28/04/2015

Qu'est ce que l'exil?

Qu’est-ce que l’exil?                        A l’invitation de la CICAD de Genève, le 29 avril

Quand on pense à cette notion d’exil qui connote l’idée de déracinement, d’arrachement à un environnement et à un univers familiers, le cas du peuple juif dans ses différentes variantes (ashkénaze et séfarade) s’impose à nous. En effet, il est incontestable, au plan historique, que ce peuple est l’unique groupe ethnique à avoir conservé dans sa mémoire le souvenir lancinant de la terre ancestrale, la Terre promise par Dieu à un peuple qu’il a tenu à distinguer d’une grâce particulière. Mais on commettrait un grave oubli en négligeant les références à l’exil chez Platon, Lucrèce, Sénèque et quelques autres auteurs de la mythologie antique. Même des natures aussi profondément religieuses comme Saint Augustin abordent le sujet de façon poignante dans ses Confessions.

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27/04/2015

Un anniversaire peu ordinaire au château de Vaugrineuse

Un inoubliable anniversaire au château de Vaugrineuse

Une pluie fine tombe sur Paris ce dimanche, peu avant midi, alors que je m’installe au volant de ma voiture pour rejoindre ce château dont je ne soupçonnais guère l’existence il y a tout juste trois semaines, lorsque Daniel m’annonça son intention de fêter avec un éclat tout particulier l’anniversaire de sa chère maman. Pour m’y rendre, je sais qu’il faut franchir le pont de Sèvres , prendre la direction de Chartres (ville sur laquelle veille avec dévouement et compétence mon ami le préfet Nicolas Quillet) et changer de direction en arrivant aux Ulis. La pluie fine continue de tomber mais, dès que nous quittons l’autoroute, mon attention est attirée par d’immenses espaces boisés, des terres agricoles, des fermes du siècle dernier, bref un tout autre paysage que celui d’une cité de la région parisienne. Je trouve des panneaux indicateurs mentionnant des toponymes dont j’avais entendu parler mais des lieux où je ne m’étais jamais rendu précédemment.

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26/04/2015

Les journalistes et la déraison: quand un simple accouchement relègue au second plan un terrible tremblement de guerre

Les journalistes et la déraison: un tremblement de terre (Népal) relégué au second plan par un accourchement (Kate Middleton)

Mais à quelle époque vivons nous ? Dans quel monde vivons nous ? Comment peut on supporter qu’une simple femme, fût-elle princesse britannique- prenne le pas sur un cataclysme naturel qui aura fait plusieurs milliers de morts et de sans abris, et encore le bilan n’est pas définitif ?

Eh bien, figurez vous, que jusqu’à ce matin, c’était l’accouchement de cette femme (on lui souhaite toute le bon, comme on dit à Genève) qui prenait le pas sur l’autre nouvelle, triste et attristante. Comme quoi, la nature humaine, bien exploitée par des démangeaisons journalistiques, préfère le sensationnel et relègue au second plan, des nouvelles dramatiques méritant notre compassion et notre solidarité.

Cela fait des années que cette famille royale britannique enchaine les scandales, vit aux crochets du peuple, défraye la chronique et monopolise les manchettes des journaux du monde entier. Un peu comme si nos voisins d’outre-Manche étaient fascinés par un phénomène d’un autre âge…

Je le répète, on souhaite sincèrement à la parturiente un bon dénouement, un enfant en très bonne santé et aussi pour elle-même. Mais il est scandaleux de voir  cette nouvelle (qui n’en est pas une car des millions de femmes accouchent chaque jour de par le monde) prendre le pas sur un terrible tremblement de terre et ses innombrables victimes au l’autre bout de la terre.

Ce qui est encore plus frappant, c’est de voir les Britanniques moyens, touchés par le chômage, l’inflation, le terrorisme (maux qui affectent toute l’Union européenne) se passionner pour la naissance d’un enfant que leurs propres enfants devront entretenir par leurs impôts et leurs sacrifices en tout genre ? Il faut que sa propre existence soit caractérisée par une immense vacuité pour se comporter de la sorte. Et aussi être privés de tout esprit critique.

Et dans ce cas précis, c’est la presse qui en porte l’entière responsabilité morale. Quand je pense que nous savons tout sur cette femme et sa famille, alors que ces pauvres Népalais n’ont pas où dormir ni rien à manger et que les pays du monde entier commencent tout juste à se porter à leur secours…

Pourquoi donc n’arrivons nous pas à placer l’éthique en tête de l’information ? Comment expliquer que ces journaux people (même les radios, même les télévisions) ne soient pas délaissés ni sanctionnés par les acheteurs et les lecteurs ?

Je sais ce que vont répondre les journalistes : ils ne sont que le reflet de la société dans laquelle ils vivent. Ils ne font pas l’opinion, ils ne font que la refléter, ils ne sont pas les maîtres des nations en éthique mais de simples relais, ils ne sont pas là pour changer le monde, leur rôle consiste à informer, etc.… Nous savons tous qu’à des degrés divers, la presse est formatrice d’opinion, et parfois même fondatrice d’identité.

