31/07/2015

En s'en prenant aux Kurdes, Ankara se trompe de cible

En s’en prenant aux Kurdes, Ankara se trompe lourdement de cible

J’ignore quel marché M. Erdogan a conclu avec M. Obama mais il semble bien qu’il y ait eu un échange entre les deux chefs d’Etat : L’US Army peut utiliser les bases de la Turquie méridionale contre l’E.I. tandis qu’Ankara n’a rien à craindre des instances internationales si elle mitraille et bombarde les Kurdes de manière plutôt intensive.

Ankara craint la montée en puissance des combattants kurdes qu’elle soupçonne l’Amérique d’aider et avec lesquels elle pourrait conclure une sorte de pacte non officiel, notamment pour reprendre le dessus en Irak où les milices chiites affidés à Téhéran et stipendiées par lui deviennent un réel danger pour la zone d’influence US dans la région. Par ailleurs, Ankara a eu vent d’un accord secret entre Washington et Téhéran sur la guerre contre l’E.I., ce qui expliquerait  l’accélération de la conclusion d’un accord à Vienne, sur le nucléaire iranien.

Ankara prête donc à Obama des arrières pensées inavouables, notamment en ce qui concerne les Kurdes. Certes, Washington reconnaît aux Turcs le droit de se défendre, place le PKK dans la liste des organisations terroristes, mais cela ne veut pas dire que Washington ne serait pas pour une zone autonome kurde, laquelle amputerait nécessairement une partie de la Turquie, voire de l’Iran, de la Syrie et d’Irak. Or, les combattants se sont aguerris sur le terrain, sans eux les Irakiens n’auraient jamais pu regagner du terrain. Ankara surveille cela comme on surveille le lait sur le feu.

Pourtant, l’analyse objective de la situation devrait conduire à d’autres mouvements : les Turcs devraient négocier avec les Kurdes une large autonomie. Ils sont devenus trop forts, surarmés et aguerris. Les bombardements n’y changeront rien, sinon renvoyer à plus tard la solution du problème.

Tous les observateurs reconnaissent qu’Ankara se trompe de cible ; il faut négocier avec les Kurdes. C’est un dossier qui dure depuis trop longtemps et a coûté de dizaines de milliers de vies…

Il faut que M. Erdogan le comprenne. Il ne faut pas que des considérations de politique intérieure interfèrent. Le peuple turc pourrait réagir. Et surtout l’armée.

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30/07/2015

Elisée Reclus, le grand géographe du XIXe siècle

  Elisée Reclus (1830-1905) :

Eminent géographe, Ancien communard, militant anarchiste et champion de la cause abolitionniste

Lequel d’entre nous se souvient de cet éminent géographe, ce militant passionné de la cause des esclaves noirs des Etats Unis et de celle des femmes en Europe ? Certes, une rue du VIIe arrondissement de Paris porte son nom (juste sous la tour Eiffel), mais aujourd’hui on n’entend parler que du général Lafayette et de son navire, l’Hermione. Elisée Reclus, ce fils d’un pasteur assez atypique, se rappelle  à notre souvenir grâce à un beau recueil, procuré par notre collègue genevois, Frederico Ferretti, avec le titre suivant : Elisée Reclus. Histoire de la guerre de sécession aux Etats Unis (1861-1865).

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29/07/2015

Fabius à Téhéran

 

Laurent Fabius à Téhéran aujourd’hui

Voici un ministre français des affaires étrangères qui ne sera pas le bienvenu en Iran où il se rend aujourd’hui même. Officiellement, ce voyage doit aplanir les relations avec l’Etat islamique, officieusement il s’agit de s’assurer la part du gâteau qui doit revenir aux industries françaises. Au fond, rien d’anormal. Mais tout de même, quelques remarques s’imposent.

