28/05/2017

Lettres d'Israël VI: Le chabbat au Herods à la Mer morte

Lettres d’Israël : chabbat au Herods à la Mer morte.

Il est environ 15h30 quand le véhicule s’immobilise devant l’entrée principale du Herods. C’est un peu irréel, ce paysage lunaire avec en avant plan ce grand hôtel qui attire toujours autant de gens du monde entier. Nous l’avons connu et apprécié grâce à l’un des principaux managers, Mister Ismaïl, un bédouin devenu le gestionnaire avisé d’un si grand hôtel. Pour une fois, pas de file d’attente devant la réception, l’installation se fait très vite. Sitôt les valises déposées dans la chambre, je descends rapidement pour rejoindre la fitness room où je fais un peu d’exercice. C’est qu’il ne faut pas traîner car dans quelques heures, c’est l’entrée du chabbat. Et même s’il y a tant Russes qui ne sont pas juifs, l’atmosphère est tout de même étrange par rapport, je crois, aux autres jours.

 

Après le sport, je rejoins Danielle qui se baigne dans cette eau chargée de sel et qui donne au corps une sorte de peau satinée. Le soleil darde ses rayons sur tous les baigneurs. Il y a encore du monde sur place, mais les Juifs les plus religieux sont entrés dans leurs chambres afin de se préparer à accueillir le chabbat.

 

 

Comme nous avons avec nous une amie suisse Micaëlla G-M., nous convenons de nous retrouver devant l’une des salles à manger de l’hôtel. Vers 19h45, nous entrons dans la salle à manger et là, c’est indéniable, l’atmosphère est celle du chabbat. Le talmud le dit bien : ha-chabbat mé’eyn olam ha-bas : le Chabbat évoque quelque chose du monde futur. Encore cette obsession juive de faire le coup de Josué qui ordonne au temps de suspendre son vol : comme le disait Abraham Heschel dans on texte sur le chabbat et sa signification pour l’homme moderne, le temps du chabbat évoque l’éternité Plus prosaïquement, on change de registre C’est probablement ainsi qu’il faudrait interpréter la belle métaphore d’une âme supplémentaire (neshama yetéra). Certains se demandent même si la notion bergsonnienne de supplément d’âme ne vient pas des pâles origines juives du philosophe…

 

Je vous ai parlé il y a un instant des bédouins dont l’Etat d’Israël a su faire des maîtres d’hôtel, des directeurs de salle et des serveurs. Certes, ils ne sont pas stylés comme à Paris, mais ils font de leur mieux. Je m’adresse donc à celui que je connais le mieux pour commander une bouteille de vin rouge sec gamla. Il apporte la bouteille et me la tend pour l’ouvrir car il sait que les Juifs hyper religieux tiennent à ouvrir la bouteille eux-mêmes et à se faire servir par des Juifs. Je lui fis la réponse suivante : vous savez , je suis juif mais j’ai oublié d’être idiot. Il éclate de rire, ouvre la bouteille, me fait goûter le vin. C’est excellent

 

Les deux dames restent assises, comme chez mes parents à Agadir et moi je me lève pour réciter le kiddoush. Ensuite je récite les deux autres bénédictions. A la table de droite, une jeune maman fait réciter à sa petite fille la prière ha-motsi léhém min ha-aréts. Je cache l’émotion qui m’envahit. Une maman qui, sous nos yeux, éduque sa fille qui doit comprendre que le chabbat n’est pas un jour comme les autres.

 

Conformément à leur habitude, et comme je vous l’ai déjà signalé en parlant du rapport des Juifs à la nourriture, les Israéliens se jettent sur les buffets qui sont plantureux.

Je me rends compte que la totalité des jeunes serveurs et des maîtres d’hôtel sont des bédouins. L’Etat d’Israël a très intelligemment géré les Bédouins qu’il recrute pour son armée où ils forment des bataillons homogènes. Ils n’ont pas leurs pareils pour repérer les traces laissées par des infiltrations de terroristes. Dans l’obscurité, ils ont une vue perçante et jusqu’ici ils ont, comme les Druzes, fait preuve d’une totale loyauté à l’endroit de leur pays, l’Etat d’Israël.

 

En allant moi aussi au buffet où ma femme a déjà repéré un plat de langue de bœuf à la marocaine, accompagné de délicieuses olives vertes, je me rends compte que je suis le seul à être en costume. La salle est bien climatisée mais dehors il fait encore trente degrés. Et il est plus de vingt heures.

 

De retour du buffet, je tente de me faufiler entre ma chaise et celle de la voisine. Je lui dis en hébreu pardon (tisléhi li) et elle me répond comme seul un Israélien peut vous répondre : mais je vous ai déjà pardonné (kvar salahti lakh…). Il faut vraiment venir dans ce pays pour entendre de telles réparties.

 

Toutes les langues (sans jeu de mots avec ce plat que je ne mange qu’une fois par an) se font entendre ici, mais l’hébreu est devenu la seconde langue du pays, au profit du russe. Figurez vous que les Bédouins comprennent l’hébreu, mais pas les femmes de chambre ukrainiennes ni les plagistes. Il faut parler russe : quand je dis à la femme de chambre que j’ai besoin d’un nouveau peignoir de bain, je dois faire une foule de gestes. Pas un mot d’hébreu ni d’anglais !!

 

J’ignore à quoi ressemblera le chabbat dans cinquante ans en Israël tant les traditions locales divergent les unes par rapport aux autres. Mais, grâce soit rendue au ciel, les prières resteront les mêmes. Et ces visages rayonnants de Juifs âgés, de vieux Messieurs, grand old men qui récitent les prières suivant leur ancienne mélodie… A la limite, on oublierait de manger pour les écouter et les scruter.

 

Vivre intimement le chabbat, c’est de cela précisément que je suis le témoin ce soir ; certes, il arrive qu’un touriste français, particulièrement arrogant, vienne tout gâcher en manifestant bruyamment sa mauvaise humeur car un Israélien a pris la table qu’il convoitait. Mais cette inconvenance ne suffit pas à rompre l’atmosphère presque magique que je ressens.

 

Au-delà d’une certain âge on ne se refait pas : je me remets à penser, à me demander comment nous avons fait pour conserver, contre vents et marées, un dénominateur commun, un lien unificateur, qu’on ait vu le jour dans un pays arabe, en Europe, en Amérique, en Australie ou en Israël même… Pour nous tous, le chabbat garde son lustre extraordinaire, même si nous nous écartons de toutes ses prescriptions qui viennent corseter un jour au cours duquel tout devrait être joie et allégresse. N’oubliez pas ce que Ernest Renan disait du sérieux judaïque… Il le dénonçait à juste titre.

