06/02/2014

L'avènement messianique d'après Isaïe XI

Conférence du 6 février 2014 à 19 heures

                      Mairie du XVIe arrondissement de Paris

                              A 19 heures, Salle des mariages

 

L’AVÈNEMENT MESSIANIQUE SELON LE CHAPITRE XI DU LIVRE D’ISAÏE

Le messianisme est une question très complexe où se mêlent les éléments les plus disparates et les opinions les plus contradictoires. Certains passages traditionnels s’adressent aux adeptes de la religion populaire, comme par exemple lorsqu’il s’agit de la vie dans l’au-delà= les plus terre à terre s’imaginent une résurrection des corps alors que d’autres, plus fins et mieux avertis, optent pour une thèse plus immatérielle, l’immortalité de l’âme.

Mises bout à bout les différentes références scripturaires à la problématique messianique sont assez considérables, en dépit de la polysémie du terme hébraïque MASHIYAH (i.e. l’oint, celui qui a reçu une onction) qui s’applique parfois à un roi, un prêtre membre de la caste sacerdotale ou à un individu peu précisément défini..

On se concentrera ici sur le chapitre d’Isaïe, qui envisage le plus largement possible l’avènement messianique, même si le terme lui-même de MASHIYAH n’y connaît aucune occurrence.

Il ne s’agit pas ici, d’isoler ce chapitre XI d’Isaïe des autres passages à vocation messianique, même si certains sont d’avis que l’idée messianique n’est pas biblique mais post biblique et que les éléments qui parlent de justice sociale, de paix et d’harmonie universelles n’évoquent que l’eschatologie, comme si cette notion de dernier terme, de fin de l’Histoire était hermétiquement séparée du sens du terme messianique. Et après tout, même une eschatologie, notamment biblique, peut très bien avoir des accents messianiques.


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Cela posé, il faut définir le cadre de cette étude : avant de procéder à l’analyse minutieuse de ce chapitre XI lui-même, jetons un coup d’œil sur le chapitre qui le précède immédiatement : le prophète Isaïe y stigmatise l’attaque assyrienne contre le royaume du nord, celui d’Israël en 702/701. Cette attaque, suivie d’une cuisante défaite, fut ressentie par le prophète comme une véritable  catastrophe nationale. On le sent partagé entre deus sentiments : la conscience que c’est Israël lui-même qui a attiré sur lieu l’ire divine allant jusqu’à l’écrasement d’un royaume, celui du nord, et la conviction que l’ennemi assyrien n’est jamais que l’instrument de la punition divine, ce qui signifie que lorsque la miséricorde de Dieu reprendra le dessus, l’agresseur devra rendre des comptes. Isaïe use de métaphores très suggestives : est ce que la hache peut s’enorgueillir d’accomplir ce que celui qui la brandit lui commande de faire ? Est ce que la scie fait autre chose qu’obéir à celui qui la meut ? C’est bien cela, l’agresseur assyrien n’est que l’instrument de l’ire divine. On retrouvera la même idée bien plus tard dans la littérature apocalyptique, II Baruch 4 ;3 :  Et tu verras de tes propres yeux que ce ne sont pas les ennemis qui ruineront Sion, qu’ils ne brûleront pas Jérusalem, mais qu’ils seront les ministres du Juge pour un temps… Les persécuteurs sont chargés par D- de faire payer à Israël ses péchés. L’Assyrien croit agir de sa propre volonté, en fait il est la hache que D- brandit contre son peuple. Et les derniers versets de ce chapitre X ; 33-34) laissent augurer un changement de situation puisque les arrogants, les altiers seront rabaissés.

Le chapitre Xi change entièrement de contexte puisqu’il ouvre une page nouvelle dans l’histoire d’Israël : c’est l’avènement d’une ère nouvelle, dominée par un rejeton de Jessé, l’ancêtre du roi David. Les métaphores sont empruntées au monde agraire : un rameau, un rejeton, des racines… Immédiatement après, on décrit cet être, ce monarque puisqu’il est issu de la dynastie davidique, comme étant le réceptacle de l’esprit de Dieu (le mot Ru’ah connaît dans ce verset  2 quatre occurrences) : il se trouve investi  par la sagesse et le discernement, il est avisé et vaillant, et pour couronner le tout il est empli de la crainte du Seigneur. Cet être que l’on n’appelle pas le Messie (Masshiyah) est aussi présenté comme un juge qui rend la justice dans l’équité et ne fie pas aux apparences, ce qui le rapproche de D- en personne puisque de Dieu aussi il est dit qu’il connaît le fond de l’homme et ne se contente de ce que l’œil observe. Nous avons donc affaire à un monarque-juge. Il rend la justice et dit le droit.

