19/02/2017

Le phénomène Macron…

 

Le phénomène Macron…

 

Voilà un cas intéressant, à l’intersection de plusieurs domaines : la politique spectacle, l’inspiration messianique, variante religieuse de l’homme providentiel, la médiatisation, et surtout un ingrédient qui n’a pas son pareil, l’absence de programme, un flou savamment entretenu par un homme qui ne se dit ni de droite ni de gauche, mais d’ailleurs, un ailleurs comme dirait Raymond Barre qui ne se trouve nulle part.

 

Mais comme dans toutes les choses qui n’ont pas de contenu, les faits finissent par se venger. Il y a depuis quelque temps un inquiétant tassement des sondages et un début de remontée de François Fillon qui a dit une phrase qui fait la manchette du Figaro, la victoire ! Depuis l’avalanche de révélations sur ses emplois de membres de sa famille, c’est la première fois que le candidat adoubé par des millions de Français parle de victoire. Il a bénéficié des conseils avisés de son ancien patron et a réenclenché une dynamique qui devrait être prometteuse.

 

Et puis il y a une dynamique qui nous échappe, tant elle est mystérieuse mais qui est agissante, comme si, dans les coulisses, un état des choses tirait les ficelles : Marine Le Pen et Emmanuel Macron se combattent férocement et la lutte ne fait que commencer. Nul doute que François Fillon finira par en être le bénéficiaire. Les deux candidats pourraient se neutraliser. Attendons et voyons.

 

Mais revenons sur le cas Macron qui concentre sur lui un flot de critiques mais qui a tout de même, avec rien, absolument rien, bâti, à lui seul, un nouveau canal de communication avec les Français. Cet afflux des Français vers Macron s’explique par un désarroi : le missile anti-Fillon qui a atteint de plein fouet la campagne des Républicains, a pris tout le monde au dépourvu. Les électeurs, frustrés par la justice de leur candidat, ont mis du temps à reprendre leurs esprits, tant l’assaut avait été furieux et savamment mis au point. François Fillon est un ressuscité, nul autre que lui que lui n’aurait survécu à une telle attaque. Laquelle a donné des ailes à Macron qui vient de commettre sa première faute, lourde de conséquences : l’accusation contre la France de crime contre l’humanité en Algérie. C’est absolument inouï, c’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle ose porter contre le pays qu’il veut diriger, une telle accusation.

 

Il est évident que E. Macron fera bientôt face à deux défis de taille ; la présentation d’un programme digne de ce nom et la disparition des effets nocifs de cette accusation sur sa campagne.

La politique est un jeu cruel, imprévisible et surprenant. On ne manquera pas de le constater très prochainement.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 19 février 2016

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18/02/2017

La France traverse une grave crise morale

La France traverse une grave crise morale

 

Si un martien nous observait de sa lointaine planète, il se dirait que la France ne tourne vraiment pas rond, et ce à quelques semaines d’une élection censée déterminer son avenir proche. C’est le désarroi le plus complet, alors que ce pays est l’un des plus beaux au monde, les autres nations lui envient son mode de vie, sa protection sociale, la formation poussée de ses citoyens, la beauté et la variété de ses paysages, bref le pays de Molière a toutes les raisons de se sentir bien et d’être heureux. Pourtant, c’est exactement le contraire qui se produit. Pourquoi ?

 

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07/02/2017

Danger d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Danger   d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Loin de nous la moindre idée de limiter la liberté de la presse ou de faire aux journalistes des remontrances, mais une chose est claire : cette affaire, montée en épingle, laissera des traces dans l’histoire politique de la France des années deux mille…

 

Pourquoi ? Parce que pour la première fois et d’une façon encore jamais vue, absolument inouïe, cette presse, de contre-pouvoir, est devenue pouvoir. Désormais, elle se sent en mesure de contrecarrer le choix de millions de Français, un choix exprimé en toute liberté et réitéré quelques jours plus tard.

