuses ; mais les ordres étaient les ordres.

Du côté allemand, le général hiver décida du sort de la bataille : pas d’équipement approprié, pas de ravitaillement suivi, par d’arrivages de munitions. L’auteur qui partagea le calvaire de ses camarades d’infortune avant de se retrouver dans un camp de prisonniers raconte comment on abattait les chevaux pour s’en nourrir, comment on ne recula même pas devant l’égorgement d’un chien qui fit les délices de soldats et d’officiers affamés. Mais le pire, c’était le froid. La neige, le manque de bottes en feutre, les uniformes d’hiver n’étaient pas encore là et surtout l’aviation et l’artillerie russes qui attaquaient presque sans arrêt.

Le livre contient aussi quelques réflexions sur les débats qui allaient agiter l’Allemagne et les survivants de la catastrophe. Pris dans le chaudron ( der Kessel en allemand) de Stalingrad, soldats et officiers ne croyaient plus en rien et tournaient les ordres d’Hitler en dérision. Dans bunker surchauffé de Berlin, il n’avait aucune idée de ce que vivaient les soldats, transis de froid et mourant de faim.

Un jour, le pasteur de la division est interpellé par des hommes qui lui demandent comment il arrive à concilier sa vocation ecclésiastique et la violence qui ravage le monde. Comment bénir les armes qui tuent, estropient et ravagent toute vie, tant physique que morale… Le pasteur s’en tire par une pirouette en parlant de l’état d’imperfection de ce bas monde : partant, comment exiger d’un tel homme une conduite parfaite et irréprochable dans un monde si imparfait ?

Lorsqu’un officier inconscient ordonne à son subordonné d’exécuter froidement un soldat soviétique fait prisonnier mais qui ne veut pas répondre aux interrogatoires, l’homme clame qu’il ne le fera pas, même s’il doit comparaître devant une cour martiale.

Un jour, on confie deux prisonniers russes à une escouade laquelle revient en disant que leurs prisonniers ont tenté de s’évader et qu’ils furent donc abattus… Mais l’auteur ne se faisait pas d’illusion sur ce qui s’était vraiment passé…

Un mot du sort de ce livre : comme on le notait plus haut, son auteur, Gerlach, le rédigea dans son camp de prisonniers en Russie. En franchissant la frontière après sa libération, le manuscrit est confisqué au grand dam de l’auteur qui, après tout ce qu’il a vécu et dans le Kessel et au camp, ne désespère pas de faire connaître sa terrible histoire. De tous les journaux auxquels il demande de l’aide et de l’argent, seul une publication à gros tirage réagit. Comment ? En lui proposant le marché suivant : on lui finance une série de séances d’hypnose chez un médecin munichois afin qu’il retrouve la mémoire, grâce auquel l’auteur retrace environ 150 pages sur 650 au total !

Revigoré par cette aide imprévue, notre auteur se remet au travail et retrouve progressivement la mémoire. Il complète son ouvrage qui devient vite un best seller. Il y a même des contrats de traductions, jusques et y compris en Pologne. Mais voilà, notre médecin, alerté par de telles ventes, sent la bonne affaire et attaque en justice Gerlach, lui réclamant 10% sur tout le chiffre d’affaire. L’auteur refuse et dit que le contrat signé après hypnose ne vaut rien. En fait, sans le dire, il plaide l’abus de faiblesse !

Le médecin sera finalement débouté. Il est intéressant de lire les longues annexes qui clôturent le livre. On y apprend que Michail Souslov, l’idéologue du régime, avait mis en garde contre la restitution de ce manuscrit dont la publication viendrait renforcer les revanchards allemands…

Quelle Histoire, mais aussi quel livre !

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