31/07/2016

Erdogan au lendemain du putsch manqué…

Erdogan au lendemain du putsch manqué…

On ne dira pas, ce serait présomptueux, que ce blog avait attiré l’attention, bien des semaines avant le putsch, sur de possibles réactions de l’armée turque, tant la méthode d’Erdogan était arrogante et hégémonique. L’homme qui, aujourd’hui, se fait appeler le généralissime, après s’être comporté comme un sultan ottoman, n’a décidément rien compris à ce qui se passe : certes, il a échappé au putsch, certes, il a sauvé sa vie, mais les purges qu’il a entreprises dans sa joyeuse prise de possession de tous les pouvoirs, pourraient lui réserver des surprises dans l’avenir. Réfléchissons : il a de nouveau décapité l’armée, laquelle se sent méprisée, affaiblie et surtout surveillée, il a licencié des milliers de fonctionnaires d’Etat dans l’éducation, la justice, la magistrature, etc… il a fait fermer des chaînes de télévision, des journaux, des radios, des écoles, des universités, et le tout au motif que ces institutions étaient, de près ou de loin, l’émanation de son ennemi juré Fathulac Güllen !

Il faut comprendre la topographie et mesurer l’impact de cet imam-homme d’affaires sur la vie de la Turquie et de ses habitants. Nous pouvons le voir en analysant la confession d’un haut gradé de l’armée qui avait pactisé avec les putschistes : je suis, dit-il après avoir été sérieusement malmené par les enquêteurs, le fils d’un paysan pauvre d’Anatolie ; sans l’aide de l’imam Güllen je n’aurais jamais fait d’études et ma condition sociale serait restée la même que celle de mon père… Et il expliquait que sans l’aide financière de l’imam réfugié dans le New Jersey, une grande majorité de Turcs se débattraient dans la misère sans jamais en sortir…

C’est à la misère de son pays et de ses habitants qu’Erdogan devrait s’en prendre et non point à ses opposants ou à la Russie ou à Israël !

D’ailleurs, en emprisonnant, en excluant, en ostracisant et en rejetant des milliers de ses compatriotes au motif qu’ils s’opposent à lui, Erdogan prépare lui-même les coups d’Etat de demain. Car, que font faire tous ces réprouvés, ces mis au ban de la société ? Ils vont s’unir, devenir une force et mieux préparer leur coup. Malheureusement, Erdogan ne croit qu’à la force et au lieu de profiter de ce grand bouleversement pour engager un authentique dialogue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Turquie, il bannit et exclut tous azimuts, se préparant ainsi de douloureux lendemains.

C’est le caractère même de l’homme qui est en cause : devons nous nous répéter ? Il s’est mis tout le monde à dos : les Arabes, les Kurdes, la Syrie, L’Egypte, l’Iran, Israël, la Russie, l’Union Européenne, les USA (qu’il accuse d’avoir soutenu le coup d’Etat, ce qui n’est pas faux car la CIA le savait et n’a pas prévenu Erdogan)… C’est seulement récemment qu’il eut un éclair de lucidité, voyant que cet isolement croissant le conduirait à sa perte. C’est alors que survint le coup d’Etat avec les conséquences et surtout l’amateurisme que l’on sait.

Que va t il se passer désormais ? Erdogan n’ira pas jusqu’à rétablir la peine de mort, et s’il le fait et que des hauts gradés sont condamnés à la peine capitale, il les graciera. Mais, pour le reste du monde qui le surveille comme le lait sur le feu, ce sera un test. Et pas uniquement pour l’Union Européenne qui sait pertinemment bien que la Turquie n’est pas une nation européenne, les pseudo négociations d’adhésion sont menées en trompe-l’œil. Comment admettre un tel pays avec un tel président et qui plus est, frontalier de la Syrie ; et qui nous fait un chantage aux visas en brandissant l’afflux de réfugiés ?

Les mois suivants seront un test. Est ce que l’armée ou ce qu’il en reste, va se tenir tranquille ? Est-ce que la lutte contre le PKK va prendre de l’ampleur ? Est-ce que l’Etat Islamique avec ses cellules dormantes va commettre encore des attentats ? Voilà bien des inconnues qui pèsent sur le proche avenir.

Mais si Erdogan se décidait enfin à entamer un vaste dialogue national, il conjurerait tous les dangers. Le fera t il ? J’en doute, tant cet homme est assoiffé de pouvoir.

Quand on dirige un pays aussi compliqué que la Turquie, on gouverne selon un consensus. Et pas seul contre tous.

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30/07/2016

De l’exclusivisme au dialogue

De l’exclusivisme au dialogue

Oui, de l’exclusivisme religieux au dialogue interreligieux ! La mort ignominieuse de ce pauvre prêtre catholique, Jacques HAMEL, aura peut-être eu, parallèlement au drame incommensurable qu’elle représente, au moins un effet positif, et on peut dire qu’il est de taille, s’il comporte, ce que nous espérons, la dose requise de sincérité : que des musulmans croyants se rendent enfin dans des églises et que des chrétiens soient, à leur tour, reçus dans des mosquées durant l’office religieux.

Il faut se méfier de la sensiblerie, de l’optimisme béat et des bons sentiments en général. Ce ne sera pas la panacée mais, sauf erreur de ma part, depuis de nombreuses décennies, c’est bien la première fois que l’organe officiel des arabo-musulmans de France lance un tel appel, notamment à se rendre dans des églises ! Ce n’est pas rien, surtout qu’l ne s’agit plus de la présence convenue de quelques officiels, blanchis sous le harnais, qui effectuent mécaniquement un rite. Non point. Cette fois-ci, c’est un appel, sans ambiguïté aucune (ce qui est un progrès) au musulman lambda, l’encourageant à se rendre compte, de ses propres yeux, de ce qui se passe dans les églises…

Si l’appel est suivi d’effet, et à moins que tout ne trompe, il devrait l’être, cela sera une véritable révolution copernicienne au sein de la représentation arabo-musulmane du christianisme. Pourquoi ? Faisons une brève rétrospective historique, sans toutefois tomber dans la cuistrerie. Allons au fond des choses et découvrons la vérité historique sur la naissance de l’islam.