 

Je suis plongé dans mes pensées quand soudain, j’entends nettement l’action de grâce après le repas, récitée dans une mélodie presque nostalgique par un vieux Monsieur. Un peu comme s’il disait à Dieu qu’il a trop tardé à permettre la renaissance d’un grand état juif… Ces sons presque plaintifs font penser aux mélodies hassidiques ; Je sais que c’est ma sensibilité juive qui me fait dire ou penser cela. Et c’est cette même sensibilité qui radoucit les critiques justifiées que nous adressons à l’Etat d’Israël quand nous venons d’Europe et surtout de France. Les Israéliens ne sont pas gens faciles, ils sont même parfois ingérables. Mais ce sont nos frères avec lesquels nous réapprenons à vivre

 

Ce lien entre nous tous n’est pas seulement un ciment d’unité, c’est un lien profondément fraternel.

 

Encore un détail : le lendemain matin, au petit déjeuner, ce sont des jeunes venus d’Erythrée qui servent le café. Eux font un effort pour parler hébreu. Ils obéissent au doigt et à l’œil aux Bédouins qui les dirigent avec douceur et délicatesse.

 

C’est bien cela la définition de l’Etat juif : ne pas distinguer entre les êtres humains. Se souvenir que le terme ADAM qui désigne la base même de la nature humaine ne connaît pas de pluriel. C’est une façon d’insister sur l’unicité de l’être. Le Talmud nous apprend que contrairement au fondeur qui frappe des pièces de monnaie, toutes absolument et strictement identiques,, Dieu crée des hommes, tous issus du même Adam, sans qu’aucun ne soit la copie conforme d’un autre. Les humains ne sont pas interchangeables. Et quand on veut parler du genre humain les sources juives anciennes disent bené Adam… Tous fils et filles d’une même souche tout en respectant la diversité.

 

Etre un Etat juif c’est incarner les valeurs universelles de la Tora, dans toute la mesure du possible. Aujourd’hui, entouré d’ennemis impitoyables, Israël fait de son mieux pour être digne de cet héritage dont il fit l’apostolat au reste de l’humanité.

 

Quand la paix sera là, on considérera la période précédente comme une sorte de préhistoire.

 

On comprend mieux la symbolique du chabbat : vingt-six heures durant, on s’éloigne du monde et de ses vicissitudes. On cherche la paix qu’on instaure dans son âme à défaut de la vivre dans le monde extérieur.

 

Et on troque le temps contre l’éternité

 

 

 

 

 

 

 

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26/05/2017

LETTRE D ISRAEL AU BORD DE LA MER MORTE

Lettres d’Israël V : Au bord de la Mer morte

 

Il a fait très chaud durant toute la journée d’hier. Au milieu de la nuit, j’ai pu observer à la jumelle le thermomètre de la plage ; 22° vers quatre heures du matin. Ce vendredi, le long de la route vers la Mer morte, la chaleur a regagné en intensité. Chaque fois que nous entreprenons ce voyage vers le site le plus bas au monde, par rapport au niveau de la mer, je suis plongé dans mes pensées. Nul autre paysage dans ce pays, celui de nos lointains ancêtres, n’évoque plus que celui-ci notre vieille histoire.

 

Ce paysage quasi lunaire avec des traces inimaginables de l’érosion éolienne ou autre, me rappelle toujours la saga abrahamique, ce personnage semi légendaire qui a fondé, sans le savoir vraiment, l’identité juive, même la nôtre, contemporaine.

 

Ernest Renan avait un peu raison de dire que le désert est monothéiste. Rien ne bouge, rien n’est à l’échelle humaine, l’homme, pour y survivre, doit vraiment s’atteler à la tâche. Pas une goutte d’eau, pas un brin d’herbe Rien, absolument rien. De temps en temps des camps de bédouins avec des chèvres faméliques qui tentent de brouter quelque chose. Parfois un chameau. Mais nul être humain n’est visible : les bédouins se mettent à l’abri sous la tente, sirotent leur thé sirupeux et sont très économes de la moindre mobilité. C’est qu’il faudrait alors se réhydrater chaque fois et ici l’eau est une denrée rare.

 

Danielle tient à conduire, ce qui me permet de m’abîmer dans mes pensées. En 2011, j’avais fait paraitre aux éditions Ellipses à Paris un livre intitulé Abraham, un patriarche dans l’Histoire. Peut-être aurais je dû, avant la rédaction finale, venir me ressourcer ici… Nul ne reste insensible en contemplant ce paysage, probablement unique au monde, par sa situation.

 

Le livre de la Genèse est l’un des plus complexes de la Bible hébraïque. Il contient cinquante chapitres et les chapitres 12 à 25 sont dévolus à la saga abrahamique. Après c’est la vie d’Isaac (notamment au chapitre 22 sa ligature) et de Jacob… Mais la personnalité qui se dégage le plus et devient emblématique est bien celle de Joseph qui est traitée du chapitre 37 au chapitre 50, presque autant que son arrière-grand père le patriarche Abraham. Lequel connaissait ce territoire comme sa poche puisqu’il l’a sillonné de long en large, comme le note littéralement la Bible hébraïque.

 

Les montagnes défilent devant mes yeux et j’imagine Abraham sous sa tente, puis assis devant elle, accueillant les voyageurs ou les trois anges qui se font passer pour de paisibles caravaniers alors qu’ils ont pour mission de détruire les deux villes pécheresses, Sodome et Gomorrhe. Mais aussi de faire d’autres annonces, plus réjouissantes, notamment la naissance d’Isaac.

 

Les scripteurs du livre de la Genèse ont ressenti le besoin d’installer, pour ainsi dire, un patriarche, comme l’expliquait brillamment M. Albert de Pury. C’est peut-être ici l’authentique berceau de la religion d’Israël, une religion qui faisait ses premiers pas dans un environnement si oriental avec des nomades juchés sur des dromadaires, effectuant des transhumances suivant les saisons, suivis ou précédés de leurs troupeaux ; mais ces descriptions ne sont qu’une toile de fond, l’objectif des rédacteurs est de montrer que même Abraham, sans avoir reçu la Torah de Dieu, en appliquait déjà les commandements à la lettres. Et le Talmud, fidèle à son habitude, amplifie encore plus cette fidélité et cette obéissance en soulignant que le patriarche était au fait même de la tradition orale, alors que celle-ci ne verra le jour que des siècles et des siècles plus tard. En effet, la critique biblique établit conjecturalement la vie d’Abraham vers 1850 avant notre ère.

