01/04/2017

Lénigme Hollande

 

 

France : une gauche en lambeaux…

 

Qui est, directement ou indirectement, responsable de l’état lamentable dans lequel se trouve l’ensemble de la gauche française, au point que le Parti Communiste ne peut même plus présenter un candidat issu de ses rangs et que le Parti Socialiste se demande même s’il va continuer d’exister. Evidemment, le contexte compte pour beaucoup dans cette affaire : tout se passe sous la présidence d’un président socialiste, ce qui ne veut pas dire nécessairement à cause d’un tel président.

 

Mais les historiens finiront bien par analyser le rôle joué par François Hollande qui fut, avant tout, un président non pas normal, comme il se serait tant voulu, mais comme un président atypique/ Ne ressemblant à aucun de ses prédécesseurs. La question majeure, ce me semble, est la suivante : était il fait pour être président ? Ou plus exactement : avait -il les moyens, ou avait il envie de gouverner ? On a l’impression qu’il s’imaginait autrement ce qui l’attendait dans l’exercice du pouvoir.

 

On se rend compte qu’on quitte imperceptiblement le terrain du pouvoir et de la politique en général pour déboucher sur des recoins intimes de l’âme humaine. Et ceci nous conduit à poser une autre question, encore plus difficile à répondre que la précédente : Qui est François Hollande ? Cet homme qui a passé dix ans de sa vie à déjouer les complots de ses camarades au PS, à inventer toutes les synthèses possibles et imaginables entre des Laurent Fabius et des Henri Emmanuelli et qui, finalement, au pouvoir, amorce un virage libéral qui fracasse sa majorité et finit par se briser sur le roc de ceux qu’on nomme les frondeurs…

 

Et ce drame en plusieurs actes se poursuit lorsqu’il commet l’erreur de vouloir neutraliser Walls par Macron. Il a cru pouvoir les jouer l’un contre l’autre, encore ce côté infernal de la synthèse, cette façon de faire coïncider les oppositions des alchimistes (coincidentia oppositorum), pour parler comme Agrippa de Nettesheim… François Hollande a cru qu’il était encore à la tête du PS et que le jeu politique était le même, et qu’il suffisait de mettre deux êtres en concurrence pour les neutraliser, voire les détruire. Et voilà que c’est lui qui retrouve pris entre les deux branches de la tenaille. Dans le livre de Job, l’expression est encore plus cruelle, puisqu’il est question des mâchoires de l’iniquité !

 

Macron a été le plus réactif : quand il découvrit que le roi était nu, il n’a pas tenté de l’aider mais a décidé simplement de le remplacer. Plus fin que Valls qui est un self made man, Macron qui a fait l’ENA est parti le premier. Valls n’a pas compris qu’il fallait en faire de même et a parlé de désertion. Pire, le jour même de son départ pour Tunis, il voit le président et lui tord carrément le bras : il lui arrache la décision de ne pas se représenter…

 

Mais il était trop tard, le navire Macron avait pris le large et François Hollande, forcé de rester sur la touche, avait prévu que Valls ne franchirait pas l’étape des primaires. Cela aussi, soit dit en passant, fut une erreur capitale de la part de François Hollande : il n’aurait jamais dû dire qu’il s ‘y soumettrait. Certes, il n’aurait pas évité la catastrophe mais il aurait au moins échappé à l’humiliation.

 

Restait une couleuvre de plus à avaler : accepter que Benoît Hamon devienne le candidat adoubé du PS… Défaire garantie puisque au moment où je rédige les sondages le créditent de moins de 10% d’intentions de votes alors que son concurrent direct caracole avec 15% !

 

Je me demande ce que dirait François Hollande dans ses Mémoires s’il venait à en écrire. Le fera t il ? Pourquoi pas ? Mais une chose m’intrigue aujourd’hui encore : le livre d’entretiens avec ces deux journalistes du Monde ! Je ne comprends pas qu’un président sous la Ve République, aux pouvoirs assez voisins de ceux d’un monarque républicain, ait éprouvé le besoin de se commettre avec de tels journalistes. Etait-ce un insatiable besoin de reconnaissance ? Est ce que cela ressortit à la psychanalyse ?