L’islam est né principalement pour contrer la sainte Trinité ; il est né parce que l’époque ne pouvait pas s’accommoder de la divinité trine que les bédouins et les chameliers du désert d’Arabie assimilaient à un trithéisme. Or, comme nous le rappelle le grand Ernest Renan dans ses écrits, le cri de ralliement de l’islam : Dieu est Un et il est unique. Le terme arabe ALLAH n’est que la vocalisation arabe d’un terme sémitique ancien désignant la divinité et qui se trouve présent dans trois grandes langues sœurs du sémitique nord : l’arabe, l’hébreu et l’araméen…

Allons plus loin. Les musulmans ont fait de l’unité divine absolue la pierre de touche de leurs croyances religieuses, ce qui, presque automatiquement, les mettait en conflit avec le christianisme qui parlait du Fils et de la Mère (la sainte Vierge) de Dieu…… Or, dans le Coran même, il est spécifié que cette conception n’est pas véridique, qu’elle ne correspond pas à la représentation que se faisait de Dieu le premier et le père de tous les croyants (mu’minim), le patriarche Abraham. Il est même écrit que Dieu n’engendre pas ni n’est engendré (la youlid wa-la youlad). Partant, ceux qui professent la sainte Trinité et adorent la sainte Vierge Marie passaient nécessairement pour des kouffar, des infidèles et des mécréants. La racine de ce terme redoutable se retrouve en hébreu et connote la même idée : ruiner les fondements de la foi (kaffar ba-‘ikkar).

Tous mes lecteurs comprendront dès lors qu’avec cette invitation à aller voir au moins une fois ce qui se passe dans les églises on a franchi une barrière infranchissable. J’ai vu, quand j’était professeur à l’Université de Heidelberg un imam, refusant de toucher un missel gentiment offert par le prêtre du diocèse. Quel chemin parcouru, alors que le religieux catholique avait de bonne grâce, accepté le Coran qui lui était offert.

A quand remonte cet ostracisme infondé à l’égard de la religion chrétienne ? Dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, alors que l’église commençait à peine à consolider ses bases théologiques (naissance virginale, forme divino-humaine de Jésus, parousie, etc…), l’islam jugeait qu’il devait combattre une foi qui, à ses yeux, ne respectait pas le dogme intangible de l’unité divine.

Posons nous la question suivante qui demeure au centre même de la controverse : est ce l’on sait de quoi l’on parle quand on se penche sur la sainte Trinité ? Sans même parler du cardinal qui réunit en conclave les meilleurs théologiens de son temps afin qu’ils lui donnent la réponse tant attendue et qui répondirent après bien des sessions : non possumus (Nous ne pouvons pas), on doit s’en référer à un théologien juif du Moyen Age, ennemi de la philosophie néo-aristotélicienne qu’il avait pourtant bien assimilée sans jamais y adhérer.

Juda ha-Lévi (1079-1141), l’auteur du Cusari, portait sur le christianisme un regard étonnamment favorable et positif. Au sujet de la Trinité il écrit que les Chrétiens pensent Un tout en disant trois. Cela paraît anodin mais c’est gigantesque car, avec une telle remarque il lavait la religion chrétienne de tout soupçon d’impiété. Il l’extrayait du polythéisme pour l’insérer dans le giron du monothéisme.

Mais voilà, ce théologien juif écrivait dans la langue philosophique de son temps, à savoir l’arabe et il n’est pas exclu que des théologiens musulmans aient eu vent de cela. Ha-Lévi ajoutait aussi un détail fondamental : les deux autres monothéismes, écrivait-il, le christianisme et l’islam déploient eux aussi de louables efforts pour hâter la venue de la Rédemption sur cette terre…

On comprend mieux, je l’espère, ce qui sa cache derrière cette heureuse initiative des Arabes de se rendre dans les églises et de considérer ceux qui y prient comme des croyants à part entière, comme leurs frères en humanité, partie prenante de la filiation spirituelle abrahamique. La liturgie musulmane accorde une large part à ces prières abrahamiques (salawat ibrahimiya) où elle prie pour le Prophète, ses amis et tous ceux qui se reconnaissent en ce patriarche fondateur du monothéisme éthique. N’oublions pas que selon les premiers chapitre du livre de la Genèse (ch. 12 au ch. 25) Abraham a tout fait pour sauver de la destruction les deux villes pécheresses Sodome et Gomorrhe… Il s’est prévalu de l’ordre éthique universel : le juge suprême (Dieu) de toute la terre ne pratiquerait-il pas le justice ? Incroyable : Abraham qui fait la leçon à Dieu !!

Une dernière remarque : en écoutant la réaction de la haute hiérarchie catholique, tant en France qu’à Rome, j’ai réalisé que dans cette terrible épreuve elle a appelé au jeûne et à la prière… Cette attitude est intrinsèquement juive ! Le couronnement de cette pratique est incarné par la journée de kippour où l’on implore Dieu d’accorder la rémission des péchés en priant et en jeûnant. Les Arabes aussi jeûnent durant le mois de Ramadan. Tant il est vrai que les hommes ont à leur disposition tous les moyens de vivre en paix, s’ils le voulaient.

Quand on a le même héritage biblique on a aussi les mêmes valeurs universelles.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 30 juillet 2016

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27/07/2016

L’idéologie, la religion et le religieux: comment oser instrumentaliser Dieu?

 

L’idéologie, la religion et le religieux: comment oser instrumentaliser Dieu?

La religion peut-elle devenir en ce siècle une arme de guerre ? Le peut-elle sans se dénaturer, sans perdre par là même sa dignité première qui consiste à détacher l’homme de sa matérialité quotidienne pour le mettre au contact d’un autre règne, d’un autre ordre, le spirituel. Ce qui veut dire que tout mouvement, toute idéologie qui méconnait cette vérité de base perd eo ipso le droit de parler au nom d’une religion. Il ne parle plus qu’au nom d’une idéologie qui usurpe les oripeaux du sacré…

En ce XXIe siècle où les tensions communautaires sont exacerbées, il importe de rappeler que toute religion digne de son nom est amour, que la divinité qui la garantit, est une divinité d’amour qui réprouve le meurtre commis en son nom. Quand on fait de la religion une arme on sombre dans l’idéologie, donc dans l’irréligion. Et ce sont toujours des religieux qui se rendent coupables de tels méfaits. Que la morale la plus élémentaire, celle qui est enfouie au fond de tout cœur authentiquement humain, rejette sans appel. On n’a jamais parlé de l’universalité de la loi religieuse mais bien de l’universalité de la loi morale et donc de l’éthique. Souvenons nous de l’épitaphe que Kant, l’auteur de la Religion dans les strictes limites de la raison s’était choisie : le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale gravée dans mon cœur. A elle seule, cette phrase pèse bien plus que le Décalogue qui interdit, entre autres, de tuer. Et c’est le plus important.