En fait, tout en rendant hommage à certains journalistes qui se risquent parfois pour nous informer dans des zones de tension, de guerre et de luttes armées, le reste de la profession ne tient pas sa plume d’une main ferme.

C’est seulement ce matin que la tendance s’est inversée : la femme qui doit accoucher est passée derrière les pauvres Népalais qui meurent par centaines… Et ce n’est que justice. Nos sociétés doivent veiller à restaurer ces équilibres qui font l’honneur du genre humain.

Au cours de la décennie à venir, je pense que les réseaux sociaux vont entièrement supplanter les journaux habituels et les journalistes professionnels : les vraies questions seront alors traitées suivant leur importance réelle.

Et on ne vivra plus de tels déséquilibres : une femme qui doit accoucher retenir l’attention des médias du monde bien plus qu’un terrible tremblement de terre qui a déjà ravie des milliers de vie et plongé dans le dénuement des millions d’autres.

MRH

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24/04/2015

Pour la réconciliation des peuples turc et arméinien

Pour la réconciliation des peuples turc et arménien

Les peuples sont rarement bien représentés, surtout lorsqu’il s’agit de situations difficiles, héritées de situations hautement conflictuelles. Les gouvernements, de droite comme de gauche, reflètent rarement les aspirations profondes de ceux qu’ils sont chargés de représenter.

Je pense que ce cas de figure s’applique bien à la situation actuelle entre Turcs et Arméniens, cent ans après ce qu’il faut bien nommer un génocide, au sens d’assassinat d’un peuple, Völkermord.

L’opinion publique actuelle en Turquie est évidemment manipulée par des forces conservatrices qui ont prospéré à l’ombre de la république des jeunes Turcs et qui considèrent qu’une nation n’est forte qu’après avoir réalisé son unification religieuse, un peu comme Isabelle la catholique qui céda aux fantasmes de l’ancienne Inquisition et bannit tous les Juifs des territoires de la couronne castillane. Ironie de l’Histoire, ces réfugiés bannis de la terre qui les avait vu naître, affluèrent en pays ottoman, pour la plus grande Bajazet qui sur en tirer profit. Le roi d’Espagne, aurait il dit en substance, m’a enrichi en s’appauvrissant.

L’islam turc était alors éclairé, sûr de sa force et incarnant un certain libéralisme et une tolérance religieuse. Alors pourquoi cette rencontre ratée avec les Arméniens ? La réponse sembler couler de source : les Arméniens sont la branche la plus ancienne du christianisme dans la région, alors que les Juifs ne représentaient aucun danger pour la religion dominante : ils se cantonnaient à des activités économiques lucratives pour eux mêmes et pour le peuple hôte…

On le voit aujourd’hui encore. Les autorités turques font les pires difficultés lorsqu’il s’agit simplement de rénover une église ou d’ouvrir une école chrétienne… Je ne dis même pas : d’édifier une nouvelle église ou tout autre forme de lieu de culte. Et ostracisme doit cesser.

On a tous entendu parler de ces bons Turcs dont les racines sont arméniennes et qui, pour certains d’entre eux, veulent renouer avec leurs racines chrétiennes. Pour les intégristes, c’est impensable, inouï… Et pourtant, s’y opposer représente un viol de la conscience. Pour échapper à l’accusation de prosélytisme, ces Turcs aux racines arménienne doivent apporter la preuve qu’ils sont d’ascendance chrétienne.

De telles exigences risquent de dissoudre l’entité nationale turque. On attend une grande Turquie qui ne sépare pas ses fils d’après leurs dénomination religieuse mais qui, au contraire, étend à tous la liberté religieuse et se cherche un autre ciment pour la cohésion nationale. Mais cela ne se fera pas avec le régime actuel qui assume une autre idéologie, et ne reconnaîtra jamais les massacres du peuple arménien.

Il faut aussi dire hélas que le régime arménien actuel n’est pas vraiment un modèle de démocratie.

Pour ce qui est de la Turquie, elle doit regarder son passé en face. L’écrasante majorité des états reconnaissent le génocide.

Pour qu'il y ait une réconciliation, il faut que l'agresseur reconnaisse ses torts et ses crimes.

Après vient le pardon.

