20/01/2017

Ce que cache le «Je vais tout changer» de Donald Trump: de l’altérité en politique...

 

Ce que cache le «Je vais tout changer» de Donald Trump: de l’altérité en politique...

 

Avant toute chose, précisons un point : ce papier est rédigé près de dix heures avant l’investiture si attendue de Donald Trump. Il vise à analyser de la manière la plus objective possible ce que représente cet homme, le président du plus puissant pays au monde, dans un univers qui ne se remettait plus en question, fondait lui-même pour lui-même ses propres lois et qui est contraint d’accueillir un nouveau venu qui veut tout changer ; on l’accueille comme un petit chien dans un jeu de quilles.

 

Au fond, la pratique politique, le monde politique, ont toujours joué le jeu qu’ils ont voulu sans jamais accepter  la différence, l’altérité. Il fallait accepter qu’une partie d’un pays gouverne contre l’autre partie de ce même pays. J’ai entendu des gens, pourtant intelligents, des commentateurs avisés de la chose politique, dire des choses étonnantes sur le nouveau président. C’est comme si cet homme qui a réussi à s’imposer, à braver tous les dangers, et ils furent nombreux, à rallier à lui des millions d’Américains, devait se soumettre aux critères de la grande presse nationale et internationale et faire allégeance à l’establishment politique, quel qu’il soit. Etonnante démarche des coryphées de la presse mondiale qui crient au scandale parce quelqu’un viole, et de quelle façon, leur petit univers politico-médiatique. Ces gens n’ont rien compris au résultat du vote : bien sûr que Madame Clinton a eu plus de suffrages, mais elle avait un inconvénient majeur qui s’est transformé en un handicap insurmontable : elle faisait figure de candidate de l’establishment, des couches supérieures de la population, en un mot des élites. Et c’est justement contre ces milieux là, réputés responsables de tous nos maux, que les gens ont, à tort ou à raison, voté. C’est ce ras le bol qui a fait que rien n’a pu stopper non pas la vague, mais le raz-de-marée Trump.


 

Ce que cache le «Je vais tout changer» de Donald Trump: de l’altérité en politique...

 

 

 

En fait, il y a ici plus qu’une incompréhension, on a affaire à une inadéquation, voire à un déphasage. La presse officielle, réputée pour sa bien-pensance et son politiquement correct n’a pas compris que sa propre hiérarchie des critères n’avait plus cours. Aujourd’hui, les gens, quels que soient leurs pays, leur profession, leur âge ou leur sexe, s’informent en lisant les nouvelles sur des tablettes, des portables, bref privilégient l’internet. Et n’importe qui peut créer son blog, son site et les diffuser à la face du monde. Trump, lui, l’a très bien compris. Il a écarté la presse et la télévision comme on écarte un paravent ou comme on procède à l’ablation d’une cataracte. La presse ne pouvait pas ne pas réagir comme elle l’a fait : par une levée générale de boucliers, une hostilité proche parfois de la diffamation et un parti pris ouvert, déclaré pour sa rivale Hillary Clinton. La frustration le disputait à l’amertume.

 

Les résultats sont là mais il faut approfondir les raisons de cette querelle avec la presse et les circuits de communication habituels. Trump est différent, il est autre, radicalement autre et cette altérité a presque violé les acteurs traditionnels des compétitions électorales. En effet, Trump est le premier candidat à avoir gagné contre la presse, le capital et l’establishment. Même le président sortant n’a pas hésité à bafouer les règles de décence politique, multipliant les interventions aux quatre coins du pays, n’hésitant même pas à mobiliser sa propre épouse à laquelle son statut de première dame aurait dû interdire de telles déclarations, notamment la crainte et le danger que Trump, en tant que mâle, pouvait représenter pour nos filles (our girls).

 

Dans ce contexte précis, je dois préciser que je n’apprécie guère les commentaires phallocratiques de Trum sur les femmes en général mais je trouve tout aussi déplacé d’avoir publié dans la grande presse de tels enregistrements audio… Et pourtant, même cela ne l’a pas empêché d’être élu. Son électorat, la classe moyennes et les couches populaires ont refusé de suivre… Ce qui donne à réfléchir. Mais non, cela n’a pas suffi si l’on en juge par le comportement du sortant Barack Obama qui, jusqu’à hier continuait d’agir un peu par bravade, comme un mauvais perdant qui n’a toujours pas accepté la défaite de sa candidate… Soyons justes : Trump ne lui fait aucun cadeau et le Congrès a déjà entamé le dé tricotage de l’Obamacare.