Dans Totalité et infini (Dieu) le philosophe français Emmanuel Levinas évoque la lumière du visage d’autrui, autrui qui nous regarde sans ruse ni faux-fuyant et dont l’expression nous implore silencieusement de cesser notre joyeuse prise de possession de l’univers ; ce regard désarmé incarne l’injonction citée ci-dessus ; tu ne tueras point…

Depuis le Moyen Age la pensée humaine a été confrontée à cette difficile cohabitation entre deux vérités : celle des Ecritures, plus ou moins correctement comprises, et celle de la spéculation philosophique. Même l’Europe chrétienne a dû se plier à ce difficile exercice : unité ou dualité de la pensée ? Dieu d’Abraham ou Dieu d’Aristote ? Même un théologien aussi puissant que Thomas d’Aquin ou Albert le Grand ont dû composer avec cette double allégeance : la foi et la raison… Il est vrai que d’après un verset du livre de l’Ecclésiaste, les deux ont été remises à l’humanité par un seul et même berger. Partant, elles ne s’opposeraient qu’en apparence et seraient condamnées à s’entendre.

On attribue généralement quoiqu’abusivement le mouvement libérateur et consolateur des Lumières au seul XVIIIe siècle, le siècle de la Raison. Mais on commettrait une lourde erreur en omettant les Lumières du Moyen Age, celles de Maître Eckhart, de Thomas d’Aquin, de Maimonide et d’Averroès : tous, absolument tous, on victorieusement résisté au fanatisme religieux, plaçant au-dessus de la Révélation, ou à ses côtés, une approche humaniste qui inspirera la conscience morale de l’individu, une conscience promue au rang d’arbitre suprême. Avant d’agir, l’homme, croyant ou incroyant, examinera par lui-même les conséquences morales de son action : agit-il avec raison, conformément aux devoirs dictés par sa conscience morale ? C’est ainsi qu’il doit agir, s’il veut respecter le caractère universel de l’éthique, laquelle ne statue jamais de distinction entre les bonnes et les mauvaises croyances mais entre les bonnes et les mauvaises actions.

On l’oublie souvent mais un certain nombre de textes religieux inspirés par la Bible, les Evangiles ou le Coran, ont fait souche dans nos sociétés contemporaines et que même le droit romain, dit le père de tous les droits, y a pioché indirectement.

L’exemple le plus emblématique de ces multiples emprunts se trouve dans le chapitre XVIII du livre d’Ezéchiel, le prophète d’Israël qui accompagne son peuple en exil à Babylone. Ce devin dut faire face à un vaste mouvement d’opinion qui s’était cristallisé autour d’un apologue assez subversif à l’encontre de Dieu : Les pères ont mangé des raisons amers mais ce sont les dents des enfants qui en furent agacés… On retrouve le même adage dans le livre de Jérémie, un prophète plus âgé qu’Ezéchiel. Qu’est-ce à dire ? C’est très simple : les exilés se plaignaient de la chose suivante : ce sont nos pères qui se sont rebellés contre Dieu mais ce sont nous, les fils, les innocents qui en supportons les conséquences. Nous sommes punis à leur place !

Dans sa réponse d’une grande clarté et d’une pédagogie exemplaire, Ezéchiel jette les bases de ce que les historiens et les anthropologues nommeront l’individualisme religieux. En d’autres termes, les pères ne paieront pas pour les péchés des fils ni les fils pour les péchés des pères. Seule l’âme pécheresse aura des comptes à rendre. Et ce n’est pas un philosophe païen de la Grèce antique qui a découvert ce principe moral qui gît au fondement même de toute vie morale…

Les philosophes-herméneutes des trois monothéismes ont montré que penser en s’adressant à l’ensemble du genre humain revenait à philosopher. C’est la raison pour laquelle les meilleurs d’entre eux ont conceptualisé les enseignements de leurs Saintes Ecritures : ils ont partout montré, voire démontré que l’humanité est partout la même, bien que sa culture soit diverse et variée. Averroès l’a fait, lui qui a repris sans problème l’héritage culturel et intellectuel de l’hellénisme tardif ; il fut rejoint ou précédé en cela par son contemporain juif, natif, comme lui, de Cordoue, qui érigea la pensée d’Aristote en arbitre suprême de sa spéculation. Chez Maître Eckhart, des spécialistes aussi éminents que Kurt Flash ont décelé une profonde influence des écrits de Maimonide et d’Averroès… Intéressant : un musulman et un juif, contrebutent à l’établissement de la mystique rhénane si intrinsèquement chrétienne !

Mais ce sont les penseurs musulmans du Moyen Age qui ont le plus et le mieux, et bien avant les autres, illustré cet humanisme qui doit devenir le frère jumeau de la foi : Abou Bakr ibn Tufayl (ob. 1185) dans son roman philosophique Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils de l’éveillé). Dans cette épître d’une rare beauté, le médecin-philosophe de Marrakech nous présente un humain qui n’a jamais rencontré de congénère avant l’âge adulte, qui n’a jamais été catéchisé mais qu’i a pu s’élever à la sagesse contemplative de Dieu et de l’univers en comptant exclusivement sur ses propres forces. Donc sans révélation divine ni tradition religieuse.