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21/04/2015

En ce jour, Israël rend hommage à ceux qui sont morts pour la patrie. Yom Ha zikkaron

 

Yom ha-Zikkaron en Israël : l’hommage rendu aux soldats tombés pour la patrie

Israël est le pays du souvenir, le judaïsme est la religion de la mémoire. L’histoire de ce peuple n’est comparable à celle d’aucun autre peuple. Par moments, elle fait figure de martyrologie. On n’y peut rien, c’est l’histoire du peuple juif, depuis les origines. Je rappelle une fois encore cette phrase du grand spécialiste allemand de la Rome antique, Théodore Mommsen, qui disait ceci : Israël n’est pas apparu tout seul sur la scène de l’histoire mondiale. Il était accompagné d’un frère jumeau, l’antisémitisme ! Cela se passe de commentaire…

Israël va dans moins d’une heure se recueillir pour rendre hommage aux victimes des différentes guerres qu’il dut mener et gagner contre d’implacables voisins, qui se sont juré de mettre fin à son existence. Dans moins d’une heure, les sirènes vont retentir dans tout le pays, tous les restaurants seront fermés, tous les magasins baisseront leurs rideaux de fer. L’activité cessera dans tout le pays, un pays qui n’oublie jamais ceux qui ont donné leur vie pour lui, pour qu’il vive, que le peuple d’Israël ne soit pas effacé de la surface du globe. Dans la Bible hébraïque déjà, on utilise cette expression hébraïque très littéraire : shé lo ikkahéd shem Israël mi-goy : pour que le nom d’Israël  ne soit pas rayé de la liste des nations..

Comme pour la veille du yom ha_Shoah, les sirènes vont retentir et le pays va communier dans la bravoure et le recueillement avec l’âme des morts au combat. Tous les combats d’Israël. Les radios vont adapter leurs programmes aux circonstances et les télévisions diffuseront des images d’archives et des interviews des soldats rendant hommage à leurs officiers et compagnons d’armes tombés au champ d’honneur. Il y a trois jours, j’ai entendu à la radio une annonce destinée à d’anciens soldats qui ont servi dans une brigade commandée par un gradé mort au champ d’honneur. On leur demandait de se manifester pour organiser en commun une cérémonie du souvenir.

Le peuple juif a une vocation naturelle qui le mène au recueillement, à la méditation et au culte des disparus. Cette journée qui s’annonce puisque les Juifs débutent toujours leurs commémorations la veille au soir va inciter les  citoyens juifs de ce pays à s’interroger sur leur avenir et sur le sens de leur vie. J’ai été, au début, un peu surpris, du caractère légal de ces fermetures de magasins et de restaurants, chose qui n’est pas applicable pour les fêtes religieuses. Dans ces deux cas, la Shoah et le Zikkaron, c’est normal.

En temps normal, le calendrier liturgique nomme le Nouvel An, Rosh ha-Shana, le jour du souvenir, Yom ha-Zikkaron. Comment avoir repris ce terme si important pour cette commémoration ? C’est qu’au Nouvel An, l’Eternel est censé se souvenir de nous et de nous inscrire dans le livre des vivants. Or, voila qu’on nomme ce jour selon les morts.. La contradiction n’est qu’apparente : ceux qui sont morts pour la défense de la patrie vivront éternellement dans le cœur de ceux qui les ont aimés.

Après tout, c’est la définition que donnait Ernest Renan de la résurrection : continuer de vivre éternellement dans le cœur de ceux qui les ont aimés.

Et l’Etat d’Israël aime ses soldats. Il a passé un contrat moral avec ses citoyens, les parents de ces soldats : dans toute la mesure du possible, leur rendre leurs enfants après leur service militaire, en vie.

Malheureusement, il y a des guerres et des morts.

Le caractère paradoxal de l’histoire moderne d’Israël apparaît dans la proximité de ce recueillement et de l’allégresse qui va s’emparer du peuple tout entier demain vers 17 heures, car la fête de l’indépendance, yom ha-Amtsma’out, battra son plein.  Déjà tout le monde pavoise. Toutes les voitures ont accroché à leurs portières de petits drapeaux frappés de l’étoile de David qui flottent au vent. Ce peuple ne laisse jamais le deuil, la tristesse, l’abattement le gagner ou s’installer durablement.

Le jour de la Shoah et aussi appelé jour de la bravoure. Et aujourd’hui le yom ha-Zikkaron est immédiatement suivi de la fête de l’indépendance : mi-yagon le simha u mé évél le yom tov : du deuil à l’allégresse, du deuil, à un jour de fête…

En hébreu, on a trouvé un bel exemple qui symbolise ce changement du tout, grâce à une simple métathèse : mé-éfér la-péér : on passe des cendres à la gloire.

Il faut prier pour que ce peuple qui a tant souffert puisse enfin goûter la douceur d’une paisible existence. J’aime bien cette chanson que tout le monde chante ici et dont j’extrais deux phrases :

Mi shé maamin lo méfahéd et ha émouna le’abbéd… Am Israël, lo yewatter : Celui qui a la foi chevillée au corps ne craint pas de la perdre… Le peuple d’Israël jamais ne renoncera.