Ces remarques me sont dictées par Lénine qui est loin d’être mon maître à penser. Voici ce qu’il disait vers 1920, lorsqu’il réorientait la politique économique de la toute jeune URSS et constatait  la voracité des industriels occidentaux qui, tout en combattant le système collectiviste, n’en souhaitaient pas moins commercer avec lui et faire de bonnes affaires : vous verrez, les capitalistes finiront par nous vendre même la corde pour les pendre…

Cette phrase empreinte de beaucoup de cynisme est pourtant frappée au coin du bon sens. Pour gagner de l’argent, certains sont prêts à tout, y compris  à fortifier des régimes peu recommandables. Cette idée peut s’appliquer au cas présent. Mais on ne saurait reprocher à la France de soigner ses propres intérêts alors que les entreprises US comptent bien s’octroyer la part du lion.

Le commerce et la morale n’ont jamais fait bon usage. L’un de mes vieux professeurs de Bible me disait dans les années soixante que les valeurs morales ne seront jamais cotées en bourse.

Pourquoi voulez vous que cela change ?

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27/07/2015

Un nouveau poste pour le président Obama

 

 

Un nouveau poste pour Barack Obama…

Le retour aux sources de Barack Obama laisse entrevoir une nouvelle activité pour l’homme qui aura quitté la Maison Blanche d’ici 16 mois : Monsieur Afrique.

Il pourra alors se consacrer au développement du continent qui a vu naître son père. Ce serait une chance pour Obama lui-même et aussi pour un continent laissé à l’abandon ou mal servi par la plupart de ses dirigeants actuels.

Monsieur Obama a eu des accents très poignants en disant que les jeunes Kenyans n’auront plus à s’expatrier comme son propre père pour mener une vie décente et réussie.

Le voyage en Ethiopie sera aussi riche et prometteur.

Un seul souhait : c’est que la politique de désengagement US du Proche Orient ne provoque pas de cataclysme, eu égard à la confrontation entre l’Iran d’une part et les pays arabes, d’autre part.

La presse arabe, notamment égyptienne, fait part des inquiétudes des dirigeants qui se sentent abandonnés, voire trahis.

Souhaitons à Monsieur Obama de mieux réussir en Afrique.

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26/07/2015

La Turquie et le terrorisme: l'engrenage

 

 

 

La Turquie et le terrorisme : l’engrenage

 

 

 

Le pays du kemalisme est longtemps resté dans l’expectative, il a joué un jeu trouble durant de longs mois, laissant dégarnie une frontière longue de plus de 900 km avec la Syrie, fermant les yeux , de manière très coupable, sur les passages de combattants, de munitions et de pétrole de contrebande ; et aujourd’hui, hélas frappée par le terrorisme de ceux là même qu’elle tolérait, elle se jette corps et âme dans le combat, lançant de multiples offensives aériennes et planifiant sûrement une vaste offensive terrestre…

 

 

 

Mais la Turquie commet une lourde erreur en ouvrant un second front, à savoir les partisans du PKK, considérés comme un groupe terroriste par les USA qui condamnent, pour la plus grande joie d’Ankara, les agissements de ce groupe kurde armé.

 

 

 

Pourquoi donc la Turquie met elle sur un même pied d’égalité les Kurdes et les islamistes de l’E.I. ? Pourquoi lance t elle des offensives conjointes contre les deux ? Ne valait il pas mieux se concentrer sur les islamistes au lieu d’ouvrir un nouveau front avec le PKK qui rêve d’en découdre avec l’ennemi héréditaire turc ?

 

 

 

Il existe une asymétrie évidente entre ces deux problèmes ; il fallait donc leur réserver un traitement asymétrique. Ankara et le bouillonnant M. Erdogan  ont choisi de ne pas faire le tri et tirent dans le tas. C’est une erreur grave et l’on s’étonne que l’armée turque ait suivi son président sur ce terrain dangereux.

 

 

 

Les Kurdes ne devraient pas recourir à la violence et devraient rechercher un accord avec Ankara. Ces Kurdes sont une facette de la Turquie moderne. Beaucoup de Turcs d’origine kurde ont réussi dans leur pays et partagent avec leurs compatriotes le même amour de leur pays. Tout simplement, cette minorité ethnique veut qu’on lui octroie une certaine autonomie culturelle et économique dans les portions de territoire où elle est majoritaire. Les autorités turques ont toujours été très réticentes à le faire, craignant que les Kurdes des pays voisins s’unissent et constituent leur propre Etat.

