08/11/2013

La commémoration de la grande guerre et l'état de la France aujourd'hui

La commémpration de la grande guerre et l’état de la France aujourd’hui

Diriger la France n’a jamais été chose facile. Quand j’étais jeune étudiant à Paris, je parlais souvent avec des amis qui étudiaient les sciences politiques ; et à un moment donné circulait la thèse suivante sur la réforme des institutions par l’idéologie gaulliste : les Français sont un peuple latin, au sang chaud, peu discipliné, paresseux, il leur faut donc des institutions dures et qui les canalisent vraiment…

Aujourd’hui, plus personne ne s’aviserait de reprendre cette argumentation tant elle est devenue désuète. Pourtant, les choses n’ont pas changé. Depuis quelques semaines, sans exagérer, on a l’impression que le gouvernement subit, pieds et poings liés, une sorte de descente aux enfers. Et comme disait Jacques Chirac, les malheurs (il disait : les emmer…) volent en escadrille, l’agence de notation St. & P. vient de dégrader la note de la France qui passe de AA+ à AA… Je m’interroge sur ce que pense en cet instant même Madame Merkel qui se gaussait il y a quelques mois des socialistes français, lesquels misaient sur sa défaite aux élections, au lieu de hâter le train de restructurations.. On connaît la suite.

Soyons justes : tous ces licenciements, ces fermetures d’usine, ces départs au chômage de dizaines de milliers de travailleurs ne sont pas imputables au gouvernement actuel, c’était un processus enclenché bien avant. Ce que l’on reproche à l’exécutif actuel, c’est de ne pas pouvoir amortir le choc, de ne pas pouvoir réagir.. Même un journal comme Le Monde, peu suspect, pourtant, de sympathies à droite, titrait récemment que l’exécutif et son chef étaient paralysés. Et le quotidien du soir ajoutait qu’il convenait de revoir l’ensemble de la copie, c’est-à-dire la constitution du gouvernement, la politique suivie et même la personnalité du chef de l’Etat, sa stratégie, sa façon de gouverner et de réagir aux problèmes.

Ce matin encore, toutes les chaînes de télévision insistaient sur l’amoncellement des difficultés, sur le caractère insupportable des hausses d’impôts et sur le ras le bol des Français..

C’est dans ce contexte morose que le chef de l’Etat a tenu le premier discours de commémoration de la première guerre mondiale. Je ne suis pas historien, mais ce discours eût gagné à avoir plus de souffle, plus de vigueur, bref plus d’allant. Selon une bonne partie des commentateurs ce ne fut pas le cas. Ce sont surtout les rapprochements avec la situation actuelle (aidez moi, rejoignez moi, redressons la France ensemble) qui ont gauchi la portée de cet appel qui sonnait comme une tentative d’instrumentalisation d’un grand moment de la mémoire nationale.

 Certes le chef de l’Etat est dans son rôle, il doit rassembler, tenir un discours à l’intention de tous, mais l’opposition lui a aussitôt rétorqué que pour être unis et rassemblés, il fallait changer de politique. Or, cela, le président ne le peut pas avec sa majorité actuelle et s’il changeait de politique, sa base électorale le quitterait. C’est une véritable quadrature du cercle. Un détail, infime mais qui vaut son pesant d’or, m’a plu et même beaucoup plu : François Hollande a pour la première fois dépassé sa phobie et a prononcé le nom de son ancien adversaire pour la présidentielle : pour une fois il n’a pas dit mon prédécesseur mais a prononcé en toutes lettres le nom de Nicolas Sarkozy. Je suis sûr que les Français qui n’aiment pas le sectarisme apprécieront cette ouverture et cet hommage, même un peu tardif.

Que dire de la tonalité de ce discours ? Je n’ai pas de conseil à donner au chef de l’Etat qui est la plus haute autorité morale et politique du pays. Mais, très respectueusement, je lui recommanderais, pour la suite des commémorations, de s’inspirer du souffle prophétique de la Réforme intellectuelle et morale, prononcée en Sorbonne  par Ernest Renan en 1871, après la défait face à l’Allemagne de Bismarck et de Guillaume II.

L’Histoire est une science noble dont l’écriture façonne, voire même, fonde l’identité nationale. Le président l’a bien dit mais on le sentait écartelé entre plusieurs objectifs. Quand on jette un regard rétrospectif sur un drame qui a décimé nos campagnes, précipité la France dans un cycle effrayant de souffrances, on doit être tout à son sujet : les difficultés d’aujourd’hui ne sont rien, comparées à l’hémorragie d’il y a un siècle. Si l’on fait de l’histoire, on reste dans le cadre précis des événements. Contemplez tous ces monuments aux morts qui se trouvent à l’entrée de tous les villages et de tous les bourgs de France..

Il est vrai que la période actuelle risque de confirmer le début du déclin du pays et le président l’a finement dit en parlant de notre inquiétude sur la place de la France dans le monde, un monde de plus en plus incertain, livré à lui-même et cerné de tant de dangers. Mais cette commémoration pourrait être aussi une chance de rebondir, de redémarrer, de reprendre l’ascendant, de ne plus subir les événements mais de les précéder.

Une chance s’offre à nous, il faut la saisir. Seuls les fous pourraient souhaiter l’échec du gouvernement actuel. Car son échec serait celui de la France.

Pour conjurer le mauvais sort, tous doivent se ressaisir, à commencer par  ceux qui gouvernent.

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