 

Un panneau de signalisation interrompt mes réflexions : en caractères hébreux et arabes, il indique qu’il faut ralentir car il y a devant nous un barrage militaire. Et en effet, des soldats, plutôt jeunes et lourdement armés, montent la garde de manière débonnaire. Sue le bas côté de la route est stationnée une jeep lilitaire hérissée d’antennes. Les soldats jettent un coup d’œil rapide mais c’est plus loin, quand on se rapproche de Eyn Boqéq que leurs camarades font ouvrir le coffre de la voiture.

 

La vision de ces deux jeunes gens et de cette jeune fille portant son fusil d’assaut en bandoulière me rappelle d’autres choses, et notamment la visite du président Donald Trump en Israël. La psychologie de ce peuple est largement déterminée par l’extérieur. Le point numéro un de la politique intérieure d’Israël, c’est la politique extérieure !

 

Seul un tel peuple pouvait faire au reste de l’humanité l’apostolat du messianisme. C’est la formule plus élaborée de l’idée populaire : demain, cela ira mieux : ihyé tov. Mais jamais hic et nunc.

 

Mais en dépit d’un état de guerre permanent depuis sa création si controversée mais légitime et absolument fondée, l’Etat d’Israël qui se proclame un Etat juif, est devenu l’une des premières puissances technologiques et militaires au monde. On le nomme la Start up nation. Il est rare de trouver des appareils électroniques d’usage courant sans quelques composants découverts et commercialisés en Israël : dans les avions, les téléphones portables et tant d’autres instruments.

 

Et puis, il suffit de se concentrer sur la route goudronnée, bien signalée, avec des espaces de repos, des stations services, etc…

 

L’hostilité quasi générale n’a pas frappé d’immobilisme, n’a pas paralysé le génie créatif du peuple juif, tant ici qu’ailleurs. Il ne s’agit pas de déclarations d’ordre apologétique. Tous ceux qui s’acharnent à dénoncer Israël devraient plutôt l’imiter ou suivre ses conseils. Le défunt premier ministre d’Israël, Itshaq Rabin avait jadis dans un très beau discours rendu hommage à la sagesse et à l’ingéniosité du peuple juif. Et il avait raison.

 

Mais je doute que la paix apparaisse de notre vivant. Voilà pourquoi les liturgistes juifs ont ajouté à l’invocation de l’avènement messianique la formule : bi-mehéra beyaménou, vite et de nos jours, de notre vivant… Cette redondance est voulue, intentionnelle.

 

Toujours cette course contre la montre du peuple juif, toujours cette temporalité qui sort du temps qui passe pour adhérer à l’éternité. Déjà le talmud avait frappé deux formules que Heidegger aurait dû méditer en publiant en 1927 Sein und Zeit. IL s’agit de Hayyé Olam et Hayyé sha’a : l’éternité face au temps qui passe. La stabilité face à la fugacité

 

Mais Danielle m’arrache à mes pensées en me disant que nous sommes arrivés à bon port. Encore un chabbat au Herodes de yam ha mélah avec tous ces plats marocains relevés et cette ambiance unique en son genre.

 

La moitié des nationalités du monde est ici représentée. Et surtout tous les maitres d’hôtel sont des bédouins, y compris le principal manager, mon ami Ismaïl…

 

(Prochaine lettre d’Israël VI : importer les conditions de vie parisienne en Israël)

 

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24/05/2017

Lettres d'Israël IV: Au bord de l'eau

Lettres d’Israël IV : Au bord de l’eau

 

Dans une station balnéaire avec des kilomètres de plage au sable fin sans le moindre galet, un peu comme à Agadir, la baignade compte beaucoup. Les gens sont là, certes en moindre nombre qu’au cours du mois d’août où se déversent ici toutes les banlieues de Paris, mais on ne peut pas dire que la plage soit déserte, comme dirait Aznavour.

 

Ici, comme dans les rues de cette ville balnéaire, le français est la langue la plus usitée, avant l’hébreu et le russe. C’est une véritable mosaïque qui se déploie sous vos yeux. En général, mis à part le mois d’août, je peux lire tranquillement des textes difficiles (Heidegger, Arendt, etc…) et la plage n’est guère brillante. Tout cela change lorsque les Français viennent.

 

Ce sont eux, d’ailleurs, qui sont aussi là, mais ce n’est pas la même clientèle. Il s’agit principalement de retraités français qui ont fait leur alya mais qui n’ont pas coupé tout lien avec la France. Leurs conversations gravitent toujours autour des mêmes sujets : le taux de convertibilité de l’Euro, monnaie en laquelle est libellée leur pension… Ensuite viennent les difficultés d’insertion surtout pour des personnes âgées qui ne peuvent pas assimiler l’hébreu. J’ai même entendu une dame dire : nous sommes ici des analphabètes ! Elle a raison, mais à qui la faute ? Certes, il faut avoir de la compassion pour des gens d’un certain âge, peu cultivés mais qui ne sont plus en mesure d’acquérir les bases d’une langue sémitique, si différente du français, langue indo-européenne. Et qui sont perdus, incapables de déchiffrer l’alphabet hébraïque, de comprendre ce que leur dit le guichetier de la banque. Heureusement il y a un francophone qu’on appelle à la rescousse ; mais au lieu de durer cinq minutes, l’explication prend une bonne demi-heure.

 

On entend aussi des critiques accablantes contre les Israéliens, surtout les commerçants et les artisans qui considèrent ceux qui viennent de l’extérieur, comme de véritables vaches laitières, taillables et corvéables à merci. Il y, certes, à prendre et à laisser. Il est indéniable que l’Israélien moyen abuse de l’inexpérience et ou de la naïveté du nouveau venu qui se croit protégé de tous ces requins par d’hypothétiques ou imaginaires valeurs juives. Je ne vais pas donner d’exemples que les antisémites pourraient nous envoyer à la figure.

 

Si vous voulez acheter des cartes sim, réparer votre portable, faire marcher votre téléviseur, remettre à jour la climatisation ou l’eau chaude, c’est un véritable parcours du combattant. Je puis en parler en connaissance de cause. D’autres subissent comme un traumatisme les vicissitudes entourant l’achat d’un appartement. Ici, tous les avocats sont aussi notaires et les choses ne se passent pas toujours sans accrocs.