Longue vie à Israël 

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20/04/2015

Les commentaires de l'intervention télévisée du président de la république française

 

L’intervention du président François Hollande, vue par les commentateurs

Je n’ai pas pu voir l’interview du président français car je n’ai pu avoir la chaîne Canal+ à l’étranger où je me trouve. Mais dès hier soir, j’ai voir la totalité des chaînes françaises avec les commentaires. C’est assez unanime : les journalistes trouvent que le président n’a pas convaincu son auditoire, que les gens qui votaient pour le PS lui ont tourné le dos, qu’ils l’accablent de reproches, etc…

Mais ce qui m’a frappé, c’est la virulence des commentaires, et pas forcément provenant de journalistes opposés au gouvernement actuel. En gros, que disent ces commentateurs ? Ils disent que François Hollande est venu expliquer qu’il ne pouvait rien faire. Il constate, il indique, mais, ajoutent ils, il n’agit pas car sa marge de manœuvre est limitée pour ne pas dire, nulle.
Est-ce de sa faute ? Non point. Il souligne que les choses vont de mal en pis depuis une bonne dizaine d’années. Et qu’il n’a pas pu redresser la barre, à ce jour. Alors, les commentateurs répliquent : mais pourquoi donc est il venu parler à la télévision puisqu’il n’avait rien à annoncer, sinon qu’il ne pouvait rien faire…

C’est là toute la question. Le président de la république donne l’impression (avec tout le respect) d’attendre, d’espérer, de se dire que les choses finiront par s’arranger, que la croissance repartira de nouveau, que le chômage baissera, etc… Le problème, c’est personne n’y croit.

Or, le président a bien dit qu’il ne se représenterait pas s’il ne parvenait pas à faire baisser ou à stabiliser le chômage… Et visiblement, le compte n’y est pas.

Il existe aussi un autre sujet d’inquiétude pour le président, un sujet qui le touche personnellement : le vote des primaires au PS afin de désigner un candidat aux élections présidentielles. Il est évident, à l’heure actuelle, que ce sera très compliqué pour François Hollande. Va-t-on se déjà au PS où l’actuel Premier secrétaire a dit clairement qu’il y aurait des primaires ?

C’est un imbroglio. La solution serait un gouvernement d’union nationale qui durerait une bonne année et qui se retirerait fin 2016..

La sagesse finira t elle par l’emporter ? L’avenir nous le dira.

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18/04/2015

Le sens de l'indépendance d'Israël

 

Yom ha-‘atsmaout : renaissance politique d’Israël ou rédemption messianique du peuple juif ?

 

C’est le sempiternel débat qui agite les différentes composantes du mouvement sioniste depuis les origines, dans la seconde moitié  du XIXe siècle : doit-on agir et réaliser avec d’humaines mains ce qui doit l’être, ou bien attendre que la divine Providence veuille bien s’en charger ? Le débat est presque politico-religieux : agir, prendre son destin en main, se prendre en charge ou attendre que la divinité veuille bien, au moment par elle seule choisie, agir et tout faire en lieu et place des hommes ? Il y a une lecture théologique de l’histoire dont le moteur n’est autre que la volonté divine, et une approche plus réaliste, donc plus politique.

 

On peut déjà deviner la réponse, même si l’évolution historique a pu nous réserver quelques surprises. Il y eut  des rabbins qui excommunièrent les sionistes politiques, c’est-à-dire des hommes qui avaient compris le fameux conseil d’Hercule : aide toi et le ciel t’aidera. A leurs yeux, ces sionistes politiques étaient des incroyants qui désiraient se substituer à Dieu et porter une main sacrilège sur le plan préétabli depuis les origines. En outre, la nature de cette libération du peuple juif faisait débat : s’agissait il d’une libération purement politique, donc limitée et de faible portée ou d’une authentique rédemption, celle qui était censée accompagner l’harmonie universelle, réconcilier toutes les nations de la terre avec Israël et les faire affluer vers le Mont de Sion d’où émanerait la Tora de Dieu..

 

Dès mercredi soir, ce 22 avril, les citoyens d’Israël et les Juifs du monde entier fêteront cet événement unique dans l’Histoire universelle : la renaissance de l’Etat juif auquel les Romains avaient porté le coup de grâce en l’an 70. Cette date marque le début du funeste destin d’Israël. Dispersés sur toute la surface de la terre, chassés de leur patrie ancestrale, en butte aux sanglantes persécutions infligées, directement ou indirectement par l’église chrétienne, les Juifs semblaient condamnés à la damnation éternelle, celle que les Evangiles avaient proclamée sans appel et qui sonnait ainsi : Juif, tu seras maudit, Juif tu erreras de par le monde.

 

On ne pouvait plus parler de peuple mais de débris épars d’exilés cherchant, la gorge sèche, un lieu où poser enfin leur tête et se soustraire à cette sempiternelle malédiction. Un homme comme le poète Heinrich Heine avait, au cœur même de cette Europe chrétienne et antisémit,e dit à sa manière, ce que représentait le judaïsme aux yeux des gens : ce n’est pas une religion, c’est une maladie (Das Judentum ist keine Religion, es ist eine Krankheit). C’est dire combien les Juifs étaient devenus un objet haïssable aux yeux de leurs congénères. A l’époque même où le mouvement sioniste entamait une marche qui allait s’avérer victorieuse, moins d’un demi siècle plus tard, en 1948 précisément.

