08/01/2014

Et si Dieudonné se rétractait, se repentait et changeait ne devrait on pas lui pardonner?

Et si Dieudonné se rétractait, se repentait et changeait, ne devrions nous pas lui pardonner ?

 

Evidemment, je vais passer pour un aimable rêveur ou pour un philosophe utopiste, ce dernier adjectif pris dans son sens le plus péjoratif , comme quelqu’un qui veut échapper à la loi d’airain de la réalité. Et c’est même pire dans le cas d’un germaniste, censé ne jamais ignorer das Realitätsprinzip, le principe de réalité ? Je ne vous cacherai pas que dans cette sinistre affaire Dieudonné, quelque chose m’inquiète.

Mais soyons clairs et sans ambiguïté aucune : comme l’a dit la ministre de la culture, cet homme s’est égaré, il a depuis bien longtemps quitté le territoire de l’amuseur publique, du satiriste ou du caricaturiste pour s’engager, de sa pleine volonté, dans l’espace boueux et marécageux de l’antisémitisme le plus abject. Je ne voudrais pas faire de la publicité à ce que l’on doit combattre : donc, je ne citerai pas ici les phrases de Dieudonné, rapportées sur LCI, par un maire qui s’en est servi pour justifier l’interdiction du «spectacle» de cet homme dans sa ville… Quand j’ai entendu cela, j’ai frémi et je me suis renseigné auprès de mes amis de la rédaction qui m’ont dit que cet homme  avait dit, au cours de ses «spectacles», des choses bien plus insoutenables……

Depuis quelques jours, la France entière ne parle que de cela : depuis les plus hautes autorités de l’Etat jusqu’aux journalistes les mieux connus, tous le répètent à l’envi, même ceux qui estiment que la circulaire de Monsieur Valls n’est pas inattaquable, pensent tout de même qu’on peut réduire cet homme au silence par des voies judicaires plus probantes. Quelques  amis, travaillant au Conseil d’Etat, ses contentent, par respect pour leur obligation de réserve et des règles du droit, d’émettre quelques doutes sur le caractère réellement inattaquable de la circulaire ministérielle… Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus.

Je ne veux pas que cet homme fasse figure de victime expiatoire, qu’il apparaisse, aux yeux de quelques uns, comme un homme traqué dont on nie la liberté d’expression, un contribuable qui va bientôt voir s’abattre sur lui les limiers du ministère des fiances.. On entend  déjà dire que le fisc l’accuse de blanchiment d’argent, que des mouvements suspects de fonds en direction du Cameroun ont été détectés, qu’il doit au trésor public des sommes considérables, que son «théâtre» ne veut plus renouveler son bail, bref cet homme, par sa propre faute et son aveuglement antisémite, court à sa perte à une vitesse supersonique. L’horizon semble totalement bouché pour lui, sans le moindre espace de ciel bleu.. Pourtant, il ne tient qu’à lui de se régénérer.

Cet homme doit retrouver l’usage de son libre arbitre, il doit faire son examen de conscience et ne pas choisir ce que le Psalmiste nomme une «terre de désolation» (Eréts guezéra) où règne la culture de la mort et du nihilisme. Pourquoi  ai je recours à la Bible hébraïque ? Eh bien, tout simplement parce que cet homme qui s’est si gravement fourvoyé porte (sans le savoir) un nom d’origine hébraïque qui correspond aussi au prénom français littéralement Natanaël : Dieu a donné !!

Tout le monde peut se tromper, tout le monde peut se fourvoyer mais les portes du repentir sont largement ouvertes. Qu’il se repente donc et les choses iront mieux pour lui. Qu’il fasse teshuva, qu’il se détourne de son chemin vicieux et s’en tienne à ce qu’il fut jadis avant que l’esprit du mal et de la perversité ne s’emparent de lui.

Mais pourquoi donc trouve t il un malin plaisir à tourner en dérision la Shoah ? Pourquoi donc flatte t il les bas instincts d’un public minable et désorienté qui se dit prêt à tout, juste pour rire sottement de tout et de n’importe quoi ?

J’ignore la dénomination religieuse de Dieudonné et au fond elle ne m’intéresse pas, il est libre de croire ou de ne pas croire. Mais j’aimerais lui suggérer une lecture attentive du chapitre 18 d’Ezéchiel dans la traduction de la Pléiade. On y expose les fondements de l’individualisme religieux, c’est-à-dire en termes plus clairs, que personne ne paie pour les péchés de son père ou de son fils, seule l’âme pécheresse comparaîtra pour être jugée. Mais ce n’est pas sur ce point que je veux attirer l’attention, c’est sur la merveilleuse phrase que le prophète Ezéchiel met dans la bouche de Dieu: je ne recherche pas la mort du pécheur mais je souhaite qu’il abandonne ses mauvaises voies et qu’il VIVE !

En fait, si Dieudonné  ne veut pas démentir son propre prénom, et s’il veut vraiment se montrer digne du prénom que ses parents lui ont donné, il doit changer, se rétracter, se repentir. Il retrouvera alors le sentier de la vie (orah hayyim) dont parle livre des Proverbes lequel ajoute : le sentier de la vie, POUR L’HOMME INTELLIGENT.

Il doit faire preuve d’humilité mais aussi et surtout d’intelligence. Cette dimension lui a cruellement manqué depuis quelques années.

Qu’il cesse de se fourvoyer et après tout, il lui sera pardonné. Une vieille tradition situe l’existence de la miséricorde et du pardon aux fondements de l’univers. Le monde ne pourrait pas subsister s’il était soumis exclusivement à la rigueur implacable du jugement. Il faut aussi une grâce dispensatrice de bienfaits.

Encore faut il que ce Dieudonné (si mal nommé) accepte d’être enfin touché, à tout le moins, d’être effleuré, par la Grâce..

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