 

Un vieille dame, non loin de mon transat, hurle au téléphone en français sa mésaventure de ce matin même à la banque. On l’a fait attendre, elle a à peine pu visiter son coffre… Une autre se plaint des incivilités de l’Israélien moyen qui ne dit jamais ni bonjour ni merci… C’est du moins ce que ces braves dames disent. Mais elles n’ont pas entièrement tort…

 

Il existe incontestablement un fossé entre les deux cultures, celle du pays d’origine et celle du pays d’accueil. Quiconque s’attendrait à trouver ici le même service qu’en Europe, en France ou en Suisse, ferait fausse route et se préparerait de tristes lendemains.

 

Comment s’explique cette rugosité israélienne ( ha hispous ha israélien) ? La guerre, les lendemains incertains, une administration tatillonne, les périodes militaires obligatoires, la vie chère, le terrorisme, la pression des religieux, la crise du logement, l’enseignement supérieur payant ? Ou d’autres choses ? Peut-être une volonté délibérée animant les éducateurs et les pédagogues israéliens de produire un Juif nouveau, fier de lui-même, valeureux, courageux, défiant le monde entier… J’y crois un petit peu et ce n’est pas pour me déplaire. Mais cela reste difficile à supporter car l’éducation reçue ne s’emboîte guère avec ce qui se passe en Israël.

 

A toutes ces récriminations, plus ou moins fondées, les Israéliens natifs, les sabras, répondent que ce n’est rien, comparé aux défis que le pays doit relever à toute heure du jour et de la nuit, confronté à la méchanceté, à la cruauté des ennemis d’Israël qui proclament urbi et orbi sa disparition. Mieux vaut un soldat courageux, valeureux qu’un individu policé et bien élevé…

 

Comment départager les deux parties ? Comment établir une passerelle entre ces deux visions ? La société israélienne évolue selon des critères qui lui sont propres. Elle bouge sans cesse, comme les routes et les infrastructures de ce pays. Certains sont pour d’autres sont contre. Sommes nous à l’orée d’un point de fracture ? J’espère que non, même si la vraie cassure oppose les religieux aux laïcs.

 

Selon moi, l’élite rabbinique locale n’a pas accompli l’effet qu’on attendait d’elle. Elle se préoccupe plus de son pouvoir d’achat et de sa situation matérielle que de l’avenir spirituel de la nation. Or, mis à part les rabbins, aucun autre corps n’est en mesure de le faire.

 

On m’a raconté des comportements de gardiens de la foi qui font flèche de tout bois pour s’assurer des revenus et un niveau de vie confortable. Je ne suis pas contre. Mais le rabbinat est une vocation, ce n’est pas une profession avec échelle mobile des salaires ou cumul de points de retraite. Israël est très fort militairement, c’est bien et c’est même rassurant. Mais il ne doit pas accumuler les retards spirituellement.

 

Il nous faut des rabbins convaincus, fidèles, conscients de leurs devoirs vis à vis de nous tous. Il faut laisser à d’autres le trafic ou le commerce des indulgences. On oublie que pour être un Etat juif et le rester il faut que cette condition soit remplie : le respect des enseignements de la Tora, d’abord par ceux qui sont chargés de l’enseigner au kelal Israël…

 

(Prochaine lettre d’Israël V : Au bord le Mer morte)

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23/05/2017

Les Juits entre les mains de Dieu?

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

 

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

Les juifs : une histoire ou un destin ?

 

De manière assez curieuse, la visite de Donald Trump en Israël a suscité les réactions les plus inattendues. D’une part, l’élection du magnat américain de l’immobilier a suscité les espoirs les plus fous, et d’autre part elle a plongé la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, dans un scepticisme inouï.

 

En fait, après toutes ces années où la paix paraissait à la fois proche et lointaine, l’histoire du peuple juif et donc de son aboutissement national et étatique, a dévoilé des aspects qu’on ne lui connaissait pas ou qu’on n’avait pas suffisamment approfondis : qui écrit l’Histoire des Juifs ? Les Juifs eux-mêmes ou une puissance, une divinité tutélaire qui leur impose sa loi, fait d’eux son peuple, leur impose ses commandements et ses interdits et leur assigne un territoire, si âprement contesté par d’autres et où coulent prétendument le lait et le miel ?

 

Les biblistes les plus sérieux font un constat : il est impossible d’écrire l’histoire du peuple d’Israël durant l’Antiquité car on ne dispose que des données de la Torah, de la Bible hébraïque avec son canon composé de vingt-quatre livres. Or, la Bible n’est pas un livre d’histoire, elle cultive les anachronismes, les déclarations contradictoires et les doublons car elle procède à une lecture théologique des événements. Elle ramène tout à une cause unique et suprême, Dieu ou sa Providence laquelle se contente de confier à d’humaines mains le soin de faire appliquer son ordre sur terre.

 

Dans le livre de la Genèse, un élément déterminant se lit à partir du chapitre XII : le patriarche Abraham se voit annoncer par Dieu en personne que son peuple, les enfants d’Israël, vivra en Egypte une captivité de plusieurs siècles mais qu’après cette terrible épreuve la fameuse Terre promise leur sera dévolue. On relève un détail crucial : pas une fois, ce peuple composé d’anciens esclaves, n’est consulté ; pas une fois il n’est tenu compte de son avis. Dieu, arbitre et autorité suprême, décide de tout : Israël sera réduit en esclavage en Egypte, Dieu l’en délivrera à coup de miracles et de prodiges, il vivra la traversée du désert au cours de laquelle il sera aguerri et enfin il conquerra le territoire promis par Dieu sous la férule de Josué, le fidèle disciple de Moïse.

Et au cours de sa longue période antique, le peuple d’Israël se verra rappeler à ses devoirs chaque fois que les envoyés divins, les prophètes en ressentiront le besoin. Lorsqu’Israël s’écartera de la voie tracée ou se livrera à de condamnables syncrétismes. Yahwh régnera tout seul sur ce peuple qu’il considère comme étant le sien exclusivement.

 

Toute l’historiographique biblique se déploie en plusieurs livres auxquels le Deutéronome, le dernier livre du Pentateuque sert d’introduction : le livre de Josué, le livre des Juges, les deux livres de Samuel et enfin les deux livres des Rois. Sept ouvrages constituent donc l’armature de l’histoire antique d’Israël. La ligne directrice est toujours la même partout : C’est Dieu qui est aux commandes.

 

Au cours de cette histoire tumultueuse qui a suscité chez les spécialistes des opinions ou des analyses contrastées, le peuple d’Israël a toujours attendu le salut d’ailleurs, de préférence de l’extérieur. L’espoir de ce salut culmine avec la notion de messianisme, véritable matrice de ce qui donnera plus tard dans nos systèmes politiques, la notion de l’homme providentiel. Un sauveur qui serait quasi mandaté par Dieu ou par sa Providence… Le messianisme est le rêve éveillé du peuple juif.