 

Au terme d’un parcours chaotique de près de deux millénaires, les Juifs étaient sortis de l’Histoire. Non pas comme le souhaitera plus tard Franz Rosenzweig, volontairement sortis de cette histoire faite de guerres, de conflits et de soubresauts pour anticiper la rédemption et l’éternité, mais exclus, expulsés pour n’être plus qu’un fossile, témoin de la grandeur et de l’hégémonie universelles d’une Eglise triomphante. Les historiens chrétiens refusaient d’aller plus loin que l’an 70. Cette date marquait à leurs yeux la fin de l’histoire juive proprement dite et c’est là que commençait l’histoire du nouvel Israël, celui incarné par l’église chrétienne. C’est ce que fit Ernest Renan par exemple qui suivit avec le brio qu’on lui connaît ses modèles germaniques : L’histoire d’Israël s’arrêtait avec la chute du temple de Jérusalem. Les débris qui végétaient et continuaient de s’appeler Israël n’étaient rien du tout. C’est d’ailleurs le discours que Eugène Rosenstock-Huessy tiendra à Rosenzweig au cours de leur correspondance de l’année 1916 : pourquoi se réclamer du judaïsme, pourquoi rester juif alors que cette religion ne représente plus rien dans notre monde ? On connaît la réponse de Rosenzweig : je n’ai pas besoin d’un médiateur pour être auprès du Père. Je suis déjà dans la maison du Père, c’est lui qui m’a a choisi pour être de son peuple.

 

Et pourtant, alors que tout espoir semblait avoir déserté le camp d’Israël, une poignée de Juifs, la foi chevillée au corps, bravant tous les dangers, se réinstalla sur la terre ancestrale depuis le dernier tiers du XIXe siècle. Cette réinstallation ne doit pas faire oublier les petits établissements juifs autour de villes comme Safed, la cite des kabbalistes, confirmant une présence juive ininterrompue sur cette terre d’Israël. On ne doit pas oublier non plus que la langue hébraïque n’est jamais devenue une langue morte : au moins trois fois par jour, les Juifs pieux récitaient leurs prières dans cette langue, réputée être la langue sacrée et les maîtres de chaque génération continuaient d’échanger des Responsa dans cette même langue.

 

Mais cette même langue fut aussi un foyer de débats plus ou moins passionnés, et notamment entre Franz Rosenzweig et Gershom Scholem : le premier tenait tant au caractère sacré de la langue liturgique, le second en était lui aussi conscient mais optait, en 1927, pour une rénovation et un rajeunissement de cette même langue hébraïque. Partisans et adversaires continuaient de s’opposer à coup d’arguments plus ou moins tranchants.

 

Aujourd’hui, au soixante-septième anniversaire de cet état juif, c’est une infime minorité qui conteste le caractère étatique de cet état et le recours à la langue hébraïque comme médium linguistique de tous les jours.

 

Est-ce la thèse laïque ou simplement sociopolitique qui a prévalu ? Est-ce que l’autre thèse, de nature plus méta-politique, religieuse te sacrée, a été définitivement reléguée à l’arrière-plan ? Ce n’est pas sûr : La rédemption cosmique telle que la concevaient aussi bien les Sages du Talmud que les maîtres de la kabbale, tant juive que chrétienne, est tout autre chose. Elle cherche à instaurer le royaume du ciel sur terre, à figer l’Histoire en une éternité immuable, en une phrase, la fin de l’Histoire. C’est ce que le prophète Isaïe appelle dans ses premiers chapitres, aharit ha-yamim, la fin des jours, ce qui n’est pas la fin du monde, mais le basculement de l’humanité dans le règne de l’éternité. Plus de conflits, de guerres, de contestations, en un mot, plus d’histoire.

 

Nous en sommes encore loin ; il suffit de voir ce qui se passe autour de cet état d’Israël pour s’en rendre compte. Lorsque la nature humaine aura un peu changé, lorsque se réalisera la prédiction de ce même grand prophète du VIIIe siècle avant notre ère, alors les peuples ne brandiront plus l’épée les uns contre les autres, ils feront de leurs armes des socles de charrue et ils délaisseront l’art de la guerre.

 

Au chapitre XXXI de son livre, le prophète Jérémie dresse un tableau poignant de la situation : c’est notre matriarche Rachel dont on entend distinctement les pleurs, elle se lamente amèrement, ses larmes coulent sur ses joues et elle refuse de se laisser consoler. Et que fait le prophète, il lui intime l’ordre de cesser de pleurnicher car, lui dit-il, il existe un espoir pour ta postérité. Et tes fils reviendront dans leur patrie (yesh tikwa le-aharitékh… wé schavou banim liguevoulam) Le prophète a pronocné ces paroles au milieu du Vie siècle…

 

Mais ce peuple qui attend la rédemption (guéoulla) depuis si longtemps, sait attendre. Il  attendra encore un peu, le temps que ses voisins se calment enfin.

