18/06/2016

Primaires authentiques de la guache ou primaires-maison?

Primaires authentiques de la guache ou primaires-maison?

En entendant ce matin l’annonce de J-Ch Cambadélis d’organiser des primaires à gauche (PS, radicaux de gauche, écologistes gouvernementaux), j’ai pensé à l’organisation à l’université d’un jury de thèse. Quand on soupçonnait une organisation d’un jury pour une thèse médiocre, on parlai alors d’un jury-maison, comme d’un syndicat-maison… Est ce vraiment ce qui risque de se passer sous nos yeux ? C’est peu probable. Et ce, pour les raisons suivantes :

François Hollande, se voit attribuer d’innombrables défauts, un seul ne saurait lui est imputé : être dépourvu d’une grande intelligence politique. Comment s’explique sa persévérance alors que le sondages ne suivent pas, l’opinion ne s’emballe pas pour lui, bref alors que le paysage autour de lui est plutôt triste ? La réponse tient en une phrase : lorsque François Hollande se préparait à se présenter et que DSK ne s’était pas irrémédiablement compris dans une chambre d’hôtel de New York, l’actuel président était à 3%. La suite est connue et se passe de commentaire. La déduction est élémentaire : les sondages ont remonté quand je me suis mis en situation ; cela a marché la première fois, il n y a pas, a priori, de raison pour que cela ne marche pas une seconde fois. C’est donc un pari sur l’avenir, un acte de foi… Et j’ajoute que la croissance revient, les prévisions sont optimistes, la chômage devrait commencer de baisser, sans que ce soit un véritable étiage, mais tout de même. Et les Français -après tout ils sont les premiers concernés- recommencent à consommer, donc à ne plus se complaire dans une délectation morose que Georges Pompidou imputait souvent à ses compatriotes. Et si les gens sont moins malheureux, ils auront une meilleure idée de l’exécutif…

Mais examinons les dessous de cette décision du PS, assez inattendue, mais qui n’a pu être prise qu’en collaboration très étroite avec le chef de l’Etat ou ses principaux conseillers. Les arrière-pensées sont nombreuses, et cela est normal quand il s’agit de données politiques d’une telle importance : qui va présider au destin de notre pays pendant les cinq années à venir avec de si nombreux défis, tant internes qu’externes ?

Il faut donc chercher les motivations avouables ou inavouables d’une telle décision : il y a d’abord le ballon d’essai, analyser, épier les réactions des uns et des autres, bref faire sortir les loups du bois. Cette mesure a pour principal objectif de repérer les rivaux éventuels du président et les convaincre de ne pas diviser leur camp ou les neutraliser s’ils insistent.

Pour François Hollande, le danger ne vient pas de Jean-Luc Mélenchon, même si celui-ci semble le talonner, voire le devancer dans les sondages. Sur un autre registre, je me souviens du score de Jean-Pierre Chevènement qui plafonnait à 14% dans les sondages et qui, les vrais votes exprimés, fit un score ridicule… Le danger viendrait plutôt de trois directions différentes : Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron et éventuellement un ou une écologiste, Nicolas Hulot ou l’ancienne ministre du logement…

Dans ce cas de figure, l’organisation de primaires viserait à nettoyer le terrain, à dégager une vue nette, au profit de François Hollande, s’il décide vraiment de se présenter. Dans ce cas, une candidature Macron est inconcevable, sauf à présupposer une soudaine démission de l’actuel ministre de l’économie. Certains commentateurs insinuent même que ce scénario a été pris au sérieux par l’exécutif qui devance un éventuel départ du gouvernement en septembre, annonciateur d’une candidature de E. Macron. En organisant les primaires vers janvier 2017, on coupe l’herbe sous les pieds d’une dispersion électorale, responsable d’une défaite annoncée.

Mais si le PS et l’exécutif ont trouvé ou croient avoir trouvé la parade pour modérer les transports de E. Macron, ils sont plutôt désarmés face à Arnaud Montebourg qui semble ruminer sa revanche. L’homme n’est pas inintéressant, il parait sincère, authentique, mais cela ne suffit pas pour faire de lui un candidat valable à l’élection présidentielle. On peut le neutraliser en arguant de son affiliation au PS : comment aller à l’encontre des intérêts vitaux de son parti ?

Restent enfin les écologistes. Nicolas Hulot a beaucoup de qualités mais il fait de la politique comme les écologistes, c’est-à-dire qu’il n’est pas dans les clous. Jacques Chirac avait coutume de dire que la politique est un métier… Sous entendu, âmes chastes et pures, s’abstenir ! Que fera Nathalie Duflot ? Elle aussi n’a pas digéré son éviction du gouvernement ni les attaques sournoises qui ont conduit à la disparition du groupe parlementaire… Certes, face à N. Hulot, elle ne fait pas le poids mais il est quasi certain que le parti écologiste sera présent au premier tour.

On le voit, l’affaire n’est pas gagnée. Alors, qu’elles sont les chances du président ? Il y a d’abord la reprise économique qui est indéniable et qui semble donner raison à ses prévisions. Certes, la relance s’explique par la baisse stupéfiante des carburants, ce qui allège la facture de la France, et enfin la faiblesse de l’Euro qui favorise les exportations. Tous ces clignotants qui passent au vert finiront bien par avoir une répercussion sur le taux de chômage…

Mais toutes ces bonnes nouvelles auront-elles une efficace sur quelque chose d’impalpable mais de vital, je veux dire le climat, l’ambiance, dans ce pays ? Sans faire d’analyse talmudique, c’est bien là le sens profond du dictum présidentiel que la presse unanime a volontairement déformé ; ça va mieux ! Ces trois monosyllabiques ont fait couler tant d’encre. Lles communicants de l’Elysée ont été pris en faute sur point ; ils n’ont pas su allumer un contre-feu. C’est le président qui s’y atteler tout seul, avec les résultats que l’on sait.

Et c’est là que se niche l’inquiétude : les Français ne croient plus en eux-mêmes, ils ne croient plus en rien. Rares sont ceux qui comprennent ce que représente, ce que coûte notre système de santé, absolument unique au monde ! En quelques minutes, un médecin urgentiste se déplace chez vous, vous examine, même en pleine nuit, appelle un laboratoire qui envoie une infirmière faire une prise de sang, moins de deux heures plus tard, vous savez les résultats, une pharmacie est de service dans votre arrondissement, etc… Et je ne parle même pas des indemnités-chômage, des minima sociaux etc…

Ce n’est pas l’inversion de la courbe du chômage qui importe le plus, elle va probablement se produire sur une modeste échelle, ce qui importe, c’est de redonner confiance aux Français en eux-mêmes. Comment faire ? Il nous faudrait quelqu’un qui nous donne une nouvelle légende nationale, comme le gaullisme. Aux USA, John Fr Kennedy a fourni à ses concitoyens la conquête de l’espace quand il a compris que la ruée vers l’ouest, westward movement s’était essoufflée.

Qui sera notre Kennedy français ?

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 18 juin 2016

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