24/08/2014

Chronique d'Israël 4

Chronique d'Israël 4


 

Chronique d’Israël (4)

Il est toujours très instructif d’entendre ce que disent les gens entre eux, quand ils se baignent en mer, quand ils bronzent sur la plage et surtout quand ils dînent entre amis au restaurant. Vous avez droit à la vox populi, sans déformation journalistique ni infléchissement idéologique d’aucune sorte : c’est la matière brute, ce que les statisticiens nomment l’opinion publique. Certes, il faut laisser décanter, y regarder à deux fois avant de conclure, mais quand les mêmes choses reviennent, vous pouvez considérer que la cause est entendue.

Le matin, ici, ce sont les personnes âgées qui se baignent car il y a alors peu de monde dans l’eau et surtout les rayons du soleil sont supportables : je puis vous assurer que de 13 heures à 17 heures, c’est une véritable fournaise et rares sont ceux qui peuvent s’exposer, même si certaines femmes, désireuses de faire un bronzage intégral courent des risques dont elles pourraient payer les conséquences dans une quinzaine ou une vingtaine d’années.

Un premier élément s’impose à moi après avoir constaté que les hommes sont tous des septuagénaires et les dames sont bien au-dessus de la fameuse ménagère de près de cinquante ans. C’est nettement plus. Mais ce qui m’a frappé, c’est que tout le monde parle russe, exceptés quelques israéliens nés sur place qui échangent entre eux en hébreu. Pour moi, c’est l’idéal. Et comme ici les gens ne parlent pas comme à Genève ou à Paris mais crient et vocifèrent, je peux tout tout entendre, tout en me tenant à une distance respectueuse.

J’espionne un peu, mais c’est pour la bonne cause. Mes deux messieurs disent que nul n’imposera sa loi à Israël, ni l’Union Européenne ni même les USA d’Obama. Ce dernier président US n’a vraiment pas la côte ici, certains allant jusqu’à expliciter son hostilité par ses origines… La vox populi ne tient pas compte de la raison d’Etat ni des alliances stratégiques indéplaçables : qu’Obama aime ou n’aime pas Netanyahou ni Israël, l’Etat juif est le seul allié US fiable de la région..

Parti me sécher sur un transat, j’entends deux touristes français qui échangent entre eux sur la situation dans le sud. L’un des deux est comme moi : il a de la famille proche sur place. Il est d’avis de relancer une incursion terrestre, de tout nettoyer ( ce sont ses propres termes). Il pense qu’il faut réoccuper toute la zone de Gaza, s’en prendre à la direction politico-militaire du Hamas et provoquer un changement de régime.

Selon les informations diffusées à la télévision, le gouvernement d’Israël opte pour une mise en avant du président de l’autorité palestinienne, lequel prendrait alors la tête de la zone le long du littoral. Le siège de Gaza serait alors allégé, la zone de pêche élargie et les conditions de vie des Gazaouis considérablement améliorées.. C’est un bon plan, mais le Hamas laissera t il faire ? En fait, tant l’Egypte que Mahmoud Abbas ainsi qu’Israël, sans oublier les Etats arabes dits modérés, souhaitent sa réussite mais comptent sur Israël pour le réaliser. La question qui se pose est alors la suivante : Israël le veut il vraiment ?

Un autre sujet préoccupe hautement l’opinion publique aujourd’hui : l’enterrement du jeune  Daniel Tragermann, mort vendredi atteint par les éclats d’un obus de mortier. Le président de l’Etat a assisté à l’enterrement de ce petit garçon de quatre ans. Le public israélien est largement affecté par cette disparation tragique et le Premier Ministre a promis de faire payer très cher ce qu’il considère comme un crime abject. Il y a fort à parier que la guerre, car c’es est une, franchira un nouveau palier et que les assassinats ciblés vont se poursuivre. Plusieurs ministres s’en sont pris avec véhémence à leur chef critiquant sa relative mansuétude à l’égard de chefs qui vivent sous terre tout en exposant la population à des actes de représailles.

Le Premier Ministre a réagi en promettant que l’opération était loin d’être achevée et que même la rentrée des classes n’ y changerait rien.

Comment reprendre le fil, même ténu, des négociations dans de telles conditions ? Le pire est à craindre et il est très probable que Tsahal reprenne les hostilités à un degré encore inouï.

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