04/02/2017

une affaire FILLION

Une affaire Fillon ?

L’observateur qui se veut impartial en abordant cette véritable tempête médiatique n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles tan cette entreprise de déstabilisation est incommensurable  C’est du jamais vu mais une fois que l’esprit critique reprend ses droits –et cela prend du temps tant les forces lancées dans la bataille sont considérables- deux faits émergent et expliquent largement la situation déplorable dans laquelle nous nous trouvons : d’une part la tyrannie d’une certaine presse, notamment satirique qui  doit sa notoriété et sa prospérité à l’excès et à la démesure, et d’autre part, l’excessive judiciarisation de la vie publique.

En 1935, Emmanuel Levinas, douze ans après avoir quitté sa Lituanie natale pour devenir français et devenir ce qu’il est devenu, publiait un bel essai philosophique, intitulé De l’évasion. Ce texte fut republié  en 1982 par le regretté Jacques Rolland avec une brillante introduction et des notes très éclairantes. J’extrais de ce traité une phrase qui me semble contenir une façon d’écrire et de parler dont la quasi-totalité des journalistes et des commentateurs auraient dû s’inspirer avant de s’engager dans une opération plutôt navrante : Nous accédons au monde à travers les mots et nous les voulons nobles… (p112)

Les coups furent rudes et on ne se demande même plus, aujourd’hui, pour quelle raison toutes ces affaires autour du statut de l’assistant parlementaire surgissent maintenant. Au fond, quand cette affaire se dégonflera, que retiendra-t-on ? Simplement que le statut de l’assistant parlementaire n’est pas clair, notamment sur la grille indiciaire et sur le droit ou non d’employer des membres de sa famille (épouse, enfants, cousins ou apparentés). Certains journaux, désireux de vendre un peu plus que d’habitude ou de faire de l’audimat, ont annoncé des sommes globales portant sur de nombreuses années afin d’inciter la France dite d’en bas à s’indigner et à critiquer les élites qui ne vivent pas comme elle.

Je perdrais mon temps si je faisais l’inventaire de tous les griefs, réels ou imaginaires, formulés contre François Fillon, un candidat sorti vainqueur, haut la main, de la primaire de la droite. Des millions d’ électeurs se sont reconnus en lui et en son ‘programme et voila que tous ces Français ont la désagréable impression qu’on veut les frustrer de leur victoire, édulcorer leur choix, bref invalider leur candidat. Ces millions de Français se disent choqués par ce qu’ils découvrent mais que découvrent ils au juste ? Que l’intéressé n’a pas commis d’infraction caractérisée mais qu’il a fait preuve d’une incroyable légèreté dans un pays comme la France, vieille entité catholique qui entretient avec l’argent des rapports ambigus.

Mais si le statut de l’assistant parlementaire avait existé, et on espère que l’une des retombées positives de toute cette affaire conduira à en voter un à l’Assemblée Nationale, tout ceci n’aurait jamais eu lieu.

En France, à l’approche de chaque élection présidentielle, différentes officines s’attellent à constituer des dossiers compromettants sur les candidats afin de s’assurer une victoire qui d’ailleurs est toujours tangente : ce n’est pas un grand écart qui sépare l’élu du battu.

Je voudrais en guise de conclusion dire ma stupéfaction de voir traîner dans la boue une femme, une mère de famille, visiblement dépassée par tout ce qui lui arrive. Aller exhumer une émission de télévision, vieille de près de dix ans pour exploiter une seule petite phrase arrachée à son contexte, n’est pas très glorieux… Surtout quand on instruit constamment à charge.

Voici à présent un passage d’un texte d’un homme de lettres français, oublié ou presque aujourd’hui, Maurice Blanchot, un grand ami d’enfance du philosophe Emmanuel Levinas dont il contribua à cacher l’épouse et la fille durant l’Occupation alors que Levinas était en captivité en Allemagne. Cet extrait     provient d’un article intitulé Le dernier mot et fut publié dans Le ressassement éternel en 1951. Je pense que ce texte, presque visionnaire dit bien ce qu’il veut dire, surtout si on en fait une interprétation allégorique : Je m’enfuis. Déjà avait commencé le crépuscule. La ville était envahie par la fumée et les nuages. Des maisons, on ne voyait que les portes, barrées par de gigantesques inscriptions. Une humidité froide brillait sur le pavé des rues. Lorsque j’eus descendu l’escalier, près du fleuve, des chiens de grande taille, des espèces de molosses, la tête hérissée de couronnes de ronces, apparurent sur l’autre rive. Je savais que la justice les avait rendus féroces pour faire d’eux ses instruments occasionnels. Mais, moi aussi, j’appartenais à la justice. C’était là ma honte : j’étais juge Qui pouvait me condamner ?  Aussi, au lieu d’emplir la nuit de leurs aboiements, les chiens me laissèrent ils passer en silence, comme un homme qu’ils n’auraient pas vu. Ce n’est que bien après mon passage qu’ls recommencèrent à hurler, hurlements tremblants, étouffés qui, à cette heure du jour retentissaient comme l’écho du mot : il y a… Voila sans doute le dernier mot, pensais=je en les écoutant