 

Au fond, personne ne connaît vraiment François Hollande. Lui qui se voulait un président normal !! Question faussement naïve : mais comment peut on être un président normal, un homme comme les autres quand on a autant de pouvoirs consentis et garantis par la Constitution ? C’est presque un oxymore.

 

Un mot aussi sur la vie amoureuse de l’homme : chacun d’entre nous, qu’il soit président ou petit employé, éprouve le besoin et a le droit d’aimer et d’être aimé. Bien des gens, dont un curé célèbre, se sont émus du traitement réservé à une femme qui lui a donné quatre enfants, même si la dame en question est loin de mériter le bon Dieu sans confession. Mais tout de même !!

 

Alors qui est cet homme ? Je n’arrive pas à le cerner. Je me demande aussi pourquoi l’actuel secrétaire général de la présidence de la République, homme d’une grande finesse et d’une très grande intelligence, un homme que je connais et apprécie beaucoup, a dû attirer l’attention de son patron sur les divers écueils se dressant sur sa route… L’a t il fait ? Ne l’a t il pas fait ? Et s’il l’avait fait, aurait-il été écouté, à défaut d’être entendu ?

 

Il existe une énigme Hollande. Mais n’accablons pas l’homme qui est digne d’intérêt et de respect. Chaque jour qui passe le rapproche de la fin. Quitter le pouvoir à un si jeune âge ne laisse pas d’être douloureux. Mais pire que le jugement des hommes, plus grave que le jugement de Dieu lui-même, est le jugement de l’Histoire…

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 1er avril 2017

18:41 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

M. R.-M.H.,

Votre analyse est objective et instructive.

Néanmoins et permettez moi de dire que l Enigme Hollande n est pas si énigmatique que cela et ceci pour deux raisons:

1--Cet Homme est de loin un homme charismatique donc l intérêt de la Patrie France ne peut pas s y trouver. Sans rentrer dans une caricature qui vaut ce qu elle vaut, feu Charles Pasqua (personne qu on l aime ou pas) avait répondu à un journaliste qui lui demandait comment définir M. le Président Normal: ""Que voulez vous que je vous dise? C est très simple. Hollande n est pas fait pour être Président. Il est fait pour être le maire de Tule par exemple. Sinon l adjoint du Chef du Comité des Fêtes folkloriques du département de la Corrèze. Voilà, c est tout ce qu on peut dire sur lui"".

2--Du fait du vide de cet Homme (je n ai pas dit de la nullité afin de ne pas trop provoquer et que mon texte ne serait pas publié...:)) il ne gérait pas l Etat français comme un seul état. La France est devenue plusieurs Etats dans l Etat. Chacun de ses états fait ses propres lois et ses propres règles et les autres états-collègues les valident et ils se renvoient l ascenseur mutuellement et ainsi de suite. Il y a l Etat des Armées et des vendeurs d arme avec L Etat du ministère de la Défense de M. Le Dryan. Il y a aussi l Etat des Affaires Etranges de M. Fabius qui soutient Al Nosra/Al Qayda "qui fait du bon boulot en Syrie", dixit. Il y a l Etat du Qatar, l Etat du CAC 40, l Etat de la Saoudie, l Etat de Washington, l Etat de la Désunion Européenne de Bruxelles et Luxembourg, l Etat des Finances et des Impôts, l Etat des Gdes Banques et Gds Pétroliers, l Etat de Kouchener, Minc, BHL....Dans ce mic-mac, un chat ne trouverait plus ses chattons.

In fine et dans toutes ces histoires, la classe moyenne et les pauvres sont évidemment laissés pour compte et personne n est plus conscient que le salaire d un retraité est de 1008 euros et que le Smic est à environ 1100 euros tandis que le seuil de la pauvreté en France est estimé à environ 1300 euros ...Comprendra qui voudra..

Bien à Vous.