 

Cet état d’Israël avec ses administrations et sa puissante armée, c’’est ce que les rabbins qui prirent le train en marche nomment les prémices de notre rédemption (réshit tsemihat guéoullaténou). Mais le train est en marche.

 

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17/04/2015

Les conseils de M. Wolfgang Schäuble à la France

Depuis quelques années, le fossé se creuse entre la France et l'Allemagne. Il y a entre les deux pays une évolution asymétrique. Au lieu de se rapprocher, les deux pays s'éloignent en réalité l'un de l'autre. Il ne s'agit pas de stigmatiser tel pays ou tel autre, mais, si cela se poursuit, des expressions comme le couple ou le moteur franco-allemande n'auront plus qu'une valeur simplement documentaire.

Or, la stabilité et même la survie de l'Euro reposent justement sur rapprochement des performances des deux pays. On n'en prend pas le chemin. Depuis au moins trois ans, le pouvoir en place, dont on souhaite la réussite, n'a pas pris les bonnes mesures afin de ne pas mécontenter son électorat ou tout simplement pour ne froisser son aile gauche.

Il faut absolument sortir de ce dilemme. On dit que François Hollande se prépare à affronter 2017 et qu'l voudrait même contourner l'obligation des primaires au PS. Cela paraît très compliqué, surtout si en face, à l'UMP, Nicolas Sarkozy s'y soumettra...

Peut-être devrait-on  penser plus à la France qu'à telle ou telle candidature. Malheureusement, les hommes pensent d'abord à eux-mêmes avant de s'intéresser à leur pays.

Il faut absolument prendre au sérieux ce que dit Monsieur SchÄuble si l'on veut éviter que la France retombe dans la catégorie des pays d’Europe du sud. Un commentateur avisé de la chose économique notait ce matin les excellents résultats de notre voisins en comparaison de ceux de la France où l'on se concentre sur le nombre de dimanches travaillés ou chômés. Au lieu de se préoccuper du chômage et de la croissance.

Il existe un véritable mal français: s'être habitué à vivre durablement au dessus de ses moyens. Vouloir ciqn semaines de congés payés et une retraite à taux plein, sans rien changer, notamment un code du travail devenu immaitrisable.

Il faut faire quelque chose: limiter les dépenses sociales, freiner l'immigration, maîtriser les déficits de l'assurance chômage et de la sécurité socila.

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16/04/2015

Le jour de la Shoah en Israël

Dès hier soir, on a ressenti les effets de l’événement: aucun restaurant, aucune épicerie, aucun supermarché ouvert. Nous nous retrouvons à Natannya et à Tel Aviv dans des villes mortes, des villes fantômes. En hébreu, 'ir refaim...

Nous avons trouvé refuge dans le resturant japonias du Hilton. Après tous ces délicieux sushis, on fait un tour en voiture dans un Tel Aviv désert, noir, éteint, sans aucune animation. De retour à Netanya, même spectacle:; rien d'ouvert, pas le Burger ni le Mac Do du coin.

Ce matin, à 10 heures, heure locale, une sirène retentit dans le pays tout entier. Du haut de l'immeuble, je scrute la plage à la jumelle. Et que vois je? Même les balayeurs fallashas qui nettoient si bien la plage, sont immobiles, au garde à vous.

La Shoah, véritable événement ftfondateur non point de l'Etat d'Israël mais de l'identité juive contemporaine.

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14/04/2015

A Jérusalem, d'une religion à l'autre

A Jérusalem : d'un culte à l'autre

L’avion d’El  Al venait de toucher le sol avec près d’un quart d’heure d’avance, à la grande joie des passagers mais surtout du pilote. A la sortie, un parfum d’orangers embaumait l’air  qui était encore très doux et caressait nos visages dans la voiture aux vitres largement ouvertes. Nous décidons, en raison de l’heure tardive, de passer par Herzliyya, la banlieue chic de Tel Aviv afin d’y dîner. Nous trouvons une belle table dans un restaurant branché qui était littéralement bondé : c’est que tout Israël célèbre la fête de Pâque qui dure sept jours, séparés par une petite interruption. On est mardi soir et la fête, proprement dite, ne reprend que le jeudi soir, alors les gens sortent en famille. L’ambiance est bonne et je suis assez satisfait.

Au Néguev pour le sabbat

A moins de dix km à vol d’oiseau de Gaza, la cité palestinienne qui conteste l’autorité palestinienne et vit sous la tutelle du Hama, se trouve un village agricole, un mochav nommé Talmé Eliyahou. Nous y passons fréquemment le week end car une sœur y vit depuis près de cinquante ans. La route qui y mène est bonne et nous nous trouvons alors en plein Néguev. C’est un petit monde, un microcosme qui vit en soi et pour soi, pour parler comme Kant. J’y admire la petite synagogue avec les sermons du rabbin local qui me rappellent, la profondeur philosophique en moins, ce que Franz Rosenzweig (1886-1929) découvrait, pour sa plus grande joie, dans la synagogue de Francfort sur le Main, en écoutant les propos si inspirés du rabbin Anton Néhémiah Nobel… On a l’impression d’être coupé du reste du monde, loin de tout, Tel Aviv est à près de 100km, la ville d’importance la plus proche n’est autre que Ashkélon, ou Béer Shéva, l’antique cité où le patriarche Abraham s’était établi.