 

 

 

Ces pays sont la Turquie, l’Iran, la Syrie et l’Irak : les populations kurdes sont éparpillées entre ces différentes régions. On peut comprendre que les Turcs veillent à préserver l’intégrité territoriale de leur pays. Ils ne sauraient tolérer des visées séparatistes. Eh bin, la meilleure manière de s’en préserver est de donner une autonomie aux Kurdes et de les aider. Ainsi, ils s’intégreront dans la société ambiante et limiteront d’eux-mêmes, leurs revendications.

 

 

 

Malheureusement, l’actuel président turc est trop emporté et peu enclin au jeu diplomatique. Pourtant, le premier ministre qu’il s’est choisi est un ancien ministre des affaires étrangères. IL pourrait s’en souvenir. Mais il y a un autre problème : on se demande ce que M. Erdogan attend pour former un nouveau gouvernement, qui sera de coalition. D’aucuns lui prêtent de noires arrière-pensées qu’il n’a peut être pas : faire la guerre pour susciter un mouvement d’union locale, convoquer de nouvelles élections et rafler la mise dans la foulée.

 

 

 

Mais pour le moment, M. Erdoga, fait face à de graves problèmes. D’aucune ajoutent que cela lui fait passer l’envie de se manifester sur la scène du Proche Orient et de se livrer à des rodomontades sur Gaza.

 

 

 

Il faut se calmer et appréhender les questions les unes après les autres.

 

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24/07/2015

Le dilemme d'Ankara: sévir contre Daesh ou contre les autonomistes kurdes?

Le dilemme d’Ankara : l’Etat islamique ou les autonomistes kurdes ?

Il aura fallu ce terrible attentat attribué à l’E.I pour que Ankara choisisse son camp, et encore pas d’une manière officielle ni visible. Le nombre de victimes est si élevé que plus aucun doute n’était permis. Le président Erdogan a enfin compris qu’il lui fallait sortir de cette zone grise dénoncée par les USA et les Occidentaux :  les Turcs permettaient à l’EI de transporter à travers la frontière armes, combattants, ravitaillements, bases arrière, hôpitaux pour soigner ses militants, recrutements de combattants de tous les pays du monde… Sans la bénédiction d’Ankara, l’EI n’aurait jamais pu tenir jusqu’à aujourd’hui.

L’attentat a jeté Ankara dans les bras des USA et du front anti EI. Désormais les Américains pourront utiliser une base aérienne très proche de la Syrie, ce qui va décupler leurs possibilité d’intervention. Les Turcs eux-mêmes ont bombardé hier dans la nuit des positions tenues par les rebelles, ce qui va changer le cours de la guerre.

Ce double jeu turc s’explique par un seul facteur : la Turquie ne veut pas d’une province kurde autonome à cheval sur trois pays : la Turquie, l’Irak et l’Iran. D’où son jeu trouble du temps où Kobané luttait désespérément pour sa survie, d ‘où l’interdiction faite aux combattants kurdes de soutenir leurs frères de l’autre côté de la frontière. Sans les frappes de l’US Army, les Kurdes n’auraient jamais pu reprendre cette ville. Et encore, on a vu que l’E.I. a lancé une offensive contre la ville martyre, tuant plus de deux cents civils.

Est ce que la politique turque va changer ? C’est peu probable tant la question kurde est importante aux yeux d’Ankara, elle menace même, potentiellement, l’unité du pays.

On peut les comprendre. Mais il faudra bien un jour prendre le taureau par les cornes et régler cette question kurde de manière civilisée. La Turquie est une grande nation, certes sur le déclin depuis des décennies mais elle pourrait mieux intégrer les Kurdes et concéder plus de place à l’identité kurde, partie inséparable de l’identité turque ou ottomane.

Mais pour cela il faudrait que M. Erdogan reconsidère ses positions et rompe avec l’islamisme, même modéré. Mieux vaut prendre l’initiative que de se voir prochainement imposer des choses.

Rien n’est pire que les espaces gris, il faut choisir son camp. Ankara y a mis du temps. Et maintenant il faut agir.