 

On va croire que je reproche à la presse d’avoir divulgué des choses qui existent ; nullement, je dis simplement qu’elle les a présentées d’une manière très insinuante, au lieu de livrer au public les faits bruts. Un petit exemple de ce qu’il faut bien nommer une manipulation, et appeler un chat un chat : on a présenté les sommes perçues de manière cumulative, ce qui a déchaîné la haine et la rancœur de bon Français qui peinent pour gagner leur vie. Et tout comme eux, je pense comme eux mais ne ressens pas comme eux. Au lieu de présenter des sommes globales, il aurait fallu parler de mensualités, et, dans ce cas, libre à chacun de faire les multiplications nécessaires. On ne présente pas comme un fait brut des sommes étendues sur plusieurs années !

 

La presse s’est elle-même prise à son propre jeu. Dans la tourmente médiatique, elle ne maitrisait plus le cours des choses. Et ce qui est encore plus grave, c’est l’effet d’entraînement. Un exemple : hier sur une grande radio, j’entendais un journaliste, qui n’en est pas à son coup d’essai, dire, qu’il a eu accès aux procès-verbaux des auditions de Monsieur et de Madame Fillon… Comme ça, tout simplement, et qui se faisait de la publicité en disant qu’il y avait de nouvelles révélations, sur un tel ou tel autre personnage impliqué. Tiens, je croyais qu’il existait dans ce beau pays le respect du secret de l’instruction. Et je ne parle pas de la présomption d’innocence.

 

Le rôle joué par une certaine presse n’est pas à son honneur. J’ai le regret de devoir le dire. Mais la presse n’est pas la seule coupable, il y a aussi les partisans du propre camp de M. Fillon qui lui raccommodaient publiquement de s’en aller.  Mais une fois que le candidat est remonté sur son cheval et qu’il repart au front, les mêmes, je dis bien les mêmes, jurent qu’ils le soutiennent et que ce n’est plus du bout des lèvres.

 

Le personnel politique de droite comme de gauche répond aux même critères : soigner la continuité, continuer d’être élu, à tout prix, coûte que coûte. Pourquoi ? Je crois que la philosophie politique est la partie la plus contestable de la philosophie. Regardez même du côté de Hegel, sa philosophie politique a été interprétée par certains comme une justification d’une politique expansionniste en Allemagne. Et on a pu constater les résultats chez Friedrich Meinecke qui a applaudi à l’entrée des troupes nazies en Pologne en 1939.

 

On a l’impression qu’au cours des dernières semaines, tout un pays, la France, avait perdu la tête. Le principal intéressé a reçu un tel choc qu’on comprend qu’il n’ait pas réagi sur le coup. Au fond, aucun pouvoir n’est vraiment pur. Ou, pour redonner la parole à Hegel : Seule la pierre est innocente… Et pourquoi ? Parce qu’elle ne pompe l’air ni ne fait d’ombre à personne.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 7 février 2017

 

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04/02/2017

une affaire FILLION

Une affaire Fillon ?

L’observateur qui se veut impartial en abordant cette véritable tempête médiatique n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles tan cette entreprise de déstabilisation est incommensurable  C’est du jamais vu mais une fois que l’esprit critique reprend ses droits –et cela prend du temps tant les forces lancées dans la bataille sont considérables- deux faits émergent et expliquent largement la situation déplorable dans laquelle nous nous trouvons : d’une part la tyrannie d’une certaine presse, notamment satirique qui  doit sa notoriété et sa prospérité à l’excès et à la démesure, et d’autre part, l’excessive judiciarisation de la vie publique.

