03/09/2013

La France et les menaces syriennes

La France et les menaces syriennes

C’est l’honneur de la France et de son gouvernement d’avoir pris la décision que l’on sait au sujet du conflit syrien. Au moment où même l’Europe se voile la face devant des cadavres d’enfants cruellement tués par des armes chimiques, la France, précédée par les USA, a dit non. Un mot de cette exhibition de petits cadavres, on avait l’impression qu’ils étaient pris dans un profond sommeil, un sommeil, hélas, dont ils ne réveilleront plus.

 L’Histoire ne pardonnera pas à ceux qui ont tergiversé pour gagner du temps en disant qu’on n’était pas certain de l’usage de telles armes et que si cela était avéré, on ne saurait toujours pas avec certitude qui en était l’auteur. Ceci est une offense à la mémoire des victimes. Et aussi un certain mépris pour ceux qui se battent et versent leur sang pour que d’autres vivent dans une Syrie libre et démocratique.

Donc, le gouvernement français a pris une bonne décision. Mais il n’a pas eu la présence d’esprit (et c’est tout à son honneur)  de prévoir que le président US actuel amorcerait une sorte de danse médiévale, appelée drapier des lanciers (un pas en avant et trois pas en arrière). Ce qui a poussé une bonne partie de la presse française à parler d’un président français piégé par son homologue américain. J’ignore les sentiments exacts qui ont traversé le cœur de François Hollande quand il a appris la démarche assez sinueuse du président américain mais je suis prêt à parier qu’il ne fut pas submergé de joie. La France se retrouvait, seule, en première ligne, avec un allié américain qui promettait de faire ce qu’il hésitait à faire. Il y va, sans y aller, tout en y allant ! Je pastiche une formule du philosophe Hegel qui écrivait à propos de Dieu : il est, sans être, tout en étant.

Mais M. Obama a t il jamais entendu parler de Hegel ?

Les USA iront, c’est sûr, mais l’accompagnement médiatique et politique de leur engagement est calamiteux. J’en viens à présent aux menaces syriennes : ce pays dispose d’un bon nombre de diplomates compétents et acquis au régime baassiste. On notera que si le corps des officiers généraux a connu une véritable hémorragie depuis deux ans, les diplomates qui ont déserté se comptent sur les doigts des deux mains. Le ministre des affaires étrangères Mouallem intervient toujours avec circonspection, en choisissant ses mots et ne lançant jamais de menaces en l’air. Les Syriens ont donc décidé que dans la coalition laborieuse qui se constitue, la France représentait une sorte de maillon faible sur lequel on pouvait faire pression. Nul ne contestera la disparité des moyens militaires entre la France et les USA. François Hollande a rapatrié les forces combattantes d’Afghanistan, il a ordonné le retour d’une bonne partie du corps expéditionnaire français au Mali. Cette projection des forces françaises à l’extérieur (Opex) est remarquable mais ne saurait durer ni grossir indéfiniment, le budget des armées ne le permettrait pas.

Tous ces paramètres sont connus de Damas où le régime ne s’embarrasse guère de scrupules : on l’a vu avec ce qui s’est passé le 21 août. Le plus grave, c’est qu’on s’est tous tu lors de précédents recours à ces armes chimiques, ce qui a encouragé Bachar à aller plus loin et à récidiver sur une large échelle.

Alors que peut faire la Syrie contre les intérêts français, puisque ce sont les propres termes de son président ? Je ne suis pas un expert de la question, mais il semble évident que le contingent français de la Finul doit être en état d’alerte permanente le plus vite possible. On sait que le sud du Liban est un no man s land contrôlé par le Hezbollah auquel la cour pénale internationale reproche déjà de graves attentats dont le dernier en date a coûté la vie au premier ministre Rafic Hariri. Or, pour la milice terroriste chiite, le maintien au pouvoir de Bachar est une question de vie ou de mort. Et on ne parle même pas de l’allié iranien dont le concours actif et efficace a permis à l’armée syrienne de ne pas s’effondrer.  Cet arc chiite joue sa survie au Proche Orient : sans Bachar, plus de piton iranien dans la région et sans l’Iran plus de Hezbollah ! C’est cette imbrication qui constitue l’unique excuse pour les contorsions du président Obama. Mais les USA connaissent bien l’état de l’armement iranien : une flotte de guerre peu performante, une flotte aérienne qui n’est plus à la hauteur depuis longtemps, ce que toutes les rodomontades ne peuvent guère dissimuler. Cela pèse peu par rapport à l’armada américaine qui croise en Méditerranée orientale. Sans même parler des autres bases dans la région et des éléments pré-stationnés non loin du théâtre des opérations.

Reste l’hypothèse de l’embrasement général de la région, mais dans ce cas Israël interviendra et ne fera pas preuve de la moindre retenue. Je pense que le nouveau président Rouhani en est conscient et commettra de faux pas qui pourrait mettre en danger son régime…

En conclusion, il faut prendre très au sérieux les menaces syriennes car elles émanent d’un régime blessé et prêt à tout pour survivre. Et surtout qui se bat le dos au mur. Et enfin, comprendre que le Proche Orient, l’Orient en général, ne sera jamais cartésien. Et que la formation de nos diplomates mérité d’être sérieusement revue

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