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23/07/2015

Le désordre s'étend en France

Le désordre s’accroit en France

Loin de calmer l’agitation des éleveurs, les mesures gouvernementales élargissent le champ de l’incendie, au point que c’est le président de la république en personne qui va devoir payer de sa personne en se rendant à Dijon, pour, entre autres choses, prendre langue avec les mécontents. Les éleveurs bloquent toutes les routes menant de et vers l’agglomération lyonnaise. Une véritable jacquerie comme au Moyen Âge. Au fond, le dialogue social n’a jamais existé en France : seuls les agriculteurs et les routiers peuvent impunément bloques routes, voies ferrées et ports marchands car leurs engins sont difficiles à déplacer. Seule l’armée est en situation de dégager de tels poids lourds. Mais pour faire donner l’armée, il faut un vote au parlement, ce que les gouvernements se refusent à faire pour des raisons évidentes. Ce qui est désastreux, en revanche, c’est l’image que ces gens donnent de la France à l’étranger ; quelle honte ! Des touristes, hommes et femmes, tirant leurs valises à pied sur un ou deux km d’un aéroport. Des gens bloqués dans leur véhicule aux alentours de Lyon, d’autres bloqués dans le tunnel menant aux grands sites de vacances, d’autres enfin empêchés de rallier Genève en raison de l’obstruction de l’autoroute. Le raisonnement est le suivant : nous voulons faire aboutir nos revendications, vous ne voulez pas nous donner satisfaction, nous allons faire pression sur vous en prenant en otages des citoyens qui n’y sont pour rien. Les désordres seront tels que vous allez être contraints de céder… Tel est le mouvement qui tient lieu en France de dialogue social. Personne ne songe à dire à ces éleveurs qu(ils auraient dû moderniser leurs exploitations depuis des lustres, qu’ils auraient dû se mobiliser bien avant,  bref, qu’ils ont aussi leur part de responsabilité… Non, le gouvernement soucieux de ramener la l’ordre et la paix sociale, a cédé sur toute la ligne. Résultat : les maximalistes ont aggravé leur pression. Pourquoi se gêner ? Toujours plus, on peut obtenir toujours plus. Alors allons y ! Ce que les éleveurs dans leur petit monde lilliputien ne savent pas ou ne veulent pas savoir, c’est qu’avec de telles attitudes la France va devenir la Grèce ou presque. Les catégories socio-professionnelles font preuve d’un égoïsme fort dangereux. On voit que le Premier Ministre change son fusil d’épaule, il parlait hier des industriels et aujourd’hui il vise les abatteurs. Demain, ce sera qui d’autre ? Il y a trop d’improvisation dans cette affaire. Sans même parler de l’opposition qui verse de l’huile sur le feu. Que faire ? Agir avec circonspection car le danger qui menace est celui de la contamination. C’est exactement ce qui s’est passé en mai 68.

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22/07/2015

La France, toujours ingouvernable?

La France, toujours ingouvernable ?

Retour d’un long séjour à l’étranger, je constate ce qui se passe avec les agriculteurs et les éleveurs en France. Je comprends mieux l’exaspération des étrangers à l’égard de ce pays. Dès qu’on n’est pas entendu par le gouvernement ou par les pouvoirs publics, on manifeste, mais on ne se contente pas de manifester, on bloque les routes, on empêche les trains de rouler, les avions de voler, les commerçants d’ouvrir, les enseignants d’enseigner, bref le pays se trouve de plus en plus souvent en état pré insurrectionnel.  Pourquoi ? Parce qu’une simple catégorie socio-professionnelle décide d’agir tant que ses revendications ne sont pas satisfaites !

Voyez ce qui s’est passé avec les taxis il y a moins d’un mois : des gens accrochés à leurs rentes de situation qui ont mis le pays en émoi ont été reçus et dorlotés par les hautes autorités de l’Etat. Encore cette sempiternelle crainte d’un incendie qui s(étendrait à tout le corps social. L’effet de contagion, voilà ce que craint le pouvoir. Mais chacun sait au plus profond de soi que les taxis traditionnels, c’est fini, on va vers une autre économie, c’est le vent de l’histoire.