Rendez vous compte ! A la fin du XIIe siècle, un médecin, amoureux de la sagesse et de la paix, pratique une si profonde critique des traditions religieuses ; en milieu chrétien il faudra attendre quelques siècles pour qu’arrivent l’humanisme et la réforme, préalables à un retour généralisé aux sources du savoir…

Je finirai par une citation, non pas de Spinoza qui a pourtant rédigé son Traité théologico-politique pour dénoncer justement les empiétements de la fausse religion, mais de Gottlob Ephraïm Lessing, l’ami de Moïse Mendelssohn, l’auteur de Nathan le Sage. Il met dans la bouche de Dieu cette phrase immortelle : j’ai jamais souhaité que tous les arbres de la forêt aient la même écorce… Ce qui signifie que les hommes sont peut-être différents les uns des autres mais que leur humanité, leur vraie matière, (leur vrai bois) est partout la même…

Maurice-Ruben HAYOUN

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Un fauteuil sur la Seine d’Amin Maalouf…

Un fauteuil sur la Seine d’Amin Maalouf…

En est-il des livres comme des rouleaux de la Tora dans l’arche sainte ? A savoir que c’est le hasard, le sort, qui détermine, comme un jeu de dés, lequel va être utilisé pour l’office religieux du jour dit ? C’est la question que je me suis posé en reprenant la lecture de ce passionnant ouvrage, interrompue, le temps pour moi d’achever la rédaction d’un ouvrage philosophique… En reprenant la lecture d’Amin Maalouf, j’avais mené à bien, au préalable, l’étude attentive des Quatre lectures talmudiques d’Emmanuel Levinas. Et parmi elles se trouve une belle étude consacrée au Sanhédrin, ce tribunal suprême de Jérusalem, emprunté aux Grecs, mais que les talmudistes, dans un traité talmudique éponyme, considéraient comme le nombril de l’univers ! Or, dans la galerie d’académiciens ayant occupé ce fameux fauteuil 29, on trouve évidemment Ernest Renan lequel dit quelque part que l’Académie française est la cour suprême de l’esprit français… Je le crois bien. Et quand on scrute le sous-titre de ce beau livre, Quatre siècles d’histoire de France, on ne peut pas nier la centralité de cette Académie, fondée par le fameux cardinal de Richelieu qui, dans sa grande sagesse, avait compris que cette institution était promise à un brillant avenir…

Il y a dans ce livre une sorte d’empathie universelle, oui une empathie avec autrui, sans réserve. L’auteur s’y révèle à la fois comme chroniqueur, mémorialiste, archiviste, psychologue, et aussi moraliste, sans jamais tomber dans les travers de chacune de ces fonctions. Même lorsqu’il retrace les grands moments d’une vie, en émettant des réserves sur la direction que telle ou telle existence a prise, il le fait sans acrimonie et toujours avec aménité. Il est aussi saisi par la fugacité de l’existence : décrire tant de sensibilités différentes, assises sur un même fauteuil (en bois, précise-t-il, ce qui ne doit pas être très confortable !), exigeait une ouverture d’esprit peu commune. Certaines déclarations laissent transpirer des préoccupations qui n’ont pas laissé l’auteur indifférent. Le grand historien autrichien de la littérature, Wilhelm Dilthey, est passé à la postérité avec son livre-phare, Das Erlebnis und die Literatur (L’événement vécu et la littérature) où il montre que dans une façon de voir se projette une façon d’être…

L’Académie française a été et est encore dans une certaine mesure, le centre de notre vie culturelle, diplomatique, littéraire, philosophique, etc… comme le Sanhédrin, cour suprême, fut, selon la tradition, le nombril du monde. L’ordre fortuit de nos lectures explique parfois bien des choses qui ne nous apparaissent dans toute leur netteté que bien plus tard.

L’auteur Amin Maalouf, élu par cette auguste Compagnie en 2011, nous offre dans ce fauteuil sur la Seine une vaste rétrospective de l’Académie qui commence avec les premiers pas faits sous la férule bienveillante du cardinal de France, jusqu’à l’élection de son propre prédécesseur. Mais il ne s’agit pas d’un travail rébarbatif au style universitaire pesant ; bien au contraire, la lecture en est très agréable, le sérieux de la documentation n’exclut nullement un sens de l’humour toujours présent. Que penser de cette note de Henry de Montherlant qui avale une capsule de cyanure et pour être sûr de bien se donner la mort, se tire une balle dans la gorge… Et ce n’est pas fini, avant d’en finir, il laisse un mot à l’intention de ceux qui découvrirons son corps… Il les prie de bien vérifier que le corps est bien sans vie avant de livrer à l’incinération ; voilà un homme très soigneux.

Je ne vais pas résumer ici le parcours de l’Académie mais je dois dire qu’elle n’était nullement assurée, à l’origine, de cette belle longévité. Elle a traversé bien des époques, subi bien des avanies et tant de fois changé de physionomie. Aujourd’hui, on nie avec force l’existence de fauteuils réservés, notamment à des prélats. C’est peut-être vrai mais cela ne l’a pas toujours été. Les cardinaux et les princes de l’église ont toujours été très bien représentés jusqu’à une date récente. Au fond, c’st le clergé qui avait entre les mains l’éducation (religieuse) des citoyens et qui façonnait donc la culture française. Il était normal que ces présupposés servissent de matrice à la socio-culture française dont l’élément chrétien ou judéo-chrétien a toujours été prépondérant.

Les présentations des académiciens sont très chaleureuses, certaines m’ont vivement touché, notamment celle d’Ernest Renan qui m’a toujours intéressé et celle de Claude Bernard dont la vie privée fut un long calvaire. D’autres ont vécu des drames qu’ils eurent la pudeur de dérober au regard d’autrui. Et puis il y a des expressions que tous utilisent sans savoir quels en furent les auteurs. Exemple frappant : plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute une vie… (Florian)

Celui qui m’a le plus impressionné et dont je n’avais pas la moindre idée n’est autre que François de Callières, l’auteur d’un traité remarquable qui a connu des renaissances aussi nombreuses qu’inattendues, De la manière de négocier avec les souverains. A. Maalouf oppose sa méthode, ne recourir à la force qu’en dernier ressort, à celle du génie de la guerre Clausewitz pour lequel la guerre n’est que la poursuite de la politique par d’autres moyens. Ce qui est franchement étonnant, c’est que ce traité a été maintes fois réédité et traduit dans tant de langues. Certains ont même voulu voir en lui l’initiateur de la soft power, remise à l’honneur par l’ancienne secrétaire d’Etat Hilary Clinton… Ce qui n’est pas peu dire.

