09/01/2017

La Turquie quitte l’Otan

 

La Turquie quitte l’Otan

 

Oui, à petits pas, lentement mais sûrement le réfime turc de Monsieur Erdogan est en train de renverser les alliances, de se rapprocher de puissances qui ne sont pas vraiment des amis de l’alliance militaire de l’Atlantique nord. Monsieur Erdogan nous a habitués à ce cours en zigzague qui nous rappelle la politique étrangère de Guillaume II. Et on connaît la suite d’un tel comportement aventureux. Mais voyons d’abord ce qui a dicté à Erdogan sa conduite si erratique…

 

C’est surtout l’abandon de son régime par les puissances occidentales, le désespoir de s’arrimer un jour à l’Union Européenne, la baisse des investissements dans le pays, l’appui plus ou moins discret aux minorités, notamment kurdes (voir l’épisode de Kabané) et les critiques de plus en plus vives  contre la suppression de certaines libertés publiques fondamentales (indépendance de la justice, liberté de la presse, incarcération sans contrôle judiciaire, volonté de rétablir la peine de mort pour punir le terrorisme, etc…).

 

Mais ce qui a suscité l’ire du grand Turc n’est autre que le sentiment d’être seul alors qu’il venait d’être menacé par un coup d’Etat qui, tout en suscitant bien des interrogations, n’en a pas moins coûté la vie à près de trois cents personnes. Erdogan aurait souhaité plus d’empressement, plus de soutien, plus de solidarité de la part de l’Occident dont il préserve, en quelque sorte, les frontières en jugulant le flot de réfugiés du Proche Orient mais aussi d’Afrique. Or, le président turc en est persuadé : les puissances occidentales, et notamment les USA avec leurs énormes moyens de communication et d’espionnage, même de leurs alliés, ne peuvent pas ne pas avoir eu vent des préparatifs du coup d’état, et pourtant tout le monde s’est muré dans un silence total. Si ces choses s’avèrent, alors le grand Turc a eu raison de tourner le dos à ses alliés de l’OTAN.

 

Ce qui est frappant dans un tel renversement d’alliances, c’est la rapidité avec laquelle Erdogan s’est laissé convaincre de se rapprocher de Poutine et de l’Iran (dont il se méfiait pourtant, il y a encore peu de temps) ; il avait pourtant fait abattre un avion russe et Poutine s’était juré de le lui faire payer très cher. Il n’en fut rien, la raison d’Etat l’a emporté et les deux dirigeants, épaulés par l’Iran ont changé la donne au Proche Orient : la Turquie qui aidait certains rebelles a finement négocié leur exfiltration d’Alep, ce qui fait que les fameux bombardements russes des derniers jours n’ont servi qu’à neutraliser les enragés ou les extrémistes qui savaient ce qui les attendait. Le gros des troupes rebelles avait déjà quitté les lieux en bon ordre, sans être inquiétés. Ce que prévoyait l’accord entre Erdogan et Poutine.

 

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Erdogan ne va pas, en fin de compte, laisser s’étioler son adhésion à l’OTAN puisqu’il s’est allié aux puissances qui comptent le plus dans la région… Mais l’autre question qui se pose est la suivante : combien de temps va durer cette alliance contre nature ? Les innombrables attentats terroristes, le meurtre de l’ambassadeur turc à Ankara, la défiance de plus en plus visible de certaines franges de la population montrent que Erdogan ne contrôle pas tout le pays et qu’il y a lieu de redouter un nouveau coup d’état, mieux préparé, ou, à tout le moins, une longue période d’instabilité politique.

 

Mais Erdogan a aussi  pris tout le monde de court en rétablissant au pas de charges des liens avec Israël et hier il a condamné le terrorisme après l’attentat de Jérusalem…

 

Que doit faire l’Europe ? Que doit faire l’Otan ? Le départ si ardemment souhaité de B. Obama de la Maison Blanche va entièrement changer la donne. Donald Trump ce n’est pas Obama, ce n’est pas François Hollande, ce n’est pas Angela Merkel. Toutes les nominations décidées par le président élu montrent qu’il reste fidèle à ses idées. Gageons qu’il saura s’adresser à son allié turc afin que celui-ci se décide une fois pour toutes : Poutine ou l’Otan ? L’Iran ou l’UE ? Mais sur ce dernier point, les dés sont jetés…

 

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Commentaires

Bonjour et merci de votre analyse !

Je vous signale toutefois une coquille :

" Les innombrables attentats terroristes, le meurtre de l’ambassadeur turc à Ankara, ..."

Lire :

" Les innombrables attentats terroristes, le meurtre de l’ambassadeur russe à Ankara, ..."