Imaginez l’effet dévastateur de cette attitude déplorable a sur les touristes qui ne comprennent  pas le rapport entre l’augmentation du prix de la viande bovine et le fait de les empêcher de se rendre au Mont Saint Michel ou de visiter  la grotte de Lascaux

Au fond de chaque Français sommeille un contestataire, un adversaire de l’ordre établi, bref un rouspéteur. Mais il y a pire, c’est le réflexe de tout casser et de tout bloquer tant qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Mais n’instruisons pas exclusivement à charge : les gouvernements successifs ont il prêté l’oreille aux doléances des gens qui souffrent ? N’ont ils pas tenté, faute d’agir sur la réalité, de faire diversion ? Il y a aussi un peu de cela dans cette grogne typiquement française. Mais c’est un dangereux symptôme de régression : on ne sait toujours pas pratiquer un dialogue social civilisé. Il semble que cela remonte à l’époque de la Révolution française qui ‘na pas atteint ses objectifs et qui fut récupérée par la petite et moyenne bourgeoisie. Du coup, des séquelles de cet esprit égalitariste, libertaire et révolutionnaire remontent à la surface et rôdent dans l’imaginaire social, tels des volcans mal éteints ou des âmes en peine.

Ce qui est encore plus préoccupant, c’est la contamination : déjà les buralistes, inquiets de la baisse de leurs revenus se joignent aux cortèges des rouspéteurs ! Quel rapport ? La contestation. C’est bien pour cette raison que le pouvoir est inquiet et fait tout pour éteindre l’incendie de peur qu’il ne se propage ! Et que fait le gouvernement, que dis-je, le Président de la république en personne ? IL annonce les résultats d’un prochain conseil des ministres à l’avance ! Que fait le ministre de l’agriculture après avoir dit qu’il ne se rendrait pas à Caen ? Il y va, en arguant qu’il a changé d’avis…

A l’évidence, ce pays traverse une crise de l’autorité. Cela fait des années qu’il est devenu ingouvernable. Il faut un pouvoir fort, certes à l’écoute des demandes de la population mais pas à sa botte. Apparemment, on n’en prend pas le chemin. Le pouvoir qui a déjà promis des baisses d’impôts pour septembre, redoute la rentrée. Il appréhende aussi le résultat des élections régionales qui risquent de consacrer l’hégémonie du Front National.

On le dit et on le répète, il faut un gouvernement d’union nationale. Un seul parti au pouvoir, dans la situation actuelle, cela ne marche pas.

Sinon, la France deviendra de plus en plus ingouvernable.

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20/07/2015

Raphaël DRAÏ ou les prémisses d'une pensée juive vivante

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Raphaël Draï, les prémisses d’une pensée juive vivante

 

 

 

La triste nouvelle vient d’être publiée par le site JForum : le professeur Raphaël Draï n’est plus. C’est avec une réelle émotion que l’on se penche sur l’apport considérable de cet homme, à la fois juriste, philosophe, exégète , à tous les domaines du judaïsme contemporain. Il fut un véritable éducateur de sa communauté. Toutes les communautés juives, même les plus petites, les plus éloignées de Paris, faisaient appel à lui. Et jamais il ne disait non : tous les juifs de France, et même au-delà, connaissaient ses travaux et appréciaient son dévouement aux causes du judaïsme et d’Israël qu’il défendait avec mesure et compétence.

 

 

 

On peut dire que la source de son inspiration était la Bible hébraïque qu’il interprétait en tant qu’exégète mais aussi en tant que juriste. Je pense notamment à sa brillante réfutation de la prétendue loi du talion (lex talionis) dans laquelle des esprits tendancieux voulaient voir les racines d’un judaïsme cruel, réduit à une stricte nomocratie, par opposition à un christianisme  qui serait exclusivement porteur de charité et de bienveillance. Raphaël Draï rappelait alors avec finesse que la notion chrétienne de gracia, de grâce, n’était jamais que la traduction latine de l’hébreu héséd, grâce, bienveillance, ou selon la belle traduction anglaise : lovingkindness. Mais même cette mise au point ne fut faite qu’avec bonté, sans le moindre esprit vindicatif.