L’Académie est peut-être peuplé d’immortels, sans être des éternels, elle n’en pas moins, elle aussi, sa petite histoire. Témoin ce sobriquet dont on affublait le cardinal de Fleury qui accéda à l’Académie et qui conserva la confiance de son roi à un âge plus que canonique : en sa présence, nous dit l’auteur, on lui donnait du Son Eminence, mais en son absence on préférait dire Son éternité… j’ai été frappé par la disparité du maintien en vie, certains conservant leur fauteuil près d’un demi siècle, d’autres le rendant après une occupation de très brève durée…

Dans cette galerie de portraits, il y a aussi des choix cocasses ou des refus incompréhensibles de l’Académie. Comment avoir admis des candidats en lieu et place de personnalités comme Voltaire et Victor Hugo ? Certaines célébrités ont été battues à maintes reprises alors qu’elles sont les parures les plus nobles de notre histoire littéraire ou culturelle.

Pour ce qui est de Ernest Renan, l’auteur a mis le doigt sur un aspect fondamentale de sa pensée, ses relations avec la Prusse et la culture germanique. L’enfant terrible de Tréguier écrivait dans ses inoubliables Souvenirs d’enfance et de jeunesse ceci qui pesa sur son destin : j’appris l’hébreu, j’appris l’allemand, et cela changea tout ! Il ne croyait pas si bien dire, Renan le philologue a tué la foi de Renan le séminariste. Grâce à on apport, nous avons reconquis une partie du retard enregistré à la suite de la saisie du livre de l’Oratorien Richard Simon, Histoire critique du vieux Testament, à la demande d’un certain évêque de Meaux, le sieur Bossuet, qui mandate le lieutenant de police Monsieur de la Reynerie qui détruisit les exemplaires existants. Un rare exemplaire fut sauvé qui permet la réédition de Rotterdam.

Je recommande aussi la lecture attentive des pages consacrées à Claude Lévi-Strauss et à sa joute oratoire avec Roger Caillois, le directeur de la revue Diogène de l’UNESCO.

Un dernier mot pour finir : l’auteur. Amin Maalouf est l’illustration parfaite de la filiation spirituelle entre la France et celles et ceux qui, dans le monde, adhèrent à sa culture. Ce sont eux qui illustrent le mieux la valeur universelle de notre vie intellectuelle.

Et Amin Maalouf figure ici au tout premier rang.

Maurice-Ruben HAYOUN

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25/07/2016

Les attentats en Allemagne: l’erreur irréparable d’Angela Merkel

Les attentats en Allemagne: l’erreur irréparable d’Angela Merkel

Ce qui devait arriver a fini par se produire. Madame Merkel a commis une erreur irréparable. Les Allemands habitués à la discipline, au respect de la loi et à l’ordre, sont confrontés à du jamais vu, de l’inouï, même si les souvenirs de Rote Armee Fraktion ne sont pas si loin. Mais des années de calme, de prospérité et d’ordre leur ont succédé. Et aujourd’hui, l’Allemagne est confrontée à un terrorisme d’un type nouveau, aveugle, sanguinaire, voulant faire le plus de victimes possible, choisies à l’aveuglette.

Il est évident que la population et donc les électeurs vont le faire payer très cher à la chancelière. Cette dernière est partie d’un postulat simple mais erroné : on peut aider les réfugiés du monde entier à venir en Allemagne, à s’assimiler et à devenir de bons petits Allemands. Erreur ! Si les choses étaient aussi simples, cela se saurait et le conflit du Proche Orient aurait été réglé depuis longtemps. Ces réfugiés ne sont pas dans leur majorité des réfugiés comme les autres. Leur engagement auprès de Daesh aurait dû être pris au sérieux. Or, les frontières ont été ouvertes sans discernement, les infiltrés de Daesh sont nombreux et vont frapper, hélas, tant en Allemagne que dans le reste de l’Europe, dès que la centrale de Mossoul et de Rakka le leur ordonnera.

Que va t il se passer à présent ? L’Allemagne devrait jeter son dévolu sur des populations issues d’Europe centrale et orientale et non pas sur des gens à la culture si différente de la sienne. Si les attentats ne cessent pas, il faudra prendre des mesures. Les Allemands détestent le désordre, or les terroristes se mettent à tirer indistinctement dans la foule, ils s’introduisent en cette période estivale dans des concerts, le tout pour faire le plus de victimes possible. Les Allemands, esprits solides et rationnels, ne comprennent pas qu’on les remercie ainsi, en les tuant, alors qu’ils veulent intégrer les autres.

Nous nous répétons : Madame Merkel a commis une gigantesque erreur, elle s’est laissée séduire par la facilité, elle s’est dit que l’industrie allemande avait besoin d e bras et que cet afflux était providentiel. Mais voilà, le ver est dans le fruit. Il va falloir changer de politique. Doit-on renvoyer les réfugiés chez eux ? Je l’ignore, mais il faudra examiner à la loupe les demandes d’asile politique. Et on ne comprend pas que les pays du Golfe n’accueillent pas leurs frères arabes, menacés par la guerre.

Madame Merkel s’est mise en danger. Elle n’a pas suivi la voie prudente de la France qui reçoit à peine trente mille âmes alors que l’Allemagne a opté pour près d’un million…

Espérons que la situation se calmera et qu’il n y aura plus de victimes. Là, la presse a un rôle à jouer. Il faut éviter l’effet d’héroïsation, d’idéalisation des terroristes. C’est un fait crucial.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 25 juillet 2016

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23/07/2016

Les contradictions flagrantes de l’Occident: le cas de l’Arabie saoudite

Les contradictions flagrantes de l’Occident: le cas de l’Arabie saoudite

Les récents attentats qui se multiplient un peu partout en Europe et dans le monde judéo-chrétien en général attirent l’attention sur les contradictions de la diplomatie de ces mêmes pays européens. Ne pas oublier, non plus, et cela a peut-être un lien avec les attentats, l’étau se resserre autour de l’Etat Islamique, qui va perdre ses deux places fortes, Mossoul en Irak et Rakka en Syrie. Certains avancent l’idée que la nébuleuse terroriste se sentirait gravement menacée dans ses deux bastions et préparerait déjà une nouvelle forme d’action, absolument imparable parce que asymétrique : le terrorisme mondial perpétré par des musulmans radicalisés où qu’ils se trouvent et qui sont indétectables tant qu’ils ne sont pas passés à l’acte. On parle de terroristes qui donnent tellement le change au point de vivre en contradiction avec les règles musulmanes : consommation de viande de porc, d’alcool, vie dissolue aux côtés de femmes aux mœurs légères, etc… C’est ce qu’on a appris après le terrible attentat de Nice, véritable merveille de la côte d’Azur que cet acte innommable vient d’ensanglanter.