 

Plusieurs fois ce phénomène s’est vérifié dans l’histoire de ce peuple, à nul autre pareil, puisque censé être celui que Dieu s’est choisi. Son temps, son devenir, sa vie nationale sont autres.

 

Après la destruction du premier Temple de Jérusalem en 586 avant notre ère, et environ sept décennies après la déportation et la captivité à Babylone, Cyrus proclame un édit permettant aux exilés de rentrer chez eux. Dans cette décision qui se présente comme une mesure bienveillante mais cache mal tout autant d’arrière-pensées politiques, les Judéens ont voulu voir l‘intervention de Dieu qui a instrumentalisé le puissant monarque, agissant ainsi à son insu… La Bible avait fait la même analyse avec le bourreau du peuple d’Israël, le roi Nabuchodonosor en -586 : ce satrape n’a fait que réaliser un néfaste décret divin. Toujours cette vue théologique de l’Histoire où rien ne se fait, rien ne se produit sans que Dieu n’en ait donné l’ordre.

 

Au fond, les Israéliens contemporains ne se sont pas affranchis de cette grille de lecture : ils fondent sur le magnat de l’immobilier US, désormais locataire de la Maison Blanche, des espoirs quasi surnaturels. Trump serait le bon non-Juif que la Providence a chargé d’apporter la paix à ce peuple ; elle lui aurait permis de réaliser la prophétie du chapitre 31 du livre de Jérémie : les fils s’en reviennent chez eux.

 

Nous vivons au XXIe siècle. Il est bon de demeurer ancrés dans une vénérable tradition qui a fait à l’humanité l’apostolat du messianisme éthique et du messianisme. Mais même Moïse Maimonide qui est mort en 1204 près du Caire a donné une interprétation moderne et rationaliste de l’époque messianique. Aucun peuple n’en opprimera un autre et l’humanité aura utilisé pleinement ses facultés cognitives… Il n y aura plus d’Histoire car le temps se sera figé en téernité.

 

C’est dire combien il est urgent que les Juifs prennent leur histoire à bras le corps et se soustraient enfin à leur destin

 

Maurice-Ruben HAYOUN

Professeur à l’Uni de Genève

Dernier livre paru : Franz Rosenzweig, une introduction. Paris, Agora, 2015

 

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22/05/2017

Lettres d"Israël III: le vieux souk de Natanya

Lettres d’Israël III : Le vieux souk de Natanya

 

--Mais pourquoi donc criez vous si fort en parlant ?

-- C’est pour être sûr d’être entendu…

A lui seul, cet échange que j’ai eu avec un vendeur de primeurs dans le vieux marché de la ville résume tout Israël, sa situation dans la région et les relations que ses citoyens entretiennent entre eux par temps normal, si tant est que la normalité ait élu domicile dans ce pays si spécial.

 

Un marché révèle ce que l’on ne voit pas sur les terrasses des cafés ni dans une salle de restaurant. Vous avez sous les yeux des échanges directs, non formalisés. Vous êtes témoin direct de la réalité qui se déroule sous vos yeux. Et c’est bien le cas du souk. La plupart des classes sociales s’y côtoient. Et parfois, hélas, on sent ka gêne, la misère car ka vie est chère en Israël. Et ceux qui prétendent que la vie y est plus facile qu’ailleurs se trompent. Il suffit de voir comment le citpyen se jette sur l’argent, comment les nouveaux arrivés sont littéralement rackettés par les et les autres.

 

Les vendeurs du marché vantent en hurlant la qualité de leurs produits et surtout la modicité du prix. Ils crient à tue-tête. Rien n’est à l’arrêt ici, tout bouge, une énergie incroyable se déverse sur le chaland, surtout européen. C’est le seul endroit au monde où les vendeurs n’hésitent pas à apostropher le client qui ne réagit pas aussi vite qu’eux. C’est le seul pays que je connaisse où un vendeur vous fait attendre car il sirote son café ou se désaltère en buvant à même le goulot.

 

Un exemple : je m’approche d’un étal de mandarines ou de clémentines. Un jeune Soudanais m’annonce les prix du kilogramme. C’est dix-sept shékél. Comme sa prononciation est assez inhabituelle je fais signe que je ne comprends pas. Il me hurle à l’oreille le prix en arabe : sba’ ta’ch. Je Je regarde, cela ne le démonte pas. Mais quelque chose me frappe : il répète chaque mot prononcé par Danielle, pour apprendre la langue.

 

Ce détail change entièrement ma réflexion ; je me trouve devant un adolescent réfugié sur place après avoir bravé bien des dangers. Par tous les moyens dont il dispose, et ils sont hélas très réduits, il tente d’apprendre, de comprendre, de communiquer. Il a tout répété comme on révise une leçon d’histoire ou on apprend un poème à l’école primaire, une école que l’histoire et la vie ne lui ont pas permis de fréquenter.. Pensif, je m’éloigne, le pas lent ; sait il ce que je pense ? le reverrai-je un jour ? Sera t il encore en Israël ou sera t il renvoyé chez lui au Soudan ? Dieu seul le sait.

 

Il nous manque des pittot. On va chez Malka le roi de la pitta, c’est ainsi qu’il se nomme. Natanya est une ville francophone et le magasin de Malka est son haut-lieu, sa capitale de la francophonie : je n’ai encore jamais entendu personne parler hébreu dans ce magasin. Ni les clients, ni les vendeurs, ni le patron, ni sa femme.

 

Ce vieux souk est luxuriant, il déborde de victuailles et le vendredi matin il est impraticable. Les imprudentes qui n’ont pas fait leurs emplettes pour le chabbat la veille connaissent leur douleur : des temps d’attente multipliés par deux au moins.

 

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner le marchand de pistaches. Personnage très important car nous en achetons beaucoup que nous ramenons dans nos valises. A Paris, les meilleures marques de cacahuètes ou de pistaches n’égaleront jamais celles-ci, faites selon un mode artisanal. Je connais le vendeur depuis de longues années, il ne sourit jamais. Cette fois-ci, pour le dérider, je lui dis qu’on est venu de Paris et qu’on ne se fournit que chez lui. Enfin, il esquisse un sourire qui atteint ses deux oreilles. Mais, Ô miracle, il fait enfin une déclaration que je résume : Paris, cela suffit ! Tu dois faire ta aliya. Il est grand temps. On t’attend ici.

 

Unique !! Connaissez vous un autre pays au monde, un seul, où un marchand de pistaches exhorte ses clients à changer de pays et à émigrer ? Si oui, faites le moi savoir.

