30/08/2015

Négociations inidrectes entre Israël et le Hamas

Les négociations indirectes entre le Hamas et Israël vont elles aboutir ?

En dépit des dénégations du Premier Ministre israélien, ces négociations se déroulent sous la férule plus ou moins déclarée de la Turquie qui mène deux politiques de front à l’égard d’Israël : en public, on vitupère l’Etat juif pour faire illusion aux yeux des pays arabes et on se fait le champion bruyant et sonore de la cause palestinienne, de l’autre, on continue à faire des affaires avec Jérusalem en achetant des drones, en servant de boîte aux lettres avec des ennemis irréductibles de l’Etat sioniste. On facilite les échanges et les contacts et on réalise, mais in petto, que le paysage au Proche Orient change à grande vitesse et qu’il vaut mieux être à bord du train que courir désespérément sur un quai vide.

Ces derniers temps, la Turquie a subi des revers et connu maintes reculades, dus au caractère bouillonnant de son président qui a pris des habitudes de sultan de l’ancien empire ottoman.

Il faut bien comprendre que cette négociation entre Israël et le Hamas est dictée par des considérations d’ordre général. Depuis la conclusion d’un accord sur le nucléaire iranien, non encore ratifié par le Congrès qui n’en veut pas mais que le président peut imposer par une de ses prérogatives, la donne a nettement changé dans la région, en raison d’un adage qui a fait ses preuves depuis que le monde est monde : les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

Tout se passe sur fond de rivalité à la vie à la mort entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ces deux pays se disputent de manière criante la suprématie dans la région. L’accord va redonner à l’Iran des capacités d’intervention dans l’économie mondiale et la politique régionale encore insoupçonnées. Même si l’Arabie est assise sur matelas de près de 800 milliards de dollars et que l’Iran ne va toucher que 130-150 milliards dans les mois à venir, c’est la dynamique, la logique de développement qui fait craindre le pire.

La diplomatie saoudienne porte un nom : le containment (si cher à Foster Dulls lors de la guerre froide) face à l’Iran. Pour cela, l’Arabie bat le rappel de ses amis et de ses alliés dans la région. Elle a déjà partiellement réussi son pari en montant cette coalition arabe contre les rebelles pro iraniens au Yémen. Le rusé président iranien a bien compris cette tentative d’enveloppement saoudien et s’en va répétant que tout peut et doit être réglé politiquement, la Syrie, le Yémen, Bahreïn, etc… sauf évidemment Israël qui constitue une sorte de non possumus aux yeux des Mollahs iraniens.

Patiemment, les Saoudiens font le recensement des amis ou alliés de Téhéran dans la région. Ils constatent qu’Israël s’oppose à leur principal ennemi qui cherche à l’anéantir et qui ne s’en cache même pas. Or, contre Israël, il y a les Palestiniens. Ceux de Ramallah sont endormis, avachis par un petit confort économique et petit bourgeois. Reste le Hamas qui a subi une grave défaite militaire l’an dernier et qui se trouve à la tête d’un champ de ruines à Gaza, ce qui soulève le mécontentement de la population. Or, l’Iran a suspendu son aide à ce mouvement au motif qu’il est contre son allié syrien et contre le Hezbollah. L’Arabie a parlé aux gens du Hamas et aux Frères musulmans en général, même ceux d’Egypte, pour leur faire comprendre où se trouvait leur intérêt bien compris et comment intégrer le sens de l’Histoire.

Certes, cela ne se fera pas en une nuit, mais cela changera la donne. C’est pour cela que l’Arabie finance le réarmement de l’armée libanaise par la France, elle cofinance aussi l’achat d’avions de guerre et de mistrals par l’Egypte, et fait comprendre à cette dernière qu’il ne faut pas mettre tous les Frères musulmans dans le même sac. Ce qui compte à ses yeux : c’est de couper l’herbe sous les pieds de l’Iran et de l’expulser de la région. Pour mettre ce plan à exécution, il faut précipiter la chute de Bachar, installer à Damas un régime modéré mais anti-iranien et renflouer l’économie de ce pays afin qu’il ne soit plus un foyer d’instabilité. Mais si vous chassez Bachar de Damas, vous réduisez à néant les chances de survie du Hezbollah qui reçoit armes, munitions et conseillers d’Iran grâce à la Syrie. Or, le principal intéressé dans cette affaire n’est autre qu’Israël qui apparaît dans ce canevas comme un allié objectif de l’Arabie, laquelle est si proche des USA qui assure la sécurité extérieure du royaume.