Donc, les états européens ont décidé, sous la férule des USA, d’intensifier la lutte, d’envoyer même des forces spéciales au sol et d’en finir au plus vite avec Daesh. Cependant, cette attitude, tardive mais salutaire, n’explique pas les contradictions flagrantes de cette lutte contre Daesh. Pourquoi ? Parce que l’Arabie saoudite, prétendument alliée aux Occidentaux, tient pour le même système d’inspiration wahabite de l’ennemi public numéro 1, Daesh. On se demande pourquoi l’Arabie, qui a plus d’avions de combat que la France, se concentre sur le Yémen au lieu de déclencher un déluge de feu sur les positions toutes proches de Daesh. Pourquoi attendons nous encore ces contingents arabes, chargés de donner l’assaut avec des forces terrestres ?

Le plus triste, c’est que les chancelleries occidentales le savent bien mais s’abstiennent de lui faire des remontrances car l’Arabie «nous achète tant d’armes qu’elle paye rubis sur l’ongle et est notre alliée (sic)». On cite souvent dans les milieux informés cette phrase d’un ancien chef du Bureau central des cultes, place Beauvau : j’ai dit aux autorités de fermer des mosquées de djihadistes et d’en expulser les prédicateurs radicalisés aux prêches enflammés… On m’a répondu ; vous n’y pensez pas ! Ce sont nos alliés et on leur vend des armes, c’est crucial pour l’emploi en France…

En effet, l’Arabie ne pilonne pas les positions de Daesh qu’elle a financée et bien aidé auparavant. Ces deux là adhèrent au même type d’islam. IL suffit de voir ce que Ryad finance en Afrique noire…C’est seulement depuis peu que les choses commencent à changer. On peut diagnostiquer les mêmes ambiguïtés chez les Turcs. C’est seulement depuis que Poutine et Obama ont sermonné, preuves à l’appui, les gouvernants turcs que ces derniers ont rompu avec Daesh. Pourtant, la Turquie a fermé les yeux sur un juteux trafic d’hydrocarbures à sa frontière, épargnant les ressources financières de Daesh. On dit que des proches d’Erdogan seraient compromis, Poutine a même livré des photos de satellites sur ce sujet.

En conclusion, l’Occident va devoir choisir ses vrais amis. Les mois à venir vont connaître la disparation de l’assise territoriale de Daesh qui va entrer en clandestinité pour développer le terrorisme : on ne compte plus les radicalisés par l’internet. Comment lutter contre le net ?

Encore un détail : la France veut envoyer en Irak de l’artillerie lourde. C’est bien et il nous faut rendre coup pour coup : 84 morts le soir du 16 juillet, c’est horrible.

Rendez vous compte : l’Arabie voisine regorge de systèmes d’armes high-tech. Pourquoi ne pas se servir dans l’armurerie la plus proche ? Ce serait en plus l’occasion de prouver de quel côté elle se situe. Une ambiguïté de plus.

Souvenons nous de cette phrase de Lénine : Vous verrez, les capitalistes finiront par nous vendre même la corde pour les pendre…

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21/07/2016

L’Attentat du 14 juillet à Nice: interrogations sur le dispositif sécuritaire…

L’Attentat du 14 juillet à Nice: interrogations sur le dispositif sécuritaire…

Ce qui devait arriver a fini par arriver : certains journaux, précédés par des hommes politique locaux, ont gravement mis en cause les manquements à la sécurité en cette soirée fatidique du 14 juillet à Nice. Selon un grand quotidien national, connu pour sa sévérité à l’égard du gouvernement actuel, de graves manquements expliqueraient la facilité relative avec laquelle le tueur de Nice a pu se rendre avec son camion sur la promenade des Anglais.

Mais il y eut plus : depuis quelques semaines, certains parlementaires, notamment du FN, ont explicitement mis en cause le maintien à son poste de l’actuel ministre de l’intérieur dont les services n’ont rien vu venir. Il y eut d’abord les événements de janvier, ensuite les massacres de novembre, ensuite l’assassinat des deux policiers chez eux, et, dernier en date, l’attentat de Nice. Au total, cela fait des centaines de morts et de blessés. Dans n’importe quel autre pays, dit cette parlementaire, le ministre en question aurait de lui-même présenté sa démission… Dans l’Hexagone ce ne fut pas le cas. Le même homme est toujours en poste, mais la nouveauté, c’est que le quotidien le met publiquement en cause et inflige, dit-il, un puissant démenti à sa version des faits.

Mais ce n’est pas tout. La fissure au sein de la société française s’aggrave. De plus en plus de gens se demandent s’il ne faut pas revoir de fond en comble la politique d’intégration des immigrés, renonçant à l’idée d’une intégration, sans même parler d’une assimilation. Le refus de s’assimiler à la socio-culture française a atteint un point de quasi non-retour. Ce matin encore, j’entendais un observateur parler sur LCI de l’incroyable renversement où des Français (issus de l’immigration) tirent sur d’autres Français, au motif que ces derniers sont des kouffar, des mécréants, des non musulmans.

Cette atmosphère se reflète dans l’attitude du gouvernement actuel qui semble dépassé par les événements. On l’a vu dans l’esprit étonnamment conciliant du gouvernement face aux propositions de l’opposition, permettant ainsi l’adoption de l’état d’urgence. On le voit dans la mollesse des réactions, ce qui explique que les Républicains n’aient pas songé à présenter une motion de censure, laissant le gouvernement tomber comme un fruit mûr… Tout ce spectacle n’est guère réjouissant. Et aura sûrement des répercussions sur les élections présidentielles. On s’attendait à une nouvelle union nationale, on a eu des vociférations, des critiques et des réponses acerbes, de véritables joutes oratoires entre le Premier Ministre et des parlementaires de l’opposition. Ce n’est pas sain.