 

J’ai souvent réfléchi sur la promesse de Dieu à Abraham : l’installation de ses enfants, nous les Juifs, dans un pays où coulent le lait et le miel. Ce que les simples d’esprit interprétaient dans ce sens : on reste assis les bras croisés et tout nous tombe du ciel, sans se fatiguer. Et je ne parle même pas des Arabes et des problèmes qu’ils posent des décennies.

 

Certains caricaturistes ont hasardé l’interprétation suivante : cette promesse divine à Abraham serait la plus grosse arnaque historique. Une fraude à l’échelle planétaire… Ce serait la plus grande tromperie sur la marchandise de l’Histoire. Commise par Dieu en personne à l’encontre d’un peuple qui n’en demandait pas tant. Quand vous prenez place à la terrasse d’un café, bien à l’ombre et que vous scrutez ces personnes âgées, transpirant sous le soleil et généralement souffrant de surcharge pondérale (rappelez vous le rapport des Juifs à la nourriture qui les rassure…), vous vous demandez si Dieu a vraiment voulu récompenser Israël, son peuple élu, en l’installant là où il l’a installé.

 

Et pourtant le sourire malicieux du vieux vendeur de spiritueux vous fait aussitôt changer d’avis. A ma demande mais où sont les bières, il répond dans un français approximatif : mais sous vos yeux !! Toujours cette infinie délicatesse israélienne qui fait le charme mondial des habitants de ce pays. Et aussi de leur réputation qui les précède. Mais il me plaît ce vieux monsieur qui a la peau basanée probablement à cause du soleil. Il me rappelle cette vieille femme qui disait à son vis à vis il y a quelques années : toda la ’ El ‘al médinat Israël : Grâce soit rendue à Dieu pour la terre d’Israël…

 

Oui, Grâces soient rendues à Dieu pour cette terre d’Israël que les avatars de l’Histoire ont tenue loin de nous pendant deux mille ans.

 

(Prochaine lettre d’Israël IV : Au bord de l’eau)

 

 

 

 

 

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Lettres d'Israël I & II

Lettres d'Israël I et II

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14/05/2017

Reflexions sur une cérémonie d’investiture

 

Reflexions sur  une cérémonie d’investiture

 

J’insiste bien sur le terme cérémonie, même au pluriel et ne vise nullement l’investiture en soi, per se pour parler comme les philosophes. Ce matin, dimanche  14 mai, je me suis astreint à suivre cette cérémonie diffusée à la télévision depuis au moins 8 heures . Je ne pouvais pas y échapper car toutes les grandes chaînes s’étaient donné le mot et toutes avaient accueilli un quarteron de journalistes, plus ou moins inspirés (et plutôt moins que plus) qui faisaient du remplissage pour occuper l’antenne. Les inévitables responsables de l’information étaient là et y allaient de leur couplet. Là où l’attente devint insupportable, ce fut durant l’entretien des deux présidents, l’ancien ne se résolvant pas du tout à la fin de son mandat, par peur du vide sidéral qui l’attendait. Après tout, il y a une justice immanente. Souvenons nous de cet adage de la Mishan : ba midda shé ha adam modéd modedim lo…

 

Qu’on ne se trompe pas sur la sévérité du propos, mais permettons à un philosophe de rendre ses lecteurs attentifs à des contradictions de plus en plus criantes entre ce qu’on dit, ce qu’on offre et ce que l’on fait.

 

Emmanuel Macron auquel on souhaite un bon quinquennat pour lui-même et pour la France a clamé haut et fort son désir de changement, sa volonté de faire table rase du passé. Il s’est même donné pour objectif de laminer ensemble, droite et gauche, afin de libérer la vie politique et économique de ce pays. Et que voyons nous au cours de cette même journée ? Des cérémonies d’un autre âge, une foule de politiciens, de hauts fonctionnaires et d’apparatchiks âgés, devenus incontournables. On voit aussi une foule de soldats en grande tenue, la garde républicaine sabre au clair, une cérémonie pompeuse, solennelle, surannée et de surcroît coûtant assez cher. Dans quel but ? Pour faire vivre l’ancien système que l’on prétend combattre…

 

Ce sont des contradictions dont le nouveau président devra se défaire. Je l’ai entendu dire qu’il ne variera pas concernant les mesures qu’il a promis de prendre. Nous allons voir. Mais restons encore sur cette cérémonie d’investiture où les journalistes et les figurants de toutes sortes s’en sont donné à cœur joie pour rien. Absolument pour rien.

 

Au fond, une cérémonie intimiste entre les deux présidents, le nouvel arrivant et le partant, enfermés dans simple bureau en présence du président du conseil constitutionnel. Le discours du nouveau président serait alors transmis en direct sur les ondes et à la télévision.

 

On en est loin, très loin. Avez vous remarqué la cour de l’Elysée, pleine de monde, regorgeant de soldats, de journalistes, de télévisions, de radios, bref les medias du monde entier pour un non événement. Et ce n’est pas fini, il faut remonter la plus belle avenue du monde, la redescendre (dans un véhicule militaire !), s’arrêter pour serrer quelques mains, revenir au palais présidentiel car il faut tout de même se restaurer, repartir vers 17 heures à la mairie de Paris. Et c’est reparti pour des serrages de main, des saluts, etc…

 

Franchement, en cette période d’économies, d’état d’urgence et d’agitations sociales de toutes sortes, ne serait il pas temps de cesser de confondre grandeur et boursouflure ? Ne serait il pas temps de cesser toutes ces manifestations qui ne servent à rien ? Combien coûte cette représentation ? Des centaines de milliers d’Euros, voire plus. Et dès demain lorsque les salariés vont peupler les rues de France, on leur refusera les quelques dizaines d’Euros d’augmentations qu’ils réclament à cor et à cri.

 

Ces attitudes passéistes tranchent avec la volonté affirmée du nouveau président de changer tout cela. Le monde entier se moque de nous, en raison de cette inimitable façon que nous avons de nous prendre au sérieux, de croire que la France est le nombril du monde et que nous sommes les meilleurs.

 

Cela fait belle lurette que nous sommes une grande puissance de taille moyenne (Heny Kissinger), rien de plus. Or, ces cérémonies  font penser à une royauté, un peu comme Louis XIV à Versailles. Or, nous n ‘en sommes plus là. IL est donc temps de le comprendre et d’amorcer un changement salutaire en direction de plus de sobriété : plus de passages de troupes en revue, plus de défilés, plus de remontée ni de descente en véhicule civil ou militaire…

 

On a un nouveau président. Très bien. Tout le monde le sait. Nul besoin d’en rajouter.

