05/06/2017

Le château Mercier de Sierre et le dialogue des cultures

 

 

 

Pour un dialogue (réussi) des cultures occidentales et orientales au château Mercier de Sierre

 

 

 

 

 

Dans le canton du Valais, où naquit mon ami le grand journaliste genevois Pascal Décaillet, j’ai pu enfin visiter le fameux château Mercier et y résider avec Danielle durant quelques jour. Cela m’a rappelé des souvenirs d’adolescence puisque j’allais souvent dans cette région suisse avec des colonies de vacances des CCVL. Je connais bien Urlrichen, Reckingen et d’autres lieux dits où nous nous rendions avec ces fameux trains à crémaillère dont je me demandais jadis comment ils pouvaient grimper aussi haut et nous conduire à bon port. C’était ce côté carte postale de la Suisse qui m’a toujours plu, avec ses montagnes qui se découpaient sur un fond de ciel bleu mais parfois aussi brumeux, comme ce fut le cas durant un seul après midi, au cours de ce séjour de retrouvailles avec cette belle région où tous les flancs de montagne sont plantés de pieds de vignes.. Je me suis laissé dire qu’il existait dans cette belle région plusieurs centaines de marques de vins, tant rouges que blancs, cette dernière catégorie ayant incontestablement ma préférence.


 

Pour un dialogue (réussi) des cultures occidentales et orientales au château Mercier de Sierre

 

 

 

 

 

 

 

L’invitation, adressée par notre ami Monsieur René-Pierre Antille prévoyait un débat amical avec mon collègue Rachid Benzine sur de nouvelles approches du judaïsme et de l’islam. Tout s’est très bien passé devant un auditoire nombreux, attentif et aussi exigeant. J’ai aussi eu l’insigne honneur de recevoir la visite de mon éminent ami le Père Maroun Attala du Liban passé par Sierre au château, juste pour me saluer car il était attendu ailleurs. Nous eûmes à peine le temps de nous donner l’accolade et de faire une photographie à trois avec Danielle. Après ce père maronite absolument adorable, que j’appelle un homme de Dieu, était déjà parti vers d’autres destinations.

 

Comme je le disais, cette région est belle, riche, bien entretenue et ferait pâlir d’envie bien des régions françaises. Mais ce n’est pas le sujet. Et les habitants ont de l’humour. Nous avons pris le funiculaire pour monter jusqu’à Montana, car, faute de temps, nous ne sommes pas allés à Cran où nous avons pourtant de la famille. Et Danielle a demandé au contrôleur du funiculaire comment cela marchait… Et l’homme a répondu dans un grand éclat de rire : Mais à l’électricité, Madame !!

 

J’ai assisté à la plupart des conférences, notamment à celle portant sur la Turquie. Et des deux protagonistes, c’est le célèbre écrivain turc le Dr Nedim Gürsel qui a emporté mon adhésion. Son protagoniste qui semblait bien connaître la question, n’a pas réussi à se dégager d’une posture idéologique, digne de tous les intellectuels de gauche. J’ai été plus qu’agacé quand il a dit verbatim que l’expression judéo=christianisme provoquait chez lui un réflexion nauséeux. C’est largement excessif et les provocations inutiles ne forcent pas l’attention du public. Personne n’a réagi car ce qui est excessif est insignifiant.

 

Personnellement, j’ai une dette envers la Turquie du début du XVIe siècle car elle recueilli un de mes ancêtres du côté maternel, venu d’Espagne. Ma mère s’appelait Gracia Elmosnino, et était une descendante du célèbre kabbaliste Moshé Elmosnino qui publia à Izmir, quelques décennies après son arrivée sur cette  terre d’asile, un ouvrage sur la mystique juive. Plus tard, il y aura le talmudiste Hasdaï Elmosnino de Tétouan dont on peut consulter la vie et l’œuvre dans l’Encyclopaedia Judaica.

 

Au cours du déjeuner, j’ai pu m’entretenir avec Monsieur Günzel qui réside à Paris et qui porte un jugement équilibré sur la situation socio-politique prévalant dans son pays.

 

Une autre conférence a retenu toute mon attention, ce fut celle prononcée par mon éminent ami, le professeur Charles Mela sur la Chanson de Roland. Ce fut magnifique et surtout l’interprétation profonde et tout à fait originale donnée de cette chanson qui a parfois été quelque peu dévoyée, voire même instrumentalisée à des fins qui lui sont étrangères.

 

Je ne puis évidemment pas parler de tous les conférenciers car les limites de cet article ne le permettent pas mais je dois dire que j’ai beaucoup appris sur les musiques sacrées, et notamment au sein du judaïsme lui-même, ne l’étant jamais vraiment intéressé à la question. J’ai regretté d’avoir manqué le débat courtois et approfondi entre Elias Sambar et Abraham Burg, ancien président de la Kenését. En revanche, j’ai pu m’entretenir avec les deux protagonistes lors du petit déjeuner. Il est rassurant de voir que de telles personnalités peuvent échanger en toute courtoisie et ressentir l’un pour l’autre un authentique respect. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette fondation Mercier que de favoriser un tel dialogue.