Le sabbat dans ce mochav correspondant vraiment à sa symbolique dans la mystique : une projection dans l’éternité, une sorte d’anticipation de la Rédemption cosmique…  Le temps est suspendu à la vie du sabbat. Un peu le paradis sur terre. On a l’impression d’être ailleurs. Un dépaysement quasi métaphysique. Le Talmud l’exprime à sa façon : du sabbat se dégage un parfum du monde futur
Et fait exceptionnel, c’était la fin de la fête de Pessah qui s’enclenchait avec le début du sabbat. En clair, on continue de consommer du pain azyme car on n’a pas le temps, matériellement, de disposer autrement et, de ranger la vaisselle de Pessah pour apporter celle des jours normaux…

Les intempéries et le voyage à Jérusalem

J’ignore les explications de la météorologie nationale, mais les intempéries sévissent en Israël en ce  mois d’avril 2015. Il fait froid, il pleut, le ciel est couvert alors que la semaine dernière, il faisait, me dit on, près de 35° à Tel Aviv et à Natanya. Arrivé à Jérusalem sous une pluie battante, chose éminemment inhabituelle en cette saison, nous nous dirigeons immédiatement vers l’église du Saint Sépulcre, avant même d’aller vers le mur occidental du Temple, communément appelé Mur des Lamentations. Nous découvrons sur le parvis une foule immense et il fallut se frayer un chemin vers l’intérieur du bâtiment. Nous sommes dimanche, jour ouvrable en Israël, la semaine pascale vient de s’achever, la fête de Pessah a pris fin hier et les pèlerins orthodoxes sont très nombreux.

Mais une attention est attirée par des femmes accroupies sur une pierre en dessous de laquelle coule une eau claire. Les femmes et leurs enfants trempent des étoffes ou des mouchoirs dans cette eau translucide et s’en tamponnent le visage avec une étonnante ferveur. Danielle me rappelle que cette pierre, objet de toutes les dévotions, est celle sur laquelle eut lieu la toilette mortuaire de Jésus avant la mise au tombeau. Je contemple alors les visages qui m’entourent, tous les présents sont de religion orthodoxe et les popes ainsi que les religieuses orthodoxes, tous de noir vêtus, présentent des visages empreints de gravité. Mais quelle ferveur religieuse ! En quelques minutes, j’ai appris sur le christianisme et sur les différents cultes de cette grande religion bien plus de choses que je n’en avais glanées dans tous les livres lus sur la question. Et Dieu sait que j’en ai lu quelques uns. Alors que la messe  à l’intérieur de l’église du Saint Sépulcre touche à sa fin, j’entends soudain une clameur en langue grecque : Le Christ est ressuscité ! répété à maintes reprises. Je n’avais encore jamais vécu cela. Soudain, les popes se frayent un chemin pour permettre à la procession de fendre les rangs des pèlerins ; ils forment un cercle autour du plus vieux d’entre eux, un vieillard à la barbe blanche et dont le regard renvoie un tel éclat de ferveur…

Je pense alors à la tradition philosophique de l’idéalisme allemand qui réduisait le sentiment religieux à une simple étape de l’intellect humain sur la voie de l’élucidation du monde et de la destination de l’homme. Ce vieux pope n’en croirait pas un seul mot. Plongé dans mes réflexions, je découvre un magnifique visage de femme, à la chevelure d’une blondeur de blé, avec de magnifiques yeux bleus, entourée de popes vêtus de leur surplis noir.. J’ai l’impression d’être devant une œuvre d’un peintre du XVIIIe siècle : mais que vient faire cette superbe femme au visage si beau parmi ces popes à la mine grave et songeuse ? Je pense alors au statut que les religions monothéistes imposent aux femmes, incarnation de la tentation et du désir.. Mais voila cette femme, en ce moment précis, oublie sa beauté sensuelle et vient chercher ici même, en cette église si importante pour le christianisme, un peu de sacré et un peu d’éternité. Les femmes sont elles aussi capables de grande ferveur, toutes les religieuses orthodoxes autour de nous le prouvent.

Une autre femme me bouscule soudain, j’ai tout juste le temps de me retourner qu’elle s’est déjà précipitée pour baiser la main du vénérable pope qui est littéralement pris d’assaut par les fidèles. On s’incline devant lui, on pose respectueusement la main sur son couvre-chef, mais lui-même reste impassible. De marbre.

La procession a rejoint le parvis, l’église se vide, les fidèles sont dehors malgré une pluie battante : la foi transcende les caprices de la météorologie : que sont quelques gouttes de pluie en comparaison de cette jonction avec le sacré et l’éternité ?