Écrit par : Charles 05 | 02/04/2017

Il aurait du commencer par la fin, il est meilleur quand ses actes n'ont pas de portée politique.
Après avoir été le pire on ne peut qu'être meilleur.

Écrit par : norbert maendly | 02/04/2017

Cher Professeur,
Pour une fois, je suis assez d'accord avec Charles05.
J'ai vu une fois sur Internet une vidéo de Hollande en 81,avant l'élection du non regretté Mitterrand. Il était un militant RPR particulièrement virulent à l'égard du dit Mitterrand et de son parti socialiste.
A peine élu, notre fromage de Tulle, affiche des mimiques mitterrandesques qui auraient été risibles si elles n'étaient pas grotesques. Comme s'il prenait pour modèle ce ministre de Pétain qui sut faire une OPA sur le PSU (congrès d'Epinay)pour en faire un appareil de combat contre le Général et de conquête du Palais. A l'instar du sphinx à la rose, notre mou 1er a aussi viré sa cuti et a réussi à se faire élire par le parti socialiste pour devenir président contre un Sarkozy, éreinté par la presse dont il voulait supprimé un abattement fiscal de 30% spécifique à la profession.
Après 5 ans d'un quinquennat qui laisse la France exsangue économiquement, socialement et moralement par non gouvernement depuis le début du règne de Sarkozy, le pouvoir n'est même pas encore tombé dans la rue, à la merci du premier dictateur venu. Il est tout simplement perdu, et aucun prétendant n'a la carrure de chef d'état pour le retrouver.
Hollande a cru prendre le pouvoir. Il l'a tellement déconsidérer, qu'il a disparu du paysage politique français. Et comme personne n'a la stature pour l'assumer en pleine responsabilité, il risque bien d'être remplacer par une dictature verte, brune ou rougeâtre. Et nos institutions, toutes imparfaites qu'elles soient, risquent bien de couler dans un bain de sang, qui, lui, sera bien rouge.
A moins que la France ne se retrouve dans l'esclavage qu'elle avait voulu éliminer en envoyant Lyautey en Afrique du Nord.

Écrit par : Alain | 02/04/2017

""Il aurait du commencer par la fin, il est meilleur quand ses actes n'ont pas de portée politique. Après avoir été le pire on ne peut qu'être meilleur."
dit @Norbert Maendly.

C est archi-faux ce que vous dites. Depuis que M. Hollande a décidé de ne plus se présenter aux élections présidentielles de mai 2017, il aurait pu dire et faire des choses très sincères et donner sa propre vision sur le comment gérer
l avenir de la société française d une manière sereine. Il lui est plus aisé d ouvrir son coeur et son cerveau du moment où il ne serait pas jugé par une éventuelle réaction ni positive ni surtout positive de l opinion publique et de ses collègues-candidats. Or, il n arien fichu, comme d habitude puisqu aucun ne le télélcommande comme durant ses derniers cinq ans lamentables. Tout ce qu il fait sauf être télécommandé est qu il s est essuyé les pieds quotidiennement sur le PS et la Gauche et à ce jour même! Certainement qu il a rendu la Gauche en lambeaux comme dit M. R.-M.H. La disparition de la Gauche n est pas une chose saine à mon humblissime avis car ceci ouvre une autoroute à un système mono-cratique ce que Hollande avait fait à ce jour en appliquant des résolutions de la Droite que même Sarkosy n avait pas ni pu ni osé les faire.

Bien à Vous.

Écrit par : Charles 05 | 02/04/2017

"il s est essuyé les pieds quotidiennement sur le PS et la Gauche et à ce jour même!" Il a simplement regardé la réalité en face : le PS est composé de deux gauches irréconciliables. Un pôle est tenu par Macron, l'autre par Hamon. Il y aura inévitablement un congrès où les pendules devront être remises à l'heure, avec scission assumée. Les frondeurs rejoindront les communistes dans les profondeurs de l'oubli...

Écrit par : Géo | 03/04/2017

Les commentaires sont fermés.