Une telle mission ne peut être ainsi mise en exergue que si l’on sort d’une période de non droit et d’injustice absolue. Ceci était déjà amorcé par le chapitre verset 5 du chapitre IX de ce même livre d’Isaïe et là on parle nommément de David, et donc du roi, donc du Roi-Messie(ha-Mélékh ha-Mashiyah), même si l’expression n’est pas utilisée expressis verbis. La vie sociale sera marquée du sceau de l’équité et les méchants, les malveillants, les malfaiteurs, seront neutralisés par ce roi. Justice prodigieuse puisque seul le souffle de ses lèvres suffira pour rendre la mal et ses auteurs inoffensifs.

Par quoi se caractérise l’époque messianique sinon par la justice universelle, ou la paix universelle pour parler comme Kant ? Si la justice règne en maîtresse absolue et si ses ennemis sont neutralisés, ne peut-on pas dire que c’est bien la concrétisation de l’idéal messianique ? Certes, reste le mot lui-même, la désignation précise de celui qui est oint (mashiyah). Mais l’être qui incarne toutes ses qualités divines peut-il être autre chose qu’un monarque, d’autant qu’il est rattaché clairement à la lignée davidique ?

Après avoir parlé des qualités intrinsèques de cet être, le prophète décrit l’état du monde après son avènement. : il puise ses métaphores dans le monde animal, celui de la brutalité et de vie instinctive la plus sauvage, et même ce monde sera touché par la grâce et l’équité de ce descendant de la lignée davidique : le monde animal divisé entre prédateurs et en proies, en carnivores et en herbivores n’obéira plus à ses lois. Le loup, l’agneau, la panthère, le chevreau, l’aspic et le petit enfant cohabiteront en paix, même le lion se nourrira d’herbe aux côtés du bœuf. Bref, un monde transfiguré par le Verbe divin incarné par prince de justice…

Le verset 9 revient vers le réel, mais un réel transfiguré puisque la montagne sacrée, Sion, ne connaîtra plus jamais de destruction ni de mal car la science de D- se sera étendue à la terre entière comme l’eau couvre la surface des océans. Ici, on perçoit l’arrière-plan national de cette prophétie : est ce que la barbarie et la cruauté de la soldatesque assyrienne a été assimilée aux animaux sauvages qui fondent sur leurs proies ? C’est ce que laisse penser la successivité des versets.

Mais l’aspect national de cette délivrance s’ouvre à une dimension plus universelle puisque toutes les nations inscriront sur leur étendard le nom de ce rejeton de Jessé, ce qui signifie que la délivrance ne sera pas cantonnée au peuple d’Israël mais à l’ensemble des nations. Ici commence le regroupement, le rassemblement des exilés et des captifs que D- ramènera vers lui des quatre extrémités de la terre : là on ne discerne plus très bien une séparation entre l’action de D- lui-même et la personnalité de celui qui incarne son pouvoir sur terre.

L’identité des ennemis d’Israël est restée la même, ce sont les mêmes peuples que David a combattus sa vie durant : Edom, les philistins,, Ammon et Moab. Les quatre puissances voisines que David a dû ramener à la raison durant tout son règne. En parlant de ces ennemis «héréditaires», le prophète recentre son propos autour de la dynastie davidique. Pour illustrer le retour des captifs déportés en Assyrie, Isaïe n’hésite pas à recourir à l’archétype de tous les miracles, celui a accompagné Israël depuis le jour de sa naissance, lors de la sortie d’Egypte : Dieu assèche la mer afin son peuple la traverse à sec. Isaïe : … et il y aura une chaussée pour le reste de son peuple ( ch. XI, 16).

 

Article sur l’internet, avec lequel je ne suis pas d’accord mais que je résume ici par honnêteté intellectuelle. Le résume des études regroupées par Charles Butterwort in The Messiah, Princeton, 1992. : ce n’est pas le messianisme qui figure dans la Bible mais un simple espoir d’une vie meilleure. L’idée messianique serait reliée à des circonstances historiques précises, à une époque où des rois illégitimes (Hérode par exemple) avaient accaparé le pouvoir et accablé le peuple. Cette idée messianique s’est développée du temps de l’occupation romaine, vers le Ier siècle. C’est après la destruction du temple que cette croyance serait devenue une vraie croyance, comme le montrent les Apocalypses juives (II Baruch et IV Esdras). De là cette nouvelle croyance s’est frayée un chemin jusqu’à nous. C’est la thèse de l’article de H.L.