 

Pourquoi donc Trump veut-il avant tout rompre avec le système ? Pourquoi cette rupture doublée d’une altérité réclamée et assumée ? C’est tout simplement que le richissime homme d’affaires qu’il est n’est pas satisfait de la gouvernance de son pays et même du reste du monde, vu que les USA sont l’unique hyperpuissance sur cette terre et que sans eux rien ne peut se faire : on l’a vu pour la Syrie et le camouflet infligé par B. Obama à Fr. Hollande.

 

Trump veut changer tout cela en se fondant sur une règle, certes valable dans le monde des affaires mais peut-être pas vraiment dans les forums internationaux ni dans le monde politique US : quand une méthode, un système ne fonctionne pas, on en choisit un autre. Un neuropsychiatre connu, qui s’est fait, justement pour un petit quart d’heure ce matin, commentateur politique, a dit que Trump se considérait plus comme un PDG que comme un président… C’est vrai mais quel mal  y a t il à cela ? Le nouveau président a le droit de faire preuve d’inventivité, d’esprit innovant, il a le droit de quitter les sentiers battus pour explorer des pistes ou des voies nouvelles ; ce choix d’être différent, d’être autre, rejoint un peu le choix de Levinas pour l’altérité, même si le philosophe de rue Michel-Ange ne se serait guère entendu avec le nouvel homme fort du monde entier.

 

Puisque l’entrée en fonctions se passe dans quelques heures, selon le fuseau horaire européen, et qu’on ne sait rien, de science sûre, de la tonalité du discours, on peut tout imaginer. L’homme veut étonner, il veut surprendre. Il veut montrer que sa présidence marque une ère nouvelle dans l’histoire politique de son pays. IL a aussi tendance à se poser un peu comme un mégalomane, un Messie que tout le monde attend. Un exemple : il voulait venir en hélicoptère pour sa prestation de serment : que visait-il ? Tout simplement à se poser comme le messager de Dieu, comme un ange venu sauver les brebis égarées, les ramener sur le droit chemin. Une sorte de démiurge, même si on est très loin de Platon et de sa cité bien guidée, incarnation de toutes les vertus politiques et humanistes. Les expulsions des étrangers en situation irrégulière, la construction du mur séparant les USA du Mexique, la taxation des produits non made in USA, etc, tout cela nous éloigne tant de la cité parfaite.

 

Enfin, Trump  est parti d’un constat pourtant aveuglant mais que tout un chacun faisait mine  de ne pas voir : l’indigence, voire, la faillite du discours politique ; le discrédit complet des classes politiques, frappées d’autisme à un point encore jamais atteint. Et c’est tout cela que Trump veut changer. Y parviendra t il ? C’est peu probable. Mais au moins il aura essayé. Il aura peut-être balisé le chemin pour d’autres.

 

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Commentaires

Bonjour

Merci pour ce texte. Il y a de belles lumières et on y voit effectivement une envie d'arriver à une objectivité qui le rend agréable !

Je ne sais pas si vous avez déjà écrit sur les relations entre trump et Israël. On voit que dans cette posture que vous décrivez de l'altérité, cet élément qui se veut hors du commun est le premier à inviter des colons israéliens à sa cérémonie d'investiture et qui ne cache pas son choix de déplacer à Jérusalem l'Ambassade des Etats-Unis. Si vous pouvez en dire plus en termes de perpectives cela pourrait être intéressant.

Merci

Écrit par : Gorgui Ndoye | 20/01/2017

Belle remarque-question M. Gorgui Ndoye.
Trump est un commerçant, ce qui lui rapporte à lui perso d argent et de prestige compte beaucoup et si en passant et en 2ème temps ceci apporterait un petit chouwaya pour la classe pauvre et modeste des USA, tant mieux. Mais certes que les anciens affiliés à l obamacare, il pourrait les faire gicler et annuler leurs couvertures de santé et pour lui "tant mieux" qu ils crèvent la bouche ouverte puisque obamacare ne rapporte pas bcp de fric aux Grandes Multinationales dont son propre commerce...

Écrit par : Charles 05 | 20/01/2017

Il n y a pas longtemps quand on critiquait généralement la sale politique américaine qui dure depuis longtemps, on se faisait critiquer d être des Anti-Américains Primaires voire -Primitifs!

