03/09/2017

Le drame français II :  une débauche de débats et d’émissions politiques… 

Ce n’est contradictoire qu’en apparence : les Français détestent les hommes politiques mais ne peuvent se passer de débats politiques. C’est devenu leur drogue nationale quotidienne. Il suffit, pour s’en convaincre, de relever le nombre d’émissions politiques nouvelles, prodiguées autant par les radios que par les télévisions. Et qui trouvent généralement preneurs. Pourtant, rares sont celles qui tiennent ce qu’elles promettent. Pourquoi ? Pour la bonne raison que les émissions ne sont pas bien préparées, que les participants usent le plus souvent de la langue de bois et aussi parce que certains tabous (l’immigration non-chrétienne et non-européenne, la place de certaines religions dans la société française et aussi la perte de l’homogénéité de cette dernière, etc…) ne sont jamais évoqués.

Cette avalanche de débats renforce le désarroi au lieu de contribuer à éclairer les gens, à les former politiquement : l’abondance n’a jamais remplacé la qualité. Je sais, abondance de biens ne nuit point, mais on ne parle pas de la même denrée. En fait, les Français expriment, par cette boulimie, une insatisfaction profonde ; ils veulent qu’on parle de leurs vrais problèmes, pas uniquement ceux de la vie quotidienne (qui sont, certes, très importants), mais aussi de leur avenir sur le long terme, par exemple : A quoi ressemblera leur pays dans dix ou vingt ans, quelle place occupera la laïcité dans leur vie quotidienne, leurs conditions de vie seront elles meilleures que celles de leurs parents et grands parents ou, au contraire, pires…


J’ai récemment entendu une dame dire, à la terrasse d’un café place Victor Hugo, son indignation en constatant qu’un club de football, acheté par une pétromonarchie du Golfe, peut débourser plus de deux cents millions d’Euros sans problème alors que la cathédrale de la capitale peine à rassembler la même somme pour être restaurée et sauvée de la décrépitude…

Raymond Barre, l’un des meilleurs Premiers Ministres que la France contemporaine ait jamais eu, avait à juste titre, stigmatisé ce verbiage politique qui avait du mal à masquer son insolente vacuité, à l’aide d’une formule qui fit florès : des hommes politiques frappés d’incontinence médiatique ! Cette métaphore empruntée au monde médical avait l’avantage d’être si parlante. Pourtant, les mises en garde répétée d’un homme sage n’ont servi à rien et l’héritage de cet homme d’Etat s’est entièrement délité. Mais le rappel à Dieu a sauvé Raymond Barre et lui a épargné, comme la mort à 31 ans du jeune roi de Judée, Josias, un étonnant spectacle : le recyclage de tant d’hommes et de femmes politiques dans les médias.

Un biologiste aurait parlé du franchissement de la barrière des espèces. C’est-à-dire qu’un lézard ne peut pas s’accoupler à une souris ou un âne à une chamelle. Ou, pour être plus commode : dans le livre de Samuel, on lit que le jeune roi Saül aimait se mêler aux danses des jeunes prophètes en transes… On le renvoya à son palais en lui disant : mais que vient faire Saül parmi les prophètes (ha-gam Chaoul ba nviim ?) Eh bien, cette barrière a été franchie puisque, toute honte bue, des députés, des ministres, voire même un Premier Ministre et un président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel (quel cumulard, dans le temps !), tous déchus de leurs anciennes prestigieuses fonctions, ont rejoint des rédactions de la presse écrite ou radiophoniques ou même télévisuelles.

Comment rendre compte de cette évolution qui ne laisse pas d’étonner ? Est ce que ces gens ont cherché une source supplémentaire de revenus (ce qui n’est pas choquant car c’est plus éthique que de devenir lobbyiste de sociétés de tabac ou de groupes pharmaceutiques) ou veulent ils simplement obvier à ce qui ressemble à une mort médiatique ? Certains se sont tellement coulés dans leur moule médiatique que leur soudain silence ou leur effacement des écrans les apparente à des morts-vivants ! Il est curieux de noter que les politiques ont tant de mal à renouer avec une vie ordinaire, une existence pourtant menée par des millions de leurs concitoyens…