En fait, le pouvoir a laissé passer de rares occasions de mobiliser le pays en prenant des mesures extraordinaires. La majorité actuelle n’est plus représentative, et cela n’est pas dit dans un esprit partisan. La droite se sent confortée dans ses prises de position et la campagne électorale de 2017 risque d’être très chaude. Le pouvoir aurait tort de spéculer sur une éventuelle division de la droite. Aucun sondage ne place l’actuel président en tête, aucun ne le place au second tour. Sans chercher à noircir le tableau, le brexit contraint les instituts à revoir la croissance à la baisse. Le taux de chômage repart à la hausse, c’est la seule chose qui augmente, hélas… Certes, les Français sont partis en vacances mais déjà la CGT et FO mobilisent pour la seconde semaine de septembre afin de manifester contre la loi travail, définitivement adoptée par l’Assemblée nationale… Dans de telles conditions, il devient très difficile de gouverner. Faut-il aussi parler des cafouillages au sein même du gouvernement, dus à l’attitude hautement ambivalente d’Emmanuel Macron ?

Les communistes, les écologistes, le front de gauche, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon vont tout faire pour compliquer la tâche du président de la République. Si tous ces groupuscules se présentent au premier tour, on devine la suite. A lui seul Jean-Luc Mélenchon peut arriver à 10% des voix, épaulé par les communistes qui ne veulent plus de François Hollande. Montebourg a une revanche à prendre, à laquelle il ne renoncerait pour rien au monde. Comment faire pour unifier son camp ? Et je ne parle pas des frondeurs du PS qui n’ont pas digéré le triple recours au 49,3…

Le pire, hélas, sera le moral des Français. On ne se sent plus en sécurité chez soi en France. La société française qui se voulait ouverte, accueillante, se replie sur elle-même et se réfugie dans la défiance..

Une chose est à peu près unanimement acceptée : on a dit qu’on était en guerre sans jamais mobiliser les moyens que nécessite la guerre. Or, le dernier attentat a mis à nu cette béance.

Faut-il avancer la date de l’élection présidentielle ? Faut-il dissoudre l’Assemblée nationale ? Je l’ignore, mais il faut faire quelque chose.

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20/07/2016

Dire (enfin) la vérité à la Turquie…

Dire (enfin) la vérité à la Turquie…

Depuis un certain nombre d’années les pays d’Europe et même l’Amérique se refusent à dire clairement la vérité à la Turquie. Et ce travers s’est nettement aggravé depuis l’arrivée de R.T. Erdogan au pouvoir. Voilà un homme qui mène son pays d’une main de fer au point que même une partie de son armée s’est soulevée contre son régime. Et rien n’y fait. Les Occidentaux se sont enfin réveillés et lui lancent un avertissement : il n’est pas question de rétablir la peine de mort car cela serait rédhibitoire pour les négociations d’adhésion.

Mais qui osera enfin dire aux Turcs que les peuples d’Europe, avec tout le respect pour eux, que leur place n’est nullement à leur côté en Europe ? Hier soir, je regardais la 5, l’émission C’ dans l’air… Les spécialistes occidentaux de la Turquie ont pouffé de rire quand il fut question des négociations pour l’adhésion à l’Union Européenne… Et pourtant, Bruxelles ne consent toujours pas à dire la vérité aux Turcs : leur place, importante et de valeur, est ailleurs. On est même très réticent sur la suppression des visas et même si Bruxelles ou Berlin fléchissait, les autres pays de l’UE trouveraient le moyen de se dérober. On nous dit que les hommes d’affaires sont concernés et les visas ne portent que sur des séjours de 90 jours. Mais une fois sur place, comment faire pour renvoyer les contrevenants à la réglementation chez eux ? Laisser entrer sans visas, c’est admettre la Turquie en Europe sans le reconnaître ouvertement.

Par ailleurs, les observateurs étrangers se sont étonnés face à ce qui apparaît comme des purges, dont les listes auraient été préparées bien avant le putsch. Des milliers de magistrats, de policiers, de procureurs, de soldats et d’officiers ont été arrêtés, interrogés ou suspendus, moins de trois jours après le coup d’état !! Comment est ce possible ? Les enquêtes durent plus que cela !!

De là à dire que Erdogan aurait quelque chose à voir dans tout cela, c’est un pas que je me refuse à franchir car ce serait ENAURME.

Ce matin sur I-Télé j’ai vu deux jeunes étudiants turcs, calmes et bien mis, s’en prendre à l’autoritarisme de leur président qui ne voit que ce qu’il pense et ne tient pas compte des autres. C’est ce que je disais hier dans mon papier : il faut dialoguer car le rupture que constitue ce coup d’état est une véritable déchirure et on ne se rabiboche pas en réintroduisant la peine de mort.

Il y a en Turquie un divorce patent entre le pouvoir et les élites administratives, culturelles, juridiques, économiques, etc… qui, elles, sont largement occidentalisées. Et ces dernières mériteraient d’être rapprochées à l’Union Européenne.

En somme, il faut dire aux Turcs de cesser de tirer des plans sur la comète. Et l’argument massue qu’ils devraient comprendre est que nous ne voulons pas d’une frontière commune avec la Syrie ou l’Irak. Nous avons déjà assez de problèmes comme ça.

Et si Madame Merkel veut admettre la Turquie en Europe, elle sera la seule à le vouloir. Même Jacques Chirac avait fait dépendre cette adhésion des résultats d’un référendum des Français. Pas de danger…

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19/07/2016

La faiblesse du régime du président Erdogan

La faiblesse du régime du président Erdogan

Ce qui devait arriver a fini par arriver en Turquie. Il était impossible qu’une partie de l’armée turque ne passât pas à l’action, suite aux outrances du régime. Et on doit déplorer cette terrible effusion de sang puisque près de deux cents victimes sont à signaler. Penchons nous un instant sur le communiqué diffusé à la télévision par les putschistes : ils voulaient restaurer les valeurs démocratiques et rétablir les libertés fondamentales ! Qu’une armée, et surtout celle de Turquie ait eu recours à un tel argumentaire pour justifier son passage à l’acte montre indéniablement que le régime est allé trop loin.

On a vu, il y a tout juste deux semaines que M. Erdogan s’est conduit comme un autocrate. Certains commentateurs vont même jusqu’à dire que le régime se préparait à faire une nouvelle épuration au sein des forces armées. Et le nombre si élevé de personnes arrêtées est inouï. C’est du jamais vu. On parle même d’officiers supérieurs impliqués dans le coup d’état en fuite dans la Grèce voisine. Tous les milieux sont concernés : policiers, officiers, avocats, procureurs, journalistes, bref des milliers d’hommes sont soit aux arrêts, soit en cours d’interrogatoires. Le régime se défend, c’est sûr mais quand la répression prend de telles dimensions, cela montre le trouble profond qui traverse la population.