 

MRH

 

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07/05/2017

Les Français et le saut dans l’inconnu…

 

Les Français et le saut dans l’inconnu…

 

Que va t il se passer d’ici quelques heures ? Les Français auront un nouveau chef d’Etat qui va présider la France pendant cinq ans au moins, mais va t il la gouverner ? Pourra t il la gouverner alors qu’il n’a aucune majorité parlementaire et que les différents partis traditionnels, rejetés par les électeurs, rêvent de lui imposer leur loi et de se saisir du gouvernail.

 

J’ai passé une partie de ce week end pluvieux à lire et à réfléchir. La plupart des gens vus et entendus à la télévision ou à la radio disent ne savoir que faire : certains, les plus nombreux, vont s’abstenir, d’autres veulent glisser un bulletin blanc dans l’urne, d’autres enfin disent voter pour le candidat d’En Marche à la seule fin de bloquer Marine Le Pen.

 

Une contribution m’a singulièrement ébranlé ce samedi matin, c’est la tribune du Dr RUFIN, membre de l’Académie Française, qui répète presque dix fois dans une tribune d’une demi page du journal Le Monde : Monsieur Macron, vous êtes haï… Qu’est ce à dire ? L’auteur de cette tribune libre n’exprime une position personnelle, il veut signifier à Monsieur Macron que les gens qui vont voter pour lui le feront à leur corps défendant, ce ne sera pas un vote d’adhésion mais de barrage contre MLP. Il faut reconnaître que le pays tout entier vit une aventure inédite : il a mis au second tour deux individus pour lesquels il veut voter en se bouchant le nez ou en fermant les yeux…

 

Alors, les électeurs sont ils devenus fous ou sont simplement exaspérés ? Comme s’est-on soi-même mis dans une situation qui paraît inextricable ? Est ce que les électeurs ne croient plus en rien ? Désespèrent-ils désormais de la politique dans son entier ou simplement des partis traditionnels, ce qui, en soi, est déjà un tremblement de terre.

 

Le problème restera entier, même si les jeux sont faits, les dés jetés. Ceux qui ont éliminé François Fillon de la compétition portent une lourde responsabilité. Ils ont contraint les Français à couper tout lien avec le processus électoral normal. Comment réagissent des millions de gens lorsqu’ils réalisent qu’on les a frustrés de leur premier choix et qu’ils n’ont plus qu’à se résigner à voter pour un candidat qu’ils n’aiment pas ? Probablement violemment, mais pas tout de suite. Je pense qu’il faut interpréter ainsi l’article du Dr Rufin dans Le Monde.

 

Reposons nous la question : pourquoi avoir donné congé aux partis traditionnels pour promouvoir des extrêmes et dire ensuite : on ne sait plus pour qui voter… La réponse n’est peut-être pas si difficile que cela : le discrédit total de la politique telle qu’elle se pratique depuis plus de trente ans.

 

Les Français ont cassé les règles d’un jeu qu’ils n’acceptent plus. Cette surdité, cet autisme du monde politique qui ne se soumet qu’avant les consultations pour séduire les électeurs et agir ensuite comme bon lui semble, est désormais mort et enterré. Et E. Macron ferait mieux de s’en souvenir. Le Dr Rufin lui conseille même de se méfier des courtisans de son entourage qui pourraient, comme tous les courtisans, lui masquer la réalité du pays. Sa situation intérieure, ce qui n’a rien à voir avec les sondages.

 

Il me semble que, le résultat de la présidentielle étant pratiquement réglé, tout le monde va se tourner vers les législatives. Si les Français persistent dans cette schizophrénie politique, ils émietteront la majorité en plusieurs factions opposées, rendant le pays ingouvernable. S’ils s’assagissent ou s’ils sont touchés par un éclair de la Grâce, ils donneront au nouvel élu une majorité relative.

 

Certains observateurs notent que Macron présidera mais ne gouvernera pas. Je crois deviner ce qu’ils veulent dire. Mais pourra t il tenir cinq ans ? N’allons nous pas entrer dans une zone de turbulence, d’instabilité politique, comme avant 1958 ? Mais où est le nouvel Charles de Gaulle qui nous reconduira dans le droit chemin ? Ou quel sera le nouveau Moïse qui, comme le dit Martin Heidegger, sera le berger de l’être ?

 

Le résultat des élections législatives risque d’être plus important que celui de la présidentielle puisque, nous nous répétons, les jeux sont faits. Il est évident que le parlement qui sera élu ne ressemblera en rien au précédent. Je note tout d’abord que les grandes phalènes l’auront déserté de leur plein gré en ne se représentant plus. Cette attitude n’est pas dictée aux intéressés par la sagesse, elle est le signe d’une crise profonde mais c’est aussi une chance, puisqu’il y aura un renouvellement.

 

Combien de députés pour les Insoumis et combien pour MLP ? Si ce sont les extrêmes qui l’emportent, le pays sera ingouvernable et M. Macron devra changer d’attitude et se plier aux anciennes règles. S’il a une majorité d’idées ( du style d’Edgar Faure), ce sera jouable mais aussi aléatoire…

 

Mais le plus grave, c’est qu’on n’a plus envie d’aller voter. On ne peut pas voter par pure opposition : on ne vote pas pour tel candidat parce qu’on rejette l’autre !

 

Une dernière remarque : les mobilisations des personnalités du monde de la culture ou du sport, voire même du monde économique, ne servent plus à rien. La réunion à la Maison de la chimie n’eut pas le succès escompté. Il faut du nouveau.

 

La France d’en haut s’est laissée surprendre. Elle reçoit la vague en pleine figure car, une fois de plus, elle n s’y était pas préparée, elle ne s’y attendait pas…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

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05/05/2017

L'élection présidentielle de dimanche

 

 

L’élection présidentielle de dimanche

 

 

 

On n’avait encore jamais vu cela : plus de 50% des électeurs qui se déclarent prêts à voter pour E. Macron avouent ne le faire qu’en vue de barrer la route à Marine Le Pen. En clair, cela signifie que le futur élu sera très mal élu. Nul ne pourra contester sa légitimité mais il n’aura pas le soutien populaire. Curieusement, les gens qui furent en 2002 confrontés au même choix n’osaient pas exprimer si ouvertement envers Chirac comme ils le feront 15 ans plus tard pour Marcon.

 

 

 

Parfois, je me demande s’il n’eut pas été préférable de reporter l’élection car cette élection a été viciée à la base : l’entreprise de démolition du candidat Fr Fillon a incontestablement ouvert la voie à Macron. Je n’insinue pas qu’il est pour quelque chose dans l’élimination de ce candidat mais il est incontestable que celui lui a profité.