On voit des gens renoncer à de très confortables revenus financiers pour se lancer dans de terribles corps à corps au sein de l’arène politique. Mais pourquoi donc ? Le pouvoir, oui le pouvoir, et surtout en France où l’on parle sans cesse de changement sans rien changer. A ce propos, je me souviens de mes années de jeune étudiant, du temps de Georges Pompidou (que j’aimais tant car c’était un homme de culture, égaré en politique) qui avait gagné les élections grâce à une formule symptomatique mais qui ne voulait rien dire : le changement dans la continuité !! Comprenne qui pourra… Quel oxymore, dirait Jean-Pierre Chevènement ! Et que les mânes de Pompidou me pardonnent, mais il fut le champion du conservatisme, et je l’aime bien quand même.

Depuis cette époque, plus d’un demi siècle, la France a certes, changé, mais il reste tant à faire. Une chose me frappe aujourd’hui, au terme de mes fonctions professorales : la recherche effrénée d’un statut, synonyme d’une sécurité de l’emploi, le désir de travailler toujours au même endroit, dans la même société, alors que l’on s’épanouit tant dans le changement. J’étais devenu le mouton à cinq pattes aux yeux de tant de collègues médiocres parce que j’enseignais à Bâle, à Genève, à Berlin et à Heidelberg. Chaque fois que je croisais un collègue, il se lamentait au sujet de l’absence de moyens, mais ses moyens il les attendait de l’Etat, il ne serait jamais allé les chercher ailleurs. C’est assez symptomatique en cette période où la flexibilité semble s’opposer à la sécurité.

Mais alors pourquoi ces idiosyncrasies si françaises et comment faire pour s’en libérer ? Certainement pas en suivant toutes ces émissions politiques à la télévision. Elles favorisent les oppositions entre les citoyens et entretiennent parfois (pas toujours) un climat pré insurrectionnel dans le pays. J’ai suivi en fin de semaine une interview d’un jeune député de la France insoumise qui prévoyait tranquillement que l’actuel président n’irait pas jusqu’au bout de son mandat et que son parti et son chef se préparaient pour prendre la relève. Rendez vous compte ! Ce jeune homme siège au Palais Bourbon ! Il ne s’est pas même ému de cette crise constitutionnelle qu’il évoquait le plus tranquillement du monde et qu’a part lui, personne ne souhaite.

Rêvons un instant : si les Français acceptaient enfin de travailler plus au lieu de manifester sans cesse, de passer d’une élection à une autre, bref de se poser en s’opposant, il ferait  vraiment bon vivre en France. Je finis sur un mot d’esprit. Mes étudiants de Genève m’ont récemment raconté la blague suivante : tous les peuples de la terre vinrent se plaindre au Seigneur qui privilégie trop la France ; elle a tout, lui dirent ils : les plus beaux paysages, les plus beaux rivages, les meilleurs fromages, les plus belles femmes, etc… Le Seigneur les écouta patiemment et finit par leur dire : tout ce que vous avez dit est juste et, je le reconnais, j’ai été très injuste. Mais j’ai tout de même accablé la France d’un sacré handicap… les Français ! Et qui pourrait infliger un démenti au Seigneur ?

20:50 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Le drame français est celui de son agonie cher Professeur.
La structure de la société ressemble à celle qui prévalait à la veille de la Révolution : une caste de privilégiés qui s'enrichit à mesure que le reste de la population s'appauvrit. Un train de vie de l'Etat qui paupérise ses administrés, ceux qui payent des impôts. La caste, elle, sait comment échapper à l'impôt redevenu confiscatoire.
Et au lieu des Lumières, qui ont été un des moteurs de la Révolution, la France subit l'invasion musulmane qui vient piller ce qui peut l'être encore.
Vous évoquiez Georges Pompidou, homme de culture et néanmoins homme d'état.
J'espère que vous n'oserez pas tenter une comparaison avec micron 1er, ce paltoquet aculturé dont la seule envergure est celle des moulinets de ses bras quand il fait ses discours de campagne électorale. Un peu à la Hitler, d'ailleurs, n'avez-vous pas remarqué ?

Écrit par : Alain | 04/09/2017

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