06/05/2016

François Hollande, quatre ans déjà

François Hollande, quatre ans déjà

C’est presque l’heure du bilan, certains diraient plutôt l’heure de sonner l’hallali. J’ai même entendu ce matin sur une chaîne de télévision un éditorialiste fait un jeu de mots assez désagréable entre bilan et dépôt de bilan. Le même commentateur, généralement mieux inspiré, a même ajouté que l’unique façon pour François Hollande de rentrer dans l’Histoire serait tout bonnement de raccrocher les crampons, de dire publiquement : je n’y vais pas, j’ai échoué sur tous les fronts, je ne me représenterai plus. Et le même d’ajouter que cela lui garantirait une reconversion dorée en conférencier international, invité partout dans le monde, etc… De profundis

Heureusement qu’il n’est pas allé plus loin, en recommandant par exemple à «l’actuel locataire de l’Elysée» de rendre son tablier sur le champ et de provoquer une crise institutionnelle, avec élections présidentielles anticipées, élections législatives, bref le bouleversement.

Non, il faut savoir raison garder. La situation est délicate et même les thuriféraires du président de la République ne peuvent pas le nier, sous peine de n’être pas suivi ni pris au sérieux par personne.

Il faut reconnaître que quelque chose n’a pas fonctionné dans ce quinquennat, c’est la communication, trouver l’oreille des Français ; on a l’impression que les communiquants de l’Elysée n’ont pratiquement jamais appuyé sur le bon bouton. Aucun prédécesseur de François Hollande, pas même Nicolas Sarkozy accusé maintes fois d’être clivant n’a été aussi bas dans les sondages. N’étant pas superstitieux mais philosophe rationaliste, je ne crois pas à une malédiction quelconque. Mais force est de constater que mis à part la réponse, digne et courageuse du président aux attentats, on n’a pas trouvé le ton juste. Et en ces moments tragiques, le pays tout entier était uni derrière son président. Et il y eut cet intermédère désolant autour de la déchéance de nationalité. Pourquoi ?

Et ceux qui ont encouragé le président à cette prestation télévisée qui, de l’avis de tous, même des caciques du PS, fut une exécution capitale, l’ont envoyé au casse-pipe, sans casque lourd. Et je ne parle même pas de la petite phrase : ça va mieux ! Même le complément, tardif alors qu’il se voulait simplement correctif, n’a rien arrangé ! Oui, cela va mieux mais pas pour tout le monde.

Mais alors pourquoi l’avoir dit selon la première version, la seule qui s’est incrustée dans l’esprit des concitoyens ? Autant de détails cruciaux qui relèvent de la compétence des spin doctors, les communiquants… Mais qui conseille le président ?

Et comment en sommes nous arrivés là ? Pourquoi donc toutes les réformes, dont certaines sont bonnes et utiles au pays, sont-elles torpillées avant même que d’être portées sur les fonts baptismaux ? Regardez les projets de lois Macron et présentement el-Khomri ? La ministre du travail est sympathique et touchante mais était-elle de taille à porter une telle loi qui a fini par porter son nom ? Il eût fallu confier cette tâche à un authentique poids lourd du gouvernement, et cela dit, sans misogynie ni réserve d’aucune sorte sur la personne !

Alors comment s’explique cette situation que nous vivons où sondage après sondage, le président ne remonte pas ? Pourtant, il travaille, il voyage, il laboure le pays, il est intelligent, ce n’est pas un homme politique de seconde catégorie, tout au contraire il a passé une décennie à la tête du PS, inventant sans discontinuer des synthèses, même les plus improbables et les plus inattendues, éventant tous les complots dont cette formation a toujours été friande…

Aujourd’hui encore, alors que le président jouit d’un alignement extrêmement favorable de toutes les planètes (l’Euro favorable aux échanges,, le pétrole moins cher, la baisse du chômage, la baisse de la dette, etc…), rien n’y fait : il ne remonte toujours pas dans les sondages.

Certains expliquent même qu’il n’est plus audible quoiqu’il fasse car les Français qui l’ont élu ne lui pardonnent pas d’avoir changé de politique, tournant le dos à ses promesses d’il y a quatre ans. Mais cet argument est irrecevable au motif que tous les hommes politiques l’ont fait avant lui ! N’oubliez pas qu’on vit dans le pays d’un certain Jacques Chirac, immortalisé par cette phrase d’un cynisme politique insurpassable : les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

On a pardonné cela à Chirac et à tous ses prédécesseurs. Pour François Hollande, cela ne passe pas. Pourquoi ?

Il faut aussi signaler la carence d’un grand absent, le PS devenu une véritable coque vide. Je trouve que l’actuel Premier Secrétaire représente un indéniable progrès par rapport à son prédécesseur, mais cela ne se concrétise pas dans des propositions, des projets de loi, etc… Au plan humain, Jean-Christophe Cambadélis est un homme bien, pondéré, mesuré, mais on le sent mal à l’aise, un peu gêné aux entournures. Quand on fait de la politique, il ne faut pas avoir un cœur pantelant : il faut être froid et déterminé.

Comment sortir de la nasse ? Un acte d’autorité, comme remercier certains ministres, ne serait-il pas la solution. Mais François Hollande que tous trouvent subtil n’est pas assez méchant. En politique cela peut devenir fatal.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 6 mai 2016

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