 

 

 

Ces mains anonymes qui se sont permis de monter tout ce dossier contre un candidat ont frustré le peuple française de leur candidat et de leur victoire. Je n’ai jamais vu autant de gens reconnaître qu’ils vont voter presque sous la contrainte, faute de mieux et parce que leur candidat préféré n’est pas au second tour. Le résultat de cette élection s’en trouve faussé.

 

 

 

Une dernière remarque concernant la personnalité et le programme de Marine Le Pen.

 

 

 

Il est assez ahurissant de voir que le monde entier se ligue contre elle, lui prête de noires arrière-pensées qu’elle n’a peut être pas ; tous les grands organes de presse s’en prennent à elle, oubliant qu’elle a obtenu près de 7 millions et demi de voix.

 

 

 

La vraie question qui n’est hélas jamais vraiment posée est la suivante : que devons nous faire de tous ces millions de compatriotes qui ont jeté leur dévolu sur une candidate que nombre de gens vouent aux gémonies ? Oui, devons nous dire que ceux qui ont voté pour elle sont de mauvaise Français ? Cela risque de faire du monde…

 

 

 

En fait, la France est inquiète depuis de nombreuses années. Elle ne fait plus confiance aux partis traditionnelles qui ne l’écoutent qu’à l’heure de leur renouvellement de mandat. Désormais, ce petit jeu est révolu. Mais est ce MLP qui en est responsable ? Non point.

 

 

 

Cette levée de boucliers contre une candidate et un parti politique n’est pas bonne. Qu’un président soit élu démocratiquement, c’est bien, mais dans lec as qui nous occupe, ce ne sera pas le cas. Et c’est bien dommage, car en d’autres temps, il aurait eu toutes ses chances d’être un candidat bien élu.

 

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03/05/2017

Alexandre SAFRAN et les juifs de Roumanie durant li'nstauration du communisme, par Carol IANCU

 

Depuis de nombreuses années, notre éminent collègue, le professeur Carol Iancu  de l’université de Montpellier, consacre une énergie qui, Dieu merci, ne faiblit guère, à nous présenter de nombreuses facettes de la vie et de l’activité communautaire, politique et éducative de celui qui, à moins de trente ans, fut le guide spirituel des juifs de Roumanie. On l’oublie parfois, mais ce judaïsme roumain était, à la veille de la seconde Guerre mondiale, l’un des plus nombreux puisqu’il comptait pas moins de huit cent mille âmes.

 

Monsieur Iancu a déjà consacré plusieurs ouvrages à celui qui fut son compatriote, et dont il partage à la fois la langue maternelle et l’histoire. Sans ce travail d’historien qui se veut rigoureux et respectueux des mémoires qu’il nous offre, nous ne connaîtrions pas vraiment les mérites qui reviennent légitimement à un si grand pasteur d’Israël qui, à une époque très troublée et éminemment dangereuse, n’a pas ménagé sa peine, au point de parvenir à sauver des âmes juives promises à l’extermination.

 

Dans le présent volume intitulé Alexandre Safran et les juifs de Roumanie durant l’instauration du communisme : documents inédits des archives diplomatiques américaines et britanniques (1944-1948), titre un peu long mais reflétant fidèlement le contenu de l’ouvrage, Carol Iancu aborde un aspect de l’œuvre du grand rabbin, qui englobe l’international, la fin de la guerre, le début du retour des déportés dans certaines régions mais aussi, ou plutôt surtout, les relations entretenues avec les grands ce monde. Songez que le jour de la signature de l’armistice, le 8 mai 1945, le tout jeune grand rabbin du pays, en poste depuis à peine cinq ans, félicite le président Truman en personne pour l’action victorieuse des forces armées US. Ce sont les archives diplomatiques des alliés (principalement la Grande Bretagne et les USA) que Monsieur Carol Iancu a exploitées et qu’il a reproduites à la fin de cet imposant volume.. L’iconographie n’est pas oubliée puisque l’on découvre de très belles photographies du jeune Grand Rabbin, accompagné de son épouse et de sa chère fille, Madame le professeur Esther Starobinski-Safran… J’ai eu plaisir à voir les deux grands rabbins, côte à côte, celui de Roumanie évidemment mais aussi celui de Paris qui allait devenir le grand rabbin de France, Jakob Kaplan.

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce judaïsme roumain qui a traversé bien des épreuves, les introductions de Carol Iancu sont très éclairantes et très agréables à lire. Dans un style élégant et sobre, l’éditeur de ces archives rappelle les faits les plus marquants dont un m’a particulièrement intéressé en raison de son aboutissement : le ralliement de certains cadres dirigeants de la communauté juive roumaine aux communistes qui tissaient leur toile dans l’ombre et voulaient contraindre le grand rabbin à leur céder sur tous les points, ce qu’il se refusa à faire. A cette époque là, il n’était pas bon de s’opposer frontalement au régime communiste car l’armée rouge campait tout près, n’hésitant pas à prêter main forte à ses affidés… Dans sa belle autobiographie, le Grand Rabbin avait décrit une entrevue particulièrement éprouvante avec un officier communiste, juif de surcroît, qui posa sur la table son revolver chargé dans le but d’intimider son interlocuteur.

 

En fin de compte, après toutes ces attaques et cette guerre d’usure, le Grand Rabbin s’est trouvé dans l’incapcité de remplir sa mission et fut contraint à l’exil.

 

La reproduction de toutes ces archives confère à ce livre une très grande valeur pour la poursuite même de ce travail par de jeunes chercheurs. Et le professeur Carol Iancu s’est acquis  de très grands mérites en consacrant le meilleur de ses jours et de ses veilles à une grande figure du judaïsme contemporain, un homme qui dut quitter, sous la contrainte, son pays natal et qui continua de se dévouer à ce en quoi il a toujours eu foi : la vocation universaliste de la religion d’Israël, la défense de ses coreligionnaires et la propagation du messianisme des prophètes. Cet homme, grand croyant et grand érudit, avait acquis une grande science traditionnelle auprès de son propre père, lui-même grand rabbin, et parallèlement avait soutenu une thèse en allemand sur le sionisme en tant que problème universel. Il n’a jamais manqué de soutenir le projet de faire renaître un état juif sur la terre ancestrale, la terre d’Israël.

 

Remercions aussi le professeur Carol Iancu pour ce bel ouvrage dont il nous fait l’aubaine et qui représente pour lui tant d’années de travail et d’effort.

 

Maurice Ruben HAYOUN

 

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