22/04/2016

Prince et Mickael Jackson, un même destin ?

Prince et Mickael Jackson, un même destin ?

Je n’ai jamais été attiré par ce type de musique mais je suis très touché par ce décès brutal d’un génie musical moderne. En entendant les journalistes disserter des heures durant sur cette mort si inattendue, j’ai pensé à la disparition d’une autre star de la musique en Amérique et dans le monde, Jackson. Ces deux hommes étaient noirs, de petite taille, et sont morts jeunes. Et jouissaient d’une célébrité mondiale. Est-ce une fatalité ? Non point. Mais une chose est incontestable, ils avaient tous deux un certain recours aux stupéfiants et cela a fini par leur coûter la vie. J’ajoute que tous deux se sont élevés à la force du poignet, issus d’un milieu modeste qu’ils ont réussi à transcender au prix d’efforts et d’un travail éprouvants. Cela laisse indéniablement des traces, quand on voit toutes les zones d’ombre de leur personnalité : l’un s’est vu reprocher des comportements inappropriés avec des enfants (sans que cela ne soit jamais démontré), l’autre avait un ego démesuré qui l’isolait des autres et en faisait une sorte d’électron libre. Or, comme le disait le philosophe, on est homme parmi les hommes, ce qui signifie que si l’on veut conserver les caractéristiques de l’humain, on doit se mêler à ses contemporains, leur parler, mais aussi les écouter et se confronter à eux. Même si, souvent, ce n’est ni facile ni gratifiant. Je n’ai jamais compris ce recours à la drogue, qui a certainement coûté la vie à Prince, comme d’autres substances sont probablement responsables de la disparation de Jackson. Est ce la profonde solitude de ces génies qui, malgré des foules d’admirateurs en délire sont maladivement seuls, voire esseulés. Existe t il mort plus attristante, plus consternante que d’être l’idole de millions de gens de par le monde et de mourir pourtant, seul, dans une pièce de son appartement ou dans un ascenseur de ses bureaux d’enregistrement ? Cela me fait penser à la notion grecque de hybris que l’on traduit communément par tant d’autres termes ; démesure, violence, dissentiment, déséquilibre, disharmonie, etc… On pourrait ajouter l’absence d’une âme apaisée. L’homme qui pousse trop sa mécanique finit généralement mal. J’ai toujours été intrigué par une verset tiré du traité talmudique Pirké Abot (Chapitres des Pères) qui stipule : neguide shema avad shemo. Cette phrase à la fois en araméen et en hébreu signifie : celui qui étire (distend) son nom (pour prendre le plus de place possible), son nom sombre dans la perdition… Sombre prédiction ! Qui malheureusement guette ceux et celles qui sont en adoration devant soi-même, devant eux-mêmes. Le penseur danois Sören Kierkegaard concevait, dans un tout autre contexte, l’existence de deux humanités bien distinctes : l’une, générale, regroupant l’écrasante majorité des êtres humains, est soumise à la loi générale, et une infime minorité, dite les chevaliers de la vertu, appeles comme le patriarche Abraham, à transcender les lois applicables à leurs congénères moins illustres et moins doués. Certes, on ne va pas comparer des chanteurs afro-américains à des étoiles de première grandeur au firmament de la philosophie. Pourtant, si ces deux chanteurs avaient eu une vie plus traditionnelle, plus équilibrée, ils n’auraient pas connu cette triste fin. Mais auraient ils été aussi célèbres, aussi talentueux ? Les vertus morales sont incompatibles avec un destin médiatique hors du commun. Et d’ailleurs, triste coïncidence, le penseur danois, lui-même, n’a t il pas rompu ses fiançailles avec la belle Régina Olsen, au motif qu’il avait mieux à faire que de se marier et de jouir d’un bonheur petit-bourgeois ? Et n’a t il pas été victime d’une crise sur la voie publique à Copenhague ? Crise dont il ne s’est plus jamais remis ?

A méditer…

MRH in La Tribune de Genève du 22 avril 2016

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