Esdras IV :  ch. V ; 6 : Alors régnera celui que n’attendent pas les habitants de la terre et les oiseaux émigreront .

Depuis quand le Messie est –il attendu ? Depuis que le judaïsme rabbinique, à la suite des grands prophètes (Isaïe) espèrent la venue de la rédemption. Mais il est vrai que nous sommes confrontés à la paucité de détails sur la personne du Messie, c’est  son époque, son règne qui est abondamment décrit. Et puis il y a cette notion de fin des jours, de fin des temps, qui apparaît déjà dans Isaïe et que les Apocalypses juives (IV Esdras et II Baruch ont repris.

HL se demande comment on a pu faire reposer la venue du Messie sur la Bible ? Mais parce que la Bible en parle. En fait, elle résume les résultats d’un texte édité par Charles Butterworth, d’où il ressort que le Messie ne se trouve pas dans l’ancien Testament.. Pourtant, le mot Masshiyah connaît 39 occurrences dans la Bible hébraïque, une quinzaine dans les livres de Samuel puisqu’il accompagne l’introduction de l’institution royale ; le roi est un oint, l’oint du Seigneur, donc, à la fois un roi et un sauveur : ceci est affirmé formellement de Saül qui est élu roi par acclamations de ses troupes. Isaïe 45 ;1 parle d’un oint, d’un roi étranger. C’est un sauveur puisqu’il permet le retour des exilés et ordonné la libération des captifs..
Dans le Lévitique 4 ;3, 5, 16 et 6 ;15 le mashiyah c’est l grand prêtre. Qui officie pour les sacrifices d’expiation. Mais il est évident que le contexte n’est pas le même ; ici il ne s’agit pas encore de salut, mais d’expiation des fautes par l’intermédiaire du culte sacrificiel. On parle aussi de l’onction des prêtres en Exode 28 et Exode 29.

C’est dans les Psaumes que l’espérance messianique est la plus forte (Ps. 2.2 (Pour Dieu et pour son Messie, c’est à dire son roi) ; 18.51 ; 20.7 ; 105.15). Il serait inexact de dire qu’aucune de ces occurrences ne préfigure la venue d’un sauveur, d’un roi, d’un envoyé de Dieu. De fait, que plaçons nous derrière la venue du Messie et l »idée même de messianisme ? De cette définition dépend la réponse à ce que trouvons dans la Bible en matière de Messie. Certes, dans le pentateuque, et donc dans le Lévitique, le pontife messie ( ha-cohen ha mashiyah) est une sorte de membre de la caste sacerdotale qui supervise le culte sacrificiel. Il n’a aucune connotation salvifique de portée nationale ou universelle.

Je ne suis pas d’accord avec l’interprétation donnée d’Isaïe 2 ;4 qui vit dans l’expression hébraïque aharit ha yamim, la suite d es temps. Il faut lire la fin des temps et donc la fin de l’Histoire. Une sorte d’apogée de l’histoire humaine, là où le temps se fige en éternité. Le passage d’Isaïe cité est symptomatique, et le fait qu’on n’y cite pas de Messie en chair en os n’y change rien. Certes, toute ce qui tourne autour du Messie et du messianisme est hautement complexe. On ne sait pas au juste à quoi toutes ces expressions font allusion, mais on ne saurait dire qu’il s’agit d’une eschatologie, d’ailleurs quel serai le terme pour cela. A moins de vouloir y lire le signe dans l’expression aharit ha yamim, une sorte de dernier terme.

Pourtant un verset des prophètes (Zacharie 6 ; 12) parle d’un germe Tsémah qui, une fois   éclos, le terme est repris dans les dix huit bénédictions (et tsémah David avdékha méghéra tsamiyah) dans un sens exclusivement messianique : ce Tsémah est couronné et est appelé à construire le palais de Dieu…  (we hu yvné et hélkhal ha-Shem.)

L’exégèse chrétienne a elle aussi repris ces interprétations juives et notamment le chapitre d’Isaïe (7 :14) qui parle d’Emmanuel et de la femme (ou de la vierge) qui donne naissance à un enfant… Ne pas oublier Isaïe 9 ;5 qui sera le prince de paix (Sar shalom) L’exégèse chrétienne s’en tire encore mieux avec le verset de Zacharie 9 ;9 juste et victorieux, humble et monté sur un âne, que l’on apparente à l’entrée de Jésus à Jérusalem.