Aujourd hui tout le monde est quasi mécontent de cette politique impérialiste Américaine...Cherchez l erreur. In fine, qui a plutôt raison, Les Anti-Américains Primaires ou les Nouveaux Anti-Américains Secondaires à raison?

Écrit par : Charles 05 | 21/01/2017

Cher Professeur,
En France on ne semble concevoir le peuple que comme pauvre, inculte et exploitable par une idéologie totalitaire portée par une soi-disant élite à l'intelligence auto proclamée qui s'arroge le droit de détenir et d'imposer par tous les moyens sa vérité.
Peut-être que les USA en sont aussi arrivés là. Et Trump est peut-être l'homme qui va renverser l'ordre établi. Ce qu'ont fait les Lumières en France au XVIIIème siècle. D'accord, Trump est peut-être difficilement comparable à nos encyclopédistes, je vous le concède.
En Europe, nous recommençons à être en recherche de Lumières, comme au XVIIIème siècle. Mais sous l'impact des attentats musulmans sur notre sol, pas sous l'influence des idéaux de liberté et d'égalité des Lumières.
Et nous ne trouvons pas encore de responsable politique capable de nous faire rêver à un avenir meilleur.
Trump veut retrouver une Amérique conforme à son "rêve américain". Et il a eu suffisamment d'américains pour le porter au pouvoir suprême. La démocratie est le fondement du rêve américain. Espérons qu'elle soit assez forte pour obliger Trump à tenir ses promesses.
En Europe, la démocratie est en péril, voire agonisante face à la trahison des gouvernements devant l'invasion colonialiste musulmane.
Le seul à vouloir protéger son pays, son peuple de la colonisation musulmane est Poutine. En matière de démocratie, on est loin de l'exemplarité. Mais l'histoire russe n'est pas l'histoire américaine, ni celle de l'Europe ou de la France.
Trump et Poutine ont des points communs : se défendre contre l'islam, veiller aux intérêts de leur pays respectif et le courage pour s'atteler à ses deux tâches.
Qui peut incarner ses trois critères en Europe ?

Écrit par : Alain | 21/01/2017

@M. M.-R.H., @M. Alain,

Vous parlez de la Démocratie en Europe. Mais nous vivons en Europe dans l ère post-démocratie c à d qu on a le droit à l expression et au Vote, choses non négligeables certes, enviables et louables. Mais afin que ce terme grecque de Démocratie puisse s appliquer, c est le Peuple qui décide tout d abord puis c est le Peuple qui gouverne et dans l intérêt de ce Peuple-même. Alors, il faudrait que les "Gouvernants élus ou choisis" puissent exercer le pouvoir dans un pays souverain qui décide qui sont ses propres intérêts or ce ne st plus le cas. C est alors que l ère post démocratie mérite son nom puisque ce n est pas Le Peuple qui gouverne puisque leurs Gouvernants, n importe est leur sexe, leur parti ou pas, ou leur confession, ces gouvernants ne seront pas les Patrons de la France, notre sujet. Ceux qui gouvernent réellement sont les Multi-Nationales et leurs Lobbys, Bruxelles et l UE, même l Otan (qui commande entre autres l UE) et Washington à ce jour (pour demain on verra bien ce que ferait M. Trump...)

Pendant le quinquennat de M. Hollande, qui était le Patron du "Travail" en France, est-ce M. Hollande et son Gvt ou bel et bien M. Pierre Gattaz, LE patron de la France au sujet de tout ce qui concerne les problèmes du Travail?

Écrit par : Charles 05 | 21/01/2017

@M. R.-M.H.,
Vous avez eu le flair de dire que Trump "va tout changer".
Effectivement, ce soir toutes les Radios/TV parlent d un entretien téléphonique qui va avoir lieu entre Netanayou et Trump. Car il semble que l ONU et les lois internationales sont applicables à tout état membre de l ONU sans discrimination, mais il semble, aussi, que toutes ces lois+l ONU ont déménagé à la White House chez Trump et que ce dernier(M. Trump) a donné, de facto, son feu vert à Netanayou afin de continuer l annexion des territoires palestiniens occupés et de même la construction des Colonies dans ces territoires.

"Bravo" et ça promet "bien" tout cela!

Écrit par : Charles 05 | 22/01/2017

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