04/06/2013

La persistance du malaise social en Turquie

La persistance du mouvement de contestation en Turquie

Il ne faut jamais se mettre la jeunesse à dos : voici une leçon que nous avons apprise depuis mai 1968 et que les soi-disant printemps arabes nous ont remis en mémoire. Mais apparemment l’actuel Premier Ministre turc ne veut pas en tenir compte. Pire, cédant à sa nature belliqueuse, il excite les manifestants en les menaçant de susciter des contre manifestants. Et cela a déjà produit des suites sanglantes et éminemment regrettables puisque on déplore déjà deux morts.

Comment en est on arrivé là ? C’est que les régimes islamistes ne peuvent pas, ne savent pas se modérer et interviennent brutalement dans la vie quotidienne des gens au nom de principes qui ne sont pas universels. Soi dit en passant, ils confondent l’essence de l’islam, sa nature profonde, qui est d’être une spiritualité comme les autres, avec des pratiques qui n’en forment que l’architecture extérieur. Ce qu’il faut, c’est spiritualiser sa nature, la transcender afin de ressembler aux anges, si je puis m’exprimer ainsi.

Enfin, comme en Tunisie et en Egypte où le chaos s’installe chaque jour un peu plus, le régime turc actuel mêle la religion à la politique. Depuis le XVIIIe siècle, depuis nos grands encyclopédistes, sans même parler de Voltaire à Paris et à Berlin (Berlin où vivant le grand philosophe Moïse Mendelssohn) on sait que politique et religion sont un mélange détonnant. Reportez vous à sa Jérusalem ou pouvoir religieux et judaïsme (Berlin, 1783) où l’auteur mettait en garde contre de tels empiétements. Malheureusement, le Premier Ministre turc n’a pas de telles lectures.

Mais la situation n’est pas désespérée pour autant. J’ai écouté le président Gull à la télévision hier soir et si le traducteur a bien rendu ses propos (je ne sais pas le turc) eh bien cet homme, ancien diplomate de grande classe, a déploré que le Premier Ministre agisse de la sorte et emploie la manière forte… Sera-ce suffisant ? J’en doute, mais c’est un bon signe.

Je vois mal comment on pourrait poursuivre les négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Europe, même de manière purement formelle, dans de telles conditions. Le Premier Ministre turc doit apprendre à se modérer, lui qui se voyait déjà à la tête d’une flottille ottomane brisant le blocus de Gaza alors que sa position privilégiée aurait dû lui permettre de jouer un rôle pacificateur.

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