07/05/2017

Les Français et le saut dans l’inconnu…

 

Les Français et le saut dans l’inconnu…

 

Que va t il se passer d’ici quelques heures ? Les Français auront un nouveau chef d’Etat qui va présider la France pendant cinq ans au moins, mais va t il la gouverner ? Pourra t il la gouverner alors qu’il n’a aucune majorité parlementaire et que les différents partis traditionnels, rejetés par les électeurs, rêvent de lui imposer leur loi et de se saisir du gouvernail.

 

J’ai passé une partie de ce week end pluvieux à lire et à réfléchir. La plupart des gens vus et entendus à la télévision ou à la radio disent ne savoir que faire : certains, les plus nombreux, vont s’abstenir, d’autres veulent glisser un bulletin blanc dans l’urne, d’autres enfin disent voter pour le candidat d’En Marche à la seule fin de bloquer Marine Le Pen.

 

Une contribution m’a singulièrement ébranlé ce samedi matin, c’est la tribune du Dr RUFIN, membre de l’Académie Française, qui répète presque dix fois dans une tribune d’une demi page du journal Le Monde : Monsieur Macron, vous êtes haï… Qu’est ce à dire ? L’auteur de cette tribune libre n’exprime une position personnelle, il veut signifier à Monsieur Macron que les gens qui vont voter pour lui le feront à leur corps défendant, ce ne sera pas un vote d’adhésion mais de barrage contre MLP. Il faut reconnaître que le pays tout entier vit une aventure inédite : il a mis au second tour deux individus pour lesquels il veut voter en se bouchant le nez ou en fermant les yeux…

 

Alors, les électeurs sont ils devenus fous ou sont simplement exaspérés ? Comme s’est-on soi-même mis dans une situation qui paraît inextricable ? Est ce que les électeurs ne croient plus en rien ? Désespèrent-ils désormais de la politique dans son entier ou simplement des partis traditionnels, ce qui, en soi, est déjà un tremblement de terre.

 

Le problème restera entier, même si les jeux sont faits, les dés jetés. Ceux qui ont éliminé François Fillon de la compétition portent une lourde responsabilité. Ils ont contraint les Français à couper tout lien avec le processus électoral normal. Comment réagissent des millions de gens lorsqu’ils réalisent qu’on les a frustrés de leur premier choix et qu’ils n’ont plus qu’à se résigner à voter pour un candidat qu’ils n’aiment pas ? Probablement violemment, mais pas tout de suite. Je pense qu’il faut interpréter ainsi l’article du Dr Rufin dans Le Monde.

 

Reposons nous la question : pourquoi avoir donné congé aux partis traditionnels pour promouvoir des extrêmes et dire ensuite : on ne sait plus pour qui voter… La réponse n’est peut-être pas si difficile que cela : le discrédit total de la politique telle qu’elle se pratique depuis plus de trente ans.

 

Les Français ont cassé les règles d’un jeu qu’ils n’acceptent plus. Cette surdité, cet autisme du monde politique qui ne se soumet qu’avant les consultations pour séduire les électeurs et agir ensuite comme bon lui semble, est désormais mort et enterré. Et E. Macron ferait mieux de s’en souvenir. Le Dr Rufin lui conseille même de se méfier des courtisans de son entourage qui pourraient, comme tous les courtisans, lui masquer la réalité du pays. Sa situation intérieure, ce qui n’a rien à voir avec les sondages.

 

Il me semble que, le résultat de la présidentielle étant pratiquement réglé, tout le monde va se tourner vers les législatives. Si les Français persistent dans cette schizophrénie politique, ils émietteront la majorité en plusieurs factions opposées, rendant le pays ingouvernable. S’ils s’assagissent ou s’ils sont touchés par un éclair de la Grâce, ils donneront au nouvel élu une majorité relative.

 

Certains observateurs notent que Macron présidera mais ne gouvernera pas. Je crois deviner ce qu’ils veulent dire. Mais pourra t il tenir cinq ans ? N’allons nous pas entrer dans une zone de turbulence, d’instabilité politique, comme avant 1958 ? Mais où est le nouvel Charles de Gaulle qui nous reconduira dans le droit chemin ? Ou quel sera le nouveau Moïse qui, comme le dit Martin Heidegger, sera le berger de l’être ?

 

Le résultat des élections législatives risque d’être plus important que celui de la présidentielle puisque, nous nous répétons, les jeux sont faits. Il est évident que le parlement qui sera élu ne ressemblera en rien au précédent. Je note tout d’abord que les grandes phalènes l’auront déserté de leur plein gré en ne se représentant plus. Cette attitude n’est pas dictée aux intéressés par la sagesse, elle est le signe d’une crise profonde mais c’est aussi une chance, puisqu’il y aura un renouvellement.