En 1935, Emmanuel Levinas, douze ans après avoir quitté sa Lituanie natale pour devenir français et devenir ce qu’il est devenu, publiait un bel essai philosophique, intitulé De l’évasion. Ce texte fut republié  en 1982 par le regretté Jacques Rolland avec une brillante introduction et des notes très éclairantes. J’extrais de ce traité une phrase qui me semble contenir une façon d’écrire et de parler dont la quasi-totalité des journalistes et des commentateurs auraient dû s’inspirer avant de s’engager dans une opération plutôt navrante : Nous accédons au monde à travers les mots et nous les voulons nobles… (p112)

Les coups furent rudes et on ne se demande même plus, aujourd’hui, pour quelle raison toutes ces affaires autour du statut de l’assistant parlementaire surgissent maintenant. Au fond, quand cette affaire se dégonflera, que retiendra-t-on ? Simplement que le statut de l’assistant parlementaire n’est pas clair, notamment sur la grille indiciaire et sur le droit ou non d’employer des membres de sa famille (épouse, enfants, cousins ou apparentés). Certains journaux, désireux de vendre un peu plus que d’habitude ou de faire de l’audimat, ont annoncé des sommes globales portant sur de nombreuses années afin d’inciter la France dite d’en bas à s’indigner et à critiquer les élites qui ne vivent pas comme elle.

Je perdrais mon temps si je faisais l’inventaire de tous les griefs, réels ou imaginaires, formulés contre François Fillon, un candidat sorti vainqueur, haut la main, de la primaire de la droite. Des millions d’ électeurs se sont reconnus en lui et en son ‘programme et voila que tous ces Français ont la désagréable impression qu’on veut les frustrer de leur victoire, édulcorer leur choix, bref invalider leur candidat. Ces millions de Français se disent choqués par ce qu’ils découvrent mais que découvrent ils au juste ? Que l’intéressé n’a pas commis d’infraction caractérisée mais qu’il a fait preuve d’une incroyable légèreté dans un pays comme la France, vieille entité catholique qui entretient avec l’argent des rapports ambigus.

Mais si le statut de l’assistant parlementaire avait existé, et on espère que l’une des retombées positives de toute cette affaire conduira à en voter un à l’Assemblée Nationale, tout ceci n’aurait jamais eu lieu.

En France, à l’approche de chaque élection présidentielle, différentes officines s’attellent à constituer des dossiers compromettants sur les candidats afin de s’assurer une victoire qui d’ailleurs est toujours tangente : ce n’est pas un grand écart qui sépare l’élu du battu.

Je voudrais en guise de conclusion dire ma stupéfaction de voir traîner dans la boue une femme, une mère de famille, visiblement dépassée par tout ce qui lui arrive. Aller exhumer une émission de télévision, vieille de près de dix ans pour exploiter une seule petite phrase arrachée à son contexte, n’est pas très glorieux… Surtout quand on instruit constamment à charge.

Voici à présent un passage d’un texte d’un homme de lettres français, oublié ou presque aujourd’hui, Maurice Blanchot, un grand ami d’enfance du philosophe Emmanuel Levinas dont il contribua à cacher l’épouse et la fille durant l’Occupation alors que Levinas était en captivité en Allemagne. Cet extrait     provient d’un article intitulé Le dernier mot et fut publié dans Le ressassement éternel en 1951. Je pense que ce texte, presque visionnaire dit bien ce qu’il veut dire, surtout si on en fait une interprétation allégorique : Je m’enfuis. Déjà avait commencé le crépuscule. La ville était envahie par la fumée et les nuages. Des maisons, on ne voyait que les portes, barrées par de gigantesques inscriptions. Une humidité froide brillait sur le pavé des rues. Lorsque j’eus descendu l’escalier, près du fleuve, des chiens de grande taille, des espèces de molosses, la tête hérissée de couronnes de ronces, apparurent sur l’autre rive. Je savais que la justice les avait rendus féroces pour faire d’eux ses instruments occasionnels. Mais, moi aussi, j’appartenais à la justice. C’était là ma honte : j’étais juge Qui pouvait me condamner ?  Aussi, au lieu d’emplir la nuit de leurs aboiements, les chiens me laissèrent ils passer en silence, comme un homme qu’ils n’auraient pas vu. Ce n’est que bien après mon passage qu’ls recommencèrent à hurler, hurlements tremblants, étouffés qui, à cette heure du jour retentissaient comme l’écho du mot : il y a… Voila sans doute le dernier mot, pensais=je en les écoutant

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 4 février 2017

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