Pourquoi une telle situation ? M. Erdogan s’est rendu compte, ces dernières semaines, de l’isolement dans lequel il avait plongé son pays. Or, quand le mécontentement atteint de telles proportions, c’est le peuple qui parle et la répression ne suffit plus. Même s’il épure l’armée en profondeur, M. Erdogan va multiplier le nombre de mécontents. C’est autre chose qu’il faut essayer. Evidemment, le chef de l’Etat turc accuse son allié d’hier Gûllen mais ce septuagénaire réfugié aux USA et qui plus est n’est pas en bonne santé, ne peut pas avoir actionné de larges secteurs des forces armées. Si j’en crois les dépêches d’agence, même le parlement turc a été attaqué ainsi que les édifices abritant les services de renseignement. Ce fut vraiment un mouvement de révolte de très vaste ampleur. Qu’est ce qui a bien pu fédérer un si grand nombre de soldats ? Une politique de division en lieu et place d’une politique de concorde et de réconciliation nationales.

C’est encore et toujours le mécontentement qui traverse de larges secteurs de la population. Il suffit d’analyser les réactions des chancelleries occidentales dont l’embarras est patent. N’oublions pas que la Turquie est membre de l’Otan, que des traités d’alliance et d’assistance la lient aux Occidentaux qui surveillent ce qui passe sur place comme on surveille le lait sur le feu.

Que va t il se passer à présent ? Le régime a senti passer le vent du boulet. Il faut s’attendre à une répression sans pitié. Mais est-ce la solution ? A court terme, oui, mais sur le long terme il faut refonder le régime, dialoguer avec de larges pans du pays qui sont entrés en dissidence. Le président actuel devrait proposer quelque chose d’autre au pays, une sorte de nouveau pacte national avec la gauche, cesser de s’en prendre à la laïcité à laquelle l’establishment kémaliste st si attaché et qui a assisté, dépité, à la relégation de l’héritage du grand Turc à l’arrière-plan.

  1. Erdogan devrait faire à l‘intérieur ce qu’il a entrepris précipitamment à l’extérieur, en rétablissant des relations convenables avec des puissances qu’il avait vilipendées durant des mois, voire des années. Mais le peut-il ? Les observateurs les plus attentifs ont diagnostiqué une sorte de fuite en avant, tenant lieu de politique étrangère. Comment avoir pensé se mettre à dos un voisin aussi sourcilleux que Vladimir Poutine ? Au point même d’ordonner d’abattre un de ses avions de chasse, pour ensuite s’excuser, proposer une indemnisation, etc… Et l’on ne parle même pas de l’attitude plus qu’ambiguë à l’égard de Daesh, l’ennemi public numéro un ! Lequel n’entend pas se laisser enfermer dans son réduit en Syrie et en Irak. L’armée qui s’est soulevée n’a guère apprécié la série d ‘attentats sanglants qui ont endeuillé le pays…

Si le président est en mesure de lutter contre sa nature colérique, il devrait, après avoir rétabli la loi et l’ordre, entamer un dialogue avec ses adversaires, voire même tendre la main aux adversaires d’hier. S’il ne le fait pas, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il fera de nouveau face à des troubles encore plus graves.

Nikita Khroutchev avait jadis eu un mot devenu célèbre : on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus… Il faut savoir retenir son ours, dialoguer avec les autres, si l’on veut une paix sociale. Le monde a changé, M. Erdogan ne devrait pas l’oublier.

La paix et la stabilité de son régime sont à ce prix.

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14/07/2016

Leçons tirées d’un Brexit raté…

Leçons tirées d’un Brexit raté…

Contrairement à ce que prétend la nouvelle Première Ministre de Grande Bretagne, Brexit does not mean brexit. Toute l’approche adoptée par la nouvelle gouvernante s’apparente à un louvoiement, une sorte de politique en zigzague qui prévoit de ne prendre aucune décision importante susceptible de projeter son pays hors de l’Union Européenne. La nouvelle dame de fer a déjà prévenu que rien ne la contraint d’actionner immédiatement l’article 50 du traité de l’Union. Elle va prendre son temps et le traité lui en donne le droit. Quel est son objectif : bénéficier du grand marché sans avoir à en subir les inconvénients. François Hollande et Angela Merkel avaient déjà flairé la manœuvre et tous deux avaient recommandé des décisions rapides. Or, même si cela devait intervenir, il faudra des années peut-être plus pour détruire les liens tissés au cours de toutes ces années. Un proverbe oriental dit qu’entrer au four et en sortir sont deux opérations essentiellement différentes. Quand on enfourne la pâte faite de farine, d’œufs , d’eau et de levure, accompagnée de sel, ce n’est pas encore du pain. Cela le devient au sortir du four et à ce moment là les ingrédients constitutifs du pain sont encore isolés les uns des autres. Après la cuisson,, tous ces éléments ont changé de nature. Ils ne sont plus distincts les uns des autres. C’est la situation de la Grande Bretagne. Comment reprendre le régime de l’insularité après avoir été au sein de l’Europe ?

Un seul point aurait pu éviter ce drame : c’est le côté directif de Bruxelles au niveau de l’immigration. Il saute aux yeux même d’un enfant pour comprendre que les petites îles britanniques n’acceptaient pas ces flux migratoires appelés à désarticuler tout le système du travail, de la santé, bref tous les équilibres. Mais les fonctionnaires de Bruxelles n’ont rien voulu savoir et on connaît les résultats,

Par conséquent, celle qu’on présent comme la nouvelle dame de fer, alors qu’elle n’en a guère l’étoffe, va tenter par tous les moyens de conserver l’accès au grand marché sans en accepter les inconvénients. D’ailleurs le pays n’a jamais accepté l’Euro. Et aujourd’hui la livre va s’effondrer. Sans même parler de la City…

Sans prophétiser, voila ce qui va se passer : après des débuts courageux et volontaristes, Madame M. May va devoir organiser un nouveau référendum qui va aller dans le sens du remain.

La politique ce ne sont pas la Loi et les prophètes. C’est l’art du possible et le possible s’accommode toujours de la réalité. Sinon, ce n’est plus de la politique. Et Madame May n’est pas Winston Churchill.

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