 

Combien de députés pour les Insoumis et combien pour MLP ? Si ce sont les extrêmes qui l’emportent, le pays sera ingouvernable et M. Macron devra changer d’attitude et se plier aux anciennes règles. S’il a une majorité d’idées ( du style d’Edgar Faure), ce sera jouable mais aussi aléatoire…

 

Mais le plus grave, c’est qu’on n’a plus envie d’aller voter. On ne peut pas voter par pure opposition : on ne vote pas pour tel candidat parce qu’on rejette l’autre !

 

Une dernière remarque : les mobilisations des personnalités du monde de la culture ou du sport, voire même du monde économique, ne servent plus à rien. La réunion à la Maison de la chimie n’eut pas le succès escompté. Il faut du nouveau.

 

La France d’en haut s’est laissée surprendre. Elle reçoit la vague en pleine figure car, une fois de plus, elle n s’y était pas préparée, elle ne s’y attendait pas…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

10:05 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour,

Dans votre billet, je relève cette phrase qui m'interpelle beaucoup :

" Mais où est le nouvel Charles de Gaulle qui nous reconduira dans le droit chemin ? "

Un homme providentiel en quelque sorte ... Sauf qu'en politique l'homme providentiel ça n'existe pas. Malgré ses pouvoirs extravagants, un Président de la République française ne peut être assimilé à un messie et ne peut à lui seul sauver la Nation. Nous ne sommes pas en religion.
Par conséquent je suis très surpris de lire cette phrase formulée par le philosophe que vous êtes.

Certes, n'est pas Charles de Gaulle qui veut, mais celui-ci avait d'emblée saisi la situation en instaurant une nouvelle Constitution, celle de la Vème République, un pouvoir présidentiel fort qui a incontestablement contribué à apaiser le climat politique à une époque où la France était au bord de la guerre civile. Cette Constitution a été taillée sur mesure pour Charles de Gaulle. Mais aujourd'hui, près de 60 ans plus tard, alors que la situation a fondamentalement changé, après la décolonisation, l'appartenance de la France à l'UE, etc., cette Constitution ne devrait-elle être refondée pour tenir compte de cette énorme évolution socio-économique, géopolitique, etc. ?

Je suis bien conscient de l'attente des Français, mais crains fort que leurs attentes ne soient déçues, quel que soit leur choix, car l'homme providentiel cela n'existe pas. En politique, il faut prendre son destin en main car on ne peut tout attendre de l'Etat providence.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 07/05/2017

Cher Professeur,
Les primaires, tant à droite qu'à gauche avant donné le ton de la déliquescence de la démocratie française. Des partis sans chef pour les mener aux élections ont demandé au bon peuple de choisir le candidat de chacun des deux principaux partis. Et ensuite, ces mêmes partis n'ont pas tenu compte des choix qu'ils avaient sollicités.
Comme lors du référendum sur le traité de Maastricht, de sinistre mémoire.
Ce 7 mai 2017, nous voyons à quoi nous aboutissons : choisir entre l'incompétence et l'escroquerie (au moins intellectuelle et morale). Et une prochaine recrudescence de la violence arabo musulmane sur notre territoire assurée quelque soit le prochain président de la république. Et quelque soit la composition de la prochaine assemblée.
Au moins, la francarabia est un pays où il n'y aucun risque...................de s'ennuyer.

Écrit par : Alain | 07/05/2017

Je suis effaré d'entendre et de lire le pessimisme qui suinte de partout parce que les Français n'ont pas voulu des candidats issus des partis dits traditionnels, pessimisme renforcé, s'il est possible, par la personnalité des "finalistes" qui ont surtout le défaut d'être devant les autres !

Avec un peu de recul je constate qu'aucun des candidats - sur les onze - n'avait la carrure pour devenir président(e). Les causes ? Les affaires, l'âge, le programme, le parti, l'absence de programme, etc !

Mais au fond, tout cela ressemble à la France et ses citoyens qui ont trop souvent tendance à tout attendre de leurs autorités, de leur chef suprême, de sa Majesté le Président.

Ne serait-il pas décent comme attitude que d'attendre le nom du vainqueur et de lui donner au moins 100 jours "pour voir". La femme providentielle ou l'homme auront besoin de ce temps sauf à ce qu'ils nous épatent d'entrée de cause par en "savoir présider" qu'on ne leur soupçonnait pas, ou pire qu'on leur refusait par principe.

Wait and see.

Écrit par : Michel Sommer | 07/05/2017

Vraiment MS, vous ignoriez l'élection d'office de Macron CONTRE MLP ainsi que par défaut et non par adhésion et ils sont nombreux.

Écrit par : Patoucha | 07/05/2017

Les commentaires sont fermés.