17/04/2017

Chroniques New Yorkaises: VII visite de la synagogue de Park Avenue

Chroniques new Yorkaises VII : le vendredi soir à la Park Avenue Synagogue

 

Vendredi peu avant 18heures : Danielle et moi sommes prêts pour nous rendre à la synagogue de Park Avenue qui est tout près : 10 minutes de marche à  pied. Nous hésitons quelques instants sur l’adresse mais opportunément un taxi s’arrête et en descendent les membres d’une même famille qui viennent prier.

 

18h35 : nous franchissons le portail de la synagogue. Mon attention est attirée par l’absence de toute garde armée statique. A l’intérieur, on nous prie seulement de laisser nos portables à l’extérieur. Cela tombe bien car  nous n’en avons pas sur nous.

 

Une voix féminine qui déclame les Psaumes du chabbat nous accueille : j’avais pourtant cru que cette synagogue était conservative mais je dois me rendre compte que conservative n’est pas orthodoxe… Car dans le talmud il est bien au sujet des femmes et de la prière : Qol ba isha erwa : la voix d’une femme est une nudité. Il est donc assez risqué de leur faire chanter des Psaumes le vendredi soir dans une synagogue. En ce qui me concerne, je n’en prends pas  ombrage car je considère, sans démagogie, que la place dans la femme dans le culte juif doit être réévaluée.

 

Cette PAS (c’est son diminutif actuel) est bien organisée puisque dès que nous entrons, on nous remet un dépliant narrant l’historique de l’institution.  Elle fut fondée en  1882. L’architecture est belle, quoiqu’un peu baroque, voire surchargée, avec des lumières très vives. Mais le public, un gros tiers des places est occupé, semble apprécier, et notamment ce petit orchestre qui accompagne la cantatrice, je veux dire la ministre officiante : un batteur, un guitariste, un pianiste, etc… Certes, on peut se réclamer de la harpe du roi David et dire que deux millénaires de persécutions ont conduit le judaïisme a se faire plus discret.

 

Le rabbin commence par faire venir à lui les jeunes qui viennent de célébrer leur bar mitswa, leur majorité religieuse. Ensuite il fait réciter un kaddish par les fidèles qui sont en deuil. Ensuite, on renoue avec la prière, pardon ici il est de bon ton de dire le culte (en bon anglais : to worship). On lit à haute voix le shema Israël, du moins la première partie, aux fidèles le soin de compléter le reste à voix basse. On se lève pour la amidah, de même que le rabbin prie les endeuillés de lever lors du kaddish.

 

En gros, rien de révolutionnaire mais un enrichissement pour moi au sujet du champ sémantique de conservatice judaism. Un détail, tous les hommes portent la kippah à la synagogue. C’est déjà ça… ,

 

J’ai tenu à me rendre à ce service religieux car, comme vous le savez probablement, j’ai écrit un livre sur  Le judaïsme libéral mais aussi il y a quelques années un QSJ ? sur La liturgie juive. Et vu l’indigence du judaïsme libéral et réformé d’aujourd’hui, je me suis focalisé sur les racines allemandes de cette même tendance religieuse au sein du judaïsme. Et je dois dire qu’aux premières décennies du mouvement, quelle richesse, que de contenu, que de densité !

 

Je suis partagé entre deux tendances contradictoires : d’une part, je crois en l’évolution du processus historique auquel rien n’échappe et d’autre part, je suis hésitant face à des aménagements arbitraires venus de personnes non autorisées, non qualifiées, ni par leur savoir ni par leur culture.  En gros, rien de révolutionnaire

 

Le débat autour d’un dépoussiérage du judaïsme remonte à de longues années. Je dois dire que je suis sidéré par la vacuité du discours de femmes rabbins, plutôt de rabbin journalistes qui font plus de public relations que de religion. Arguant que chacun a son judaïsme, que celui-ci est l’équivalent de la diversité, bref une forme moderne de bouddhisme ou plutôt une auberge espagnole.

 

Les sages du Talmud qui ne se disaient même pas rabbins alors qu’ils ont constitué l’ossature spirituelle d’Israël, eux qui ont formé la carapace défensive qui a permis aux juifs de traverser les siècles sans trop d’encombre… CVertes, à quel prix, mais tout de même.

 

Les gens devraient faire attention au discours que leur tiennent les non informés et les non savants. Ils ont le droit d’agir comme ils l’entendent mais ils doivent en savoir plus sur les sources. Chacun ou chacune a le droit de dire ce qu’il ou  ce qu’elle veut. Mais doit s’entourer d’un minimum de précaution. Car à trop suivre la mode on parle de la mode exclusivement et les modes se démodent vite. Or, le judaïsme, depuis plus de deux millénaires, n’a pas cessé de changer tout en restant lui-même.

 

Mainte prière juive dont je ne saisissais pas l’impact jadis me semble aujourd’hui lumineuse. Il convient donc de prendre ses propres dimensions et d’être au clair sur ses propres capacités. ET ceci vaut pour nous tous et aussi pour ceux qui tentent par tous les moyens de sortir des rangs et d’attirer l’attention.

 

Me revient à l’esprit, malgré la fièvre de l’autre jour, une phrase tirée du corpus midrachique et talmudique : oy lahém la biryot mé élwonah shel Tora Malheur aux créatures qui offensent la Tora.

 

J’ajoute aussi, pour finir, Dieu leur pardonnera tant la miséricorde divine n’a pas de fin.

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Commentaires

Votre analyse fine, sensible selon notre orthodoxie sur la pratique des"Masorti" aux EU comme en France pose des problèmes de celles et ceux qui s'évertuent à vouloir modifier notre pratique, nos connaissances de la Thora.
Il n'en reste pas moins vrai que la femme Juive doit trouver une place équilibrée au sein de notre religion.

Écrit par : PR SABBAH | 18/04/2017

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