Mais il est inexact de dire que juifs et chrétiens lisent dans le texte biblique ce que leurs exégèses traditionnelles ont développé au cours des siècles. Il est indéniable, aussi, que l’argument massue de cette thèse qui nie la présence de l’idée messianique dans toutes les références scripturaires, est l’absence de toute mention spécifique du terme Messie en tant que tel. Cela ne suffit pas car toutes les caractéristiques du personnage messianique se trouvent justement dans les textes cités. Sans même oublier que ce terme connaît aussi des occurrences qui élargissent de manière assez inexplicable son champ sémantique.

Le texte de la Vie de Jésus (Paris, 1860, p 15) allégué par l’article qui résume les idées du livre édité par Charles Butterworth ne milite pas contre l’idée principale, à savoir que la Bible contient bien de multiples références à l’idée messianique que le livre de Daniel, exemple classique de toute apocalypse juive a contribué à faire connaître et à enraciner dans la mémoire et la foi judéennes.

Selon ce texte, c’est dans un pseudo Psaume de Salomon que l’on trouve une référence plus claire à l’avènement messianique, à la fin du règne d’Hérode (_40-4) où l’on implore Dieu d moissonner les usurpateurs de la dynastie hasmonéenne et de rétablir enfant l’authentique dynastique davidique à laquelle le prophète Nathan avait promis un règne pérenne.. Or, le peuple constatait dans vie quotidienne, tout le contraire. Selon les auteurs de ce recueil The Messiah, c’est seulement à partir de ce moment là que l’on se met à espérer un Messie, issue de la lignée davidique.

Ce n’est pas irréfragable. Elle dit une chose et son contraire :

30L’attente eschatologique n’est pas nécessairement messianique. La confusion qui règne souvent dans les esprits à ce sujet tient à ce qu’on établit trop souvent une équivalence entre les deux termes. Or, il a existé une eschatologie sans Messie. En revanche, il est vrai, on ne saurait concevoir un Messie sans espérance eschatologique.

On voit bien que les mots eschatologie et messianisme sont parfois interchangeables mais que contrairement à ce que certains spécialistes de qualité, je le reconnais, peuvent penser, l’idée de messianisme est bien présente dans la Bible, elle ne dérive certes pas d’une révélation à l’état pur et abstrait mais résulte bien de circonstances historiques précieuses. Ce fut déjà le cas avec le prophète Isaïe au VIIIe siècle : n’était les dévastations de l’assaut assyrien sur le royaume du nord, celui d’Israël, aurions nous eu à lire le contenu de son chapitre IX ? C’est peu probable..

Il reste quelques notions supplémentaires à mentionner : qu’attend on du Messie ? Et en quoi l’ère messianique se différencie t elle de la vie que nous voyons dans ce monde de misère qui est le nôtre ?

Il est indéniable que les idées messianiques se confondent plus ou moins totalement avec une rédemption, non point dans l’autre monde, mais hic et nunc. Une sorte de paradis sur terre, ou un royaume du ciel qui prend possession de notre monde pour le transformer de fond en comble. Cette vision apocalyptique est devenue l’apanage presque exclusif des masses populaires et des adeptes de la religion du même. A l’autre bout du spectre nous trouvons la froide démarche intellectuelle d’un Maimonide, sommet de l’intellectualisme juif qui réduit de manière drastique les espérances du peuple : entre notre monde et celui du Messie, la seule différence qui existera sera marquée par la disparition de l’oppression des puissances hégémoniques (shi’boud malkhouyot).

L’avènement messianique se voit créditée de l’instauration d’un nouvel ordre universel, fondé sur le justice, le droit et la bonté des hommes. Mais cela tarde à venir et l’histoire juive est jalonnée d’espoirs messianiques déçus quand ils ne furent pas purement et simplement noyés dans le sang. Depuis Bar Kochba jusqu’à Sabbataï Zewi, en passant par tous les candidats mineurs à la fonction ou à la vocation messianique, le peuple d’Israël a été échaudé. Et pourquoi il continue de croire et d’espérer, au point que son messianisme purement religieux s’est doté d’un pyramidion d’essence plus politique. Mais le plus paradoxal est que cette réalisation politique s’appuie fortement sur un socle religieux.

Au fond, on peut dire que le fruit le plus doux du messianisme, si on laisse de côté, tous ses autres effets dévastateurs, est d’avoir enraciné l’espérance dans le cœur d’Israël, et dans une moindre mesure dans l’humanité tout entière. Au fond,, même si l’on tient compte de Jésus, et le christianisme doit le faire, on se rend compte de l’aspect atemporel de cette doctrine qui doit beaucoup aux vicissitudes politiques qui traversent la longue histoire d’Israël.

Sans le messianisme, Israël n’a pas d’histoire mais plutôt une martyrologie. Le messianisme est le rêve éveille du peuple juif. La clé de sa survie.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

 

 

 

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