L’Arabie ne veut pas que l’Iran prenne aussi pied à Gaza, c’est pourquoi elle a reçu avec bienveillance Khaled Mechaal et lui a expliqué qu’il y avait d’autres moyens de desserrer l’étau israélien autour de Gaza et que l’entêtement dans le camp du refus n’était pas payant. Meschaal qui ne méconnaît pas vraiment le principe de réalité n’a pas eu de mal à parler à ces camarades de Gaza pour leur vanter les avantages d’un accord, même temporaire avec Israël, mais d’assez longue durée.

Si le Hamas met fin à tout tir de missile contre Israël, s’il s’engage à bien surveiller les groupes extrémistes qui se trouvent sur place, on permettra la création d’un corridor maritime humanitaire par lequel transiteront les hommes et le matériel, à l’exception des armes. Cette innovation redonnera une bouffée d’oxygène à une enclave qui la réclame depuis quelques années. D’où partira ce corridor ? On a pensé à un port israélien (Ashdod, Ashkelon) mais l’autre partie accorde sa préférence à Chypre. Et c’est là que les Turcs interviennent, eux qui déjà supervisent l’achat de pétrole kurde d’Irak par Israël… Le corridor partira de la partie turque de Chypre…… On a beau faire, on a beau tout fermer, les Turcs reviennent par la fenêtre ou creusent un souterrain.

La question qui se pose est la suivante : ce n’est pas la première fois que de telles tractations ont lieu ? Ce n’est pas la première fois que les terroristes entament des négociations qu’ils interrompent après en laissant commettre de graves attentats…    Mais cette fois-ci, l’Arabie sait qu’elle joue sa survie : si elle ne règle pas le problème de Gaza rapidement, ce retard sera mis à profit par son ennemi dans la région qui avance ses pions.

Sera-ce un marché de dupes pour Israël ? La paix ne se divise pas, elle dure tout le temps, si elle ne dure qu’un temps, alors ce n’est plus une paix. C’est juste, mais il faut voir à qui on a affaire. Déjà, à l’ époque, le cheikh Yassine avait proposé une trêve (en arabe, houdna, solh) courant sur des décennies, avec la possibilité de reprendre les hostilités plus tard. Il n’ jamais parlé de salam, la vraie paix. 

Il est question de trêves renouvelables de 5, 10 ou 15 ans. Ainsi, les masses arabes auxquelles on a dit durant des décennies qu’aucune paix durable n’est possible avec l’ennemi sioniste ne réagiront pas violemment…

Je ne sais que penser mais je me souviens de ce qu’on peut lire chez l’un des plus profonds prophètes d’Israël : Shalom, shalom we eyn shalom ( la paix, la paix, mais il n y a pas de paix).

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Commentaires

Cher Professeur,
Vous ne savez que penser ? Sauf votre respect, c'est pourtant simple.
L'Iran l'Arabie et la Turquie se disputent le leadership sur l'Islam et les pays qui s'en réclament. C'est le gage d'une guerre perpétuelle. De plus l'Islam a pour objectif la soumission de l'humanité à ses divagations totalitaires : asservissement de l'occident et destruction d'Israël. Encore une porte ouverte à la guerre perpétuelle. Et la guerre n'est-elle pas, finalement, l'état naturel de l'humanité ? Sauf peut-être au Costa Rica où il n'y pas d'armée.
Maintenant, si l'on veut éviter que l'islam détruise l'humanité, il faut se décider à le traiter comme a été traité le nazisme. Il est donc nécessaire qu'Israël ne se contente plus de gagner des guerres, mais sache imposer sa paix et que l'Occident retrouve un lien avec ses valeurs (Liberté, Egalité...) et la capacité à les défendre, y compris par la guerre. "Si vis pacem, para bellum".

Écrit par : Alain | 30/08/2015

L'analyse de ce billet est éclairante mais il n'est pas fait mention de ce qu'on appelle l'état islamique.
Doit on considérer que ce mouvement qui semble pourtant bien implanté dans certaines régions du proche orient ne constitue pas une composante du problème de la région ?
Pour l'instant, l'adversaire le plus menaçant de Bachar El Assad me semble justement être l'état islamique. Si Bachar tombe, la Syrie ne tombe t elle pas entre les mains de ce mouvement ultra radical ?.......
Si l'ennemi de mon ennemi est mon ami, au moins provisoirement, Israël aurait t il vraiment intérêt à favoriser l'implantation en Syrie de ces adeptes de la décapitation ?

Écrit par : Gerard | 30/08/2015

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