 

 

 

Je ne l’ai pas très bien connu, je ne l’ai vraiment rencontré que deux fois, mais j’ai toujours pris connaissance avec un grand intérêt de ses écrits. Il m’est impossible, comme cela, à froid, de mobiliser toutes les idées riches et productives q’il a mises en avant. Mais on peut dégager une idée centrale qui gît aux fondements de ses activités de penseur et d’éducateur : régénérer le judaïsme, revisiter son humus biblique si fructueux et redonner de l’espoir à ceux et à celles qui étaient à la recherche d’un maître digne de ce nom. Il nous fait redécouvrir l’humanisme biblique. Il se situait tout à fait légitimement dans la lignée d’hommes illustres (André Néher, Léon Ashkénazi, Emmanuel Lévinas, entre autres) qui avaient opté pour une pensée juive vivante, engagée dans son siècle et se tenant à distance d’une érudition sèche et desséchante.

 

 

 

A l’origine, rien ne semblait destiner à cette œuvre considérable cet homme qui fut un juriste compétent et respecté de ses collègues. Il avait été le doyen de la faculté de droit d’Amiens et son œuvre dans ce domaine reste considérable. Ces connaissances en matière juridique furent mises à profit dans ses commentaires bibliques. A la disparition du rabbin Léon ashkénazi, le célèbre Manitou, il avait courageusement relevé le défi et  entrepris de combler ce vide, assumant ce rôle d’éducateur et de dispensateur de sagesse aux Juifs de l’espace francophone. Au cours de ces dernières années, on le voyait régulièrement sur la 5 dans la belle émission d’Yves Calvi. Mais cette notoriété nationale ne l’avait jamais éloigné de ses origines : la communauté juive de France et d’Europe.

 

 

 

Je repense à son engouement pour l’expression de banou Israël, les fils d’Israël, qui revenait régulièrement dans ses écrits. Comme Martin Buber et Franz Rosenzweig, il considérait la Bible hébraïque comme une source d’eaux vives, une parole vivante et vivifiante, celle du Dieu vivant.  Pour lui, la Bible était et restait à tout jamais le document fondamental de la vie et de la pensée d’Israël dont la vocation première était justement l’universalisme.

 

 

 

On ne peut pas, eu égard à cette disparition soudaine, passer en revue  de manière détaillée, l’ensemble d’une œuvre qui lui survivra tant elle est féconde et riche. Il s’était aussi confronté aux idées de Freud sur Moïse et le monothéisme, rejoignant ainsi le travail d’un autre grand historien, l’américain Yossef Hayyim Yerushalmi. Je me souviens aussi fort bien de son œuvre intitulée La sortie d’Egypte, couronnée par le Prix Wizo. Il y eut aussi un autre ouvrage intitulé La communication prophétique. Sans même parler de sa Lettre ouverte au cardinal Lustiger. Il y en eut tant d’autres.

 

 

 

Le professeur Draï avait fait quelques incursions remarquées dans le domaine des relations judéo-chrétiennes, refusant de voir dans la nouvelle religion la vérité de la sienne propre. Il n’acceptait pas cette théologie de la substitution dont même l’église finira par se distancier.

 

 

 

La sortie d’Egypte l’a passionné. Il sut apprécier le contenu révolutionnaire du livre de l’Exode qui marque effectivement les premiers pas d’une nouvelle nation sur la scène de l’histoire. Cet Exode, unique en son genre, dessine les contours d’un peuple qui se met en marche, animé par les impératifs de sa vocation : proclamer la doctrine révolutionnaire pour l’époque du monothéisme éthique. Cette sortie d’Egypte est le premier événement historique de portée nationale qui  signe l’apparition d’un peuple en tant que tel, sur la scène de l’histoire universelle. Certes, la formation et la sensibilité religieuse du professeur Draï ne le conduisaient pas à reprendre à son compte les acquis de la critique biblique. Je l’ai dit plus haut et le répète : la Bible était à ses yeux la Parole du Dieu vivant, celui d’Abraham et non d’Aristote, celui de Juda ha-Lévi et non de Moïse Maimonide, un Dieu qui parle aux hommes, se révèle à eux, un Dieu en quête de l’homme, pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage du rabbin germano-américain Abraham Joshua Heschel. A l’époque, nous avions tous dévoré cet autre ouvrage de ce même auteur inspiré, Les bâtisseurs du temps, dont l’adaptation française est due à un autre grand éducateur de son peuple, Georges Lévitte.