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 4 février 2017

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Commentaires

Vous sous-estimé beaucoup la responsabilité de Fillon.

L'argent publique est issue des impôts, des citoyens et de l'économie.
Depuis quelques années, l'obsession de la droite française, avec raison, est le trou financier qui se creuse.

Comment peut-on utiliser cet argent avec tant de légèreté pour payer d'un salaire aussi élevé sa femme et ses enfants. Et ensuite demander aux français de se serrer la ceinture tout en diminuant les fonctionnaire.

Il y a un manque de respect pour l'argent publique, donc les citoyens.

De tous, il est probablement le plus présidentiable. Mais son programmes économique d'un autre âge, et une absence de vision sur l'arrivée de l'intelligence artificielle dans le monde économique, me fait penser qu'il n'est pas la bonne personne.

L'affaire Fillon est exagéré par rapport à son manque d'honnêteté, mais à la hauteur d'un manque de moralité. L'enjeu futur des révolutions technologiques me fait penser que son éviction est peut-être une chance pour la France.

Écrit par : motus | 04/02/2017

Bonsoir
Je ne vous connais pas et suis tombé sur votre blog par hasard
Deux commentaires
M Fillon a fait campagne sur son intégrité morale, sur la réforme de la France qui ne peut être fondée que sur cette intégrité
les electeurs de la primaire de la droite ont bien entendu "imagine t on le Général mis en examen" non bien sûr puisqu'à l'Elysée il a fait poser un compteur pour payer sa propre électricité
Pour moi c'est ce décalage entre le dire et le faire qui a produit l'effet trahison

Trop peu de journalistes travaillent en investigation, et sont sous la pression directe du propriétaire (voirLCI) ou insidieuse puisque le tri ideologique se fait à l'embauche 90% des journaux français sont la propriété de douze miliardaires français
On ne peut tirer sur le Canard en parlant des circonstances ou d'un complot
Le Canard ne diffame pas M Fillon, c'est M Fillon qui a choisi de faire campagne sur l'intégrité c'est sa responsabilité s'il apparaît comme un tartuffe : le statut d'assistant permet d'embaucher ses enfants mais pas de leur offrir une bourse d'etudiant à 3800 € pour la fille et 4900€ pour le fils (bonjour l'égalité homme/femme
Pour finir c'est l'employeur qui est responsable de l'embauche pas le salarié c'est même à l'employeur de définir clairement la tâche du salarié M Fillon a trompé sa femme en lui laissant croire que ça pouvait se faire et que c'est légitime c'est lui le député qui vote les lois qui ne peut ignorer l'illégitimité de sa pratique vis à vis de sa femme quant à ses enfants il est carrément impossible qu'ils aient poursuivi des études en étant assitant parlementaire ce qui est un vrai travail
Dans ma banlieue profonde les pauvres qui font vivre leur famille avec peu aimeraient pouvoir libérer leurs enfants étudiants des petits boulots qu'ils sont obligés de faire pour payer les études
Et moi qui ai pu payer des études à mon fils j'ai aussi payé mes impôts qui ont donc servi de bourse aux enfants de M Fillon, ça me choque
Sarkozy insupportablement bling bling amoureux du fric et des honneurs n'était pas hypocrite il l'a payé en étant mis en troisième par les électeurs de droite attirés par M Fillion et sa tactique "catholique intègre"
Ne tirez pas sur le canard car comme le constate transparancy international la france qui est avant dernière pour la corruption des élites en europe l'ensemble de la société française ne supporte plus cette impunité des "élites"

Écrit par : Remignard gilles | 04/02/2017

Cher Professeur,

Vous vous référez à Levinas et à Maurice Blanchot. Moi, je pense à Molière qui a écrit le "Tartuffe", classique de la littérature française.
Quand l'idéologie remplace l'éthique et la déontologie, la corruption active, passive ou "involontaire" se répand comme la moisissure dans une maison mal entretenue.