 

Il y eut aussi une très belle intervention du professeur Albert de Pury sur certains passages du livre de la Genèse qui reflètent même oralement la grande richesse exégétique de son œuvre écrite. Là aussi, j’ai beaucoup appris.

 

Mais il ne faut pas croire que nous vivions au château Mercier comme des ermites ou des savants  reclus dans leur tour d’ivoire. Chaque soir, il y avait des concerts, des pièces de théâtres, des animations culturelles.

 

Une seule fois, il y eut une manifestation franchement militante et qui n’a suscité qu’un assentiment de politesse mais je ne puis en dire plus car nous nous sommes levés et sommes partis, tant l’aspect largement orienté et unilatéral étaient surdimensionné. Mais dés le lendemain, des amis sont venus nous dire qu’ils partageaient notre réserve.

 

Mais de même qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, une soirée risquée ne compromet pas l’ensemble de l’édifice qui brillait par sa qualité, son esprit de tolérance et sa volonté de dialogue, dans le respect évidemment des opinions de chacun. L’Orient a encore tant de choses à apprendre de l’Occident même si, jadis il a incontestablement contribué à le civiliser et à le dégrossir. Voyez le West-Oestlicher Diwan de Goethe qui parlait finement deaufpolieren ( dégrossir, affiner).

 

La meilleure illustration par cette délicieuse jeune chanteuse israélienne, d’origine marocaine, qui a interprété avec sa voix sublime les mélodies qui ont bercé son enfance. Elle a fait revivre tout un patrimoine culturel d’une civilisation, dite judéo=arabe, qui risquait de disparaître avec la vieille génération. Les Juifs du Maroc qui ont émigré en Israël gardent un attachement très fort pour leur ancienne patrie et vouent au régime alaouite un véritable culte La jeune femme a évoqué les chants d’une grande chanteuse juive de Fes, Zohra al-Fassiya, considérée à juste titre comme le modèle même de cette musique judéo=arabo-andalouse. Quand elle a chant la belle chanson Ahya byadi ana, chantée au cours des cérémonies nuptiales, lors de la nuit du henné, je fus débordé par l’émotion : cela aussi est un mérite inestimable, porté au crédit de cette belle fondation Mercier.

 

Nous avons été accueillis magnifiquement par l’administrateur du château Mercier, René-Pierre Antille, devenu notre ami au cours de ce beau séjour où j’eus l’occasion de revoir un collègue, évoqué plus haut, que j’aime tant, le professeur Charles Mela, ancien doyen de la faculté des lettres de l’uni de Genève, ancien président et directeur du Musée Bodmer. J’ai aussi pu, à la faveur de cette belle invitation,  à m’exprimer sur différents sujets, faire la connaissance d’un grand maître de la critique biblique, le professeur Albert de Pury.

 

Pour finir, je dois dire un mot de la soirée du samedi, véritable point d’orgue (c’est bien le cas de le dire) de ce colloque : l’orchestre rassemblé pour la sixième année consécutive par ce redoutable Mahmoud, grand artiste, grand guitariste excellent chef d’orchestre, a fait sensation. J’ai rarement vécu une si belle soirée musicale, il y avait une chanteuse africaine, un juif russe sur lequel je reviendrai, un slave,  le marocain Mahmoud, un Egyptien et deux autres instrumentistes dont la nationalité m’échappe.

 

Tout le monde était parfait mais selon moi et Danielle, celui qui a remporté la palme d’or et qui a mis le feu à la salle ( plus de deux cents personnes), ce fut notre trompettiste  judéo-russe qui sera le Sydney Bechett du XXIe siècle.

 

Grand artiste, doublé d’un redoutable comédien, commença par dire qu’il était russe, ajoutant à voix basse qu’il était aussi un peu juif. Et de nous régaler du son de sa trompette. Et voici qu’il nous donne deux mélodies en yddish, notamment la célébrissime Bei mir bist Du scheyn (Pour moi tu es belle) où sont résumées toute la nostalgie, toute la détresse, tout le désespoir d’une humanité persécutée en raison de ses origines ethniques et religieuses. Et ce jeune trompettiste a mis le feu à la salle, comme un vin paradisiaque. Lors du superbe cocktail dinatoire offert aux spectateurs, je suis allé l’embrasser et le féliciter. En quelques secondes une kyrielle de dames sont venues le congratuler. Il avait l’air d’un petit garçon , entourée de cousines et de tantes.

 

Belle apothéose qui a effacé la désastreuse impression de la précédente veillée poétique qui portait si mal son nom. Mais, c’est comme toute chose dans la vie : il faut savoir attendre, faire preuve de patience. Le cœur ou la raison, finit toujours par l’emporter. La paix des cœurs finira par s’imposer. Goethe dont il fut aussi question avant notre arrivée a dit que la haine trouve sa place au plus bas niveau de la culture (Der Hass befindet sich auf der untersten Stufe der Kultur) Et il a encore raison.

 

 

 

Les rencontres orient occident sont en de bonnes mains au château Mercier ; elles ont de beaux jours devant elles ; et notre ami René-Pierre Antille connait bien son affaire et a les choses bien main. Bravo aussi à tous ses collaborateurs et collaboratrices.

 

 

 

Maurice-Ruben HAYOUN

 

 

 

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