Nous nous dirigeons vers les échoppes de ce quartier chrétien de la vieille où tout le monde parle russe ou grec. Un pope sans âge dévore à belles dents un sandwich dans un coin, à l’abri de la pluie. Laura B. qui est chrétienne s’arrête devant une échoppe  intitule Native bazar. Son propriétaire nous parle en français, je lui réponds en arabe. Il a fait ses études chez les Pères ! Je trouve qu’on ne rend pas assez hommage à ces Frères blancs qui ont porté la civilisation et la langue française (sans omettre leur propre religion, tout de même) aux quatre coins du monde. L. lui achète quelques babioles, il me présente son petit-fils en arabe. Et dans le magasin voisin, il me présente son père, un homme au corps massif assis sur une sorte de fauteuil, au milieu du magasin. . Mais durant tout ce temps, la pluie ne s’est pas arrêtée, nous trouvons refuge sous les stores du magasin voisin, celui d’un Palestinien qui nous dit d’entrer pour nous abriter. Tout à coup, la grêle se met à tomber et voici que l’homme monte sur une chaise, enlève sa casquette et hurle en arabe sa gratitude au Dieu du ciel qui nous envoie son eau bienfaisante et dispensatrice de vie. Durant quelques secondes, je me demande : où je suis ? Suis-je vraiment dans la ville où notre Dieu nous a installés depuis des millénaires ? Suis-je dans la cité du roi David, conquise sur les Jébuséens d’après le livre de Samuel, il y a plus de trois mille ans ? Mais où suis-je donc ?

Nous entrons dans le café voisin pour boire un café turc. C.L. refuse de nous accompagner et L se joint à elle. Da entre avec moi dans cette minuscule pièce où des touristes du monde entier commandent toutes sortes de chawarma. Une sorte de Mac Do du coin. Mais pas de viande de porc, au moins un point commun entre les Juifs et les Arabes…

Plongé dans mes pensées, je mets le cap sur le Mur des Lamentations, non loin d’ici. Nous passons les contrôles et je me dirige vers la partie où se trouvent les hommes en prières tandis que mes accompagnatrices vont dans la partie réservée aux dames.

J’éprouve un étrange sentiment car ce que j’ai vécu deux heures plu tôt dans le temple de l’orthodoxie grecque et russe m’a imprégné. J’ai vraiment été ébloui par cette ferveur religieuse d’une communauté autre que la mienne. Il est encore temps de réciter la prière de l’après-midi, celle qui correspondait au sacrifice avant le crépuscule, du temps où le temple était encore debout. Je la connais par cœur et il pleut, donc pas le moindre livre de prière à portée de main. Pendant que je priais, deux hommes d’âge moyen, kippa sur la tête, viennent d’arriver. Ils sont juifs mais ont le même type humain que les Russes de l’église du Saint Sépulcre. Ils ont vraiment des têtes de moujik, un type humain comparable, mais sur le mode masculin, à la beauté de la belle femme russe de tout à l’heure.

L’un des deux pose avec respect la main sur une pierre du mur. Ensuite, il s’en rapproche et pose ses lèvres sur la même pierre. Son voisin va plus loin, il glisse un billet entre les pierres, comme tous les pèlerins. Et moi, je m’aperçois soudain que je n’ai même pas posé la main sur le mur… Ai-je à ce point, spiritualisé mon sentiment religieux, alors que mes voisins et coreligionnaires l’ont conservé intact ?

En allant rejoindre ma famille, une comparaison s’impose à moi : cette vénération de la pierre là-bas et ici : la pierre sur laquelle le Christ a reçu la toilette funéraire avant la mise au tombeau, d’une part, et cet immense mur, dernier vestige du temple du peuple juif ? Deux pierres mais une seule vénération. Deux pierres, comme si elles étaient les conservatrices de la mémoire d’événement inoubliés et inoubliables pour les deux croyances, issues d’un même giron mais devenues ennemis irréconciliables au fil des siècles.

Comment finir ? Comment faire une synthèse ? Comment se résumer ? Les références se bousculent dans mon esprit : dois je citer un passage de ma tradition religieuse qui met en garde les hommes si les pierres, témoins muettes de leurs innombrables méfaits, se mettaient à témoigner contre eux ? Dois je citer le beau vers du poètes (objets inanimés, avez  vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?) Ou bien le vers d’un contemporain du précédent, mais plus sombres, Charles Baudelaire : Le cœur des villes change plus vite que le cœur des hommes…

Non, au fond, devant ces insurmontables différences entre les cultes que je viens de vivre, je préfère deux citations,, celle du vieux prophète hébreu qui parle de substituer à notre cœur de pierre un cœur de chair, et surtout Franz Rosenzweig, le représentant d’une théologie philosophante, qui disait dans son Nouveau Penser que la Vérité est entre les mains de Dieu.

Et de lui seul.



 

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