Écrit par : Alain | 05/02/2017

Voyez vous déjà, d'après ces commentaires, comment l'on respecte aujourd'hui, dans ce pays,la "présomption d'innocence "

Qui a dit qu'il était coupable ?!

La justice aurait elle statué mais je n'ai rien entendu .

Écrit par : Claude | 05/02/2017

M. M.-R.H.,
On accuse Fillon d avoir violé la Morale et/ou l Ethique tout en attendant les résultats et la décision judiciaire qui pourraient ne pas se faire avant mai 2017 date de l Election présidentielle.

On parle d Ethique et de la Morale. Qui est un des premiers à dégainer cet argument moral, vous serez étonnés, c est le FN? Blague à part!!

En principe, les Députés et les Sénateurs font les lois et les Règles à appliquer inclus à leurs propres situations parlementaires ou sénatoriales s agissant aussi de leurs assistant(e)s parlemantaires. Des Lois propres à eux qui sont faites par eux et pour eux, Des loius et des règles très permissives et incitatives à la magouille. Il semble que 114 députés(au fait 113 après déduction du cas de Fillon!) qui sont dans la même situation que lui mais personne n en parle. L affaire Fillon semble perdurer depuis un quart de siècle et seulement 80 jours avant cette Election présidentielle, la "V"érité s est réveillée pour se répandre urbi et orbi, n est il pas très louche tout cela sans disculper le présumé-coupable Fillon? On a accusé Fillon d avoir dit :""Je suis Chrétien" et alors! Imaginons qu un autre Candidat avait dit:"Je suis Musulman ou Juif ou Boudhiste ou Athée ou Agnostique..", est ce qu on aurait osé le critiquer avec la violence contre la déclaration de Fillon? Je ne suis pas si sûr que ça mais quand on veut éliminer son chat, on trouvera après coup et une fois le chat est mort, toutes les maladies imaginables ou in-imaginable à lui coller.

En tout Etat de cause, Président M. X ou Y ou Z, la France n est plus souveraine et elle est plus gérée par l Otan et l UE et vice versa que par
M. le Président n importe qui y est. A bon entendeur!

Écrit par : Charles 05 | 05/02/2017

La situation d'une femme ayant reçu indûment des milliers d'Euros des années durant est insoutenable.

À quand un billet sur les femmes employées ici, au noir, sous payées, par leurs maîtres?

À quand un billet sur les femmes qui fuient la guerre et traversent les frontières avec leurs bébés?

À quand un billet sur les filles et les femmes violentées, mal traitées sur plusieurs mois ou années?

En communion avec vous.

Écrit par : Binet | 06/02/2017

« comment l'on respecte aujourd'hui, dans ce pays,la "présomption d'innocence " »

On s'en fiche de la "présomption d'innocence". C'est une vue de l'esprit qui ne repose en rien sur le concret. Le concret, c'est quoi ? Des faits réels, précis, palpables, vus de tous.

Donc, rien à voir avec un voleur pris en flagrant délit, que l'on qualifie de voleur présumé, jusque sa condamnation. Le peuple se moque de ce cirque.

Mais le clan Fillon et les Républicains qui soutiennent ce candidat, peuvent évidemment se fermer les yeux et se boucher les oreilles... Leur présidence est perdue et le pouvoir leur passera sous le nez.

Fallait vraiment être irréprochable, un point c'est tout !





L'interview de l'épouse datant de presque dix ans après le début des faits, ce n'est ni mirage, ni des voix de l'au-delà

Écrit par : G. Blanc | 06/02/2017

Il faut voir le véritable enjeu de ces élections pour la France. Fillon n`a aucune chance d`accéder a la présidence, notamment parce`que personne ne souhaite une politique de restriction budgétaire a tout crin. Restent donc en course le "libéralisme de gauche" (Macron) et le "libéralisme d`extreme-droite" (Le Pen). La seule garantie d`éviter ce dernier est donc qu`un maximum d`électeurs de la droite renoncent au deuxieme tour de voter pour Fillon et se rallient a Macron. Ergo, meme si les moyens choisis ne sont pas tres jolis, il est bon que Fillon soit décrédibilisé. Se rend-on seulement compte de ce que signifierait por la France et Europe un gouvenement francais a la Trump (Le Pen)?

Écrit par : jean jarogh | 06/02/2017

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