 

 

 

A côté de ses multiples activités, notamment universitaires, le professeur Draï  écrivait des tribunes libres pour différentes publications, notamment communautaires où il commentait, parfois avec une sévérité justifiée, les querelles et les conflits. Il se voulait un intellectuel engagé.

 

 

 

Né en Algérie au beau milieu de la seconde guerre mondiale, le professeur Draï était animé par cette volonté, si chère aux séfarades de ranimer le judaïsme français dont un des président du FSJU disait au milieu des années soixante, que c’était un désert. Il voulait que l’identité juive réaffirme avec forces tous ses droits face à la culture européenne. Il considérait avec raison que jusqu’en 1962, date du rapatriement des Juifs d’Algérie, les anciennes institutions avait fait au milieu ambiant de larges concessions qui avait conduit à une assimilation galopante. Mais  ce brillant juriste ne rejetait pas en bloc la culture européenne, il exigeait cependant que l’identité juive ne fût pas réduite à la portion congrue.

 

 

 

Il est difficile de dire de manière péremptoire tout ce que cet homme a apporté à la communauté juive de notre pays. Je pense qu’il fut un éducateur, un champion de la diffusion de la culture juive : il a aidé de toutes ses forces ses coreligionnaires à redécouvrir le bonheur d’être juif sans avoir à renoncer à l’essentiel.

 

 

 

Maurice-Ruben HAYOUN

 

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Cuba, le seul succès diplomatique d'Obama

 

Reprise des relations avec Cuba : le seul succès diplomatique d’Obama…

 

 

 

Pourtant, les similitudes avec le cas iranien sont nombreuses. Pas de relations diplomatiques depuis 1961, un embargo qui a pesé lourdement sur la vie des gens, etc… avec les Iraniens, ce fut une rupture violente avec une prise d’otages, des sanctions qui ont aussi pesé sur la vie quotidienne des gens. Peut-être plus gravement encore !

Mais avec les Iraniens, ce sera une autre paire de manche. Il y a la culture et la civilisation car les Cubains ont eu beau vivre sous la dictature communiste des frères Castro, ils n’en sont pas moins des chrétiens et des judéo-chrétiens. Il y a donc des sources communes et partant, des valeurs communes.

 

 

 

Le président Obama a marqué un point, le seul bon point de ses deux mandats au regard de la politique extérieure. Partout ailleurs il a échoué, et notamment au Proche Orient, et pas seulement en ce qui concerne le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens…

 

 

 

En outre, il a tourné le dos aux alliés traditionnels des USA dans la région , y compris Israël. Pour les autres, on peut comprendre que les monarchies pétrolières du golfe, rétrogrades et parfois même barbares, ne soient pas ragoûtantes pour d’authentiques démocrates comme les Américains, mais tout de même, avoir favorisé l’émergence de l’Iran comme état leader, voire hégémonique vis-à-vis des Arabes est une erreur capitale. C’est une grenade dégoupillée sous les pieds des hommes vivant dans cette région instable du globe.

 

 

 

Un exemple : l’Egypte qui dépasse en population l’Iran, mais qui dispose pas des mêmes ressources, et qui est sunnite et copte, n’acceptera jamais une domination perse, cela remonte à des enjeux historiques. Je cherche toujours à comprendre le raisonnement de ce président et n’y arrive point. Il fallait maintenir l’Iran dans l’état actuel alors qu’on lui a accordé tant d’avantages.

 

 

 

Si une crise survenait demain ou après-demain, les USA devront compter sur leurs alliés d’hier. Lesquels ne donneront peut-être plus leur accord automatique.

 

 

 

Obama fait preuve d’une grande imprévoyance. Mais ce n’est pas la première fois.

 

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