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/01/2017

Cher Professeur,

Erdogan représente un potentiel de nuisances (euphémisme) musulmanes en tant que promoteur de la sharia en Turquie.
La politique extérieure de Poutine me semble guidée par le soucis de protéger la Russie de l'islam totalitaire et conquérant, qui fait tellement de ravages non seulement en Israël et en Afrique, mais, comme on le voit depuis plusieurs décennies, en Europe grâce à l'incurie imbécile (si, si, je pèse mes mots)des gouvernants européens. Aujourd'hui, il s'est substitué aux USA dans la guerre contre daech en s'alliant à l'Iran. Mais demain ?
Quant à Trump, il apparaît avoir compris les mêmes choses que Poutine : le danger mortel de l'islam pour l'humanité toute entière. Il tentera de préserver les USA de ce danger, tout en cherchant à promouvoir le développement économique de la nation dont il prend les commandes. De quelle façon ? Là elle la question.
La Turquie islamiste et versatile d'Erdogan ne pèse finalement pas autant que voudraient le faire croire ses 70 M d'habitants, son appartenance à l'OTAN et ses rodomontades qui s'expriment par de violentes répression.

Écrit par : Alain | 10/01/2017

La Russie avait adopté une position claire à l égard de l "Islamisme Radical et/ou modéré" genre Daech, l ASL composée majoritairement de Djihadistes Anti-Khaddafi et d Al Qayda/Al Nosra qui "fait du bon boulot en Syrie" selon la politique étrangère de la France adoptée et déclarée urbi et orbi ainsi par M. Fabius en septembre 2012 à Marakech et de facto approuvée par M. Hollande.

Le Kremlin avait dit qu à l égard de l islamisme radical ou modéré, c est du kif kif:""On n est pas un peu enceinte. On l est ou on l est pas". Ni la France ni les USA ni l Otan ni Israel avaient adopté cette ligne courageuse mais bien au contraire ( pour avoir cité ce dernier pays sur ce blog, mon texte va vraisemblablement gicler , hélas) mais soit du moment où le débat est libre, me semble-t-il...

Écrit par : Charles 05 | 10/01/2017

Ce n est pas sûr qu Erdogan quitterait l Otan car c est LE Sultan du Bosphore donc, il a pleinement le "droit" d être un tordu non-crédible et qui a le "droit" de mener un marchandage de vendeur de tapis contre une future fiancée avec ou sans 2 chèvres et un chameau, à voir.

Trêve de plaisanterie. De Gaulle avait coupé le pont avec l Otan. Sarkosy avait remis le 1er pied de la France dans l Otan et Hollande l a suivi et a remis l autre pied de la France dans cet Otan. De ce fait, c est trop tard d avoir la souveraineté de la France dans ses choix politico-financiers qui sont forcément liées à ses actions militaires et vice versa sans passer par le feu vert de l Otan et l UE. Politique de la France qui ne vise que spolier le fric des autres pays moins forts qu elle et d être payée ou gratifiée sonnant et trébuchant par les Saoudi-Qataris.

Regardez comment les Allemands, par contre, commencent à avoir ras-le bol
du cirque de l Otan qui encercle autant l Europe que la Russie...
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Manifestations anti-OTAN des Allemands

Un grand nombre d’Allemands ont manifesté contre le déploiement des forces des militaires de l’OTAN et le transfert des équipements militaires depuis leur pays. Cette manifestation a eu lieu dans la ville portuaire de Bremerhaven au nord d’Allemagne.

Dans le cadre d’une stratégie présentée comme “défensive” par l’OTAN, des blindés américains sont arrivés dans le port allemand de Bremerhaven. Ils prendront ensuite la direction de l’Europe de l’Est, plus précisément en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie, dans le cadre d’un plan de renforcement des forces otaniennes en Europe face aux “éventuelles attaques” russes. Il s’agit de 4.000 soldats, 87 chars et 144 blindés militaires qui doivent participer à une manœuvre militaire d’envergure de l’OTAN aux portes de la Russie qui va commencer le 7 janvier et qui va durer 12 jours.

L’arrivée de cette machine de guerre fait partie de l’opération baptisée « Atlantic Resolve » par le Pentagone et après le rattachement de la péninsule du sud de l’Ukraine, Crimée, à la Russie. Elle a pour objectif, selon Washington, de dissuader une éventuelle attaque russe et de rassurer les membres est européen de l’OTAN.

Les manifestants portaient des pancartes libellées avec les slogans suivants :“Non au déploiement de l’OTAN” et “Non à l’action miliaire contre la Russie” et “les troupes américaines doivent rentrer chez eux”.

Il paraît que les Allemands commencent à voir clair, car ils ont compris que les troupes américaines ne représentent pas une force de protection, mais plutôt une force d’occupation.Et c’est pourquoi ces manifestants réclament le départ de ces troupes.

La Russie a à maintes reprises mis en garde contre le renforcement des forces de l’Alliance atlantique dirigée par les États-Unis près de ses frontières et elle a été obligée de renforcer elle aussi ses capacités militaires sur les frontières du sud-ouest pour maintenir un équilibre.

Pour Moscou, cette présence militaire américaine en Europe constitue un acte d’agression qui brisera l’équilibre sécuritaire dans ce continent.

source: http://parstoday.com/fr/news/world-i26494-manifestations_anti_otan_des_allemands

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Écrit par : Charles 05 | 10/01/2017

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