16/06/2016

Le mal et la rédemption dans la sagesse biblique

                                   CONFERENCE À LA MAIRIE DU XVIE ARRONDISSEMENT

                                                Le jeudi 16 juin 2016 à 19 heures

                                   Le mal et la rédemption dans la sagesse biblique

Toute investigation portant sur mal bute sur le mystère de son origine : le monde ayant été créé par Dieu, lequel est le summum bonum, le bien suprême (expression de Cicéron). Et pourtant le mal surgit dans la vie de l’homme et du monde. Puisque ces deux entités sont des créatures divines, donc ayant une source divine intégralement bonne, d’où peut bien provenir le mal ?

L’irruption du mal dans le monde, est-elle une punition ? Ya t il à la base de cette pensée religieuse, une volonté personnelle, impliquant la notion de Providence ?

La Bible refuse le dualisme manichéen, attribuant l’existence du mal à une autre divinité, le démiurge.

Souvenons nous du chapitre XXX du Deutéronome versets 1-20 : on présente au peuple d’Israël, la vie et le bien, la mort et le mal.. Ailleurs : la vie et la bénédiction, la mort et la malédiction. Et la fameuse injonction finale : Tu choisiras la vie, donc tu tourneras le dos au mal !

Pourtant, dans la hiérarchie des occurrences bibliques, c’est le terme BIEN TOV qui apparaît le premier, le terme MAL RA’ n’apparaît qu’un peu plus tard lorsque Dieu décide de la venue du Déluge car le cœur n’abrite que du mal depuis sa jeunesse (raq ra’ mi-né’ouraw) Certes, il y a cet arbre mythique dit l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

C’est donc la prévalence du mal dans un monde pourtant créé par Dieu que le Déluge est venu tout détruire. Comment le mal a t il pu prendre à ce point le pas sur le bien qui était pourtant la raison d’être du monde ? Cette attitude prêtée à Dieu ne laisse pas d’intriguer. Renan lui-même notera ironiquement que Dieu n’a pas trouvé d’autre moyen de rédimer son monde qu’en le détruisant complétement… Alors d’où vient le mal ? Avec ses conséquences que sont la maladie, la souffrance et la mort ?

La notion de péché, quintessence du mal. L’imputation du mal à l’homme et jamais à Dieu. L’expulsion de l’Homme du paradis, univers qui n’a connu que la grâce, la paix et le Bien, une sorte de rédemption, dès la création, un stade où création et rédemption avancent main dans la main, sans la moindre possibilité de pécher contre quoi que ce soit.

Le mal surgit, naît de la transgression d’un interdit, d’une forme de loi. Mais le pourquoi de cet interdit, l’humanité ne le connaîtra jamais, c’est un secret de la conscience divine qui n’a pas jugé nécessaire de s’y étendre. : vous ne mangerez du fruit de cet arbre, le jour où il le ferez, vous mourrez, i.e. vous serez des mortels.

Ce qui est intéressant, c’est la justification de cette transgression : Adam se défausse sur son épouse qui incrimine à son tour, le serpent. On est en pleine mythologie. Mais il y a quelque chose de plus profond : on veut nous faire croire que la création étant intrinsèquement bonne, le mal que l’on constate, n’st pas, pour parler comme Leibniz, d’intention première. I.E. il n’est pas là parce quelqu’un l’a voulu ou créé, il est simplement la conséquence négative, néfaste d’un acte humain irréfléchi. En ne resptant pas l’injonction divine, l’homme a troublé l’ordre de la création ?

Etait ce une fatalité ? L’homme a peut-être voulu prendre la place de Dieu, ce qui revenait à enfreindre gravement l’économie interne de l’univers.

Une théorie du mal affleure sous toutes ces justifications : le mal n’a pas d’existence substantielle, il est simplement l’absence de bien. Il n’a pas de réalité onotologique, dira Aristote qui sera suivi par Maimonide au Moyen Age. Pourtant, la mal a même des conséquences métaphysiques puisque nous renons compte aussi de la vie dans l’au-delà.. Le mal s’oppose à l’être. Pourtant, on tient toujours à innocenter Dieu du mal.

Ce n’est pas dans le Pentateuque qu’on pourrait trouver une réponse satisfaisante mais bien dans la littérature prophétique, dans les écrits sapientiaux et surtout aussi dans les Psaumes. Et dans tous ces genres littéraires si différents les uns des autres, c’est l’inconduite de l’homme qui est la cause du mal, ce qui entraîne les châtiments divins correspondants. Au fond, on pourrait presque dire que les temps messianiques constituent surtout la victoire des forces du bien sur les hiérarchies maléfiques qui auront colonisé le monde des humains jusqu’à la venue du Sauveur pour nos frères chrétiens et du Messie pour les juifs.

Les plus nombreuses occurrences du terme MAL se trouvent incontestablement dans le livre des Psaumes puisque le serviteur souffrant, comme en Isaïe LIII. Ce qui nous invite à classifier, comme le fera Maimonide au XIIe siècle, les différences catégories de maux.

Dans la littérature prophétique comme dans les Psaumes, on dénonce des maux bien spécifiques : d’ordre social, économique, les inégalités, les souffrances infligées par des tyrans et des oppresseurs, Israël, par exemple, attaqué, occupé et déporté par des envahisseurs, etc…

Mais on peut aussi envisager deux éléments qui coiffent toutes les autres catégories : le mal d’ordre religieux et le mal d’ordre éthique. Le premier peut être considéré comme un sacrilège alors que l’autre est un délit ou un crime. Ce qui n’est pas moins grave ni moins répréhensible

Mais puisque Dieu ne saurait se voir imputer une quelconque responsabilité dans l’origine du mal et le fait qu’il sévisse sur terre, il ne nous reste qu’une alternative, l’homme au sein duquel deux tendances se livrent un combat permanent, l’instinct du mal et l’instinct du bien. La théologie bien pensante est d’avis que le monde créé par Dieu est intrinsèquement bon, et que si le mal en prend soudain possession, c’est par la faute de l’homme qui ne respecte ni n’accomplit la loi de Dieu, destinée à assurer la pérennité du bien sur cette terre.

Ici, la problématique s’enrichit d’un élément nouveau, la nature humaine, nécessairement composite, faite de matière et de forme ou d’un corps et d’une âme. On se souvient du dualisme platonicien qui voit dans le corps la prison de l’âme, originaire des régions supérieures…

La Bible hébraïque ne reprend pas à son compte ce dualisme, elle le fera fugitivement dans le livre de l’Ecclésiaste, au chapitre XII, où il est dit que le corps s’en retourne à la poussière d’où il a été tiré tandis que le souffle, l’âme, le pneuma s’en retourne vers l’Elohim qui l’a donné… Plus tard, au cours de la période médiévale, la philosophie juive emboîtera le pas au néoplatonisme ambiant qui fait de cette dichotomie le fondement même de sa noétique : c’est le cas depuis Saadia Gaon jusqu’à Eliya Delmédigo en passant évidemment par Maimonide et ses commentateurs. Maimonide reprendra d’ailleurs une définition philosophique du mal : c’est l’absence de bien.

On trouve tant de versets attribuant à Dieu une certaine responsabilité dans la naissance et l’activité du mal. Lamentation 3 ; 38 : N’est-ce pas de la bouche du Très-Haut que sortent les maux et le bien ? Attention à la façon de lire ce verset, soit comme une affirmation, une assertion, soit, au contraire comme une interrogation. Ce qui remet le même problème au centre de nos préoccupations.

Isaïe 45 ;7 dit, quant à lui : Je forme la lumière et je crée les ténèbres.

Pourquoi avoir mis dans la même problématique la notion de rédemption ? Parce que cette notion théologique implique ou présuppose que le monde a été purifié, qu’on en a évacué toute trace des hiérarchies des forces du mal.

Dans l’Etoile de la rédemption, Rosenzweig parle d’un monde où la rédemption serait contemporaine de la création : le monde n’aurait pas le temps matériel de sombrer dans le péché, générateur de tous les maux qui fondent sur l »humanité.

 

 

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